‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 58 sur 130 · ANTAGONISME RECIPROQUE ET APPAREST · texte numérisé non relu

ANTAGONISME RECIPROQUE ET APPAREST

l'arrêt diastolique provoqué par la muscarine, il persiste et ne disparaît que grâce à Temploi de l'atropiue ou de la pliyaostigmine. L'explication qu'on a donnée de ces faits se comprend le plus facilement grâce au schéma cicontre. On suppose que les deux alcaloïdes en question, la nicotine et la muscarine, agissent sur deux appareils spéciaux, parfaitement différenciés , situés dans le coeur. L'action de la nicotine s'exercerait sur V's (trajet du nerf vague dans le coeur), qui serait primitivement excité et puis paralysé ; la muscarine, au contraire, porterait son action sur V (le centre intracardiaque du pneumogastrique), qui resterait excité d'une manière permanente.

Comme on le voit, en !" admettant deux appareils différents dont la fonction physiologique on explique d'une manière assez simple l'arrôt du coeur déterminé par la nicotine ou la muscarine, et on rend compte de l'antagonisme apparent de ces deux substances. Cette exphcation est en harmonie avec l'affinité élective qui s'observe entre certains appareils physiologiques et certaines substances chimiques déterminées; elle s'applique également „inutatis mutandis" à la réaction du coeur do grenouille vis-à-vis delà digitaline 6t <\e\a, saponine. Cela démontre qu'il ne faut admettre les effets antagonistes qu'avec I une extrême prudence et, en préeeuce des sérieuses difficultés que ésente ce sujet, on conçoit que la littérature médicale abonde observations qui se contredisent. Ce qui rend les observations Kencore plus contradictoires, c'est que les divers observateurs n'ont KpftB toujours employé des substances de composition identique, que portant le même nom; qu'en outre les expériences ont Été instituées à des saisons différentes, sur des animaux différents, et parfois d'une manière différente, alors même que l'étude avait porté sur un organe isolé d'un animal déterminé (coeur de gre- I ttouille).

Si de nombreux travaux ont été publiés sur l'antagonisme des I médicaments, il n'existe par contre que fort peu de recherches

V» ^ tronc du pneun V's ^ pneamagaHtriqiie V ^ centre du pnaumognatrique il M =:: centre m oscalo moteur.

ËE =: Sbres nerveueee se rendant ai H = muscle cardiaque.

A' A ^ nerf acciUrateur.

178 Xni. OONTRSPOISONS. THSORIB DB l'aCTIOK MSDICAMBMTBUSB.

faites en vue d'étadier ViMeHon simultanée sur on organe de deux médicaments exerçant one action antagoniste. S'il s'agissait ici simplement d*effets mécaniques, le problème serait aussi simple que celui du parallélogramme des forces; l'action simultanée de deux médicaments antagonistes agissant avec la même force sur un organe donné ne serait suivie d'aucun efifet, car les actions A et B s^annihileraient réciproquement. Mais les choses ne se passent pas d'une manière aussi simple. Même quand il s'agit du problème sous sa forme la plus simple, c'est-à-dire quand on laisse agir simultanément sur un ferment des substances antagonistiques (chlorure de potasse et sels de quinine, chlorure d'ammonium et curare), le processus normal de la fermentation est toujours troublé. En règle générale, on observe un accroissement ou un abaissement de la fermentation, en rapport avec les quantités des substances appliquées , et ce résultat final représente presque toujours la moyenne arithmétique des résultats obtenus par l'application isolée des substances en question. Mais lorsque nous voulons étudier cette action simultanée des substances antagonistes sur l'organisme animal, le problème devient de plus en plus compliqué , et il faut absolument restreindre toutes les expériences de ce genre à des organes isolés , si l'on veut aboutir à un résultat auquel on puisse se fier et dont la signification soit assez précise. Eh bien! ni dans les expériences de Bruxton sur les fibres musculaires striées, ni dans les nôtres sur le coeur isolé de grenouille, il n'a jamais été question de l'absence de toute réaction. Dans les expériences sur l'action de la quinine ou de la muscarine, appliquées simultanément avec la digitaline sur le coeur isolé de la grenouille (par la voie de la circulation sanguine). Ton parvient à démontrer que dans ces circonstances un effet réellement antagonistique , c.-à.-d. tel que l'action paralysante d^un poison déterminé (quinine, muscarine) disparait, ne peut être obtenu que par Inapplication simultanée de solutions de force moifenne du poison paralysant et de solutions trh diluées du poison excitant. Le degré de la dilution ne peut pas être déterminé d'avance. En instituant ces expériences, on est on ne peut plus frappé du fait inattendu que les effets antagonistes les plus puissants sont obtenus par des solutions du poison excitant tellement diluées qu'administrées isolément elles semblent presque être dépourvues d'action ou n'agir que très i la longue. En employant cette combinaison favorable de deux antagonistes, l'effet obtenu est entièrement nouveau el Ton M. p>eut plus y Tvconnaitre l'action des antagonistes iaotf enti>^ dans la combinais^tn. C'est comme si Foii un autre médicament. En effet la quantité dn o lysant (^quinine . muscarine) , que le ooeur de J

PHÉNOMÈflKS I

NTAGONISME.

BBppCffter 80US ces couditions sans eu être atteint , surpasse tellement la dose mortelle du poison, appliqué isolément, que l'on pourrait presque parler d'uue immunité à l'égard de celui-ci. Mais même au cas où les proportions ne sout pas si favorables, où la dose de l'antagoniste (digitaline) est telle que l'excitation est absente , et que l'action paralysante semble être plutôt accrue que diminuée, l'actiou autagonistique néanmoins ne se désavoue pas. Elle entre en scène du moment que l'on cesse l'afflux du sang empoisonné et qu'on cherche à rétablir le jeu de l'organe, en lui procurant du sang normal. Alors l'organe se rétablit presque tout à coup, en quelques minutes, de l'action nocive simultanée des deux médicaments antagonistes, tandis que ce rétablissement exige plusieurs heures et ne se produit que très lentement au cas où le coeur avait été seulement atteint par le poison paralysant. Comme chaque organe ou élément d'un organe possède une structure moléculaire qui lui est propre et est un être vivant „sni generis", on ne peut évidemment pas baser sur de pareilles expériences des

Lclusions générales.

.Avant d'aller plus loin, nous devons voua parler d'uue théorie

.près laquelle chaque merfwrumeM' semii jusqu'à un certain pointsoH 'propre contr^oiso/i. D'après cette théorie, la différence entre faction excilanle el l'action paralysante ne serait pus essentielle; elle ne dépendrait pas de la nature de la substance , mais résulterait de différences quantitatives , en d'autres termes elle dépendrait de la quantité du médicament qui a agi sur l'organe. Il est indiscutable que toute excitation, quelle que soit sa nature, quand elle est trop intense ou qu'elle s'est prolongée pendant un temps trop long, dépasse son but et entraîne l'épuisement. Ceiteioi biologique , â laquelle Arndt a donné le nom de loi biologique fondamentale, et qui tient aussi compte de l'irritabilité variable, s'applique également à l'emploi des médicameutâ excitants. Quand un organe a été soumis à leur action pendant trop longtemps ou que l'excitation a été trop intense , cet organe s'épuise et son activité est déprimée ; on voit alors l'action du médicameut se manifester par une paralysie. Mais si la théorie énoncée plus haut était exacte, le phénomène inverse devrait pouvoir s'observer; c'est-à-dire que tous les médicaments paralysants devraient déterminer des symptômes d'excitation sur l'orçane influencé, quand on les administre à doses extrêmement petites. Or, c'est là un fait très discutable. Il est bien vrai que certaines substances, connues comme détemii-

it des effets paralysants, provoquent, au contraire, des phéno-

'a dose administrée en est diminuée

bydrjque, dilué dans la concen-

ilumentla fermentation acétique

180 Xni. CONTREPOISONS. THÉORIE DE l' ACTION UÉDICAMKNTEUSB. J

de l'alcool, produite par le mycodenna acetî, tandis qu'une coïC^ eentratioii de 0.01 —0,02 la favorise d'une manière évidente (Hibsch- BBRO). Ainsi, le sublimé, l'iode, le brome, l'acide chromique, l'acide arsénieux exercent, â haute dose, une action défavorable sur les cellules de la levure, et se comportent vis-à-vîa d'elles comme des poisons; et cependant les recherches de Hugo Schulz et BiERSACKi ont démontré qu'à dose très faible (1 : 600.000 ou 1 : 700,000) ces diverses substances rendent les processus de fermentation plus actifs. De même U. Mosso a constaté dernièrement l'influence éminemment avantageuse des solutions très diluées de quelques alcaloïdes (0.0005"/, pour l'atropine, 0.001 pour la morphine, 0.005 pour la strychnine) sur la germination des semences de phaseolus multiflorus et leur développement ultérieur. Enfin, Alms a cru pouvoir observer , de même que Rossbach , qu'après l'action de très petites doses d'atropine et de cocaïue, il se produisait une petite excitation du côté de la pupille se manifestant par un léger rétrécissement.

Cependant ces faits isolés , obtenus surtout sur des organismes végétaux et sur des ferments , ne justifient pas jusqu'ici la théorie dont nous parlons. Il n'est point permis de déduire des conclusions générales de ces quelques cas particuliers, tant qu'on n'a pas démontré que toutes les substances paralysantes sans distinction se comportent d'une manière identique. Or, une grande partie de celles-ci se comportent de toute autre manière. Ainsi, aucun fait ne démontre jusqu'ici que de très petites doses de sels de plomb excitent l'activité des libres musculaires striées, ou que de très petites doses de curare excitent les terminaisons nerveuses motrices , ou bien encore que des doses infinitésimales de cbloral ou de bromure de potassium excitent les cellules ganglionnaires du cerveau et de la moelle. Jusqu'ici c'est l'opposé qui paraît être la vérité, et ceux qui ont cherché à résoudre cette question en expérimentant sur des organes ou sur des éléments physiologiques isolée mais où la vie persiste, ne .sont pas parvenus à démontrer que ces substances qui dépriment l'activité des organes peuvent exciter celle-ci, quand ils agissent à dose infinitésimale. Mais, convenonsen, cette question si importante est un sujet d'étude qui ne sera pas épuisé de sitôt, et, ne l'oublions pas, les résultats négatifs obtenus jusqu'ici sont peut-être dus à. notre ignorance de la quantité du médicament paralysant, qu'il faut appliquer pour voir apparaître l'action stimulante.

Si nous groupons les faits que nous venons d'exposer relativement à l'antagonisme des médicaments, nous pouvons établir les propositions suivantes:

1*. Les organes ou éléments organiques peiivmt réagir dans i

HATrRB DESPROC. CHIM. qVl ACCOMPAGNENT l'aCT. MÉDICAMENTEUSE. 181

directions opposées sorts l'influence de l'administration .successive de deux médicaments différents. Le premier de ces médicaments peut augmenter leur activité, tandis que le secoiid peut la diminuer, et inversement. L'existence de l'antagonisme réciproque doit être cotisidérée comme démontrée.

2". Des sub.'fiatices chimiques qui provoquent une exagération deVactivité des organes ou des appareils peuvent conduire à Vépuisement de ceux-ci, quand elles sont administrées à dose trop forte ou quand leur emploi est trop longtemps prolongé.

3". Certaines substances chimiques, dont Faction se manifeste par une diminution de l'activité des organes ou des appareils, déterminent des phénomènes d'excitation quand on les etnploie à dose extrêmement faible ou pendant un temps tris court. D'autres substances chitntques, même dans ces circonstances spéciales, déterminent la diminution de Vactivité, fout au plus laissent-elles la fonction de l'organe intacte,, mais sont pas à même d'augmenter son activité.

Voyons maintenant quelle explication nous pouvons donner iSe ces faits et, d'une manière générale, quelle idée nous devons nous faire de l'action médicamenteuse. La vie de la cellule n'est qu'un enchaînement de processus chimiques d'une nature particulière. Quand une substance chimique exagère l'activité fonctionnelle de la cellule , quand une autre la diminue , à quoi faut-il attribuer ces modifications dans les processus chimiques? Tiennentrclles à ce que la substance chimique pénètre dans !a substance intime de l'élément cellulaire et s'y combine avec les éléments chimiques essentiels , de manière à donner lieu à une combinaison chimique fixe? Ou bien n'intervient-il pas ici d'autres processus? C'est la première question qui se pose à notre esprit.

Mais elle est plus facile à poser qu'à résoudre. H faut avant tout qu'on 86 rende exactement compte de ce qu'il faut entendre par combinaison chimique fixe. Si l'on entend par là des combinaisons comme il s'en forme quand on met en présence le sulfate de soude et le chlorure de baryum on bien les iodures alcalins et le nitrate d'argent, on peut répondre négativement à la question, au moins en ce qui concerne l'action éloignée ou générale, qui est celle dont nous nous occupons pour le moment.

Voici d'abord ce que les faits nous apprennent au sujet des médicaments excitants: \°. ils agissent aussi bien sur les organes au repos que sur les organes fatigués ; 2°, souvent les produits synthétiques auxquels ils donnent naissance ne diffèrent pas de ceux qui dérivent des médicaments paralysants (ainsi le phénol, poison convulsivant , et l'hydrate de chloral, poison paralysant, se combinent tous deux à l'acide glycuronique); 3°. tout médicament «citant finit par épuiser l'organe ou l'élément physiologique sur

lequel il agit, si son action se prolonge.

contradiction formelle avec la théorie émise par quelques auteurs, d'après laquelle les médicaments excitauts ae porteraient sur les produits de désaasimilation résultant du fonctionnement de la Iule et formeraient avec ces substances résultant de la fal une combinaison chimique fixe.

D'antre part , l'expérience démontre que l'élément physiologique , paralysé par l'action d'un poison , revient très facilement et très rapidement à l'état nonnal , soit sans aucune intervention , soit sous l'influence d'un médieanacnt excitant. Ce fait est en opposition avec la théorie qui attribue l'action paralysante d'un médicament à la formation d'une combinaison fixe des éléments constituants spécifiques de la cellule avec le médicament paralymiil.

Mais à côté des processus chimiques grossiers — ai je puis m'exprimer ainsi — que nous venons de signaler, nous en connaissons toute une série d'autres, grâce auxquels se produisent dans la cellule des altérations moléculaires d'une nature plus délicate. Sans nous prononcer sur leur nature , nous pouvons cependant dire qu'ils présentent, en première ligne, un rapport intime avec les phénomènes normaux de décomposition et de combinaison, qui se manifestent dans les éléments physiologiques quand ceux-ci fonctionnent régulièrement ou qu'ils se fatiguent. En second lieu ces processus devront être tels qu'une dose relativement très petite du médicament puisse déterminer an effet très manifeste, et que néanmoins l'intensité de l'effet obtenu soit proportionnelle à la dose administrée.

Les processus chimiques qni se rapprochent le plus de ceux que nous venons de définir sont les fermentations, appelées encore processus catalytiques. Tout récemment encore, les recherches de Sullivan et Thompson nous ont appris à connaître l'invertase, ce ferment, dont nous pouvons exagérer et diminuer l'action en le mettant en présence de substances chimiques diverses, comme nous venons d'exposer il n'y a qu'un instant. Eh bien! cette invertase nous représente le type d'une substance chimique (albuminoïde), qui à faible dose peut produire une action intense, et dont les effets sont proportionnels à la quantité de substance employée. Les remarquables recherches de Ostwald sur les phénomènes autocatalytiques jettent un jour nouveau sur la question qui nous occupe; en effet, il s'agit ici de processus qui s'accomplissent sans l'intervention de ferments. Ostwald a constaté que l'acide ^-oxyvalérianique en solution se transforme de lui-même en lactone; c'est donc bien un phénomène autocatalytique. La présence d'un acide dans la solution semble favoriser puissamment cette transformation , tandis que celle d'un sel neutre de l'acide /-oxyvalérianique est capable de l'empêcher totalement. Nous

ti^^l

I MODE d'action DES MÉDICAMENTS EXCITANTS ET PARALYSANTS. 183

toutes raisons pour croire que les échanges organiques, dont les cellules vivantes sont le siège, s'accompagnent de processus catalytiques et autocatalytiquea analogues. Si ce fait se vérifiait, n'aurionsnous pas le droit de rapprocher, comme étant de même ordre et présentant entre eux des relations étroites , les phénomènes suivants: d'abord l'hydrolyse et l'hydrosynthèse qu'on observe si fréquemment au cours des phénomènes catalytiques , ensuite les observations de Kunkel relativement à l'augmentation et la diminution de la teneur en eau des fibres musculaires striées sous l'inSuence des poisons paralysants &t excitants; enfin les expériences qui démontrent la grande importance qu'il faut attribuer à la position du radical hydroxyle dans le structure chimique d'un médicament , au point de vue de l'actiou physiologique de ce dernier ? Et puis même sans recourir aux phénomènes catalytiques n'avons nous pas dans l'exemple, fourni récemment par Mr. Brunck à propos du développement de l'oznue par le chlorate de potasse , une preuve péremptoire que, même dans le domaine de la chimie inorganique, il suffit de l'addition de quantités minimes d'une substance quelconque pour changer ou entraver le processus normal des affinités chimiques, dont deux systèmes moléculaires sont doués l'un vis-à-vis de l'autre? Seulement nous noua mouvons encore trop sur le terrain des hypothèses, pour nous prononcer d'une façon définitive à ce sujet et c'est pourquoi je préfère formuler comme suit ma théorie de l'action médicamenteuse :

Les substances chimiques qui exagèrent l'activité des organes ou des éléments phifsiologiques doivent être considérées comme jouant simplement le rMe d'un excitant chimique pour ces organes; au contraire , les substances chimiques qui diminuait celte activité, exercent sur les éléments pivanis h même action que les produits normaux de décomposition de cet organe (dits produits de fatigue).

Cette manière d'expliquer l'action des médicaments excitants ne soulèvera guère d'objection. Noun appelons excitation \eresuliiit d'une force libératrice. Quand part la fièche qui se trouvait tendue dans l'arc, la force de tension se transforme en force vive. La vie, le chimisme de la cellule est également la manifestation de la transformation de forces de tension en force vive. Pour provoquer, pour .lâcher" comme disent les Allenaands, cette transformation, des moyens difiérenta peuvent être mis en oeuvre, de même que dans le cas de l'arc tendu. Un de ces moyens consiste à mettre en contact avec la cellule une substance chimique capable de mettre en jeu l'activité des molécules chimiques constituant l'élément cellulaire, tout comme pourraient le faire la chaleur, l'électricité ou les influences mécaniques. On peut couper la corde sur laquelle flèche est tendue; on peut la brûler; on peut la détruire par

184 XUl. CONTREPOISONS. THÉORIE DE l'aCTION MÉDICAMENTEDSB.'B

iiQ agent chimique (par l'acide sulfurique concentré, par exemple); on peut avoir recours dans îe même but aux forces électriques ou magnétiques. Quel que aoit le moyen employé , l'effet sera toujours le même : la force de tension est mise en liberté et la flèche est lancée dans l'espace. De même les transformations moléculaires spécifiques dont la cellule est le siège, et que nous appelons sa fonction, peuvent ôtre provoquées par les agents chimiques, par la chaleur , par les agents naéeaniques , par l'électricité , et«. Une fois que ces forces moléculaires sont mises en liberté et que les processus spécifiques de désassimilation ont pris leur cours , ceux-ci ne s'arrêtent qu'au moment où l'accumulation des produits de désassimilation dans la cellule a acquis une certaine importance. Leur présence en quantité trop abondante ralentit, entrave et finalement arrête les processus chimiques moléculaires dont nous venons de parler. De la même manière on voit la fermentation et d'autres processus chimiques s'arrêter du moment que les liquides, au sein desquels ces processus s'accomplissent , renferment on trop forte quantité les produits de la fermentation ou bien certaines substances chimiques déterminées. La fonction de la cellule — la catalyse ou l'autocatalyse — est momentanément suspendue. L'élément physiologique semble fatigué , épuisé ; mais , que les produits de décomposition soient entraînés en totalité ou en partie , grûce à l'osmose et à la circulation , aussitôt la fonction suspendue se rétablit. On voit donc que l'état de dépression de l'organe ou de la cellule, déterminé par l'administration de médicaments excitants à dose trop forte ou pendant un temps trop prolongé , se rapproche en tous points de ce que nous savons au sujet de la fatigue ou bien de l'action trop énergique ou trop prolongée des excitants électriques, thermiques et mécaniques.

H parait tout naturel que l'intensité de l'action varie pour des médicaments excitants, du moment qu'on admet que tous ne possèdent pas à un même degré le pouvoir de mettre en liberté les forces potentielles. En vertu de leur structure chimique, un certain nombre d'entre ces médicaments peuvent mettre d'emblée toute la force potentielle en liberté, tandis que pour d'autres médicaments une partie plus ou moins grande de cette force devient seule libre, bien qu'ils soient administrés â la même dose que les premiers. A ce point de vue encore, les organes et les éléments physiologiques se comportent vis-à-vis des médicaments excitants absolument comme ils le feraient vis-à-vis d'excitants d'autre nature, tels que les excitants mécaniques , électriques , etc. H est de toute évidence que sous l'influence d'une excitation colossale qui mettrait en liberté toutes les forces potentielles disponibles , l'accumulation des produits de décomposition devient à l'instant tellement consi

MODE d'action DES MKDICAMEKTS EXCITANTS ET PARALYSANTS. 185

dérable, qu'il en résulte presque immédiatement l'épuisement. En apparence le médicament exerce une action paralysante, tandis qu'il ne s'agit en réalité que d'un épuisement déterminé par la iréaence d'une quantité trop considérable du médicament excitant, La théorie que nous venons d'exposer permet de s'expliquer facilement pourquoi les éléments physiologiques sont plus sensibles aux excitants chimiques qu'aux autres, et pourquoi les médicaments et les poisons doivent être considérés comme les réactifs les plus sensibles pour reconnaître la fonction dévolue aux organes. En effet, tous les excitants autres que les excitants chimiques représentent des forces moléculaires qui ne déterminent qu'indirectement, dans la disposition des molécules chimiques , des modifications qui ont pour effet de mettre en liberté les forces poten- . tielles. Au contraire, la réaction des organes est immédiate du moment qu'un agent chimique , en vertu de ses affinités non saturées, détermine dans ces organes des processus conformes aux forces moléculaires inhérentes au groupement de ses atomes. On peut se demander si pour cela il est nécessaire que la dose entière de la substance excitante pénètre dans la cellule même. Il suffit de la pénétration de quantités infinitésimales pour qu'on puisse - voir se produire le groupement nouveau des molécules chimiques , qui s'accompagne de la mise en liberté des forces potentielles. La théorie qui identifie les médicaments paralysants ou dépri- I mants, au point de vue de leur signification chimique ou biolo- L gique, avec les produits de décomposition normaux des éléments organiques spécifiques est suffisamment justifiée par les considérations que je viens de vous exposer. En effet, rappelez-vous que non seulement les fermentations, mais encore d'autres processus chimiques peuvent momentanément être ralentis et même suspen- . dus, par suite de l'accumulation de produits de décomposition ou ■ de certaines substances chimiques.

Je n'attache aux considérations que je viens de vous exposer Lp»8 plus d'importance qu'elles ne comportent. Elles me paraissent I, rendre compte des phénomènes observés , ne sont en contradiction I avec aucun fait connu, et permettent de nous rendre plus facile- ■ ment compte de l'action médicamenteuse. Depuis que les recherches Lfécentes de van 't Hoff, Arrhenius, Ostwald et d'autres ont Linis en lumière le rapport étroit qui existe entre les processus chirmiques, physiques et électriques, et l'influence qu'exerce sur eux kIa température, le fait que la cellule vivante réagit d'une façon spéciale contre les excitations chimiques, électriques, thermiques, [.mécaniques, a perdu beaucoup de son caractère mystérieux. Chaque Ijour s'accroît notre espérance que dans un avenir assez rapproché Inous pourrons suivre pas à pas, mieux que nous ne le pouvons

186 Xm. CONTREPOISONS. THÉORIE DE l'aCTION MEDICAMENTEUSE.

aujourd'hui , ces transformations moléculaires spécifiques de U" cellule, qui sont si étroitement en rapport avec sa yie et sa fonction, et qu'alors nous verrons ces processus physiques, électriques, thermiques, chimiques, s'enchaîner et empiéter l'un sur l'autre. Aussi longtemps que nous no connaissons pas d'une manière plus précise le chimisme de la cellule vivante, la justesse des considérations exposées pourra jusqu'à un certain point être mise en doute. Mais j'ai voulu essayer d'expliquer l'action des médicaments excitants et déprimants, sans recourir à l'hypothèse qu'une modification qualitative des processus chimiques normaux de la cellule se produit probablement ou même nécessairement sous leur influence. Rien ne prouve, en effet, que l'action médicamenteuse mette le désordre dans l'état moléculaire des cellules vivantes , de la même manière, comme le prétendent Sghmiedeberg et Tappeiner, qu'une pierre nu un gravier qui a pénétré entre les rouages d'une machine compliquée. Gantant signale comme exemple de modification qualitative de la fonction sous l'infinence des médicaments l'ivresse produite par l'alcool et les hallucinations provoquées par l'opium. Cet exemple n'a aucune valeur démonstrative ; car une modification quantitative de la fonction des cellules ganglionnaires de l'écorce cérébrale suffit parfaitement pour rendre compte de ces phénomènes. La théorie que nous venons de vous exposer soulève encore une question sur laquelle nous voulons attirer votre attention. On peut se demander s'il n'existe pas une différence, au point de vue de l'action médicamenteuse ou de la nature des processus, entre les médicaments dont une dose infinitésimale suffit pour modifier les fonctions cellulaires et les processus moléculaires chimiques dont elles dépendent, tels que la strychnine et l'aconitine par exemple, et les médicaments qui, comme les caustiques, les oxydants , etc. , exercent leur action sur toute la cellule, à tel point que la qualification de ^processus moJéndaires gronsiers" est ici parfaitement de mise. Dans le dernier cas il y a soustraction d'eau , soustraction de sels, transformation de l'albumine en un état moléculaire incompatible avec l'existence. Dans le premier cas l'action se manifeste sans que la texture histologique intime permette d'en constater une altération , sans que le protoplasme de l'élément cellulaire semble être atteiut(p. 74), Un abîme semble séparer ces deux espèces d'action, et c'est à juste titre que Schmikdeberg parle de processus moléculaires grossiers , de véritables modifications chimiques des éléments tissulaires qui distingueraient l'action des caustiques, etc. de celle des poisons agissant sur le système nerveux. Néanmoins cela n'implique pas que les différences qui caractérisent ces deux variétés de l'action médicamenteuse doivent nécessairement porter sur la nature des processus moléculaires intimer.

PROCESSUS MOLECULAIRES.

. ce propos il ne faut pas perdre de viie deux choses. D'abord Itoutes lea cellules sans distinction . tout protoplasme se laisse attaquer par les caustiques à l'étiit de concentration suffisante. KLa constitution chimique de toutes les cellules animales est donc ■jusqu'à un certain point identique ; identique par l'existence d'un sabstratum, pour ainsi dire, commun à toutes. C'est sur ce substratum que le caustique, que l'agent oxydant agit. Mais a côté de ce substratum commun, les éléments physiologiques pris isolément, tels que les cellules ganglionnaires et les cylindres-axes, les faisceaux musculaires, les cellules glandulaires spécifiques, etc. possèdent une constitution chimique qui leur est propre, et grâce à laquelle ils remplis.sent la fonction qni leur est dévolue; c'est à I cette constitution moléculaire qu'il faut attribuer l'affinité spéci- I fique dont ces éléments font preuve vis-à-vis de certaines substances chimiques. Mais en vertu des processus moléculaires survenant dans la cellule spécifique à la suite de cette affinité qui lui est propre, il peut parfaitement ae produire une soustraction ou un déplacement d'eau, de sels, et une modification de l'albumine propre de la cellule. Comme le substratum n'est pas altéré ou ne l'est que d'une façon insignifiante, l'effet sera tout différent; et, bien que l'intensité de l'action puisse être telle qu'elle entraîne la mort de la cellule , on ne voit cependant pas se produire cette altération moléculaire grossière , cette désorganisation que l'on observe sous l'influence des caustiques.

I En second lieu, l'action du caustique est intimement liée au degré de la concentration. Quand il arrive au contact des tissus à l'état dilué, bien que se produise le môme processus qu'en cas d'action caustique, mais dans une mesure beaucoup plus faible, l'altération du protoplasme est si minime, si passagère, qu'on a beaucoup de peine à l'analyser dans tous ses détails; elle rappelle (soit, par exemple, l'efl'et des doses minimes de sublimé corrosif) les altérations que produisent les poisons du système nerveux dans la «nstitution moléculaire des éléments nerveux , ou les poisons musculaires sur les muscles, etc.

La différence dans l'effet définitif, dans ce qu'on est convenu id'appeler l'action , ne doit donc pas s'expliquer par une différence lans la nature des processus. Elle peut simplement dépendre en tartie d'une différence d'ititensité , en partie, d'une différence dans la •ucture moléculaire de l'élément physiologique et du médicament. La nllule épîdermique , la cellule épithfiliale d'une muqueuse ne pos- '"klent pas dans leur constitution chimique ces éléments spécifii rendent une cellule ganglionnaire, par exemple, capable ntre les poisons nerveux; elles sont surtout composées iim chimique grossier, qui est capable de se modi-

188 Xni. CONTREPOISONS. THÉORIE DB L* ACTION MéoiCAMENTEUSE.

fier sous l'influence des agents caustiques concentrés ou dilués. H est bien vrai que nous ne sommes pas renseignés sur la nature des processus chimiques intimes dont est le siège, par exemple, une cellule ganglionnaire sous l'influence de la strychnine. Mais après ce que nous avons appris relativement à la relation existant entre le poids moléculaire et la pression osmotique , etc. , rien ne nous oblige à admettre a priori que ces processus chimiques soient essentiellement différents, quant à leur nature, de ceux qui caractérisent l'action d'une substance caustique ou d'une solution saline diluée.

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