‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 52 sur 130 · IMMUNITÉ CONGÉNITALE ET SON EXPLICATION · texte numérisé non relu

IMMUNITÉ CONGÉNITALE ET SON EXPLICATION

toxiques dea plus manifestes. Un cas intéressant d'intoxication par l'atropine a produit autrefois en Angleterre une grande sensation: toute une famille fut empoisonnée par l'ingestion de chair de lapins, qui s'étaient abondamment nourris pendant leur vie de feuilles de belladone. Noue ne connaissons pas de produits synthétiques spéciaux qui se formeraient dans le corps du lapin aux dépens de l'atropine. Elle s'élimine sans avoir subi des changements molécnlaires , de sorte que nous sommes obligés de chercher Vesplication de cette immunité dans une toUrance spéciale guepréaeiiteraient certains orgnnfs ou appareils du lapin. Nous savons aujourd'hui que les appareils inhibitifs du coeur sont paralysés par l'atropine et que chez les lapins, comme le démontre la fréquence excessive des battements cardiaques à l'état normal, il n'existe pas  proprement parler un tonus de ces appareils inhibitifs. Ceux-ci ne sont donc pas influencés par l'atropine, puisqu'ils sont trop peu sensibles ou, si vous préférer, puisqu'ils doivent déjà 6tre considérés à l'état normal comme paralysés, comme dépourvus de tonus. Cette circonstance ne nous fournit cependant qu'une explication imparfaite, puisque nous ignorons jusqu'ici, de la manière la plus absolue, pourquoi les appareils glandulaires, la moelle êpinière et le cerveau des lapins sont relativement si insensibles à l'atropine. Les recherches expérimentales, instituées par Scofove, dans le but d'éclaircir la sensibilité différente des animaux vis-à-vis de la digitaline n'ont pas abouti à des résult-ats décisifs. Tour-àtour il s'est convaincu que ni la classe zoologique, à laquelle les animaux appartenaient, ni une accoutumance naturelle par suite de la présence dans leur milieu intérieur d'un venin, agissant dans le m&me sens que la digitaline, ni la destruction delà digitaline dans leur organisme, ni sa rétention par lefoie, ni enfin des propriétés antitoxiques du sang, ne pouvaient être considérées comme les causes déterminantes de cette sensibilité différente. C'est donc de nouveau dans l'insensibilité spéciale des organes du rat, de la couleuvre etc., qu'il faut chercher l'explication du phénomène, mais il saute aux yeux que cette explication est nulle, tant que nous ne pouvons pas désigner ces organes avec certitude. Dana d'autres cas, au contraire, la cause de l'immunité nous est beaucoup mieux connue. L'action toxique de l'oxyde do carbone, par exemple, étant due à la combinaison qu'il forme avec l'hémoglobine, l'on conçoit aisément que les insectes, ainsi que d'autres animaux, dont le sang ne renferme pas d'hémoglobine, l'ésistent à l'action toxique de l'oxyde de carbone.

Les relations existant entre la résorption et l'excrétion peuvent ansai, dans certains cas, être la cause d'une immunité congénitale. En

156 XII. GOMPLEXION DE l'oRGANISME ET ACTION MÉDlCAMEKTStlSE.

à l'intérinir, tandis que lea oiseaux ne le supportent pas. C'est que, chez les premiers, l'excrétion se fait dans les mêmes proportious que l'absorption , et la quantité de eurare qui circule dans le milieu intérieur est trop faible pour déterminer des empoisonnements ; chez les oiseaux , au contraire , la résorption s'accomplit d'une façon beaucoup plus active que l'excrétion et dès lors la quantité de curare arrivant dans le „milieu intérieur" est suffisante pour provoquer les phénomènes d'intoxication qui caractérisent ce poison.

On peut conclure de ce fait qu'ici aussi on ne saurait assez se prémunir contre les conclusions et les généralisations trop hâtives, et je ne puis négliger de vous rappeler que chaque cas d'immunité , observé chez une espèce animale déterminée ou chez certains individus appartenant à une même espèce , doit être étudié et analysé en particulier.

Et ce que je voudrais souligner en outre, c'est que dans tous les exemples cités d'immunité naturelle il ne s'agit jamais d'une insensibilité absolue de l'individu vis-à-vis d'un poison, mais d'une insensibilité relative, de sorte que la différence entre les individus divers n'est qu'une différence quantitative, et qu'il suffît d'élever les doses, pour faire disparaître le phénomène de l'immunité congénitale.

L'immunité acquise temporaire > sut laquelle nous désirona en ce moment attirer votre attention, peut naître;

1". par suite de certaines circonstances particulières;

2°. par habitude;

3°. par suite d'un autre poison circulant déjà dans l'organisme et dont les effets nont covtraireB à ceux du médicament administré.

La connaissance des détails se rapportant à l'immunité acquise est en général plus importante pour le praticien que celle des faits concernant l'immunité congénitale.

1". L'immunité, qui dépend de certaines circonstances spéciales, est souvent en rapport avec une résorption entravée ou diminuée et coïncide bien rarement avec tme rapidité plus grande de l'excrétion. C'est certainement en partie à la première de ces causes qu'il faut attribuer la tolérance que manifestent certains indieidus a/faiblis pour des doses d'un médicament qui présenteraient certainement du danger pour des individus vigoureux et normaux. Ainsi, dans la période d'asphyxie du choléra, on peut sans inconvénient injecter au malade de fortes doses de utrychnine sous la peau, ou bien lui administrer des doses énormes d'alcool. Ce n'est qu'à la période de réaction, lorsque la circulation et avec elle la résorption reviennent à l'état normal , que se manifeste l'action des poisons antérieurement introduits dans l'organisme. Lea chevaux auxquels on a lié le pylore , tolèrent la présence de fortes quantités d|

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