ACTION DES MEDICAMENTS
la dilatation des pupilles, les cellules ganglionnairea de la moelle épinière, etc. Or, chez les individus très sensibles à ce médicameut, sujets à l'idiosyncrasie , une dose qui normalement n'influence que les cellules ganglionnaires de l'écorce cérébrale, le centre respiratoire , etc. , détermine en outre le vomissement , le rétrécissement pupillaire, et d'autres phénomènes encore.
c. Enfin quand, après l'adrainistration d'un médicament, nous observons , ou bien ries effets qui ne rentrent pas dins te cmire de son action phifsiologique et paraissent ne pouvoir lui être attribués, ou bien des effets qui sont entièrement l'opposé de l'action phi/siologique recherchée. Les effets surajoutés sont en génèr&l des affections riifânées. La connaissance de ces faits présente une importance très considérable pour le praticien. C'est ainsi qu'après l'usage de la quinine OQ voit survenir chez certains individus une éruption cutanée se reproduisant à chaque administration; elle peut se présenter chez des individus différents avec des wiractères très variables et peut être parfois très intense. Quand cette éruption s'accompagne d'une élévation de la température et de maux de gorge, que toute la peau est couverte d'un érythème scarlatiniforme et que l'épiderme se desquame plus tard sous forme de larges plaques, il sera parfois bien difficile de distinguer un érythème pareil de la scarlatine. Bien souvent dans ma pratique je me auia trouvé en présence de cas de ce genre, où le médecin traitant ne se doutait même pas que le médicament qu'il avait administré devait être rendu responsable de l'affection dont la nature et l'origine lui paraissaient inexplicables. La quinine , l 'arsenic , la morphine , le chloral , l'antipyrine et un grand nombre d'autres médicaments, la rhubarbe, le tannin, l'opiura, etc., peuvent déterminer l'apparition de ces érythèmes médicamenteux, et nous font parfois accroire que nous nous trouvons en présence d'une maladie nouvelle, qui s'est surajoutée à la maladie primitive. Au point de vue théorique comme au point de vue pratique, les effets rontmirea que peuvent produire quelques médicaments chez certains individus, ne sont pas moins inlérejjsanta. Bien qu'ils soient beaucoup plus rares que les effets surajoutés, ils ne laissent pas de frapper tout autant l'esprit de l'observateur. Les médicaments qui produisent les effets contraires appartiennent également au groupe des antipyrétiques; ce sont : la quinine , l'antipyrine , le salicylate de soude , etc. L'idiosyncrasie consiste en ce qu'après l'administration de ces médicaments ou observe non pas un abnissement de la température, comme à l'état normal , mais au contraire une augmentation de la température , accompagnée de symptômes fébriles manifestes, pouvant aller de pair avec l'éruption cutanée, mais se produisant aussi indépendamment de celle-ci.
FORMES l'RlNClPALKa D IDIOSYKCRASIE.
Arrétona-noiiB eu premier lieu aux effets surajoutés, consistant, comme nous l'avons dit, en éruptions cutanées. Ha font l'impression d'être des effets entièrement nouveaux , se manifestant chez certains individus prédisposés , et ne a' observant pas à l'état normal; c'est comme si les différences de réaction dont nous nous occupons en ce moment dépendaient de différences individuelles qualitatives. Toutefois cette conclusion est invraisemblable. Du moins, dans le cas de la quinine, par exemple, l'exagération de l'élimination de ce méiiicament par la surface cutanée et l'augmentation de la sensibilité de la peau sont parfaitement à môme d'expliquer la production de l'éruption. Ce qui démontre que c'est bien là la véritable cause, c'est que les ouvriers, qui travaillent dans les fabriques de quinine et dont par conséquent la peau est continuellement en contact intime avec ce produit eliimique, sont fréquemment atteints d'érythômes. En outre, Kosbnthal a constaté qu'en plougeant une région cutanée déterminée, par exemple la [>eau du bras, dans une solution de quinine, et en rendant plus intime le contact de la peau avec cette solution , grâce â l'action de l'électrieité (courant eataphorique) , il en résulte un exanthème manifeste. On peut donc expliquer la jiroduction de l'ôrythâme consécutif à l'ingestion de la quinine en invoquant l'élimination par la peau de quantités du médicament plus fortes que normalement et en admettant une sensibilité cutanée plus développée que d'habitude. II suffit donc d'admettre des différences individuelles quantitatives, et l'on n'est nullement obligé d'attribuer cette idiosyncrasie , comme d'aucuns l'ont fait, à une réaction anormale des vaso-moteurs ou de l'excitabihté réflexe. Ce que noua venons de dire pour la quinine s'applique, selon toute probabilité, aux autres substances que nous avons désignées. En ce qui concerne l'apparition de pustules d'acné sur le visage , sur la peau de la poitrine , du cou et des bras , à la suite de l'administration interne de préparations iodées et bromêes , éruption si souvent observée et souvent si gênante, nous savons avec certitude qu'elle est due à l'élimination de composés iodés et bromes par la peau, En effet, l'on constate assez facilement, par l'analyse chimique, leur présence dans le contenu des pustules. Les effets dits surajoutés ne sont donc des effets nouveaux qu'en apparence ; ils ne sont probablement dus qu'à l'exagération anormale de certains processus qui s'accomplissent également à l'état normal, mais qui passent inaperçus parce qu'ils sont trop peu marqués. Quant aux effets contraires, Us dépendent eux aussi d'une exagération de la sensibilité individuelle des organes ou des appareils, qui se distinguent par une affinité spéciale vis-à-vis du médicament admise. Bien que ces organes ou appareils aient eu général leur
146 XI. COMPLEXION DE l'oRGANISME ET ACTION MÉDICAMENTEUSE.
activité déprimée par ce médicament, bien qu'en abaissant la dose ces organes n'eu sont pas influencés du tout, il se peut que , grâce à une sensibilité individuelle , leur activité fonctionnelle soit augmentée par le médicament. C'est ainsi que Ahonsohn observa que chez les animaux l'injection d'une infusion de Foin stérilisée ou d'un autre agent infectieux détermine parfois un abaissement de la température, alors qu'en règle générale c'est, au contraire, une élévation qui survient. Cela résulte simplement de ce que, dans le dernier cas , les centres régulateurs de la température se trouvaient dans un état de sensibilité exagérée et que, sous l'influence de l'iufection, cette augmentation de la sensibilité a déterminé d'emblée une dépression de ces centres.
Toutes les manifestations d'idiosyncrasie peuvent donc être attribuées à une exagération de la sensibilité individuelle. Mais il n'est pas impossible que, dans certains cas, la cause de eesdifiërencee individuelles doive ê-tre recherchée dans une relation particulière entre la résorption et l'excrétion; de sorte qu'alors l'exagération de la sensibiUté n'est qu'apparente et qu'en réalité, par suite de ces conditions anormales , une quantité plus grande du médicament agit sur les organes et appareils. Avant d'examiner ce point avec plus de détails, il importe de vous signaler que nous sommes en droit de distinguer dans l'idîosyncrasie une variété congénitale et une variété acquise.
L'idiosyncrasie congénitale se rencontre chez les animaux et chez l'homme et persiste, chez uu individu donné, pendant toute la vie. Ainsi, certains animaux sont extrêmement sensibles vis-à-\'i8 de quelques poisons, tandis que d'autres supportent des doses considérables de ces poisons sans en éprouver le moindre inconvénient. C'est par l'idiosyncrasie qu'on explique que la grenouille est bieu plus sensible à l'action de la strychnine que les mammifères ; que , parmi les mammifères, le cerf, le singe, les rongeurs, l'homme, sont extrêmement sensibles à la jusquiame, tandis que la vache, la chèvre , le mouton et le cheval , supportent bien ce poison. L'idiosyncrasie congénitale ne s'observe pas seulement pour des espèces animales différentes , mais aussi pour des individus difTérenta appartenant à une même espèce , comme cela est surtout le cas chez l'homme. — Quant â l'idiosyncrasie acquise, elle se manifeste souvent d'une manière brusque à une certaine période de la vie; elle peut être temporaire et disparaître totalement , ou bien encore elle peut persister dans la suite.
Il n'est peut-être pas inutile de rappeler qu'on ne pourra jamais parler de phénomènes idiosyncrasiques , provoqués chez un individu donné par l'administration d'un médicament, si ce ml cament ne représente pas une substance toujours identique àt
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IDIOSYSORASIE APPARENTE. IDIOSYNCRASIE COSGÉNITALE. 147
même, aussi bien de nom que de fait. C'est ainsi que l'on peut, sans crainte de se tromper, attribuer un certain nombre de cas d'idiosyncrasie vis-à-vis de quelques simples, qui ont été publiés, à des différences dans la composition chimique de la plante employée. On conçoit en effet que colle-ci, croissant en ditféi-ents endroits et récoltée à diverses époques de l'année, ne peut être considérée comme une substance toujours identique à elle-même. Même par les corps cristallisés et chimiquement purs, tels que les alcaloïdes par exemple, on est loin d'être toujours sûr, — comme le démontre le regrettable empoisonnement par l'aconitine dont le docteur Meijer fut victime à Winschoten — qu'un médicament chimiquement pur soit absolument identique, au point de vue de sa composition chimique et de son action physiologique , au médicament délivré sous le môme nom par d'autres fabricants tout asasi honnête:^ et aussi dignes de confiance. Il est évident que, dans aucun de ces cas , il ne peut être question d'idiosyncrasie. Si j'ai signalé cette source possible d'erreurs, c'est que je suis convaincu qu'on est trop facilement porté à admettre l'existence d'une idiosyncraaie, sans s'ôtre assuré que le médicament administré au malade est absolument identique, par ses propriétés chimiques et physiologiques , à celui que nous avons voulu prescrire , et dont nous croyons connaître l'action d'une manière complète.
Revenons-en à présent à l'idiosyncrasie vraie et demandons-nous si Vidio»ijncrasie congénitale ne peut être iiroduite par des viarations spéciales survenant dans les phénomènes de résorption et d'excrétion. A priori, nous pouvons répoudre négativement à cette question. 11 s'agit dans l'espèce d'individus bien portants ou bien d'espèces animales déterminées possédant l'intégrité totale de toutes lea fonctions. Il n'existe donc aucune raison pour admettre chez eux une modification du rapport entre la résorption et l'excrétion , bien que cette modification puisse déterminer la circulation dans le sang et le contact avec les organes d'une plus grande quantité du médicament que chez d'autres individus, après l'administration de la même dose. Cependant un raisonnement a priori ne suffit pas pour trancher la question, et il faudrait pour le faire mie série de faits expérimentaux. Nous ne possédons à ce sujet que les expériences instituées par le Dr. Zwaardemaker en vue de déterminer la sensibilité des diverses espèces animales vis-à-vis du pliéitol et celles de Peyron, entreprises sous la direction de Richet, avec l'hydrogène sulfuré. Les expériences faites en vue de déterminer la dose mortelle et toxique de H, S ne permettent pas de résoudre aussi bien que celles instituées à l'aide du phénol la tion des rapports spéciaux pouvant exister entre la résorp-