‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 106 sur 130 · VINGT-CINQUIÈME CONFERENCE · texte numérisé non relu

VINGT-CINQUIÈME CONFERENCE

Antizymotiqaes. Désinfectants. Désmlorisants.

But et division des désinfectants.

1. Médicaments agissant par oxydation directe: I. Oxygène, son usage comme hématiqne, comme désinfectant. II. Ozone, Incertitudes concernant sa constitution. Influence sur les tissus vivants. Traitement par Tozone. Eau ozonisée, m. Peroxyde d'hydrogène. Propriétés antiseptiques et désinfectantes; décomposition facile avec cession d'oxygène sous la forme gazeuse. Usage thérapeutique. IV. Permanganate de potasse. Discussion quant à son importance; son emploi comme hématique; son emploi contre les morsures de serpent, contre l'intoxication par le phosphore. Son usage comme désinfectant.

2. Médicaments agissant par oxydation indirecte. I. Chlore^ eau chlorée. Son emploi à l'intérieur et à l'extérieur. La solution de chlore. Usage thérapeutique. Chlorure de chaux. Son emploi dans la pratique de la désinfection. II. Iode. Propriétés oxydantes. Combinaisons organiques d'iode. lodoforme. Son histmre. Influence de l'iodoforme sur les microbes. Décomposition à Tintérieur de l'organisme animal. Transformation en iodures alcalins. Conditions requises pour la décomposition: présence de graisses, influence de la lumière; présence de l'albumine. Albumine iodée comme combinaison instable, substance problématique. Explication des résultats obtenus par Boehm et d'autres. Que donne, outre l'iode, l'iodoforme par décomposition? Action de l'iodoforme dépendant 1*. des propriétés chimiques de Tiode mis en liberté , 2". des propriétés physiques de la substance elle-même. Empoisonnement par V iodof or me. ^jm^t^m^^eii^Wcz^WQTL vraisemblable. Influence de l'iodoforme sur les reins. Explication de la plus grande fréquence de l'intoxication chez les vieillards. Production et traitement de l'intoxication iodoformée après usage externe. Importance du bicarbonate sodique comme contrepoison. Emploi thérapeutique de l'iodoforme. Différents modes d'administration.

Messieurs. Après avoir passé en revue le groupe des antiseptiques, nous allons nous occuper de celui des désinfectants. Désinfecter , c. a. d. enlever tout ce qui est en rapport avec rinfection , l'agent infectieux, aussi bien que les produits à odeur fétide de la putréfaction, voilà le but de leur emploi. Les désinfectants doivent donc posséder le pouvoir non seulement de rendre inactifs, de détruire les ferments organisés et inorganisés, de tuer les bactéries et leurs spores, mais ils doivent en outre posséder les propriétés

OXYGENE. SON EMPLOI COMME DESINFECTANT.

"de faire naître certains processus chimiques ou physiques, dont le résultat final est de désodoriser, de rendre inodore. Nous divisons ces médicaments, en nous basant sur le mode de leur action, en trois classes, à savoir:

1'. ceux qui fournissent de l'oxygène d'une façon directe, c.-à-d. les oxydants directs;

2". ceux qui libèrent de l'oxygène d'une manière indirecte, e.-à-d. les oxydants indirects; et

3". le-s désodorisants empiriques ou médicament.s qui enlèvent les odeurs notamment par des propriétés physiques, par leur pouvoir de condenser ou d'absorber.

1'. Oxydants directs.

1. Oxygène. C'est surtout au moyen de l'oxydation que les produits de la putréfaction sont transformés en combinaisons inodores. Mais pour que cette oxydation ait lieu, il faut que l'oxygène entre en combinaison chimique avec les substances putrides et les résidus putréfactifs; il ne suffit pas que l'oxygène atmosphérique passe seulement sur les endroits infectés de l'organisme. Si un large accès d'air frais dans les salles de malades, parvenant jusqu'à ces derniers euxmêmes , si une ventilation active , surabondante, contribuent sérieusement iX prévenir l'infection et à opérer la désinfection, il faut l'attribuer à ce fait que lea produits volatils et gazeux de la putréfaction et les agents infectieux sont soumis dans ce bain d'air à un degré de division et de dilution tel que les chances d'infection en sont notablement diminuées et que les mauvaises odeurs sont balayées par les courants qui s'établissent. Mais nous nous mouvons ici involontairement sur un terrain qui n'est pas te nôtre, le terrain de l'hygiène. Qu'il nous suffise donc de dire que l'oxygène comme tel , que nocis rencontrerons encore plus tard parmi les reconstituants du sang, ne s'emploie plus au lit du malade dans un but de désinfection et que les bains locaux d'oxygène, recommandés jadis , tant dans le traitement de la lèpre que dans celui de la gangrène sjTnétrique, sont presque entièrement tombés dans l'oubli. D'un autre côté les grandes espérances que l'on avait fondées sur l'emploi des inhalations d'oxygine par dam les maladies infectieuses, depuis la connaissance du fait, qu'un apport surabondant d'oxygène tue à forfait les mieroorganismes anaërobies, se sont montrées illusoires au point de vue théorique et pratique. Le sang en effet — il est à peine besoiu, Messieurs, de vous le dire — ne prend de l'oxygène qu'on lui présente qu'autant que l'hémoglobine est capable d'en fixer chimiquement. En outre les processus d'oxydation se passent presque exclusivement dans les tissus et cela, si non totalement au moins en grande partie , grilce aux ferments spéciiques qui y sont renfermés (Jaql'et, Nasse). H n'y auj

376 XXV. DESIXPECTANTS. DESODORISANTS.

personne à s'étonner que Feltz et Ritter virent succomber des <>ouri«! septicémiqaes , malgré lenr séjour dans une atmosphère rVoxygène pur. Elle succombèrent aussi rapidement et même plus rapidement que les animaux de contrôle , et du reste , ni dans la malaria, ni dans la fièvre typhoïde, ni dans le choléra, Tinhalation d'oxygène n'a donné des résultats.

II. OzoxE. Ce que nous avons dit de l'oxygène peut aussi s'appliquer à son état allotropique: l'ozone. Il est entendu que je ne parle ici que de l'usage de V ozone comme moyen désinfectant, et pas comme hématique , emploi que nous aurons à traiter plus tard. Il nous faut d'abord mettre en lumière las nombreuses illusions qu'a provoquées la soi-disant ozonothérapie. Si vous ne faites que consulter les titres des nombreuses communications sur le rôle de l'ozone dans l'oxydation , sur le rapport entre les maladies et les quantités d'ozone dans l'atmosphère, vous ne pourriez laisser de croire que les connaissances acquises sur ce terrain sont déjà assez respectables. Mais si par contre des chimistes distingués voua donnent la preuve péremptoire que même dans des combustions très vives l'ozone ne se produit que très rarement , que sa présence dans l'air atmosphérique n'est nullement démontrée (Ilosva), que même l'ozonQ, obtenue à l'aide des procédés techniques les plus récents d'électrisation de l'air atmosphérique, n'estjamais libre de produits toxiques provenant de l'oxydation de l'azote : l'acide nitreux et l'acide nitrique (Larat et Gautier) , vous gagnez la conviction qu'on ne connaît pour ainsi dire encore rien de certain relativement à l'ozone même et que tous les avantages et désavantages , attribués à l'emploi de l'ozone, n'ont peut-être rien à voir avec ce dernier corps, et peuvent vraisemblablement être mis exclusivement à charge des vapeurs d'acide nitrique et nitreux. Certes la thérapeutique se soucie peu de la pureté chimique des médicaments; elle est trop pratique pour être difficile, et elle a obtenu plus d'une fois des résultats avec des substances , dont elle ignorait totalement la constitution. Mais ici elle n'a pas à enregistrer des résultats, dont elle peut se glorifier; malgré ses propriétés antiseptiques, désinfectantes, bactéricides, au degré de dilution où les organes respiratoires peuvent la supporter, l'ozone n'est plus .du tout antiseptique. Si d'ailleurs elle s'introduit dans le sang, elle n'y persiste pas comme telle. De plus, l'ozone semble constituer vis-à-vis des tissus organiques (globules sanguins, épithéliums vibratiles, spermatozoïdes) un agent destructeur de la vie(ABRAHAMSz)et Schulz, en faisant journellement inhaler pendant quelques heures de l'ozone il des mammifères, a vu se produire chez eux une intoxicdtion rhroniqur^ qui se terminait toujours fatalement , et dont les symptômes

ozosE; pKROXYnrc n hydrogène.

rappèlent à mon avis, sous plus d'un rapport, les symptômes d'une iatoxication par des acides {nitrique et iiiireux). Provisoirement noua croyons donc devoir dénier â l'ozone toute valeur ttiérapeutiqiie dans le traitement des maladies infectieuses , nous réservant de reparler plus loin de l'ozonothérapie antituberculeuse. Si je ne fais pHS p:rand cas de l'ozone, c'est peut-être aussi un peu en souvenir de l'ozonomanie . qui régna, il y a presque 25 ans, lorsque T.KNDKR, après avoir érigé ime fabrique d'ozone à Berlin , expédia son eau ozonisée dans toutes les contrées de l'univers, en promettant, dans ses nombreux articles de journal, monts et merveilles de l'effet thérapeutique de cette substance. Cette fureur se calma aussitôt qu'on eut pu se convaincre que son eau ozonisée n'était que de l'eau sans ozone et que son ozone n'aTait rien à voir avec cette substance. Actuellement l'ozone n'est pas encore totalement oubliée par les médecins; je n'en veux pour preuves que l'avertissement de l'auteur des ,Neue Arzncimittel" (Vienne, 1891), qui donne le signalement suivant de l'eau ozonisée: „Ozonwa8ser {eau ozonisée) ist nichts als eine l"/„ kaliumpermnnganatlôsung" fn'est rien qu'une solution l"/n de permanganate de potaase), et la vogue, dont jouissent aux Etats-unis les préparations soîdisnnt d'ozone: l'aquozone, la biozone, la pyozone etc., qui ne sont que des solutions de peroxyde d'hydrogène (Thompson).

ni. Le PEROXYDE n'HvnROGÈKE, H, O-, l'eau oxygénée, est certes un oxydant direct. Il est en outre un des moyen antiputrides les plus énergiques que nous connaissions. Dans In proportion do 0,05 par litre d'eau (1; 200,000) il empoche la putréfaction du bouillon neutre, alors que pour le sublimé il faut une concentration de 1 : 143.000, de 1 : 125.000 pour le nitrate d'argent (MiqtiEi,). A la concentration de 1: lOOO il tue les microbes et les spores du choléra, de la fièvre typhoïde, etc.. (Altehoefer). Au contact du protoplasme vivant il est décomposé complètement en eaii et oxygène, et l'énei^e de cette décomposition est telle, que dans le globule rouge le stroma protège jusqu'à un certain degré l'hémoglobine contre la transformation en méthémoglobîne (Bergenghten). Mais la mise en liberté de l'ox3'gène , sous forme de fines et de grosses bulles, est cause qu'en cas d'injection intraveineuse de peroxyde d'hydrogène (on employait de solutions à 10"/j en volume, c.-à-d, des solutions qui par décomposition fournissaient 10 volumes pour cent d'oxygène) l'animal succombe par suite d'embolie gazeuse. Les bulles de gaz oxygène se développent d'ailleurs partout sur des parties situées superficiellement, où le peroxyde d'hydrogène entre en contact avec le protoplasme. En l'appliquant aur des plaies , sur des surfaces ulcérées , on voit donc '

378 XXV. DESINFECTANTS, DESODORISANTS.

lopper trois différents effets à la fois: une action excitante mécanique déterminée par le développement des bulles gazeuses, une action oxydante due à l'oxygène à l'état naissant, et une action bactéricide. Des chirurgiens français et anglais, des oculistes, des auristes tiennent Teau oxygénée en grand honneur comme agent désinfectant. Manassëin, en 1890, n'hésita pas à mettre les avantages du peroxyde d'hydrogène au-dessus de ceux du sublimé et en vanta la valeur dans le traitement de toutes les affections syphililiques et vénériennes externes. Noble , en 1891 , le recommanda vivement comme le moyen le plus pratique dans toute antisepsie externe, et Golosin le préconisa en ophtalmiatrie. Enfin Dittkl rechercha des effets thérapeutiques par les injections d'eau oxygénée dans les tumeurs malignes.

Quant à moi , je n'en doute pas , le peroxyde d'hydrogène , dont on varie la concentration des solutions d'après le but à atteindre (en ophtalmiatrie on emploie la solution 2®/\, en volume, et en chirurgie la solution 6— S^/^) mérite une attention plus grande que celle qu'on semble lui accorder aujourd'hui. D'ailleurs les bons résultats, obtenus par Williams et Stuver dans le traitement local de la diphtérie, des pharyngites membraneuses (solutions de 7'/,*^/o ©n volume), des blennorrhagies et des ulcères , les recommandations du peroxyde d'hydrogène contre la pneumonie (Greenr), la phtisie (Gabrilovicz), l'intoxication par l'oxyde de carbone (Spjca et Menegazzi), et les troubles de la digestion (Iakovleff), ainsi que l'observation de Neudôrfer à propos de son action hémostatique prouvent assez que je ne suis pas le seul à considérer l'eau oxygénée comme un remède de confiance.

C'est ici le lieu de faire remarquer qu'on débite sous le nom de salactol un mélange antiseptique et désinfectant, composé de peroxyde d'hydrogène , de salicylate et de lactate de soude , qui n'a rien de commun avec le salacétol (p. 368) et le salautol (p. 370).

IV. Permanganate de potasse. Le seul représentant des désinfectants , agissant par oxydation directe, que l'on trouve dans notre pharmacopée, est le permanganate de potasse. Vous vous rappellerez par vos connaissances de chimie analytique , où la solution caméléon trouve un emploi si fréquent, la facilité avec laquelle le permanganate cède de l'oxygène , la rapidité avec laquelle il agit comme oxydant. Lorsque le Dr. Rutgers , il y a quelques années , dans son agenda médical, l'appela un remède insignifiant et qu'il l'accusa de ne pas même enlever l'odeur attachée aux mains après des autopsies , ce fut à juste titre que le prof. Guye prit fait et cause pour le permanganate de potasse. Caustique, astringent^ excitant de par ses propriétés de sel métallique , il rend de grands services , de par

PKBOXYDE n'HYDRCiOÈSE: l'ERMANOASA'

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