‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 50 sur 130 · XI. COMPLEXIOM DR L ORGANISME ET ACTION MEDICAMENTEUSE · texte numérisé non relu

XI. COMPLEXIOM DR L ORGANISME ET ACTION MEDICAMENTEUSE

tion et l'excrétioii. Ed eÉEet, dans les premières, l'hydrogène sulfuré fut toujours inhalé et, eu pénétrant 'iirectement dans le sang, n'avait pas beaoin d'être résorbé; tandis que, dans les secondes, le phénol était administré aux animauic en lavages externes ou en injection sous-cutanée. De ces dernières expériences il résulte que la dose toxique du phénol varie considérablement pour des espèces animales diffiérontes. Tandis que les lapins peuvent absorber ce médicament à de très fortes doses avant de présenter des convulsions, chez les chiens, les rflts, les chats et les poissons , on détermine déjà des convulsions violentes et caractéristiques par l'administration de doses beaucoup moindres. Dans ses expériences, le Dr. ZwAARDEMAKEB empêcha l'influence de l'excrétion de se manifester en extirpant les reins de l'animal avant de lui administrer le poison ; d'autre part il élimina l'influence de la résorption eu injectant directement le poison dans le sang. Même après avoir établi ces conditions, la ditférence de sensibilité individuelle persistait sans modification sensible. Il semble donc résulter de ces expériences que l'idiosyncraaie , présentée par un certain nombre d'animaux vis-à-vis du phénol, ne dépond nullement d'une augmentation de la résorption, ni d'une diminution de l'excrétion.

Cependant ces résultats négatifs ne permettent pEis encore, sans preuves ultérieures, la conclusion que la sensibilité spéciale du système nerveux central des diverses espèces est la cause exclusive des dilTérences observées. Les reins ne constituent probablement pas la seule voie par laquelle le phénol quitte l'organisme. Il est vraisemblable que les poumons, le canal intestinal et les glandes, contribuent à cette élimination, et, dans les expériences signalées, on n'a pas suffisamment tenu compte de la possibilité de l'éliniination par ces voies. Or, ces voies d'élimination importent d'autant plus qu'elles diffèrent, non seulement chez les animaux diSérents, mais encore chez le même animal d'après la forme différente , sous laquelle le poison est appliqué , comme nous le verrons plus tard en traitant des sels d'argent. Abstraction faite de cette cause d'erreur, il faut encore se demander si les phénomènes de synthèse subis dans l'organisme par le phénol sont qualitativement et quantitativement les mêmes chez tous les animaux. En admettant que ces synthèses puissent varier, tant au point de vue de leur nature que de leur intensité, on peut rapporter peut-être la sensibilité plus ou moins grande à des diflérences quantitatives ou qualitatives de ces processus synthétiques; car on se rappelle que les produits résultant de la synthèse (acide phénolsulfurique , acide pbénolglycuronique, etc.) sont moins toxiques que la substance primitive. Nous avons d'autant plus le droit de considérer ces différences comme une cause possible des idiosynerasies congénil

)8 du- I

IDIOSYMCRASIE CONGBNITALB. IDI09YNCRA9IB ACQUISE.

'tpie nous conDftifiBons les difl^rencea subtiles de la désaasimilation par lesquelles certains individus et certaines espèces animales se distinguent les uns des autres. Qu'on songe seulement , pour ne citer qu'un exemple, aux différentes matières odorantes d'origine animale; le cbien sent son maître à des quantités infinitésimales d'une substance odorante produite par celui-ci et encore inconnue jusqu'ici. Si nous considérons d'une part les herbivores et d'autre part les carnivores, nous savons que la présence dans le sang des carnivores d'une plus grande quantité d'ammoniaque, résultant de leur alimentation plus azotée, rend parfaitement compte de la manière différente dont se comportent les animaux appartenant à ces deux classes quand on leur introduit dans l'estomac des quantités considérables d'acides dilués. Et si ces exemples ne suffisent pas encore, qu'on se rappelle l'acide cynurénîque, qui ne se trouve que dans l'urine du chien; qu'on se rappelle la diversité des produits synthétiques qui se forment aux dépens du furfurol, de la phénacétine, etc. chez les diverses espèces animales: aux dépens de la phénacétine, par exemple, se forme chez les lapins du paraamidobenzol , chez les chiens de l'acide quinétonique et chez les oiseaux des produits synthétiques d'autre nature encore.

Ce n'est pas cependant que noua veuilliona mettre en doute l'existence d'une réaction spécifique de certains organes ou appareils , notamment de certaines parties du système nerveux central, chez des espèces animales ou des individus déterminés. Nous sommes au contraire convaincu que c'est dans cette sensibilité individuelle toute i spéciale qu'il faut rechercher, dans bien des cas , la cause de l'idio- Ticrasie congénitale et les expériences intéressantes de Scofone nr la toxicité différente de la digitaline chez des espèces animales diverses, sur lesquelles nous aurons à revenir en nous occupant de l'immunité, ne font que confirmer cette conviction. Nous voulions simplement vous avertir d'être sur vos gardes en admettant cette sensibilité individuelle, dont il est parfois si difficile de se rendre un compte exact , et vous montrer que dans un organisme aussi compliqué que l'est l'organisme animal, le même résultat peut être atteint par des voies bien différentes.

A côté de l'idiosyncrasie congénitale, on rencontre l'idiosyncrasie acquise ; celle-ci , après avoir persisté pendant un temps plus ou moins long , peut disparaître sans laisser de traces. En tenant compte des circonstances étiologiques sous l'influence desquelles elle prend naissance, noua pouvons distinguer 3 v;iriôi<!'y d'iiiiusyncrasie acquise, correspondant à celles que nons Tt' ii pour l'immunité:

1". l'idiosyncrasie survenant û . wiistancfs spéciales;

2°. celle résultant de V-im MicamerUi

150 XI. COMPLEXIOS DE L'oHGANISME ET ACTION HEDICAMENTECSE.

3°. enfîn, celle qui s'observe quand il se trouve Kimuitanêmmt dans rorganisme une svhstattce agissant dans le même sens que le médicament.

L'idiosyncrasie acquise , qui s'observe à la suite de cirronstatices spécialfs , peut résulter en premier lieu de ce que la résorption des raédicamenta administrés est plus rapide et plus complète , tanâis <\\ie. l'excrétion est plus lente et plus incomplète qu'à l'état normal. Bans les deux cas la quantité du médicament venant en contact avec les organes ou appareils sensibles à ce médicament sera évidemment plus grande que la dose administrée ne pourrait le faire prévoir. Ainsi les sujets atteints d'hyperchlorhydrie seront beaucoup plus sensibles à des médicaments solubles dans l'acide chlorhydrique , et administrés par la voie stomacale , que des sujets dont le suc gastrique est normal. Les composés mercuriels, tels que le calomel, ne seront tolérés par eux qu'à des doses beaucoup moindres qu'à l'état normal , parce qu'en cas d'hyperchlorhydrie une bien plus forte quantité de calomel est transformée en sublimé et résorbée comme tel. Cette augmentation de la sécrétion d'acide chlorhydrique se produit également chez les personnes habituées à manger des mets très salés , par ex. les matelots ; aussi observet-on encore chez eux une sensibilité spéciale vis-à-vis du calomel , parce qu'en vertu de k présence dans l'estomac d'une plus grande quantité d'acide chlorhydrique et de chlorure de sodium , la formation de composés de mercure solubles et facilement abaorbables 66 trouve favorisée.

D'un autre côté, il est facile de se rendre compte comment, à la suite de maladies temporaires du rein par exemple, le retard et l'insuffisance momentanés de l'excrétion favorisent l'accumulation de médicaments dont la résorption s'effectue sans rencontrer d'entraves, et comment, par conséquent, peuvent s'établir des phénomènes d'idiosyncrasie temporaire pour un médicament dont l'élimination se fait surtout par les reins. Il en résulte que le praticien devra se montrer dans ces circonstances extrêmement prudent dans l'administration des médicaments énergiques, car même des doses faibles peuvent déterminer chez ces individus des phénomènes toxiques.

Les circonstances spéciales, auxquelles nous faisons ici allusion , peuvent résulter également de l'état anormal , dans lequel se trouvent, par suite d'une affection morbide, certains organes ou appareils se distinguant par une affinité élective pour le médicament administré, et présentant par conséquent une sensibilité exagérée. Il faut probablement expliquer de cette manière une série d'idiosyncrasies, contre lesquelles le médecin a à lutter quand il prescrit des purgatifs ou d'autres médicaments , et qui se manifestent par

FORMES PRINCIPALES D IDI08YNCRASIE ACQUISE,

lausées, des voraissemeiita ou d'autres effets encore, bien que ces phénomènes ne s'observent pas en général après l'administration d'une petite rioae de ces siibRtances. L'état maladif de l'individu est cause que la muqueuse stomacale , le centre du vomissement , ainsi que d'autres organes ou appareils présentent une sensibilité exagérée , et c'est à elle que l'on doit attribuer les effets désagréables surajoutés. Le mécanisme de cette idiosyncrasie n'a guère été éclairé par des recherches expérimentales. Nous n'en fûmes que plus frappé par le fait suivant; des pigeons, chez lesquels on provoque un certain degré d'asphyxie en les maintenant dans un espace clos et qui doivent, d'après Claude Bernard, présenter une diminution de la résorption sous l'influence de cett« asphyxie, sont au début beaucoup plus sensibles à l'action de l'apomorphine qu'à l'état normal. A ce moment, les symptômes d'empoisonnement, tels que le vomissement, le picotement, etc., surviennent beaucoup plus rapidement et sont beaucoup plus intenses chez l'animal en état d'asphyxie, même après une dose tuoindre, qu'à l'état normal. La cause en doit uniquement être attribuée il une excitabilité plus grande du centre du vomissement déterminée par l'asphyxie.

Cependant il est parfois totalement impossible de déterminer d'une manière précise les circonstances particulières d'où résulte une idiosyncrasie temporaire ou acquise. C'est ainsi que, pour ma part, je ne saurais rendre compte de la modification qui s'opÔre dans l'organisme pour déterminer chez beaucoup d'individus, et entre autres chez moi-même depuis quelques années, l'apparition d'une éruption d'urticaire après l'ingestion de fraises.

J'ai l'intention de vous entretenir plus tard de l'idhsynerasie due. à remploi prolonge du même médicament, quand je m'occuperai de l'inminnité par habitude. On a donné avec raison à cette variété d 'idiosyncrasie le nom d'action cumulative.

Enfin , il nous reste à parler de cette forme d'idioin/ncrasie acquise qui résulte de la présence dans Volcanisme d'une substance agisiant dans la même direction jt/s/eni^rf/cam»!/ administré. Les organes et appareils sont déjà influencés par la première substance dans le sens même oii agira le médicament que l'on désire administrer, et il va de soi qu'il suffira de doses beaucoup plus faibles de ce dernier , pour obtenir un effet thérapeutique ou toxique déterminé, qu'il n'en faudrait si ces organes ou appareils n'avaient antérieurement été influencés par aucun médicament. Ainsi, chez l'homme comme chez les animaux, il suffira d'une quantité beaucoup moindre de chloroforme que d'habitude pour déterminer l'anesthéâie complète, quand on aura administré au préalable la morphine, surtout si celle-ci est donnée sous forme d'injection hypo- ^^^^rmique. D'après certains auteurs , cette méthode d'administra-

152 XI. COMPLEXION DE l'orGANISME ET ACTION MÉDICAMENTEUSE.

tion du chloroforme pourrait même exposer à des dangers qui ne sont nullement à craindre en cas de chloroformisation non précédée d'une injection de morphine. L'idiosyncrasie qui s'observe dans ces cas est donc entièrement momentanée. A ce sujet, je me rappelle une dame de ma clientèle qui réclamait le soir une petite injection de morphine, parce que l'expérience lui avait appris que , dans ce cas , il lui suffisait de prendre une petite dose de chloral pour dormir d'un sommeil profond et parfaitement calme. En vertu du même phénomène, l'action de la pilocarpine se trouve favorisée par l'administration préalable de boissons chaudes, etc. Comme ces idiosyncrasies transitoires sont très souvent à l'avantage du malade, on ne considère pas en général cette augmentation artificielle de la sensibilité comme une véritable idiosyncrasie. Cependant c'est bien là sa vraie signification, et elle pourrait donner lieu à des suites désagréables pour le malade, si le médecin administrait, dans ces cas, par imprudence ou par imprévoyance, les doses ordinaires de certains médicaments.

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