‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 471 sur 486 · RÉSINES DU CHANVRE INDIEN · texte numérisé non relu

RÉSINES DU CHANVRE INDIEN

non susceptibles d'être classés au point de vue chimique, se trouvent des substances qui paraissent beaucoup plus importantes, sinon que les hydrocarbures, au moins que les alcaloïdes et les glucosides. Je ne ferai que vous citer ici, et sans y insister à cause de Tinsuffisance de détermination de ses caractères, le produit auquel on a donné le nom de Cannabindone, résultant sans nul doute de Talfération des résines sous Tinfluence d'un mode de préparation qui consiste à traiter la matière première de la façon suivante. Le chanvre indien, finement pulvérisé est mélangé avec de la chaux éteinte, on chauffe au bain-marie en présence d'une quantité convenable d'eau et on exprime. Le résidu solide est épuisé par l'éther, on évapore la solution éthérée et on reprend le résidu de l'évaporation par l'alcool. On précipite à l'aide d'un excès d'eau, et la partie insoluble est épuisée par l'éther. Cette dernière solution éthérée, soumise à l'évaporation, abandonne un produit sirupeux, de couleur rouge-foncé, facilement soluble dans l'alcool, l'éther, la benzine, le chloroforme, l'acétone, le xylol, les huiles. Ce produit auquel on a donné le nom de Cannabindone posséderait des propriétés enivrantes et produirait, aux doses de 2 à 8 centigrammes, suivant la susceptibilité individuelle, des hallucinations désagréables : il n'a pas, jusqu'alors, reçu d'applications thérapeutiques.

Je crois qu'il faut simplement parler ici, comme principes actifs véritables, de la résine qui a été isolée et signalée pour la première fois par de Courtive en 1847, puis préparée et étudié d'une façon plus approfondie par Gastinel en 1849, et de ce produit, qu'on peut se procurer assez facilement en Egypte sous le nom de Charas, et qui est constitué par la résine brute de la plante femelle non fécondée : ce sont des produits dont l'activité physiologique est absolument certaine; ce sont des mélanges, cela est indiscutable, mais ces produits paraissent beaucoup plus répondre à la réalité de l'action thérapeutique de la drogue que toutes les substances dont je vous ai parlé, y compris la cannabine, la cannabinone, la tétanocannabine, etc. Ces produits résineux sont solubles dans l'alcool dilué, ainsi que dans les solutions des bicarbonates alcalins.

Ce qui semble à peu près certain, relativement à ces différents produits, c'est que le traitement, comme l'a fait Merck, d'une décoction aqueuse de chanvre par le tannin permet d'isoler une substance qui est moins douée de propriétés excitantes, qui détermine moins

CANNABÈNE ET CANNABINOL 85i

Texaltation de Thyperexcitabilité réflexe que le produit, que la drogue totale : voilà tout ce qu'on peut dire actuellement.

En terminant ce point de l'histoire du chanvre indien, je dois vous signaler les études qui ont été faites dans ces derniers temps; au point de vue chimique par Wood, Spivey et Easterfield, et par Marshall au point de vue physiologique. Voici les principaux résultats des recherches de ce dernier observateur. Marshall a constaté que le mélange des terpènes que je signalais tout à l'heure, c'est-à-dire ce produit que Personne avait qualifié de l'appellation de cannabène, détermine une légère action hypno-anesthésique; et il est fort probable, ajouterai-je pour ma part, que cette action hypno-anesthésique explique précisément ces eflets que je signalais précédemment et qu'on peut éprouver lorsqu'on traverse, pendant les grandes chaleurs, des plantations de chanvre en fleurs : c'est, en eflet, une sorte d'indolence, accompagnée de pesanteur de tête et de tendance au sommeil, qui succède bientôt à l'état d'excitation primitif que détermine l'inhalation de ces terpènes.

Quant au cannabinol, à cette substance du groupe des camphres qui vient d'être étudiée tout récemment par Marshall, il posséderait à peu près les propriétés physiologiques que manifeste la résine Charas. Sous son influence, l'auteur aurait observé de la fatigue, une sensation de pesanteur oculaire, de la somnolence, de la parésie motrice, le ralentissement du pouls et de la respiration, de l'abaissement de la température, avec la conservation des réflexes : ces symptômes se seraient produits chez le chien sous l'influence d'une dose de 2 centigrammes par kilo; si l'on élève la dose jusqu'à 10 centigrammes, on observe alors de la dépression, de l'ataxie motrice, des vomissements, et un état de sommeil comateux. Cette substance déterminait peu d'effets sur le lapin; et, sur le chat, elle provoquait des phénomènes de dépression assez intense, accompagnés de salivation. Mais, ce qu'il y a de remarquable, c'est, parmi les effets déterminés par ce cannabinol, l'absence de ces phénomènes d'excitation, si nets, si précis, si intenses, que l'on observe sous l'influence de la résine de Gastinel, ou même de la résine Charas.

Pour étudier Faction physiologique du chanvre indien, il est nécessaire de choisir un animal dont les fonctions cérébrales soient assez bien développées, parce que le chanvre, plus encore peut-être que l'opium, est un poison essentiellement intellectuel. La résine ou

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