PROGRÈS DE LÀ MORPHINOMANIE
A ce point de vue, l'hygiéniste ne peut qu'applaudir aux insuccès de l'accUmatalion en France de la culture du pavot, dans le but d'en préparer de l'opium. Malgré sa rareté et sa cherté relatives, la morphine cause déjà bien assez de mal, sans qu'il vienne s'y adjoindre une drogue facile à se procurer, qui deviendrait bientôt peu coûteuse, et dont l'abus, par les classes moyennes et inférieures de la société, ne tarderait pas à nous montrer les désastres. Il y a déjà bien assez des alcools et de l'absinthe; et, comme le faisait remarquer Fonssagrives, il n'y a aucune différence essentielle entre un thériaki de Canton et un ivrogne de Manchester. Avec l'alcool, comme avec la morphine ou l'opium, ce sont les mêmes manifestations extérieures : alanguissement musculaire avec impatience de mouvement; exaltation cérébrale, puis hallucinations et ivresse ; inconscience des lieux et du temps.
La morphine, et mieux encore l'opium, produisent, en plus de la vivacité délirante de l'imagination, un état d'exhilaration et de bienêtre qui ne sont pas de leurs moindres attraits, et pour la répétition desquels l'individu se trouve insensiblement conduit au morphinisme confirmé. Il est impossible de dire lequel des deux, de l'opium ou de l'alcool, tue davantage ou dégrade le mieux. La morphinomanie tend de plus en plus à devenir une de nos plaies sociales; et il est pénible de reconnaître que le médecin est, pour une large part, responsable de ses méfaits, soit par négligence, en laissant à la portée des malades des médicaments qu'ils ne devraient pas avoir à leur discrétion, soit en prêchant d'exemple, car les plus récentes statistiques ont démontré que les médecins, fournissaient 40 p. 100, au moins, de la totalité des morphinomanes.