‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 84 sur 130 · MÉDICAMENT USITÉ CONTRE LES ASCARIDEH · texte numérisé non relu

MÉDICAMENT USITÉ CONTRE LES ASCARIDEH

Le SEMEN CONTRA (flores cinae) s'emploie pour débarrasser l'organisme des ascarides et des oxyures vermiculaires. Il provient de l'arteraisia cina (famille des composées). Le principe actif est constitué par la santimine; en outre, le semen contra renferme une huile éthérée d'odeur désagréable , formée par un mélange de terpènes et de caraphènes, et appelée huile de semen contra (oleuin cinae). Enfin le semen contra renferme encore, en faible quantité, une résine d'un brun grisâtre, une substance amère , etc.

La mntonine (C,5 H,, 0,), qui est presque toujours accompagnée d'une petite quantité d'oxysantonine (C,, H,, OJ.àlaquelle Merck a donné le nom d'artémisine , est l'anhydride ou lactone de l'acide nantonique. Déjà Berthelot la considérait comme une aorte de phénol double et les recherches de Cannizaro ont démontré qu'elle dérive de l'hexahydronaphtaline. L'action de la chaleur suffit à la décomposer en dihydrométhylnaphtol et en acidepropionique, ce qui inonlro que probablement dans la structure de la aantonine deux groupements méthyle et l'acide propionique sont combinés à l'hexahydronaphtaline.

Après l'ingestion de santonine, on voit apparaître dans l'urine de l'homme ou de l'animal une substance spéciale qui la colore intensément en jaune '). Sous l'influence des alcalis, la coloration (Je l'urine devient d'un beau rouge; l'acide acétique ou d'autres acides dilués font disparaître cette coloration rouge , qui réapparaît par les alcalis, etc. L'urine do l'homme ot des animaux présente des changements semblables de coloration par addition alternative d'alcalis et d'acides, quand elle renferme des matières colorantes appartenant au groupe de l'anthracène. Vous pourrez donc observer les réactions que je viens do vous indiquer sur l'urine de malades, qui n'auront pris ni le semen contra , ni la santonine , uniquement parcequ'ils auront fait usage d'un des purgatifs très usités appartenant au groupe que je viens de citer.

Cependant après l'usage de la santonine l'urine présente certaines propriétés qui permettent de la distinguer facilement de celle émise après l'ingestion de rhubarbe (ou encore de séné ou de rhamnus, substances qui modifient l'urine d'une manière identique). Un oeil bien exercé reconnaît facilement la différence de la coloration. Dans le cas de la santonine , le rouge de l'urine ibtenu par addition d'un alcali est plus vif que pour la rhubarbe

Les anglais appellent i^tte coloration „pink-yeUon

240 XVn. ANTHELICNTIQUSS.

(et les autres dérivés de l'anthracène). Mais cette distinction , outre qu'elle n'est pas toujours facile à établir, n'est pas non plus toujours bien rigoureuse. Il existe une autre propriété , des plus caractéristiques , que tout le monde peut constater : après l'usage de la santonine, l'urine alcalinisée abandonne facilement sa matière colorante rouge quand on l'agite avec de l'alcool amylique, ce qui ne se vérifie nullement pour la rhubarbe, etc. Ajoutez à cela les caractères suivants, et vous n'aurez plus la moindre difficulté à distinguer ces deux espèces d'urine. Les carbonates alcalins ne colorent pas en rouge les urines dans le cas de la santonine , tandis que sous cette influence la coloration se produit dans le cas de la rhubarbe, etc. Si à ces deux espèces d'urine, on ajoute de l'hydroxyde de baryum ou du lait de chaux , on détermine dans chacune d'elles la formation d'un précipité , en même temps que se produit une coloration rouge; mais, par la filtration, la coloration passe dans le filtrat dans le cas de la santonine, tandis qu'elle reste sur le filtre, fixée sur le précipité, dans le cas de la rhubarbe, etc. La matière colorante jaune qui apparaît dans l'urine après l'ingestion de santonine, passe dans l'éther, ce qui n'est pas le cas après l'usage de la rhubarbe, etc. La coloration rouge de l'urine alcalinisée , dans le cas de la santonine , se reconnaît au spectroscope par des bandes d'absorption bien distinctes, que l'on n'obtient pas avec les urines renfermant la matière colorante de la rhubarbe, etc.

On s'est donné beaucoup de peine pour arriver à déterminer et à isoler la matière colorante particulière à laquelle la santonine donne naissance en traversant l'organisme animal, et qui donne à l'urine les réactions caractéristiques que nous venons d'indiquer. Jusqu'ici toutes les recherches instituées dans cette direction sont restées sans résultat. Il y a quelques années, mon ancien assistant , le major Binnendijk aborda ce sujet , mais ni lui , ni d'autres , ni Jaffé qui a publié les recherches les plus récentes sur cette question, n'ont réussi à obtenir cette matière colorante à l'état pur. Ce que nous savons, c'est que le problème n'est pas aussi aisé à résoudre qu'on se l'était figuré autrefois, et que la photosantonine, matière colorante rouge en laquelle se transforme facilement la santonine quand elle est exposée à la lumière , n'est pas la substance cherchée. C'est la seule donnée positive que nous possédions sur cette question. Même la question de savoir, si en traversant l'organisme , la santonine subit oui ou non des modifications , n'est pas résolue d'une manière définitive. Il est vrai que Jappé admet leur existence, en se basant sur dos expériences, dans lesquelles il est parvenu à extraire de l'urine de chiens et de lapins , auxquels il avait administré de fortes doses de santonine, un nouveau produit d'oxydation cristallin et incolore. Cette substance se conduit

SANTONINE. COLORATION DE l'uRINE. ACTION PHYSIOLOGIQUE. 241

comme une combinaiBon moléculaire de la mono- aven la dioxysantonine et Jaffê lui a donné le nom de santogétine (G,„ H.,^ 0,). Mais depuis la découverte de l'artémisine , nous n'avons piua le droit de considérer cette santogénine comme un produit d'oxydation, qui s'est formé dans l'organisme. Toutefois, des combinaisons de la santonine avec l'acide sulfurique on l'acide glycuronique ne semblent pas s'y former.

Voyons à présent quelle est l'action de la santonine sur l'homme ou l'animal sain et tâchons d'en faire connaître /'aci(onj)Aysio/o^içMe. Chez les animaux à température constante et à température variable, ce médicament exerce sur le système nerveux central une action en partie dépressive, narcotique, en partie convulsivante. La grenouille, à laquelle on fait une injection sous-cutanée île 200 milligrammes de santonate de soude, conserve, il est vrai, une certaine vivacité, mais en l'étendant sur le dos pendant quelques instants, tout en appliquant la main ])ar dessus, on constate qu'elle tombe dans un état de somnolence très accusée. Si alors on retire la main avec précaution, elle ne se retourne pas, même si on l'excite légèrement; et elle reste pendant un certain temps immobile. Cet état peut même persister pendant les deux jours qui suivent l'injection. On croirait l'animal plongé dans un état d'hypnose. On peut facilement déplacer les membres de la grenouille, et l'on constate que les muscles .sont contractés d'une manière presque convulsive. L'animal, une fois étendu sur le dos, semble être à moitié étourdi, et ne fait aucun effort pour reprendre sa position normale. Cependant on peut constater que l'excitabilité réflexe est augmentée: un léger frottement exercé sur la peau entre les deux omoplates provoque un coassement intense; de plus, quand on soulève l'animal en le saisissant en dessous des pattes antérieures, on détermine une contraction jusqu'à un certain point convulsive de ces pattes ainsi que des pattes postérieures. Chez la grenouille et le lapin, l'administration de doses plus fortes n'a pas augmenté dans mes expériences l'intensité des phénomènes observés, je n'ai notamment pas vu se produire do convulsions vraies chez des lapins, comme Kramek l'a encore avancé dernièrement. Chez le chien, au contraire, l'action convulsivante de la santonine est des plus évidentes, comme van Hasselt et Rienderhoff l'ont démontré chez nous, il y a déjà un grand nombre d'années (1859); elle se manifeste presque toujours par des convulsions cloniques, rarement par des contractions toniques.

La cause de ces convulsions doit être recherchée uniquement

dans une excitation du système nerveux central, qui i pagne d'aucune modification dans les fonctions des ^^^lériques ni des muscles.

saccornîrfs péri-

24â XVil. AÎÎTHELMIKTÎQUÈS.

Sur quelle partie du système nerveux la sautonine agit-elle? On l'a qualifiée de poison convulsivant cérébral, voulant indiquer par cette désignation que le siège de Texcitation devait être uniquement cherché dans le cerveau. Si, au moment où les convulsions se déclarent, on coupe la moelle épinière immédiatement au-dessous de la moelle allongée (Cîoppola) , d'après une méthode bien connue , on constate en eflFet que les convulsions cessent de se produire. Cependant le résultat de cette expérience ne permet pas d*en déduire immédiatement la conclusion à laquelle nous faisions allusion. Dans Texpérience citée, on ne tient pas compte de Tinfluence inhibitrice exercée par la section même , qui agit à Tinstar d'une excitation énergique sur les appareils situés dans la moelle épinière. Aussi, quand on laisse reposer l'animal pendant quelque temps jusqu'à ce qu'il soit entièrement remis du choc provoqué par la section, et qu'on a soin d'entretenir la respiration artificielle , on observe des convulsions très nettes , même après la section de la moelle épinière à l'endroit indiqué.

Il me serait d'ailleurs impossible de vous citer un seul poison convulsivant, dit cérébral, qui ne soit pas en même temps un poison convulsivant médullaire, et qui n'augmente pas en même temps, ou l'excitabilité réflexe, ou la fonction des appareils ganglionnaires moteurs de la moelle épinière. Certes nous connaissons des substances qui excitent surtout les cellules ganglionnaires motrices du cerveau, d'autres qui augmentent plus spécialement l'excitabilité de la moelle allongée ou de la moelle épinière. Mais dans ces divers cas il s'agit de différences purement quantitatives , jamais de différences entièrement qualitatives entre ces appareils dont la structure chimico-physiologique présente une similitude si parfaite.

Dans ses recherches laborieuses sur l'origine de quelques spasmes toxiques Turtschaninow est arrivé à la conclusion qu'il s'agit chez les chiens, empoisonnés par la santonine, d'accès épileptif ormes typiques , dont le point de départ doit être cherché dans l'irritation des centres moteurs corticaux, et de crispations, se montrant comme des traits de foudre dans tous les muscles, et dépendant de l'irritation de centres moteurs cérébraux, situés au-dessous des pédoncules cérébraux. Quoiqu'il en soit , la santonine agit chez les mammifères en excitant les grands appareils moteurs du cerveau et de la moelle, et exerce la même action sur les appareils qui transmettent l'excitation amenée par les nerfs sensibles aux nerfs moteurs (centres réflexes). D'ailleurs, entre les centres dont l'excitation détermine les convulsions dites idiopathiques et ceux qui provoquent les convulsions réflexes, il n'existe, au point de vue de la sensibilité, que des diflférences quantitatives. En appelant la santonine un poison convulsivant central idiopathique on reste jusqu'à

RANTONINE. ACTION CONVULSI VANTE, XANTHOPSIE.

noi

tOD

'.ion certain point dans le vrai , parce que l'excitation essentielle des centres niotenra constitue le fait capital; seuiement, de leur côté Ira centres réflexes ne restent pas entièrement étrangers aux convulsions déterminées par cette substance.

Administrée à l'honirae, la aantonine provoque encore d'autres troubles fonctionnels , dépendant de l'excitation du système nerveux intral , et se manifestant dans les cas légers d'empoisonnement de la céphalalgie, des nausées et des vomissements, parfois de l'aphasie; par le ralentissement du pouls et de la respiration, \.r l'abaissement de la température, la stupeur, le coma, la nardans les empoisonnements graves. Oa peut en conclure que la aantonine agit non seulement sur les contres de l'écorce cérébrale, mais aussi sur ceux de la moelle allongée. De même . les vomissements survenant après l'injection de santonate de soude dans le sang doivent être attribués bien plutôt à une excitation directe du centre du vomissement qu'à une excitation réflexe de ce centre provoquée par l'élimination de ce composé par la muqueuse stomacale. II est un appareil dépendant du système nerveux central , qui semble particulièrement sensible à l'influence de la santonine et dont la fonction est déjà modifiée par des doses qui déterminent à peine une inodiScation dans les autres parties du système nerveux central. Je is allueion à l'organe de la vision et à k dyschromatopsie propar l'administration de la santonine. Le trouble visuel dont s'agit est une xanthopsie: le sujet voit jaune et, d'après Rose, ,git d'un daltonisme vrai , avec cécité pour le violet et même parfois cécité pour toutes les couleurs hormis le violet. On a voulu attribuer ce phénomène à un trouble fonctionnel des centres de la perception dans le cerveau. Mais la xanthopsie constitue un phénomène tout à fait isolé , c'est-à-dire qu'elle ne s'accompagne d'aucun tre trouble de la vision , d'aucune autre altération de l'oeil {trouble l'accommodation, dilatation ou rétrécissement pupillaire, dimitDtion do la vision), et puisqu'elle peut s'observer indépendamment toute modiScation dans les fonctions du système nerveux centeal, l'explication suivante semble la plus vraisemblable. La santonine se transforme , comme vous savez , à l'intérieur de l'organisme, en une matière colorante facilement diffusible; quand cette matière colorante passe dans les milieux réfringents de l'oeil, les rayons lumineux pour arriver à la rétine devront donc nécessairement tra- .Torser ces milieux colorés en jaune ou en rouge. Le résultat sera donc iftbsolument le même que si l'on tenait un verre coloré devant l'oeil. C'est, je crois, l'expHcatiou la plus rationnelle qu'on puisse donner du phénomène. Dans le cas de la santonine , la xanthopsie serait donc l'analogue de celle qu'on observe en cas d'ictère et qui est due également ik une modiScation de la coloration des milieux réfringents de l'oeil.

244 XVII. ANTHELMINTIQUES.

L^nfluence qu'exerce la sautonine sur les autres fonctions n'est pas connue ou ne l'est que d'une manière insuffisante. Son action cholagogue , avancée par Battistini , est devenue très douteuse depuis les expériences de Pio Marpori , qui, en pratiquant des fistules biliaires , n'a pas pu constater que la santonine modifie la sécrétion de la bile du chien.

Dans ces derniers temps , les chimistes , spécialement Cannizzaro et CoppoLA, ont- préparé une série de dérivés de la santonine. U acide santonique, Vacide santonetix, V acide isosantanigtie n'ont pas plus d'importance, au point de vue de la pharmacothérapie spéciale, que la photosantonine ^ éther éthylique de l'acide photosantoninique qui se forme aux dépens de la santonine sous l'influence de la lumière , ou que Vacide photosanfoninique lui-même , ou bien encore que Visophotosantonine et Vacide isophoiosantoninique , qui sont les isomères correspondants. En eflfet, jusqu'ici ces substances n'ont pas encore été trouvées dans la plante même , et ne se rencontrent pas non plus, pour autanJb que nous le sachions, mélangées à la santonine oflScinale. Cependant, à un point de vue plus général , il est intéressant de signaler que ces substances, quoique exerçant toutes une action plus ou moins prononcée sur le système nerveux central, dévient le plan de la lumière polarisée les unes vers la droite, les autres vers la gauche. Dans ce cas spécial le rapport entre les propriétés physiques et l'action physiologique n'est donc pas encore démontré à l'évidence.

La solubilité et la diffusibilité considérables des sels alcalins de l'acide santoninique, se formant dans l'organisme après l'ingestion de la santonine, sufiBsent à expliquer les cas d^ empoisonnement^ qui sont loin d'être rares. Tout médecin dont la pratique est assez étendue aura eu l'occasion d'en observer un certain nombre de cas. Je me rappelle un enfant malade de ma clientèle chez lequel l'administration de 200 à 300 milligrammes de santonine donna lieu à des phénomènes d'intoxication très prononcée. Binz a même décrit un cas d'empoisonnement après l'administration de 25 milligrammes. En règle générale, les symptômes observés sont entièrement conformes au tableau que nous venons d'en donner. On voit se produire des nausées , des vomissements , de la céphalalgie , de la xanthopsie et surtout des convulsions; celles-ci sont parfois tellement violentes, qu'elles font croire à l'entourage alarmé du malade qu'il s'est déclaré une affection cérébrale. Parfois le tableau des symptômes d'empoisonnement est tout autre. Ainsi Cramer a publié en 1889 la relation d'un cas d'empoisonnement par la santonine, qui se manifesta par la fièvre, l'ictère, le gonflement de la rate et l'albuminurie, à tel point qu'on put croire un instant se trouver en présence d'un cas de maladie de Weil. On pourrait croire, que

INTOIIC.SANTONISKIHE ET SON TRAITEM.: ESSENCE DE 8EMEN-CONTRA, 245

dans ce cas on ne se trouvait pas vis-à-vis d'un enfant bien port-nnt, mais les observations de Demme , qui a décrit des intoxicatious santoniniques chez des enfants, se manifestant tantôt par de la dyspnée, de la cyanose, de l'érythèrae et de l'hénioglobinurie, tantôt par de l'albuminurie, des diarrhées, et de l'oedème des paupières, les communications de Abram et d'antres auteurs, qui ont vu se produire de l'urticaire fébrile après l'administration de la santonine, prouvent à l'évidence, que l« syndrome de l'intoxication santon inique peut être très variable.

De quelle nature sera notre intervention quand nous serons appelés à donner nos soins à une personne empoisonnée par la Bantonine? Je vous dirai d'abord que, dans la grande majorité des cas, notre but ne sera pas atteint par la provocation des vomissements , ni par l'évacuation du contenu stomacal. D'abord, parce qu'en général la résorption du médicament sera déjà complète au moment où l'on réclamera notre secours; ensuite, parce que la santonine n'exerce pas d'action locale nuisible sur la muqueuse stomacale ou intestinale. Il faudra tâcher d'annihiler, ou tout au moins de diminuer, l'effet nuisible du poison par l'administration d'un contre-poison , d'un médicament antagoniste. D est bien vrai que , dans la plupart des cas, voua n'avez pas à redouter une issue fatale; néanmoins les convulsions persistantes et fatigantes, l'excitation violente du système nerveux central, peuvent favoriser ultérieurement l'éclosion de maladies graves, surtout chez des enfants faibles. Il est donc nécessaire d'intervenir pour combattre cette excitation démesurée. Vous trouverez de bons antagonistes de la santonine dans les médicaments dépresseurs. Aussi faut-il recommander dans ces cas l'inhalation de petites quantités de chloroforme, l'administration par voie interne de petites doses d'hydrate de chloral , les inhalations d'éther, etc.

On est presque unanime à considérer la santonine comme l'élément principal du semen-contra, La généralité des médecins, les allopathes aussi bien que les dosimètres, prescrivent aujourd'hui la santonine là où leurs prédécesseurs administraient le semen-contra. Ils ne semblent plus se soucier de l'autre principe qui se trouve renfermé dans le semen-contra à côté de la santonine et ils le considèrent comme ne participant à l'action physiologique et thérapeutique du simple que pour une part pour ainsi dire négligeable. C'est là une opinion à laquelle je ne saurais me rallier. H croît en effet en Algérie une variété d'Herbe aux vers (Artemisia herba alba Asso) qui ne renferme pas de santonine et qui possède néanmoins des propriétés vermifuges des plus manifestes. La plante en question renferme uniquement l'huile éthérée du semen-contra,

c'est sur cette huile éthérée , qui possède des propriétés vermifuges

246 XVU. AXTHELMIKTIQUES.

aussi prononcées que la santonine elle-même, que je voudrais à présent attirer votre attention. On Vaippelle huile essentielle de semmcontra (oleum cinae). Vous savez que le groupe des huiles éthérées ne renferme pas des corps chimiquement purs. Ce que nous appelons huile éthérée est un mélange d'hydrocarbures liquides, de terpènes, et de dérivés oxygénés ou camphres. Parfois elles renferment en outre des acides organiques, des éthers composés, des phénols, très rarement aussi des aldéhydes et des acétones. Quant à l'huile de semen-contra, elle est constituée pour la majeure partie de cinène 0,^ H,^, terpène liquide que l'on peut également extraire de l'huile de térébenthine en la soumettant à l'action de la chaleur, et de ciniol Cj^Hj^O, camphre (ou camphène) identique à l'eucalyptol et renfermé également dans les huiles de cajeput, de romarin, de lavande, de myrte et de laurier.

Toutes les huiles éthérées ont une action physiologique %n%rgL(\\XQ^ que les anciens médecins mettaient souvent à profit dans un but thérapeutique, comme nous aurons encore l'occasion de le signaler dans la suite avec plus de détails. Si vous voulez bien fixer votre attention sur cette grenouille, vous pourrez vous convaincre de l'action énergique de l'huile de semen-contra. L'animal a été mis, il y a quelques minutes , sous ce grand entonnoir en verre , fermé au moyen d'un bouchon, et sur la partie interne duquel j'ai laissé tomber quelques gouttes (3 ou 4) d'huile de semen-contra, en tâchant de faire en sorte que le liquide se répande sur toute la paroi interne de l'entonnoir. La grenouille, après un stade d'agitation qui n'a duré que peu de temps, est tombée dans un état d'anesthésie complète. Si j'enlève l'entonnoir, vous voyez qu'il est inutile de recourir à des manoeuvres d'hypnotisation pour que l'animal reste couché sur le dos : il est totalement paralysé et a perdu entièrement son excitabilité réflexe. Même si on laisse tomber d'une certaine hauteur l'animal sur la table, on ne provoque pas le moindre mouvement. Comme le démontre la dépression de l'abdomen que présente la grenouille , la narcose est extrêmement profonde. Si je remets l'animal sous l'entonnoir, il succombera au bout de peu de temps. D'autre part, même en laissant la grenouille exposée à l'air libre, il est bien à craindre qu'elle ne se réveille plus de l'état de narcose où elle est plongée. Nous pouvons conclure de cette expérience que l'action toxique de l'huile de semen-contra est bien plus énergique et plus dangereuse pour la grenouille que celle de la santonine, puisque la minime quantité d'huile essentielle , dont les vapeurs ont été absorbées par la peau de la grenouille, a suflS pour tuer l'animal. Nous verrons ultérieurement que presque toutes les huiles éthérées possèdent une action narcotique analogue , précédée dans certaines cirocmstaïuw*

58. DES. contra; action phys.;comb. avec la sant,; emploi thkr. 247

de phénomènea d'excitation; en outre toutes jouissent de la propriété de diminuer considérablement l'excitabilité réflexe et même de l'abolir entièrement.

Ne croyez pas que les grenouilles présentent seules cette Bensi-

ilité à l'action des huiles éthéréea ; elle est tout aussi prononcée

Siez les animaux supérieurs , tels que le lapin et le chien. Une

boBe de 2 gr. d'huile de semen-contra suffit pour tuer un lapin

2 kilogrammes. En outre, vous savez que Peyraud a même

»utenu qu'on pouvait provoquer chez le ehieu tous les symptômes

la rage en lui administrant l'huile de tanaisie. Ajoutons

«ïfln que dans le cours de ces conférences nous aurons à insister

, diverses reprises sur les propriétés microbicides que possèdent

I huiles éthérées.

- Il est donc évident que dans l'action vermifuge du semen-contra t part importante revient à l'huile éthérée renfermée dans cette nbatance et que le semen-contra, grâce à la combinaison de la tntottine avec celte huile éthérée, pourra jouir de propriétés thérapeutiques que ne possèdent pas, ou seulement à un degré moindre, chacune de ces deux parties constituantes. J'ai surtout ici en vue la possibilité d'obtenir un effet énergique sur des organismes nférieurs, grâce à l'emploi combiné de ces deux substances , des doses peu actives par elles-mêmes. Je trouve un autre KTantage de cette combinaison dans le danger minime de son mploi chez l'homme. L'expérience démontre que les huiles éthé- Ses sont très lentement résorbées par lu muqueuse intestinale qu'en outre leur présence dans l'intestin rend plus difficile la lorption d'autres substances qui s'y trouvent avec elles. Après ingestion d'une dose iléterminée de santonine, s'il se trouve en i une huile éthérée dans le tube digestif, la quantité de santonine résorbée sera moins grande que dans le cas où ce médicament s'y trouve seul. En d'autres termes, le danger d'une intoxication générale par l'administration d'une quantité déterminée de santonine est beaucoup moindre quand on associe â ce médicament une huile éthérée, et ce danger est encore atténué davantage , quand ces deux substances se trouvent combinées le même simple sous une forme particulière qui nous est fncore inconnue, et qu'elles no sont mises en liberté qu'à l'arrivée jflu simple dans l'intestin.

Emploi thérapeutique. Le semen-contra et la santonine qu'on en extrait constituent un médicament spécifique contre les ascarides.

fnt à l'huile de semen-contra, elle n'est pas employée comme dans la thérapeutique. Il y a plusieurs années, Kûchknmeister se basant uniquement sur les expériences mal obser- ' ide-pharmacien") que la santonine est capable de

^^davai ^■dans ^Bncor ^Kâu ai

248 XVII. ANTHELMINTIQUES.

tuer les ascarides au bout d'un temps très court. Les médecins y crurent de bonne foi jusqu'au moment où des expériences précises vinrent démontrer la grande résistance offerte par ces parasites à l'action de la santonine. Même dans une solution sursaturée de santonine dans Thuile les ascarides continuent à vivre au moins pendant 40 à 50 heures, alors qu'on voit la santonine cristalliser à la surface de leur corps. D'après Coppola, les ascarides ne seraient nullement tuées par la santonine; cette substance déterminerait simplement chez eux un état maladif s'accompagnant de mouvements plus étendus. Il en résulte que la santonine ne tue pas les ascarides. L'on admet qu'elle chasse ces parasites de l'organisme en leur rendant le séjour dans l'intestin impossible. Mais la manière dont ce but est atteint nous est jusqu'ici complètement inconnue, et il est bien possible, comme l'admet Coppola , que sous l'influence de la santonine les mouvements des ascarides deviennent plus vifs. Nous voyons sous l'action de la santonine les ascarides quitter l'intestin à l'état vivant, mais jusqu'ici la cause de cette expulsio» reste pour nous un mystère. De même, quand on place des ascarides dans une infusion de senien-contra y on constate qu'ils continuent à vivre dans ce milieu. Rose semble donc avoir raison d'admettre que Vhuile de semen-contra aussi est incapable de tuer les ascarides. L'expérience acquise au lit du malade démontre toutefois que ces parasites sont plus rapidement expulsés par l'administration du semen-contra que par celle de la santonine seule.

Le semen-contra et la santonine sont donc les médicaments les plus fidèles dont nous disposions pour provoquer l'expulsion des ascarides, notamment l'ascaride lombricoïde. Ils sont souvent inefficaces contre les autres nématodes, tels que l'oxyure vermiculaire , le trichocephalus dispar, et n'exercent pas la moindre action sur les cestodes.

Ne vous étonnez pas. Messieurs, que les médecins praticiens aient prescrit ces médicaments dans un but thérapeutique autre que celui que nous venons de signaler. Il est incontestable que le même médicament peut exercer son action sur divers organes et appareils et de ce chef donner lieu à des applications thérapeutiques difi'érentes. Seulement pour que cette pratique soit vraiment rationnelle, il faut que l'étude des propriétés physiologiques du médicament démontre qu'il jouit d'une certaine affinité pour les organes et appareils sur lesquels le médecin veut agir, ou bien encore que l'expérience clinique ait démontré la réalité de cette affinité. Mais quand ni la physiologie ni la clinique ne nous apprennent rien de certain à ce sujet, je suis d'avis que nous avons tout au plus le droit d'essayer le produit en question dans les

EMPLOI THBR. ET MODES d'aDMIN. DU SEMEN-CONTRA ET DE LA SANTON. 249

cas OÙ nous n'avons à notre disposition aucun médicament ni

aucune méthode thérapeutique méritant quelque confiance. Jo

n'oserais dire que cette condition soit remplie pour ce qui eon-

jerne les diverses indications thérapeutiques , autres que celle sur

.quelle nous venons d'insister, attribuées au semeo-contra et à

i santonine; on ne peut guère les qualifier de rationnelles. Ainsi,

) qu'où avait constaté l'action etScace du semen-contra et de

Bla santonine dans l'incontinence nocturne d'urine et les convul-

I aious chez les petits enfanta où ces accidents étaient provoqués

par la présence des ascarides dans l'intestin, on a préconisé ces

médicaments pour combattre l'incontinent nocturne d'urine et les

convulsions, même dans les cas où ces parasites n'étaient pas en

r cause. De même, à cause de la xanthopsio qui s'observe après

t l'administration de ces substances, on a cru pouvoir leur attribuer

one action sur la rétine, sur l'acuité visuelle , et on les a prescrites

aux malades chez lesquels l'acuité visuelle était diminuée à la suite

d'une atropliie ou d'une inflammation du nerf optique ou de la rétine.

£nfin, on a également administré la santonine comme diurétique ,

F en se basant sur le fait que cette substance s'élimine par les reins

I et partant favorise la diurèse.

Je crois devoir vous déconseiller l'emploi du semen-contra et L^e la santonine dans ces divers cas. Leur utilité dans ces états ^morbides est problématique; en outre, nous pouvons arriver au but désiré grâce à d'autres moyens moins dangereux pour le malade, ou bien il s'agit d'affections contre lesquelles nous sommes encore désarmés au point de vue ph armacothérapeutique,

■Considérons maintenant le mode d'administration du aemen-cojitra et de la santonine et la dose iju'it confient de prescrire pour arrivera expulser les ascarides de l'intestin.

Le semen-contra — et vous savez qu'au point de vue de la fidélité de l'action et de l'innocuité, je le place au-dessus de la santonine — se donne de préférence en nature , mélangé à du rop simple. On obtient ainsi l'électuaire de semen-contra. Son [oût mauvais constitue, pour plusieurs d'entre nous, un des soufTenira les plus désagréables de notre enfance, et Dickens a très bien compris l'aversion que produit l'usage de cette potion, en nous le décrivant dans Nicolas Nickieby, d'une manière magistrale, comme une des punitions les plus sévères, auxquelles le directeur inhumain d'un pensionnat peut recourir pour maintenir la discipline parmi ses élèves. On mélange intimement 2 à 4 grammes I de semen-contra avec 30 à 50 grammes de sirop, et on donne cet électuuire deux cuillerées à café par jour, de préférence le latin et le soir; car les effets du semen-contra et de la santonine reont certains quand on administre de petitts dotes d'une manière

250 XVII. ANTHELMINTIQUES.

répétée. Au contraire, si radministration a lieu en une fois et à forte dose, Teffet ne se produit pas, ou au moins ne se produit qu'en exposant le malade à de dangers graves. Tout en produisant des effets thérapeutiques excellents, Télectuaire de semen-contra n'en constitue pas moins une préparation d'une saveur extrêmement désagréable et provoquant le dégoût. Aussi, du moment que les enfants éprouvent de la difficulté à avaler cette vilaine confiture, le médecin intelligent et humain renonce à cette préparation. Il a alors recours à Vinfusion de semen-contra, qui est administrée à l'enfant sous forme de lavement tiède au moment du coucher, et cela pendant plusieurs jours consécutifs. Ce procédé réussit presque toujours, principalement dans les cas où les ascarides se trouvent dans la partie inférieure du tractus intestinal. Grâce à ce mode d'administration , on atteint un double but : on favorise la défécation et on provoque Texpulsion des ascarides , effet qui n'est obtenu par l'administration interne qu'en associant au semen-contra l'huile de ricin ou un autre purgatif; car toujours, outre le vermifuge, on devra faire prendre au petit malade un médicament destiné à ^déblayer le terrain".

Depuis plusieurs dizaines d'années, les médecins prescrivent presque exclusivement la santonine. Comme j'ai déjà eu l'occasion de le dire, je ne suis pas partisan de cette manière de faire. Bien souvent, après avoir administré vainement la santonine, on obtient un succès éclatant grâce à l'emploi du semen-contra. Ce dernier mérite donc la préférence au point de vue de la fidélité de l'action. Mais, comme je le disais à l'instant, il a aussi l'avantage d'être moins dangereux. Grâce à l'absorption facile de la santonine par le sang, cette substance détermine souvent des phénomènes d'intoxication, qui ne s'observent pas après l'administration du semen-contra, parce que dans ce dernier cas la quantité de santonine résorbée est beaucoup moins considérable. La santonine s'administre le soir à la dose de 25 à 100 milligrammes, consécutivement pendant plusieurs jours. Notre pharmacopée indique comme dose maxima 100 milligrammes par prise, et 300 milligrammes ') par jour. Je vous conseille comme règle générale de rester, dans vos ordonnances, au-dessous de ces doses maximales, et certai-

») Ces doses maximales (Thérap. génér. , p. 88) signifient que le pharmacien n'est pas autorisé à exécuter une ordonnance où ces doses sont dépassées, à moins que le médecin ne fasse suivre la dose prescrite d'un signe d^exclamation indiquant qu'il a cru nécessaire de dépasser la dose maximale. Il n'est jamais entré dans Tintention de la loi d^mposer par cette indication une règle fixe au médecin. Il peut à loisir prescrire la dose qui lui semble la plus convenable, pourvu qu'il le fasse en connaissance de cause; c'est ce qu^il indique par le point d'exclamation dont il fait suivre la dose dépassant la dose maximale.

EMFL. THEB, DE LA SANTONINE; SANTONATK DE SOUDE.

nement de ne jamais les dépasser quand l'urine prend une teinte ■anchement jaune ou quand le malade accuse de la xanthopsie. , proposition de Demme, de combiner la santouine au calomel, semble de toua points reeommandable.

L'administration de la santonine en nature satisfait entièrement aux exigences du njucunde", principalement quand on la prescrit ^K>us la forme de pastilles de santonine (Irochisci snntoiiià), qui sont «ffîcinales dans notre pharmacopée. Elles renferment pour une lartje de santonine vingt parties d'un mélange de sucre et de hocolat; chaque pastille contient 50 milligrammes de santonine. commence par faire prendre une pastille le soir, pour augnenter progressivement jusque 2 ou 3 pastilles. Seulement, je le répète, ce mode d'administration ne satisfait pas entièrement aux xigences du ,tuto", et vous oblige d'être toujours sur vos gardes ^u point de vue de l'intoxication, qui se produit surtout avec Une très grande facilité chez les enfants dont le système nerveux irritable. C'est pour cela que Dkmme a conseillé de ne pres- ' crire aux enfants entre 1 et 8 ans qu'une dose de 10 à 30 milligrammes à la fois, et de restreindre la dose journalière à 60 — 100 milligrammes.

Dans ces derniers temps on a administré la santonine sous forme de sanionafe de sodium. Si je voua demandais votre opinion au sujet de l'emploi thérapeutique de cette substance , et si vous lui Ldonniez votre approbation , ce serait pour moi la preuve que je suis exprimé avec bien peu de clarté. Sachez, en effet, que santonate de sodium se dissout dans l'eau avec une extrême Eacilité. Dès lors, que le médicament soit pris à l'intérieur ou jbien qu'il soit injecté sous la peau , dans l'un cas comme dans 5*autre, il passera très facilement dans le sang. L'on admet, il ; vrai, qu'une partie du médicament est abandonnée par le sang passe dans l'intestin, où il peut produire sou effet vermifuge; jOD dit môme avoir observé, après injection sous-cutanée, une coloration rouge des fèces, bien que je n'aie pu contrfller le fait chez ) lapins. Mais qu'importe , puisque le médicament , circulant librepient dans le sang, peut atteindre le système nerveux central et léterminer beaucoup plus rapidement que la santonine des symptôioefl d'intoxication ? N'est-ce point là un traitement en contradiction roelle avec le gnon nocere", le premier des devoirs du médecin —, t peut-on en conscience prescrire un médicament sous une forme [ont on connaît les dangers, quand on dispose d'autres formes taêdicamenteuses plus fidèles et beaucoup moins dangereuses? Que toxicologue se serve du santrmat* de soude tant qu'il le veut étudier l'action physiologique de la santonine — dans les ixpériences sur les grenouilles et les lapine nous l'employons de

252 XVII. ANTHELMINTIQUES.

préférence, précisément parce que nous voulons provoquer chez eux les symptômes d'intoxication pour les analyser de plus près — mais qu'une fois pour toutes le médecin renonce à l'emploi de cette combinaison.

Tout récemment une autre combinaison a été proposée ; il s'agit d'une combinaison chimique de la santonine avec l'hydroxylamine , à laquelle on a donné le nom de santoninoxime, La discussion est à peine ouverte au sujet de l'efficacité de cette substance. Cannizaro et CoppoLA prétendent qu'elle est beaucoup moins soluble que la santonine, qu'elle n'est pas ou du moins fort peu résorbable, qu'elle ne détermine pas de xanthopsie et que néanmoins une dose de 50 à 300 milligrammes suffit pour provoquer l'expulsion des ascarides, pourvu qu'on ne néglige pas d'administrer en même temps un laxatif. Cependant ce qui nous intéresse le plus, c'est de savoir si la santoninoxime mérite d'être préférée au semen-contra, tant au point de vue de la fidélité de l'action que de l'innocuité relative; or, à ce sujet il règne le silence le plus profond.

Page 1