‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 43 sur 130 · IX. MODIFICATION DES MEDICAMENTS DANS L*ORGANISME · texte numérisé non relu

IX. MODIFICATION DES MEDICAMENTS DANS L*ORGANISME

duîre une faible quantité d'acide hydroquinone-sulfurique , mais la quantité en était tellement minime que j'hésite à considérer le résultat de cette expérience comme un fait absolument acquis. Nous ignorons certainement encore dans leur détails les moyens mis en oeuvre par l'organisme pour provoquer ces phénomènes de synthèse; nous ne savons pas encore si ces processus sont sous la dépendance des ferments sécrétés par la cellule ou bien sous celle du contenu cellulaire lui-même, mais les résultats des expériences instituées dans cette direction sont des plus encourageants. Et si les communications récentes de Lilienfeld se confirment, si Ton est réellement à même d'obtenir des substances qui ressemblent, on ne peut plus, aux peptones et aux albumines en condensant du glycocoUe et de Tester amidoacétyléthylique avec des esters d'une autre composition, le champ des expériences à ce sujet s'élargira encore beaucoup. Il n'est donc pas trop hasardeux d'espérer qu'il sera possible un jour de provoquer en dehors de l'organisme toutes les combinaisons synthétiques, qui s'y accomplissent, non seulement à l'aide de ces procédés artificiels, de ces températures élevées, par lesquels nous sommes à même de produire l'urée, l'acide hippurique, les acides sulfo-conjugués , mais aussi en nous servant des conditions spécifiques telles qu'elles sont réalisées dans l'organisme vivant lui-même.

Organes présidant i l' élimination dea médicaments:

IgUndes vraies, muqaeuse da tractus inteetinal. Rapport entre la quantité d'un médicament qui s'élimine et la v diffasion de ce médicament, ainsi que la présence aimoltanée de sabstancea facilement diffusibles. La ^kvatara del aangne" (lavage du sang) de Saniiuirico. Messieurs , dana notre dernière réunion , nous nous sommea ocpé des modifications qu'un médicament subit dans l'organisme l'endroit de son application et en detiors de celui-ci. Pour plui d'entre eux, il règne de l'incertitude quant au siège de ces transformations et quant à la quantité du médicament qui se trouve transformé. Nous pouvons en conclure que très souvent, dans la pratique, il nous sera impossible de prédire avec quelque certitude l'intensité avec laquelle s'exercera l'action éloignée, et cela même pour les médicaments dont noua connaissons dans tous leurs détails les transformations chimiques se passant dans l'organisme.

De plus, la quantité d!un médicament qui se trouve à un ] ment donné dans le sang, dans le cas où le médicament administré a passé dans ce dernier, dépend encore d'un troisième facteur, qui exerce son influence sur l'intensité de l'action générale ou éloignée. Nous faisons évidemment allusion à la quantité du médicament qui, à chaque mnmeni, est éliminée du sang et de l'organisme.

D'une manière générale, on peut diviser les agents pharœaeo- Tiumiques en deux groupes , eu tenant uompte de U* •■

128 X. ELIMINATION DES MEDICAMENTS DE l'ORGANISME

laquelle ils s'éliminent et de la quantité totale qui abandonne Torganisme ; dans le premier groupe viendront se ranger les médicaments qui sont retenus par l'organisme , et dans le second ceux qui sont rapidement et facilement éliminés. L'organisme accumule donc pour ainsi dire les premiers , tandis que vis-à-vis des seconds il joue le rôle d'un filtre. En tenant compte de cette différence, on donne aiix substances de la première catégorie le nom de médicaments organodépositoires ^ tandis que la dénomination de médicaments organodécurseurs est réservée à celles de la seconde catégorie. Mais je me hâte d'ajouter que je ne saurais vous nommer aucun médicament qui appartienne exclusivement à l'un de ces deux groupes. Ici, comme partout ailleurs, toute classification systématique est un moyen adjuvant indispensable, mais provisoire et insuffisant. Nous nous en servons pour satisfaire notre désir de mettre un certain ordre dans nos connaissances. Mais nous pouvons également affirmer que fous les médicaments ont à la fois des caractères organodépositoires et organodécurseurs, et que, pour les ranger dans l'un ou l'autre de ces deux groupes, nous examinons simplement si la majeure partie de la substance qui pénètre dans le sang séjourne longtemps dans l'organisme, ou bien si elle en est rapidement éliminée.

Parmi les médicaments organodépositoires nous rangeons par exemple les sels des métaux lourds et des métaux alcalino-ten'eux {magnésiam, calcium, etc.) qui sont emmagasinés en des endroits spéciaux et qui, en vertu d'une série de processus spéciaux, séjournent pendant un temps considérable, en assez forte quantité, dans l'organisme. Si nous suivons dans son trajet un sel métallique, qui, sous forme d'un composé soluble, passe de l'estomac et du canal intestinal dans le sang veineux revenant de ces organes, nous le retrouvons rapidement dans le foie. C'est là qu'il s'accumule en majeure partie; une faible quantité seulement passe dans le sang artériel. Mais bientôt une partie plus ou moins grande du sel métallique est soustraite au foie et se trouve entraînée par la bile vers l'intestin grêle , où le même cycle de phénomènes se répète. Une grande partie du sel, déversée par la bile dans l'intestin grêle, est de nouveau résorbée, transportée derechef au foie, pour passer encore une fois dans l'intestin grêle avec la bile, etc. Claude Bernard a donné à cette circulation le nom de circulation gastro-hépatique. L'aflSnité du foie pour le médicament, la forme sous laquelle il est sécrété par la bile, la facilité avec laquelle il est résorbé par la muquese intestinale: telles sont les diverses causes auxquelles doit être attribué le séjour prolongé de ces substances dans l'organisme. J'ajoute déjà dès maintenant ^que cette circulation gastro-hépatique ne s'ob-

MEDICAMENTS ORGAXODEPOSITOIKES ET ORGANODRCURSEUR-S. 129

"serve pas seulement pour les sels métalliques introduits directement dans l'estomac , mais également pour des composés qui , administrés différemment, pénètrent dans le sang par une autre voie. En effet , la muqueuse de l'estomac et de l'intestin se charge d'éliminer les combinaisons métalliques qui circulent dans le sang; dès lors ou conçoit qu'il doit être indifférent si des composés mercoriels, par exemple, sont injectés sous la peau ou s'ils sont administrés par voie interne: dans l'un cas comme dans l'autre on les retrouve dans le canal intestinal, et la circulation gastrohépatique peut exercer son influence en les retenant dans l'organisme pendant un temps plus ou moins prolongé. Seulement il importe de faire remarquer que ce n'est pas uniquement dans le foie que les sels métalliques s'accumulent; les os, les muscles, le systhne nerveux jouent le même rôle en retenant certains d'entre eux avec une prédilection spéciale.

Ces médicaments organodépositoires par excellence sont cependant aussi organodécurseurs. Les quantités entraînées par le courant artériel sont éliminées graduellement et insensiblement par les sécrétions intestinale, urinaire et cutanée; en outre, ce qui s'en trouve dans les intestins est éliminé en partie par les fèces, et ainsi petit à petit ta quantité de substance qui reste dans l'organisme, après avoir circulé dans le gang, va en diminuant de plus en plus.

Dans le groupe dœ médicaments organodfcvrsmrs il faut ranger les sels soliibhs des métattx alcalins et des alcaloïdes, les substances volatiles, etc. Leur élimination débute déjà peu de temps après leur passage dans le sang. Cependant eux aussi sont retenus par certains organes ou appareils et séjournent dans l'organisme pendant un temps plus long qu'on ne pourrait le supposer à priori. C'est ainsi, par exemple, que les glandes aalivaires présentent une affinité toute spéciale pour les iodures alcalins, dont ladiffusibilité est si considérable que déjà peu de moments après leur aifmiuistration par voie stomacale, on peut démontrer leur présence dans l'urine. Cette affinité est le point de départ d'une circulation analogue à celle que nous avons constatée pour les sels métalliques en vertu île leur affinité pour le foie. Les iodures alcalins, après leur excrétion par les glandes salivaires, sont de nouveau avalés et arrivent ainsi dans l'estomac eu même temps que la salive; là ils sont de nouveau résorbés par le sang, pour toe ensuite derechef éliminés par les glandes salivaires, etc. Ils parcourent donc ce cycle que l'on peut désigner sous le nom de circulation (jasti-o-snUvaire., et séjournent bien plus longtemps dans l'organisme que ne pourrait le faire supposer leur diffusion extrômelent rapide. Le même fait s'observe pour les chlorates, pour

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