INDICATION DU MODE HYPODERMIQUE
sang artériel une plus grande quantité du médicament que la consigne n'en peut laisser passer dans un tempa donné. Le restant est retenu, temporairement emmagasiné, dans le foie, soit pour retourner de temps en temps à l'intestin par la bile, aoit pour entrer petit à petit dans le torrent artériel, soit peut-être pour être rendu inoiiensif en demeurant ponr toujours dans le foie. Les belles expériences de Nencki et de ses élèves à propos de la fistule de Eck (ligature de la veine porte et communication artificielle de celle-ci avec la veine cave inférieure), les recherches de PiCK, qui éliminait la fonction du foie en le nécrotisant presque d'emblée à l'aide d'une injection d'aeide sulfurique dilué dans le cholédoque, celles de Schupfer, de Giopkredi, ne laissent plus de doute à propos du rôle fixateur et protecteur du foie. Elles con6rment d'une manière éclatante ce que Heger, Schifp, Lad- TENBACH avaient avancé, il y a presque «ne vingtaine d'années. Vous comprendrez plus tard quel intérêt présentent tous ces faits surtout dans les cas d'adrainistratioa de sels de métaux lourds, lorsque vous connaîtrez la série de modifications causées dans les fonctions physiologiques de difi'érents organes importants par la présence de ces sels de métaux dans le sang; lorsqu'il vous apparaîtra clairement établi que leur présence trouble les fonctions du coeur, déprime lu tension sanguine, cause l'inflaminatioii des reing et que ces phénomènes ne se manifestent pas, ou du moins d'une façon peu caractérisée, qnand on recourt â l'usage interne.
Nous croyons donc que, tant que les effets thérapeutiques désirés puissent être obtenus par une autre voie tout aussi favorable et moins dangereuse, l'on ne peut nullement recommander, pour ce seul motif, Vapplù-ation 3ous-cutanée des seb de mercure et de fer dam le but d'obtenir des effets généraux.
Ce n'est pas que je veuille nier que, pour d'autres substances moins dangereuses, on ne puisse à priori considérer comme un avantage réel de pouvoir obtenir l'effet curateur, sans mettre à contribution le canal alimentaire, Le désir de faire collaborer celui-ci , sans aucune entrave , au rétablissement du patient et d'obtenir l'effet thérapeutique du médicament d'une manière tout aussi sûre et moins nuisible par la voie sous-cutanée est dicté par l'intérêt du malade. Mais l'expérience nous apprend que ce désir est un voeu qui ne saurait être exaucé. En effet, â supposer par ex. qu'on veuille obtenir un effet purgatif par l'injection aous-cutanée de certains médicaments, nous devrons recourir, pour les substances prescrites dans ce but, à des quantités .telles que l'injection hypodermiquesoit par là même rendue difficile, ou que le passage direct de ces produits dans le sang amène une rie d'effets non voulus et quelquefois même très désavantageux.
102 vm. rapLUENCB do lieu d'application sur la bêsorption.
Edlknbuko lui-même reconnaît qu'en fait tous les médicaments ne se prêtent pas à l'injection eous-cutanée. En s'exprimaut ainsi, il n'avait pas en vue les huiles et les matières grasses, dont il n'a été question pour l'injection sous-cutanée que dans ces dernières années '), et qui, quoique inoffensives en petites quantités, peuvent faire perdre l'appétit, et même amener la mort, lorsqu'elles sont injectées sous la peau en grandes quantités (Touvenaint). Eulbnburg n'avait en vue que les véritables solutions de médicaments, qui irritent trop fortement, qui peuvent entraîner l'inflammation , la nécrose du tissu cellulaire et même la suppuration. Dès lors il les regarde comme inutilisables hypodermiquement. En effet, si on peut leur reconnaître encore le mérite de répondre à. la condition du „cito et tuto" i! n'en est plus de même pour la condition .jucuude". L'injection sous-cutanée de pareils produits n'est permise que quand il ne se présente aucune autre voie par laquelle on puisse tout aussi bien et aussi vite obtenir l'effet thérapeutique désiré. „Salus aegri prima lex".
Nous devons encore faire ressortir un troisième et dernier désavantage, que présente quelquefois l'injection sous-cutanée. Il pourrait arriver, par exception, comme c'est arrivé un jour au professeur Nusbbaum, de Munich, de pénétrer, lors de l'engagement de l'aiguille sous la peau, dans une veinule et d'injecter ainsi directement le médicament dans le sang. L'action qu'on veut obtenir se manifeste alors presque aussitôt dans toute son intensité, mais parallèlement avec tous les dangers que cette injection comporte. Nous avons à peine besoin de vous dire ce que vous aurez à faire en pareille occurrence. Dans pareil cas vous devez vous efforcer d'arrêter sur le champ toute résorption ultérieure en appliquant au-dessus de la région d'injection un fort lien constricteur,
IV. Nous arrivons ainsi naturellement à la dernière manière d'administrer les médicaments, à la méthode intraveineuse. Dans la méthode hypodermique la résorption des substances solubles s'opère rapidement et sûrement pour toute la quantité injectée; mais tout ce qui a été administré ne passe pas d'un seul coup dans le saug. Dans la méthode intraveineuse l'absorption totale coïncide
') C'est un fait très remariiniible . ijue les hailes et même les substûores grasses, qni se solidifient aisément, pomma la paraffine, semblent être résorbées après l'in. jectioD souscntanée. Darëmdgrcï, Uuimokrt et Jucuf ont en effet Ironvf (les dépots dans la cavité péritouéale des substances grasasa, mâme de la paraffine, qu'ils avaient injecté souH la peau des animaux. Il s'agit ifi, comme l'on conçoit aisément, nullement d'une résorption . les huilas et les graisBos ne pouvant entrer en état de solntion dana l'eau ou les solutions aqueuses , et même, quand elles «e solidifient &pilemelit, ' ne pouvant être mÉlangéea avec l'ead, Il s'agit simplement d'uo transport vdritable la long des vaisseaux lymphatiques, comme Jucur vient do démontrer récemmeiit.
MODE D ADMINISTRATION INTRAVEINEUSE.
THrec radministration ; tout ce qui a été injecté passe instantanément dans le sang. C'est la méthode dont Gaspar Schott fit déjà mention il y a plus de deux siècles , et que nous employons de préférence dans nos expériences physiologiques et pharmacodynamiquea, lorsque nous voulons étudier l'action de produits chimiques circulant librement avec le courant sanguin. Mais dans la pratique l'injection intraveineuse de médicaments (qu'on fait de préférence dans une des veines du bras après une préparation préalable, ou en introduisant directement la seringue dans une des veinules du pli du coude, ou du dos de la main, après les avoir fait tuméfier par une légère compression) n'a été utilisée que rarement. On a injecté dans la veine, en caa de morsure de serpent, des sels ammoniacaux, dans les anémies aiguës et les intoxications des solutions salines physiologiques {0,6 à 0,8"/,,} et chez les cholériques parvenus au stade asphyxiquc , où existait l'oligo-hydrémie ou anhydrémie, sur les recommandations du Dr. Godeproy, des solutions très concentrées de chlorure sodique (lO"/,,).
Très récemment le Prof. Bacelli , de Rome , s'est déclaré partisan chaleureux de l'injection intraveineuse , partout où il s'agit d'obtenir un résultat net et immédiat dans le traitement de quelques maladies, dont le danger est imminent. Les effets thérapeutiques , obtenus diins ses observations par l'injection intraveineuse de quinine, de sublimé, dans le traitement des fièvres intermittentes pernicieuses, do la syphilis, de l'érysipèle etc. sont onneplusengageants. Il va sans dire pourtant, qu'on no peut employer pour l'injection intraveineuse que des doses très petites de ces médicaments héroiques , et que l'application de ce mode d'administration , dont le danger ne peut être contesté , doit être restreinte aux cas , qui se sont montrés rebelles aux traitements thérapeutiques ordinaires.
Noua avons ainsi suffisamment mis en relief l'influence du lieu d'application sur la quantité do médicament qui se résorbe. Il ressort clairement de ces considérations , et il est inutile de fournir à ce sujet de plus amples renseignements, quel rôle joue dans l'absorption l'état d'aggrfgatitm du remède employé. Appliqués en un seul et même endroit, les produits gazeux passent dans le sang avec facilité , les liquides moins facilement et parfois même pas du tout, et les solides ne peuvent se résorber qu'après dissolution. Conformément à cet exposé la vitesse de la résorption de substances solides (sels de lithium , de thallium) , mélangées à des substances grasses et administrées par injection sous-cutanée, est de beaucoup inférieure à celle de ces mêmes sels, injectés en solution aqueuse (Chapcis, Santori).
n n'est pas non plus nécessaire de nous arrêter longuement à
É (Quatrième condition , qui gouverne l'intensité de résorption de
104 VIII. INFLUENCE DU LIEU d' APPLICATION SUR LA RésORPTION.
Tun OU de l'autre remède appliqué sur le corps ou y ingéré. Cette quatrième condition se trouve, vous vous le rappellerez, dans les propriétés osmotiques des substances employées. Toutes autres circonstances égales d'ailleurs, la quantité d'un liquide résorbée sera directement proportionnelle à sa vitesse de diffusion. Vous comprenez ainsi aisément que, à supposer un même état d'aggrégation (liquide), un même endroit d'application et une même quantité adininistrée , la quantité résorbée de sulfates et phosphates, lentement diffusibles, sera moindre que celle des chlorures, nitrates etc. . . , rapidement diffusibles.