‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 8 sur 130 · II. THêSAPEUTIQDK PSYCHIQUE · texte numérisé non relu

II. THêSAPEUTIQDK PSYCHIQUE

H y a plus de trente aas, quand j'étaia étudiant, Club des étudiants un horloger hollandais, qui avait longtemps séjourné en Amérique. Il y donna , à notre demande , une séance d' électrobiologie. Pas un seul étudiant ne se montra le moins du monde influencé. Aucun de nous ne dormit. Et rien d'étonnant à cela; noua ne noua abandonnâmes pas un seul instant et au lieu de restreindre notre attention à l'élément galvanique, pendpnt que nous faisions semblant de fixer celui-ci, nous n'avions qu'une idée: vous ne nous attraperez pas, nous étudiants. Lorsque plus tard je répétai chez d'autres individus les passes de l'électrobiologiste , en leur mettant dans la main , au lieu de l'élément galvanique , une pièce de monnaie brillante, je vis parfaitement se produire chez eux le sommeil nerveux; et toutes les épreuves, qui chez moi et mes camarades avaient échoué, furent couronnées de succès. Notre électrobiologiste donna en Néerlande plusieurs séances publiques. Il mît plus d'une fois des individus dans l'état hypnotique, il leur inculqua des idées et des sensations, suivis de mouvements évidents; il leur fit sentir â son gré du chaud ou du froid, leur fit ouvrir un parapluie, mis dans leurs mains, au moment où il leur signifiait avec autorité qu'il pleuvait fortement, etc. Mais le public profane et aussi la plus grande partie du monde médical gardèrent , malgré cela , avec ténacité ce sentiment préconçu qu'on avait ati'aire à une entente préalable entre l'hypnotiseur et son sujet. Plus tard Hansen , Donato et d'autres donnèrent, dans diverses villes d'Europe et dans notre patrie, des séances publiques analogues.

LiÉBAULT releva dans un livre bien écrit et consciencieux la justesse des observations et les expériences de Bhaid, tout en les modifiant dans leur forme. Néanmoins il fallut d'abord les expériences physiologiques de Heiuenhaln , puis celles de Riohet et par dessus tout les communications pathologo-thérapeutiques du célèbre Charcot et de Bkrnheim, professeur de Nancy, non moins célèbre dans cet ordre d'idées, pour faire pénétrer l'hypnotism»^ comme traitement psychique , dans la pratique médicale.

Ce qui prouvait d'ailleurs d'une manière irréfutable que, dft] toutes ces expériences et démonstrations , l'on n'avait pas toujours" afiaire à de la fraude et de l'illusion , ni à du compérage avec entente préalable , c'est le fait qu'on peut mettre même des animaux dans l'état hypnotique. Il y a plus de deux siècles que le ] Athanask Kircher, dont vous aurez probablement déjà apprit^

connaîti"e la culture scientifique exceptionnelle, réalisa l'.expi

mentum mirahile". B fit tenir un poulet de façon à l'obliger de fijter une croix blanche, tracée avec la craie sur un fond noir Après peu d'instants l'animal devint somnolent et fatigué. On p

EXPEKlENclîS ET OBSERVATIONS ar:R I, HYHNOSE.

ly

ft'alors le placer dans diverses positions, sans lui voir opposer la

moindre résistance et sans qu'il changeât le moins du monde cette

e; l'ainmal êt:iit mis dans un état cataleptique. Chez la grenouille

; n'est pas difficile, comme Hbubbi- a avancé, et comme j'ai pu

1 convaincre plusieurs fois, en mettant l'anima] sur le dos et en

■■le couvrant quelque temps de toute la main, d'obtenir des effets pareils.

Aujourd'hui que des physiologistes, comme Richet et Heidenuain,

ont fait sur l'homme ces mêmes expériences et ont obtenu chez des

hypnotisés, par la voie expérimentale, purement scientifique, les

^L mêmes résultats, en apparence si merveilleux que Hansen, Donato

^H^ d'autres, dans leurs représentations publiques, personne ne doute

^Bplus de l'existence réelle de ces phénomènes si intéressants au

^H^int de vue de la physiologie du système nerveux.

^H Ce sont toutefois les effets thérapeutiques de cette médication

^^^ psychique qui nous intéressent aujourdhui avant tout. Par cette

méthode, lors de la provocation et pendant la durée du soi-disant

.sommeil nerveux", on fait naître dans l'intelligence de l'individu

I endormi certaines idées, sous l'influence desquelles on espère modifier des états corporels. Si nous nous posons d'abord la question bhez quels individus et par quels procédés nous pouvons provoquer pat état spécial de l'esprit, ce sommeil nerveux, nous nous retrouloas aussitôt au beau milieu de la lutte qui règne encore aujourd'hui Intre l'école de Paris (Charcot et ses élèves) et l'école de Nancy (LlÉBAOLT, Bbrnhbim), luttc quï u'est pas mf^me près de finir. Charcot affirme que l'état caractéristique de l'hypnose ne peut être provoqué que chez un certain nombre de personnes à prédisposition nerveuse et par des manipulations spéciales; l'école de Nancy au contraire soutient que cette prédisposition nerveuse spéciale n'est pas indispensable, que chaque individu est susceptible d'être rais en ^hypnose" et que cette hypnose est provoquée excluaivement par la soi-disant suggestion (fixation dans l'esprit). Pour autant que je puisse passer eu revue la littérature étendue que comporte cette question, pour autant que mon expérience propre, non très étendue il est vrai, mais acquise d'une façon tout à fait personnelle, m'y autorise, je me range avec conviction et sans hésitation du côté de Bernheim , quand il proclame la suggestion comme le moyen par excellence pour provoquer l'hypnose. Mais je crois devoir me ranger plutôt du côté de Charcot et approuver sa thèse quant au nombre relatif de porwonnes susceptibles de suggestion hypnotique et poathypnotique.

n en est de l'hypnose comm Snomène de la nature;

elle dépend de conditions dét lonclesconditions

essentielles qui sont dan ' du sommeil

-hypnotique, qu'on est causale?

20 Ih THERAPEUTIQUE PSYCHIQUE.

Ce sont naturellement des états d'esprit spécifiques, mais nullement rares. La première condition exigée est une attention parfaite de l'individu à hypnotiser pour tout ce que l'hypnotiseur exige de lui. Là où la volonté ou le pouvoir de concentrer son attention fait défaut, l'hypnose ne réussit guère, ce qui ressort, entre autres, de ce fait que la plupart des aliénés sont inhypnotisables. Ensuite l'individu à hypnotiser doit avoir la foi, il doit avoir confiance dans la réalisation des phénomènes attendus. Il ne lui faut ni superstition, ni ^crédulité", mais il lui faut la bonne foi; il ne doit pas nourrir de sentiment de défiance et l'on ne peut pas être assez sur ses gardes pour ne pas donner lieu en sa présence à faire naître ce sentiment. A ces conditions il pourra être hypnotisé; mais pour obtenir des efifets thérapeutiques, il faut en troisième lieu qu'il ait l'espoir, qu'il soit bien dans l'expectation de se voir délivré de cette façon de son mal physique. Au moment où le patient, en concentrant son attention, se fatigue de plus en plus , la foi et l'espoir mettent l'imagination en branle et les idées qu'on lui aura suggérées durant l'hypnose pourront donner lieu à la guérison. Mais vous me direz: ce ne sont là que des principes généraux et nous désirons savoir comment nous devons nous y prendre en pratique pour soumettre quelqu'un au sommeil hypnotique?

Vous avez le droit d'exprimer ce désir. En effet, les diverses méthodes employées à provoquer l'hypnose ne doivent pas plus être ignorées des médecins que les méthodes par lesquelles on applique l'électricité en vue de ses effets curatifs. Eh bien! vous pouvez mettre votre patient en état de sommeil nerveux, en hypnose, de la manière la plus diverse. C'est probablement en cette occasion seule que le proverbe »Tous les genres sont bons, hors le genre ennuyeux" ne trouve pas son application. Car c'est tout juste l'ennui, la fatigue, qui font suite à la concentration de l'attention sur un point unique, qui constituent le côté essentiel de toutes les méthodes. U faut avant tout mettre le malade dans un milieu bien choisi et tranquille, dans une chambre plus ou moins obscure, où rien ne détourne ses pensées. On peut alors lui mettre en main l'un ou l'autre objet brillant et le prier de fixer ce dernier ; on peut l'inviter à tenir les regards fixés sur des miroirs tournants dans le genre de ceux que le prof. Luus fit figurer à l'exposition générale de Paris en 1889; mais on peut aussi atteindre son but d'une manière bien plus simple, sans aucun objet, sans „hocus pocus". Faites des „passes magnétiques", des mouvements toujours répétés de la même façon le long du corps du patient , sans le toucher , ou bien fixez raidement l'individu et invitez-le à regarder également le blanc de vos yeux; ou bien faites-lui fermer les paupières dès le début et tâchez de le convaincre

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