‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 121 sur 130 · ACTION TOXIQUE DE DIFF. ANTIZYMOT. METHODES DE BOUCHARD · texte numérisé non relu

ACTION TOXIQUE DE DIFF. ANTIZYMOT. METHODES DE BOUCHARD

mal. On obtient ainsi des chiffres permettant de calculer facilement le rapport toxique, que Ton peut appeler T. En divisant alors T par P , on trouve le rapport V , c'est-à-dire la relation qui existe entre la valeur antiseptique des deux substances examinées. Supposons qu'on ait à lutter contre le bacille pyocyanogène à l'intérieur de l'organisme. Le biiodure de mercure et le jînaphtol sont notamment des antizymotiques très appropriés à ce but. Or on trouve que pour stériliser un litre de bouillon, renfermant la culture du bacille pyocyanogène, il faut 25 mgr. de biiodure de mercure et 400 mgr. de /^naphtol. Le rapport antizymotique P entre les deux substances est donc ^, c.-à-d. que le biiodure de mercure montre vis-à-vis du bacille pyocyanogène un pouvoir antizymotique 16 fois plus énergique que celui du jînaphtol. En injection intraveineuse , la dose mortelle la plus faible du biiodure pour le lapin est 15 mgi\ , celle du jînaphtol 3800 mgr. Le rapport T est donc ^j^ c.-à-dire que le biiodure de mercure est 220 fois plus toxique que le jînaphtol pour l'unité de poids de lapin. En d'autres termes , le /înaphtol est 220 fois moins dangereux que le biiodure de mercure, mais il a une puissance antiseptique 16 fois moindre. Il se prête donc mieux aux usages pratiques de l'antisepsie interne que le biiodure et, administré à des doses qui ne mettent nullement la vie en danger , le /înaphtol a une valeur pratique antiseptique ^ fois c.-à-d. 14 fois plus grande que la combinaison mercurielle. Bouchard est allé encore plus loin ; il a déterminé la plus faible dose à laquelle les différents antizymotiques , après injection intraveineuse, déterminent des troubles fonctionnels du coeur, des organes respiratoires , etc. . . Il appelle cette dose la dose pathologique et constitue au moyen de données expérimentales le tableau VII, qui suit:

Tableau VIL

Valeur relative de quelques antizymotiques dans la pratique thérapeutique.

lodoforme.

lodol . . .

NaphUline /^naphtol .

ft-naphtol .

Dose antiseptique.

Sur 1000 gr. de bouillon infecté.

1,270 mgr.

Dose toxique (mortelle).

Sur 1000 gr. de lapin.

500 mgr.

Dose pathologique (toxique).

Sur 1000 gr, de lapin.

50 mgr.

424 XXVII. THERAPEUTIQUE ANTIZYMOTIQUE ET ANTISBPTIQUB.

Si , d'après ce tableau , l'on calcule la valeur relative , dans la pratique antizymotique, du naphtol a, du naphtol |9 et de la naphtaline, on voit que le naphtol a est un antizymotique 2, 3 fois plus puissant que le naphtol |5 et 12 à 13 fois plus actif que la naphtaline.

A mon avis, il ressort clairement de ce travail intéressant de Bouchard que les antizymotiques faibles ont au point de vue do la thérapeutique une valeur plus grande que les antizymotiques forts. Mais ces expériences ne comportent pas de plus amples conclusions. Car, à vrai dire, le rapport V n'est qu'un indice; rien de plus. En efifet la puissance antizymotique P ne repose pas sur des expériences instituées sur l'organisme vivant, mais seulement sur des expériences in vitro. Nous ne pouvons donc nullement nous fier à ce résultat quand il s'agit de déterminer la valeur thérapeutique d'une substance. En outre on ne peut se fier à la valeur de T que lorsqu'on a affaire à des substances à action physiologique identique, c.-à-d. à des substances qui présentent visà-vis des mêmes organes et groupes organiques une aflBnité de même ordre. On peut donc compter sur le facteur T, si Ton compare riodoforme avec l'iodol , la naphtaline avec les naphtols a et ji) mais en établissant un parallèle entre les doses mortelles des mercuriaux et de l'iodoforme, entre celles de l'iodoforme et du naplitol, on compare des unités au fond incomparables. Certes toutes ces substances sont toxiques, mais chacune exerce sa toxicité d'une façon tout à fait spéciale. Ce n'est pas le fait brutal de la destruction d'un organisme total par des agents chimiques qui nous permet de pénétrer la nature de cette action, mais seulement la connaissance exacte du mécanisme par lequel s'opère la destruction et des processus qui l'accompagnent. Je me suis déjà élevé à une autre occasion contre la non prise en considération de cette nuance différentielle, lorsque j'ai fait valoir cet oubli comme un grief important contre les conclusions relative au rapport entre le poids atomique et l'intensité de l'action physiologique (Thérapeutique générale, p. 45). Mais, dans les conditions actuelles, cet oubli a des conséquences encore plus importantes, parce que nous n'administrons pas les antizymotiques à des lapins normaux mais bien à l'homme malade. Je sais a priori que chez ce dernier certains organes peuvent montrer une sensibilité extraordinaire, d'autres un pouvoir de résistance anormal; je ne puis donc pas me laisser induire en erreur par des expériences séduisantes instituées chez l'animal aussi bien qu'in vitro et me baser sur elles pour administrer des médicaments antizymotiques à dose déterminée chez l'homme malade, car des facteurs tout à fait autres que dans mes expériences sont ici on jeu. C'est encore à

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