‹ Leçons de pharmacodynamie et de matière médicaleChapitre 98 sur 486 · ECHANGES RESPIRATOIRES · texte numérisé non relu

ECHANGES RESPIRATOIRES

lation. Tout d'abord, on note Taugmentation de fréquence des mouvements respiratoires, mais la régularité est conservée ; puis au bout d'un temps variable avec i'impressionnabilité de l'animal ou de l'individu, surtout avec la quantité d'alcool introduite dans l'organisme, on voit la respiration devenir superficielle, embarrassée, difficile, absolument stertoreuse, puis la diminution du nombre des mouvevements respiratoires devient notable et enfin la respiration ne se fait plus qu'avec une extrême lenteur. Chez le chien, la respiration thoracique, d'abord amplifiée, est bientôt remplacée par la respiration diaphragrtiatique : nous avons là encore une copie parfaitement fidèle de ce qui se produit chez le même animal sous l'influence des hypno-anesthésiques.

J'ai déjà attiré votre attention, Messieurs, sur l'extrême variabilité des résultats obtenus dans les expériences efiectuées relativement aux échanges respiratoires. En efiet, suivant les conditions dans lesquelles on se place, surtout suivant les conditions pré-opératoires, si je puis m'exprimer ainsi, c'est-à-dire suivant l'état dans lequel se trouvent les animaux au moment où se fait l'injection ou l'ingestion de l'alcool, on peut observer, ou bien à la foià une diminution dans l'absorption d'oxygène et dans l'élimination d'acide carbonique, ou bien une augmentation dans la consommation d'oxygène, ou bien pas d'action appréciable : c'est ce que l'on observe le plus généralement lorsque les doses d'alcool données à l'animal sont faibles, et lorsque l'on a affaire à un animal bien portant, en bon état, c'est-à-dire présentant un terrain de résistance normale pour les actions médicamenteuses. 11 est évident que dans ce cas l'influence du système nerveux joue un rôle considérable, et que l'action propulsive sur laquelle j'ai appelé précédemment votre attention et au sujet de laquelle j'ai cité les expériences de Marcet, avec les objections que l'on pouvait y faire, il est évident, dis-je, que cette action propulsive joue un rôle qui n'est pas négligeable.

^ Vous savez que lorsque l'alcool est introduit par la voie de l'estomac, la première sensation que l'on éprouve à la suite de cette ingestion est une sensation de chaleur qui, très certainement, se trouve répercutée sur le système nerveux central par la voie du pneumogastrique. 11 est tout à fait rationnel de penser qu'en vertu de celte action propulsive, il va se produire, au moment où le sujet éprouve cette sensation de chaleur, une augmentation de l'amplitude et du

SURACTIVITE DES SÉCRÉTIONS 177

nombre des mouvements respiratoires; et cette augmentation de fréquence et d^amplitude va s'accompagner d'une absorption plus considérable d'oxygène ainsi que d'une élimination plus considérable d acide carbonique. Mais c'est là un phénomène du début de l'expérience, et encore doit-il être restreint au cas où la quantité d'alcool ingéré n'est pas capable, par elle-même, par sa quantité ou son degré de concentration, de déterminer presque immédiatement les phénomènes de dépression qui succèdent si facilement, sous l'inQuence de doses un peu élevées, à l'excitation du début.

Action 8or les sécrétions. — Quant aux sécrétions, elles sont toutes suractivées sous l'influence de. l'alcool. Pour interpréter cette suractivité des sécrétions, l'action irritante et déshydratante exercée sur les différents protoplasmas doit intervenir en premier lieu : la preuve, c'est que la diurèse est un des phénomènes les plus remarquables que l'on peut observer à la suite de l'ingestion d'une dose faible d'alcool. En même temps, on observe des hypersécrétions de toute nature — hypersécrétion salivaire, stomacale, intestinale, cutanée, — se traduisant, suivant la réceptivité particulière des individus, tantôt par de ladiaphorèse, tantôt par de la diarrhée, parfois même des vomissements. Vous savez en effet que, pour l'alcool, comme pour les substances qui agissent surtout sur le centre cérébrospinal, chaque individu réagit avec sa susceptibilité particulière, suivant la qualité de ses cellules nerveuses, comme je le dis volontiers; et, par conséquent, les phénomènes se traduiront chez l'un par le développement de la diaphorèse, tandis que chez un autre les phénomènes d'hypersécrétion stomacale ou d'hypersécrétion intestinale domineront.

D ailleurs, Messieurs, un fait qui prouve bien la déshydratation très notable que subit l'oi^anisme de la part de l'alcool, «c'est la soif, fréquemment inextinguible, succédant à l'ingestion de doses d'alcool incapables de déterminer de l'ivresse même légère : il est arrivé à chacun de nous de faire quelque excès dans un dîner, j'entends par là d'ingérer une quantité de boissons alcooliques un peu plus considérable que celle dont on a l'habitude, et cela, je le répète, sans être le moins du monde en état d'ébriété aussi légère que vous puissiez l'imaginer; et vous savez qu'à ces excès succède toujours une sensation de soif plus ou moins intense et durable. Cette sensation atteint an degré très élevé, insatiable, chez les individus pour lesquels

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Tébriété a succédé à cette ingestion d'alcool plus considérable que celle à laquelle ils sont habitués.

D'autre part, ces hypersécrétions sont accompagnées d'altérations histologiques des différentes glandes : ces altérations histologiques consistent en phénomènes de congestion d'abord; puis, si le travail imposé à la glande par la présence continue ou fréquemment répétée d'une certaine quantité d'alcool devient assez considérable, à cette congestion succèdent des phénomènes de dégénérescence plus ou moins intenses : vous savez en effet que soit du côté des glandes de l'estomac, soit du côté du pancréas, du foie surtout, ou même du côté des reins, on peut observer un état de dégénérescence graisseuse plus ou moins accentué, dégénérescence qui est l'aboutissant de l'action toxique de l'alcool, comme elle est, en d'autres circonstances, la conséquence de l'action toxique du phosphore, de l'arsenic, du plomb, etc.

Action sur le tissu musculaire. — Sur le tissu musculaire, l'alcool exerce également une action qui n'est pas à dédaigner. Vous savez que sous l'influence de l'ingestion de quantités modérées d'alcool, on éprouve une alacrité corporelle extrêmement marquée, mais bientôt remplacée, surtout si la dose d'alcool est un peu élevée, par une impotence fonctionnelle plus ou moins complète. L'excitation du muscle ainsi déterminée est absolument comparable à celle que détermine l'excitation par un courant électrique : c'est une excitation par l'intermédiaire du nerf moteur, car l'alcool n'exerce, à proprement parler, aucune action particulière sur la cellule musculaire elle-même, autre que l'action déshydratante dont je parlais il n'y a qu'un moment.

Cette action modificatrice par contact direct exercée par l'alcool sur les éléments musculaires, soit lisses, soit striés, est une action coagulante, tout à fait comparable à celle exercée par une élévation de température, ou même parla caféine : je vous rappelle, à ce sujet, que le contact d'une solution de caféine avec un muscle lui donne l'aspect d'un muscle qui aurait subi une élévation de température assez considérable; le muscle est comme déshydraté, coagulé, de couleur blanche et d'aspect nacré, il semble avoir subi l'action de Teau bouil* lante. C'est une action absolument du même genre que l'alcool détermine au contact du tissu musculaire : l'excitation, je le répète, est absolument secondaire et résulte de l'excitation que l'alcool déter-

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