TRANSFORMATION DE L'ÉNERGIE
ment à titre de corps étranger sur l'organisme dans lequel on l'introduit : le phosphore rouge est absolument inerte.
Eh bien. Messieurs, ces exemples, desquels il résulte qu'une simple élévation de température ou le contact d'un élément déterminé suffit à transformer si profondément les propriétés physiologiques d'un composé, ces exemples pourraient, à eux seuls, nous faire entrevoir la possibilité de l'existence dans les végétaux de corps, de principes actifs, ne différant entre eux que par la seule isomérie physique, et pouvant dès lors posséder une action physiologique, sinon totalement diff'érente, au moins variable d'intensité. De semblables produits existent en grand nombre dans le monde végétal. Vous savez que l'essence de térébenthine est un carbure, un lérébenthène, ayant pour formule C^^'H" : cette même formule convient encore à l'essence de rose, à l'essence de lavande, à l'essence de copahu, à l'essence d'eucalyptus, à un certain nombre d'essences qui sont toutes isomériques les unes des autres, mais, qui, au point de vue de leur action pharmacodynamique, différent essentiellement, non seulement par leur action médicamenteuse, mais encore par certaines propriétés organoleptiques. Personne d'entre vous, n'est-il pas vrai, personne au monde pourrait-on presque dire ne confondra l'essence de rose avec l'essence de copahu, quant à l'odeur! Les alcaloïdes du genre Atropa^ étudiés par Regnauld, ne diffèrent que par une isomérie physique : traités par l'acide sulfurique, ils donnent tous le même sulfate, toujours constant dans ses propriétés physiques, chimiques et dans son action physiologique.
Eh bien, c'est là une preuve à ajouter à celles que je vous ai données tout à l'heure, que la matière agit mécaniquement, par transmission de mouvement; et que la transformation de l'énergie résulte bien plus de la structure de la molécule que de la nature spécifique des atomes élémentaires. On peut dire à ce sujet, pour choisir une comparaison qui rende tout à fait ma pensée, ainsi que des pierres de même nature peuvent servir à construire des édifices différents, de même les isomères exercent sur un organisme déterminé des impressions différentes, impressions qui résulteront précisément de leur structure moléculaire, de leurs états allotropiques, des isoméries physiques qu'on peut observer dans ces différents isomères.
La conclusion qui découle de ces faits, c'est que l'analyse immédiate de la plupart des substances médicamenteuses aurait besoin
EMPLOI DBS ORGANES D'ANIMAUX lo
d'èlre reprise, et voici, à mon avis, pourquoi. Depuis quelques années, vous avez pu voir que l'emploi des extraits organiques tend à prendre de plus en plus une place prépondérante dans la thérapeutique courante : eh bien, l'emploi de ces extraits organiques nous ramène absolument aux préparations galéniques aujourd'hui si délaissées, autrefois si vantées.
Ça n'est pas d'aujourd'hui que les premières observations ont été faites relativement à l'action que pouvaient exercer sur l'organisme malade des organes ou des portions d'organe. Sans remonter jusqu'aux idées absolument baroques que l'on se faisait autrefois de l'intervention de certaines substances organiques, provenant, soit de l'hoinme, soit des animaux, dans la guérison de certaines aiîections, on peut voir, à une époque plus rapprochée de nous, à une époque où la science de la pharmacie commençait déjà à se constituer sur des bases sérieuses, on peut trouver, dans la pharmacopée de Lémery qui a été publiée en 1763, des indications qui montrent qu'à cette époque on avait, à l'égard de l'emploi de certains organes des animaux, des notions qui sont absolument analogues, il serait même permis de dire identiques, à celles qui réapparaissent de nos jours. On est en train d'y revenir maintenant. C'est ainsi que dans cette pharmacopée de Lémery, on lit que l'emploi des poumons est très estimé pour les maladies de poitrine, l'asthme, la phtisie; le foie et les intestins de loup sont très propres à guérir la colique venteuse ; l'arrière-faix, très propre à empêcher les tranchées des femmes en couche; les têtes de vipères préservent de la morsure des serpents, etc.
Et bien. Messieurs, ne nous attachons pas aux termes mêmes suivant lesquels ces faits sont énoncés dans la pharmacopée de Lémery, considérons les observations qut ont été publiées depuis le moment où Brown-Séquard fit ses premières communications sur le suc testiculaire, et nous verrons, qu'en somme, l'expérience est en train de démontrer depuis quelques années le bien fondé de certaines de ces idées.
Je suis, pour ma part, absolument 'convaincu que l'analyse permettra quelque jour d'attribuer une action pharmacodynamique à telle substance qui est encore à extraire de ces différents produits : bien mieux, je crois que les progrès qu'on pourra réaliser dans la connaissance de la composition immédiate de ces produits animaux
le TOXINES ET ALCALOÏDES
doDt on se sert maintenant, permettront d'appliquer ces métliodes e immédiate i des drogues végétales dans lesquelles on s maintenant des substances fort altérables, et qui sont des e premier ordre ; et ces actions sont d'autant plus importantes
substances sont plus altérables. Je crois qu'on arrivera, en mt ces procédés, à isoler des substances qu'on n'a pas pu jusqu'ici dans un état de pureté sufOsant. iflicultés de ce travail sont en effet considérables ; cela tient ivs causes, mais, principalement, à la nature organique et à
facile altérabilité des substances actives qu'il s'agirait •e et d'expérimenter au point de vue de leur action sur l'or- :, et de leur toxicité, par conséquent, puisque la toxicité n'est lose que le summum de cette action sur l'organisme.
à ce sujet, une différence essentielle entre les composés minéleâ composés organiques : il n'existe pas de composé minéral, Lie que vous puissiez le supposer, dont la toxicité, dont l'acti-
l'organisme humain soit comparable à celle de certains proraniques. Pour vous en donner une idée, autrefois, on aurait [nptement de l'acide cyanhydrique, comme substance d'une effroyable : eh bien, nous connaissons maintenant des toxines
valeur, dont l'activité est infiniment plus considérable. Je 1 citer certains alcaloïdes, comme l'aconitine, par exemple, -•ent déterminer des actions toxiques à la dose de fractions de mme. Eh bien, ce sont des doses monstrueuses en compale ces doses, vraiment impondérables, auxquelles certaines
comme la toxine du tétanos, par exemple, peuvent déter- .es accidents graves, mortels même, lorsqu'elles sont injecles animaux.
xemples sont bien faits pour donner à réfléchir, et surtout ;iter à ne pas montrer trop de scepticisme à l'égard des idées s par nos prédécesseurs, idées qui pouvaient être émises sous ne primitive, prêtant à rire dans une certaine mesure, mais iquelles il y a certainement des faits d'observation qu'il faut :r, et dont la marche actuelle des recherches démontre la pos-
Ainsi que l'a écrit Cabanis : « Les opinions les plus absurdes
leur origine à t'abus de quelques observations incontestables, reurs les plus grossières sont le résultat de certaines vérités les, auxquelles on donne une extension forcée, ou dont on