‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 85 sur 130 · DIX-HUITIÈME CONFÉRENCE · texte numérisé non relu

DIX-HUITIÈME CONFÉRENCE

Antbelmlntlqaes. Hédicaments ténlfn^es.

Téaïcides; remarques générales coni'ernEtiit les conditions n^essaires pour obtenir l'eSiet thémpea tique désiré.

Écorrt de grenadier {C. grnnatomm). PelUliérine et isopelletii^TiDe. An&logia de l'action physiologique de la putletiérine nven celle du curare on de la vëriLtrioe. SJgniBcation de la présence de l'acide lannique dans l'écorce de grenadier. Emploi thérapeutiqoe. Action de la décoction d'écorce de grenadier et de la pelletiérine snr le ténia. Modes d'administration de l'écorce de greaadier. Dé- . (^oction de grenadier. Extrait de grenadier. Pellotiérino. Tannate de pelletiérine. Rhizome de fougère mâle (rhizonia fitidu maris). Cas d'empoisonnement. Filicine et acide (ilîcique. Action physiologique de l'acide lîlicique. Emploi thérapentîqne. Action de la fougère mâle et de l'acide filiciqne sur le ténia (nolium et mi^io' canellata), le botriocêphale , l'anuhylostome duodènal. Uodes d'administration de la fougère m≤ fougère mâle en nature; extrait ethéré de fougère mule. Différence de la teneur en acide liticique de l'extrait frais et conservé. Inconvénient de l'emploi «imultaué des huiles grasses. Acide panuique. Fleur» de kousso fftoria koio). Koussine. Emploi thérapeutique. Action du kousso sur le ténia. lHodes d'administration do kousso et de la koussine. Kamata. Xamaline. Emploi thérapeutique. Modes d'administration. Autres inédiuaments pouvant rendre des services comme anthelmintiques : huile de foie de morne, chloroforme, huile do térébenthitie , huile de croton, etc. AnthelmintiqneK des Indes orientales et occidentales: semences d'arec, arécoliue, coco» nacifers, arostigma dolisrum, moussanine , embelas ammoniae.

I Messieurs. Lea quatre autres anthelmintiques , dont il nous reste parler — je passe sous sUence le tanacetum, le chenopodium , "^etc. , qui depuis longtemps sont tombés dans rouV)li — sont tous des ténicides ou anticestodiques , comme les appelle Cantasi, On les prescrit contre le ténia, le bothriocéphale , en un mot contre les cestodes.

Taudis qu'avec la santonine l'effet «nthelmintique s'obtenait par l'administration répétée de petites doses qui finissent par amener l'expulsion du ver. avec les vermifuges dont il va être question le but est atteint grâce à l'admini.'itratîon d'une dose unique mais considérable. Pourque la santonine produise les bons effets qu'on

254 mn. AXTHELMnaïQrES.

en attend, il faut astreindre le malade à une diète détenninée , il faut, d'une manière générale, noorrir les enfants moins abondamment qu'à rordinaire. Les points dont il faut tenir compte , avant , pendant et après Tadministration du ténifuge, sont encore bien plus nombreux et plus importants, si Ton veut que la médication soit instituée avec succès. Comme il arrive souvent dans la vie, c'est encore ici de petits détails que dépend le succès. Celui qui ne considère pas ces détails conmie indignes de son attention , celui qui institue le traitement ténifuge suivant toutes les r^les de l'art, — tel Beraxger Feraud qui , grâce à un traitement plein de détails précis, put débarrasser plus de 1800 malades de leur ténia — , épargnera à ses malades l'ennui considérable d'une cure plusieurs fois répétée. C'est à ce dernier inconvénient qu'on expose le malade quand, après avoir prescrit le ténifuge, le médecin considère sa tâche conmie terminée. La veille du jour arrêté pour la cure, le malade jeûnera ou du moins ne prendra que du laitage (quelques médecins reconmiandent le hareng â l'ail). Le jour même de la cure le malade gardera le Ut. Il entreprendra la cure le matin ; il la commencera et la terminera par la prise d'un purgatif. On recommandera au malade de résister autant que possible à la tendance au vomissement et à la diarrhée et de s'abstenir le plus longtemps possible d'aller à la garde-robe. Quand le besoin de la défécation sera devenu irrésistible , le malade s'assied sur un large vase de chambre à moitié rempli d'eau tiède. En observant tontes les précautions que nous venons d'indiquer, on favorise l'expulsion du ver solitaire. Une fois celle-ci accomplie, on s'assurera que la tête du parasite a été bien expulsée. Dans les cas où la tête manque , on ne répétera pas la cure avant un mois ou au moins avant que des proglottides se soient montrés de nouveau. Tels sont les principaux détails du traitement préconisé par Berengkr Féraud ; en ne les j)erdant pas de \aie, vous épargnerez à vos malades bien des embarras inutiles et bien des désagréments.

Les ténifuges dont nous parlerons, et dont les trois premiers sont officinaux , sont : 1 . l'écorce de grenadier , 2. la fougère mâle , 3. le kousso, 4. le kamala.

I. ÉcoRCE DE GRENADIER (cortex granatorum). Notre nouvelle pharmacopée désigne sous ce terme Vécorce de la racine du Punica granatum (myrtacée), et non, comme autrefois, l'écorce du tronc. En outre, elle exige que cette écorce renferme au moins l^/^ d'alcaloïdes sous forme de chlorhydrate. Les alcaloïdes de l'écorce de grenadier ont été découverts par Tanret , qui leur donna le nom de pelletiérine (ainsi appelée du nom de Pelletier) et d'isopelletiérine. Ces deux alcaloïdes sont des ténifuges, mais il n'en e^t pas

ÉCORCE DE GRENADIER ; COMPOSIT. CniMIQUE ; ACT. PHYSIOLOG. 255

de môme des autres alcaloïdea cristallisables qu'on retire de l'écorce do greuadier, la pseudopelletiérine et la méthylpelletiérine. Ces deux derniers alcaloïdes n'exercent pas la moindre influence sur le ténia. On voit que notre pharmacopée est vraiment peu exigeante , puisque la moitié et plus de3 alcaloïdes, renfermés dans l'écorce même, peut être dépourvue de toute efficacité.

A part ces alcaloïdes, l'écorce de grenadier en renferme encore d'autres : la granatoliiie , la granatonine , la granaténine , la graaatine etc. Cimician et Silbkr , qui viennent de les décrire dernièrement, font ressortir surtout le fait que la granatoline est de tous points une tropine plus riche en hydrocarbure: la formule de la tropine est C, H„ ONCH,, celle de la granatoline C, H„ ONCH,. A côté de ces alcaloïdes nous trouvons dans l'écorce susdite des traces d'une huile éthérée , de la gomme , de la mannite , et une quantité de tuiinm tellement considérable que les peuples de l'antiquité se servaient de cotte écorce pour tanner le cuir. Cet acide tannique joue d'ailleurs un rôle considérable dans l'actiori médicumenteuae de l'écorce, comme noua le verrons dans un iustant.

L'action physiologique de la petletiérine a été étudiée par Dujardin- Bbauhetz, Rochemure, Prévost, Schhoder et Coronedi. Administré à haute dose aux animaux à température constante ou à température variable, cet alcaloïde paralyse le3 appareila périphériques de la locomotion ; il pourrait même , d'après les uns , paralyser les terminaisons ultimes des nerfs moteurs (action du curare), tandis que d'après d'autres ce serait la fibre musculaire striée elle-même qui serait paralysée sous son influence {action de la vératrine). D'après Schrôdkr, la pelletiérine aurait pour effet d'abolir entièrement l'excitabilité musculaire, après une période pendant laquelle la fibre musculaire donne en se contractant la courbe dite de la vératrine, c'est-à-dire une courbe myographique dont la partie ascendante est normale , mais dont la partie descendante est considérablement allongée, parce que la fibre contractée ne se relâche que très lentement. Outre son action périphérique sur les tibres musculaires striées, la pelletiérine possède encore une action bien marquée sur les fibres lisses, dont elle rehausse la contraction, pour l'abohr ensuite (Coronedi), et, selon quelques auteurs, une action paralysante sur les terminaisons du nerf vague dans -le coeur (action de l'atropine). Chez la grenouille, la pelletiérine n'exerce paa seulement son action sur les appareils nerveux périphériques, mais agit également sur le système nerveux central, dont l'excitabilité réflexe se trouve augmentée j au point qu'on voit parfois le tétanos se produire sous son influence. Quand la dose administrée est considérable, cette augmentation de l'excitabihté réflexe fait suite i un épuisement général avec dépression du sys-

^^vfapidement

256 XVIII. ANTHELMINTIQUES.

tème nerveux central, et Ton voit alors se produire la paralysie musculaire dont nous avons parlé à l'instant. L'excitation des appareils centraux qui président au mouvement , par Tadministration de faibles doses, la paralysie des appareils moteurs périphériques sous rinfluence des doses fortes, rappellent d'une manière saisissante l'action du curare et de la strychnine. Chez les mammifères l'administration de la pelletiérine provoque également une augmentation de l'excitabilité réflexe et une excitation du centre vaso-moteur , qui en dépend. Puis on voit se produire la paralysie des terminaisons du nerf vague dans le coeur; les mouvements deviennent difficiles; l'animal a de la peine à se maintenir en équilibre ; enfin la mort survient au milieu des phénomènes d'une paralysie généralisée avec arrêt de la respiration. Au sujet des détails de l'action toxique de la pelletiérine il reste cependant des divergences bien marquées entre les différents expérimentateurs ; divergences d'ailleurs bien explicables , parceque les doses et les préparations employées présentaient des diflFérences évidentes. Mais ce qui nous intéresse surtout , c'est que chez l'homme , .à la suite de l'administration de petites doses, l'on observe constamment des étourdissements , des troubles de la vue , une sensation particulière de faiblesse dans les jambes, parfois aussi des nausées, des vomissements, des tiraillements et des contractions dans certains groupes musculaires (principalement dans les muscles du mollet). La pelletiérine est donc en tout cas un médicament nervin, portant particulièrement son action sur le système nerveux central et sur certains appareils périphériques qui en dépendent. En vertu de son action physiologique , elle peut provoquer des phénomènes graves d'intoxication qui peuvent même, dans certains cas, avoir la mort pour conséquence.

Bien que l'acide tannique, qui se trouve dans l'écorce de grenadier dans la proportion de 25 — 30^/ ^ , n'exerce aucune action spécifique sur le système nerveux ou sur le ver solitaire, sa présence n'en a pas moins une grande importance pour l'emploi thérapeutique de cette écorce. C'est grâce à sa combination intime avec l'acide tannique que la pelletiérine n'est mise en liberté que dans l'intestin. Le tannin rend donc plus difficile le passage de cet alcaloïde dans le sang et s'oppose ainsi, jusqu'à un certain point , à l'apparition des phénomènes généraux dus à son absorption.

Emploi thérapeutique, Kuchenmeister et Schrôder ont démontré que le ténia meurt dans une infusion d'écorce de grenadier ou dans une solution de pelletiérine. Le ténia solium succombe au bout de 3 heures dans une décoction d'écorce de grenadier; le ténia serrata du chat est tué au bout de 10 minutes, quand on le met dans une solution de pelletiérine de 1 : 1000. On peut doiw

AOT. phys.dk la pelletier,; emploi THÉR. nE l'écorcedeqrenad. 257

conclure que l'écoroe de grenadier, la pelletiérine et l'iaopelletiérine sont dea ténicidea dans la vraie acception du mot.

C'eet seulement dans le cours de ce siècle que l'écoroe de grenadier a été considérée en Europe comme un ténifuge de valeur, dont l'action est dea plua fidèles. Nous croyons inutile d'insiater de nouveau sur les symptômes toxiques qu'elle peut déterminer grâce à la pelletiérine qu'elle contient, symptômes qui consiat^jnt surtout en nauaéea, vomissements , vertiges, et même parfois en convulsions. Aussi ne faudra-t-il en prescrire l'emploi que dans les cas où la présence des cestodes a été constatée de la manière la plus certaine. Bien que la pelletiérine semble le seul principe actif de l'écorce, l'emploi de celle-ci n'en reste pas moins rationnel, même aujourd'hui que nous pouvons prescrire la pelletiérine en nature. C'est qu'en effet, comme nous avons déjà fait observer, le tannin renfermé dans l'écorce de grenadier rend plus difficile l'apparition des symptômes généraux dus à l'absorption de la pelletiérine. Dès lors l'emploi de l'écorce est toujours moins dangereux que celui de la |>elletiérine.

Le modft d'administration le plus habituel et, comme une longue expérience l'a démontré, celui dont l'action est la plus fidèle, est le macéri-décacté. On laiase macérer ijendant 24 heures , à la température ordinaire , soixante grammes d'écorce de grenadier finement divisée dans un Htre d'eau ; puis on fait bouillir à une douce chaleur jusqu'à réduire le liquide à 200 grammes, après quoi on le passe à travers un tamis. Si on le juge nécessaire, on ajoute à la décoction un correctif du goût. La potion est administrée le matin à jeun, en 3 ou 4 fois, dans l'espace de 3 à 4 heures. Voici comment on formule ce macéré-dêcocté :

■a^e Corticifi radiais granatornm grm. 00, H lenîter contnsa, macéra per nyfhtiieme H deiD coque leni calore per horM XII \ ad remanentem quantitatem gr». 200.

d. 8. prendre nu quart de la poti

aqua destillata kgTm. 1,

Kaunitzer a objecté à ce mode d'administration que la pelletiérine s'évapore pendant la coction , mais von Schrôdbr a démontré que c'est là une objection purement théorique. Kamnitzer aemble avoir perdu de vue que , malgré: que les sels de pelletiérine perdent par ébuUition une partie de leur alcaloïde, l'écorce de grenadier ne peut nullement être assimilée à une simple solution de pelletiérine. Nous ne connaissons pas la forme sous laquelle ta pelletiérine est renfermée dans l'écorce de grenadier, mais ce qui est incontestable , c'est que le maeéré-décocté renferme encore la pelletiérine en quantité suffisante. La conclusion de Kamnitzer l'action du macéré-décocté aérait uniquement due au tannin

258 XVm. ANTHBLMINTIQUBS.

qu'il contient, n'est donc nullement motivée et, si je crois devoir vous la citer, c'est uniquement pour vous faire voir comment une conclusion inexacte entraîne après elle des hypothèses risquées et insoutenables.

Dans notre pharmacopée — seconde et troisième édition — se trouve indiqué, parmi les préparations galéniques non obligatoires, l'extrait de grenadier. Il ne s'agit pas d'un extrait aqueux, comme celui dont le Dr. de Vru a recommandé l'usage pour les Indes , et qu'on prépare en évaporant jusqu'à siccité la macération aqueuse de l'écorce. L'extrait de la pharmacopée est un extrait alcoolique, qui s'obtient en traitant simplement l'écorce de grenadier par l'alcool dilué. H renferme par conséquent à la fois la pelletiérine et l'acide tannique. Von Schroeder a proposé de le préparer au moyen du macéré-décocté , débarrassé du tannin (par addition d'un excès d'eau de chaux), et soumis à l'évaporation. La décoction ainsi préparée lui paraît déjà préférable à la décoction ordinaire, l'extrait débarrassé du tannin préférable à celui qu'indique la pharmacopée. La décoction et l'extrait , ainsi préparés, peuvent être considérés comme des solutions à peu près pures de pelletiérine; mais puisque, avant de les faire prendre, VON Schroeder fait ajouter à l'extrait comme à la décoction , une certaine quantité d'acide tannique, dans le but d'empêcher une résorption trop rapide de la pelletiérine , l'on se demande involontairement si cette modification de la préparation n'est pas peine perdue. Les alcaloïdes actifs de l'écorce de grenadier étant facilement solubles dans l'eau , il est indififérent de se servir de l'extrait aqueux ou de l'extrait alcoolique. La quantité d'acide tannique, renfermée dans l'un et l'autre , sera sensiblement la même , et , pour les raisons déjà indiquées, sa présence est avantageuse pour l'administration du médicament.

Les avis diffèrent relativement à la dose d'extrait qu'il convient d'administrer. L'extrait aqueux entièrement sec et pulvérulent de de Vru semble conduire au but déjà à la dose de 4 grammes, à raison d'un demi-gramme tous les quarts d'heure. Cependant, pour l'extrait préparé d'après les indications de la pharmacopée, on indique en général 8 à 10 et jusqu'à 12 grammes, comme dose nécessaire pour provoquer l'expulsion du ver solitaire. Cela s'accorde avec la donnée que 1 partie d'extrait correspondrait à 6 parties d'écorce. Depuis que pour la préparation de l'extrait, on se sert exclusivement de l'écorce riche en pelletiérine , je suis plutôt disposé à vous recommander l'emploi des petites doses du Dr. de Vru, dans les cas où vous vous servez de l'extrait sec. L'emploi de cette poudre sèche est sans aucun doute beaucoup plus commode et plus agréable pour le malade que l'ingestion d'une grande

!DRCE DE GRENADIER ET PELLETlÉRINE, EMPLOI THÉRAPEUTIQUE. 259

quantité de liquide; eeulement, je n'oserais pas affirmer que l'effet est aussi sûr, ne possédant pas les observations nécessaires pour trancher la question.

La pelletiériue , administrée sous forme de tannate de pelletiérine, donne d'excellents résultats. Kn France, cette préparation est même préférée à la décoction du grenadier. Ce mode d'administration présente l'aTantage indéniable de n'exiger qu'une petite quantité de médicament pour amener l'expulsion du ver solitaire. L'usage de la pelletiérine répond donc entièrement au précepte ,jucnnde"; en outre, il satisfait aux exigences du „tuto", car la résorption du tannate de pelletiérine se fait beaucoup plus difficilement que celle des autres sels de cet alcaloïde, et son emploi est presque constamment suivi d'effet, ce qui n'est pas toujours le cas pour le sulfate de pelletiérine. D'après Dujardin-Beaumetz et BÉRANGER-FÉRAUD , Une dose de 400 milligrammes de tannate de pelletiérine serait suffisante pour provoquer la mort et l'expulsion consécutive du ténia. Voici la formule donnée par ces auteurs ; on y part du sulfate de pelletiériue, qu'on transforme en tannate , Kràce à l'addition d'un excès d'acide tannique :

^Pf PeUetierini flulfnrici mgr. 350-400.

ttcîdi taunici gr. 1.3— l.."»!).

aqnae gr. 30.

d. e. à prendre en 2 on 3 fois, à nue demi-heure d'intervalle.

En administrant le médicament sous cette forme, on empêche dans une large mesure l'absorption de la pelletiérine et l'apparition des phénomènes d'intoxication, sans toutefois pouvoir les écarter d'une manière absolue; il mon avis le danger d'empoisonnement est toujours un peu plus grand qu'en employant la décoction. Par contre la pelletiérine, dont le prix a beaucoup diminué dans ces derniers temps , présente l'avantage d'être plus efficace que la décoction d'écorce de grenadier.

Dujakdin-Bëaumktz , se basant sur l'analogie existant entre l'action physiologique de la pelletiérine et celle du curare , etc. , a administré cet alcaloïde dans le tétanos et dans la maladie de

ÉNiÈRE. Le résultat de cette tentative thérapeutique n'a guère été

icourageant.

2. Hhizohe de rouoÈRE mIle. La fougère mâle (aspidiura tilix voua, fiHcinée) peut être considérée comme un médicament ténicide aussi fidèle que l'écorce de grenadier. Elle a des partisans convaincus, qui la préfèrent même à l'êeorce de grenadier, à cause de sa toxicité peu marquée. Mais elle ne mérite pas cet excès d'honneur. Confiant dans l'innocuité de ce médicament — tout ^^Bb plus lui attribuait-on l'inconvénient de provoquer quelques

XVm. ANTHELMINTiquES,

nausées ou vomiasements — , ou l'a administré pendant ces dix dernières années à des doses de plus eu plua élevées, et maiutee fois il en est résulté une intoxication grave. On a décrit 23 ou 24 cae d'empoisonnement produits par l'ingestion de fortes doses de fougère mâle; quatre d'entre eux se sont terminés par la mort {Poulsso.v, Paltauf). a ce propos , on ne peut s'empêcher de déplorer que des expériences aussi chèrement acquises semblent nécessaires pour que les médecins s'imprègnent de ce principe inébranlable, à savoir: que tout médicament est un poison et que les substances même les plus inoffensivea , quand elles sont administrées à la dose ordinaire, peuvent mettre la vie en danger dès qu'on les donnée dose élevée (Conférence IV). J'ose espérer, Messieurs, que ce principe dominant de la pharraacothérapie générale restera toujours gravé dans votre esprit. Mais à quelque chose malheur est bon. Dans ces derniers temps on s'est mis avec plus de zèle à étudier de près l'action physiologique des principes constituants de la fougère mâle, et l'on s'est efforcé d'en isoler les principes actifs. Permettez-moi d'attirer d'abord votre attention sur ces derniers. La fougère mâle renferme une huile êthérée en petite quantité , une huile grasse, un principe amer, et des quantités assez considérables de sucre et de tannin, soit environ 10"/, de chacun d'eux, A côté de ces divers éléments, elle renferme comme principe actif l'acide fillrique , isolé par LucK, Cest à Poui-SSON, que revient le mérite d'avoir démontré récemment que l'acide filicique, substance très toxique et se présentant sous forme d'une poudre amorphe, d'un blanc de neige , insoluble dans l'eau , maie facilement soluble dans les alcalis et les huiles, est l'hydrate de la filicine. La filicine est un anhydride dépourvu de toute action physiologique, se présente sous forme de beaux cristaux très difficilement solubles , et correspond probablement dans sa constitution chimique à l'ester di-iaobutyrique de la phloroglucine :

Phlaroglacine.

AO.C'R'Oy VOH

Eat«r di-isobntyriqae de pUorogliu (filicine?).

lôd^^H

Pom.ssoN démontra en outre que la filicine et l'acide filicique peuvent se transformer l'une dans l'autre avec la plus extrême facilité. On se trouve ici en présence de deux modifications chimiques de la même substance, douées d'actions physiologiques difierentes : et ainsi se trouvent facilement expliquées la confusion et la contradiction qui n'ont cessé de régner jusqu'à ce jour sur ce sujet dans la littérature médicale. PouiâsoN ne se prononce pas sur le point de savoir si la filicine est par elle-même une substance inactive , ou bien si l'abseaflj

fc

«UOÈKE MâLE. ACTION TOXIQUE. ACIDE PILK-iqUE. EMPLOI THÉBAP. 261

de toute action physiologique ne dépend que de son insolubilité. Par contre , il a pu déterminer les effets physiologiques de l'andt filicique, qui se forme d'une manière constante quand on dissout la filicine clans un liquide alcalin. Ainsi , chez la grenouille , il observa la paralysie du système nerveux central, précédée de l'excitation peu prononcée du même système; la diminution de l'activité des fibres musculaires striées ; la paralysie du coeur , due en partie à la paralysie des fibres cardiaques, en partie à la paralysie des centres automatiques. Chez les mammifères (lapin) , l'injection dans le sang provoque la paralysie des muscles; l'exagération des réflexes; le tétanos, suivi de la paraly.sie de tout le corps; la paralysie du coeur survient tardivement, La pression sanguine n'est pas modifiée, mais il se produit de l'albuminurie et de la glycosurie; celle-ci résulte proliablement de la phloroglucine ou de la formation d'un acide glycuronique encore inconnu, car on voit parfois l'urine dévier à gauche le plan de la lumière polarisée. Quirll , Prévost et BlNET instituèrent leurs expériences , non pas avec l'acide filicique , mais avec l'extrait éthéré de fougère mâle renfermant cet acide. Leurs résultats concordent , dans les grandes lignes , avec ceux de PouLssoN. En outre, dans les cas d'empoisonnement, observés chezl'homme et dont l'issue fut fatale , les principaux sympttîmes observés furent le coma , une faiblesse musculnire généralisée , des convulsions, le tétanos, l'ictère, l'albuminurie, l'affaiblissement du coeur.

Emploi thérapeutique. Ce n'est pas seulement l'empirisme qui dé-

lontra l'efficacité de l'extrait de fougère mâle comme ténifuge et fit , entre les mains de marchanda habiles , un remède secret , acheté à des prix très élevés par Locis XVT et Frédéric le Grand; l'expérimentation directe a pleinement démontré que ce médicament est un ténicide excellent. KucHKNMEisTER plaça des ténias dans une macération de fougère mâle et les vit succomber en moins de quatre heures. La fougère mâle n'est pas seulement un remède très estimé contre le ténia solium , mais encore et surtout contre le ténia mediocanellata , ainsi que contre le botbriocéphale, l'anchylostome duodénal et contre le cysticerque celluleux. D'accord avec un grand nombre d'auteurs français, qui attribuent l'action ténicide à une .oléo-résine", je suis porté à admettre que l'huile éthérée n'est pas étrangère aux effets produits par cette plante, et les expériences récentes de Kobert m'ont confirmé dans cette opinion. Enfin, je ne puis négliger de mentionner qu'un grand nombre d'autorités médicales placent la fougère mâle au-dessus de l'écorce de grena-

ir, au point de vue de la sûreté de l'action. \ Comment faut-il prescrire la fougère mâle pour ne pas exposer malade aux dangers d'une intoxication ? La racine réduite en

idre fine et employée en nature présente sans aucun doute le moins

262 XVm. ANTHELiaNTIQUES.

de danger, grâce à la forte quantité du tannin qui s'y trouve renfermé. Administrée à la dose de 10 à 15 grammes, suspendue dans de Teau et accompagnée ou non d'un purgatif (calomel), elle a souvent été employée avec succès, surtout il y a quelques années. Mais ce mode d'administration est des plus désagréables et on lui a substitué dans ces dernières années l'extrait iihéré de fougère mâle , mentionné dans la dernière édition de notre pharmacopée. On prend une quantité arbitraire de racines et on l'extrait au moyen d'une quantité d^éther telle que l'extrait obtenu présente les propriétés suivantes: consistance du miel frais, coloration d'un vert foncé, solubilité complète dans l'éther, insolubilité dans l'eau. Cet extrait renferme , à côté d'une huile grasse et d'une huile, éthérée, des quantités variables de filicine et d'acide filicique. Son activité et sa toxicité seront d'autant plus grandes que l'extrait renferme plus d'acide filicique , et elles seront d'autant plus faibles qu'il renferme plus de filicine. L'extrait est d'autant moins actif qu'il est plus vieux , parce que la quantité d'acide filicique , qui se transforme en filicine cristalline inactive , devient de plus en plus grande. L'acide filicique se résorbe encore plus facilement quand il est administré sous forme d'extrait de fougère mâle que dans le cas où l'on fait prendre au malade l'acide filicique en nature. L'huile grasse favorise la résorption de l'acide filicique , vu que les huiles grasses facilitent en général la résorption d'anhydrides et d'acides (voir plus loin la cantharidine). L'acide filicique est donc moins dangereux que l'extrait éthéré, d'autant plus qu'il jouit par lui-même de propriétés laxatives, si on l'administre à la dose d'en\4ron 1 gramme. Bien que Poulsson ait attiré à bon droit l'attention des praticiens sur l'acide filicique , celui-ci n'a pas encore réussi à s'introduire dans la thérapeutique. En prescrivant l'extrait éthéré de fougère mâle chez l'adulte, nous devons ne pas dépasser la dose de 4 à 5 grammes, à laquelle on ajouta de la poudre de fougère mâle ou de la poudre d'écorce de grenadier de manière à obtenir une masse pilulaire. On prépare au moyen de celle-ci 60 pilules, par exemple, et on en fait prendre 10 à 15 toutes les demi-heures. Comme purgatif on ne donnera pc^ au malade l'huile de ridn , mais le calomel ou le séné ; et la proposition , faite dernièrement par Lemérê, de combiner l'extrait éthéré de fougère mâle au calomel dans une même émulsion mérite toute notre attention. La proscription de l'huile de ricin dans ces cas est pleineiuejit justifiée jmr le fait que la résorption de Tacide filicique est favorisée jmr la présence d'une huile grasse , et que dans la plupart des cas d'ein{K>i^>nnement qui ont été relatés, Thuile de ricin avait été administi^ comme puif;atif«

L^aspidéum atk^ummUrum de Natal ot du Cap de Bonne Espé-

EXTRAIT ÉTIIÉRÉ DE FOITGÈRE MâLE. ACIDE PANNIQUE. KOUSSO, 263

pance, qui porte le nom de Radix Uncomocomo et Kadix pannae , ressemble sons piuaieiirs rapports à notre fougère mâle. Ce rhizome , qui est l'anthel m intique préféré des Caffres, renferme de l'acide panniqw' (Kursten) S0U3 deux formes différentes, dont l'une est la modification active, l'autre la modification inactive, tout juste comme la filicine et l'acide filicique se trouvent à la fois l'un près de l'autre dans la fougère mâle. Eoehm a décrit dernièrement l'action physiologique de l'acide pannique actif. Noua n'y insisterons pas , parce que l'application thérapeutique de cette substance est trop incertaine, et trop peu étudiée.

3. Les pleurs de kousso ont été maintenues dans notre pharmacopée, à c^ité de l'écorce de grenadier et de la fougère mâle. Au commencement et vers le miheu de ce siècle , elles ont acquis ia renommée d'un bon ténifuge. Le kousso est fourni par l'hagenia abysainica , plante de la famille des spiracées. L'élément constituant essentiel de ce simple est la kottssine, substance cristallisable d'un beau jaane. Le kousso renferme, outre le tannin, de la cire, du sucre, de la gomme, une huile éthérée et des acides organiques. On sait que la koussine n'est pas un alcaloïde, mais voilà presque tout ce que l'on sait de sa constitution chimique et de ses propriétés phyaiologiquea. Le ténia meurt dans une macération de kousso déjà au but d'une demi-heure, donc plus rapidement que dans les extraits analogues faits au moyen d'écorce de grenadier ou do fougère mâle. Outre leur action ténicide, les fleurs de kousso jouissent également de propriétés purgatives. De plus chez certains individus elles déterminent de la céphalalgie , des nausées , un sentiment de prostration, de l'angoisse préconliale; parfois, quand la dose était considérable, on a observé l'irrégularité des battements cardiaques et môme, dans des cas très rares, probablement à la suite de doses très élevées, on a vu survenir une prostration profonde dont l'issue fut fatale.

Empïoi thérapeutique. Kuchenmeistek, se fondant sur les expériences qu'il avait instituées et qui démontraient que le ténia succombe rapidement dans un extrait fait au moyen des fleura de kousso, vanta ce médicament comme étant le meilleur des ténicides. Mais cette réputation s'est évanouie peu à peu , soit que la plante ne fût plus employé à l'état de fraîcheur nécessaire, soit qu'on se fût servi d'une drogue impur*. Tel qu'on peut ae le procurer aujourd'hui , le kousso doit céder le pas â l'écorce de grenadier et à la fougère mâle au point de vue de la sûreté de ses effets. De plus la seule forme convenable sous laquelle on puisse l'administrer est loin d'être agréable: 9 à 12 grammes de la poudre E^umineuse doivent être absorbés en nature dans l'espace de 2

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à 4 heures. Le malade doit donc, à chaque fois, avaler 3 à 4 grammes de cette substance pulvérulente sèche , ce qui constitue une masse considérable. On a tenté d'administrer le médicament sous forme de macéré-décocté , mais les résultats furent toujours moins bons que ceux obtenus par l'usage des fleurs en nature.

L'administration de la koussine, à la dose de 2 à 2'/, grammes, dans l'espace d'une heure , a été aui\ie de bons effets. On a également recommandé ta koussinate de sodiiun. Ce sel soluble pasi* facilement dans le sang. Aussi n'est-ce pas à un tel mé*iicameiit que vous vous adresserez de préférence, quand vous voudrez instituer une cure anthelmintique , sans faire du tort à vos malades.

N'est-ce pas remarquable que le kousso , préconisé avec tant d'aplomb à une époque relativement peu éloignée et dont tant de médecins ont chanté les louanges, soit actuellement de plus en plus relégué â l'arrière-plan ? Ne méritait-il pas le rang honorable , que lui avaient assigné autrefois les autorités médicales de France et d'Angleterre, ou bien le dédain qu'on lui témoigne de nos jours est-il immérité? C'est une question à laquelle on ne pourra répondre que le jour où l'on sera complètement renseigné sur la composition chimique et l'action physiologique des fleurs de kousso.

4. Ce que nous venons de dire du kousso s'applique également au KAMALA. De même que les fleurs de kousso, les glandulea du rottleria tinetoria (famille des euphorbiacées) aspirèrent pendant tout un temps à l'honneur d'être le meilleur ténifuge. L'élément principal , qui entre dans la composition de ce remède, est la kama- Une, résine présentant une belle coloration , et d'où l'on peut retirer la rottlérine, matière colorante du groupe de l'anthracène, qui se trouve également renfermée dans l'aloës.

Emploi thérapeutique. Ce médicament, déjà décrit au 17« siècle par un Hollandais (Rbeedk, dans le „Hortus inalabaricns") , est employé aux Indes avec le plus grand succès, comme anthelmintique. Il fut introduit en Europe par des médecins anglais. H aurait une action aussi sflre que le kousso , et présenterait sur ce dernier l'avantage d'être plus agréable à prendre et d'être moins dangereux. De plus, comme il présente également des propriétés purgatives très marquées , on peut se passer de l'administration de tout purgatif quand on prescrit ce ténifnge. Malgré tous les avant^es qu'on lui attribue, le kamala semble être pour nous , Hollandais , un remède superflu, car notre pharmacopée, qui mentionnait autrefois ce médicament, ne le cite plus dans sa dernière édition. Est-ce à bon droit ou à tort? Je ne saurais le dire. J'ajouterai toutefois que si vous désirez prescrire ce ténifuge, il faudra en faire prendre 4 — 12 grammes en poudre aux adultes. Chez les enfants à^-m

KOUS80, KAMALA, NOIX d'aREC, ETC. 265

■moins de 5 aiia , les doses seront évidemment beaucoup moindres i de m6me d'ailleurs pour tous les autres ténicides. Antre- Jfois, quand le kamaln était encore fortement en bouueur et qu'on ■pouvait probablement se le procurer dans un plus grand état do pupieté qu'aujourd'hui , on administrait parfois une teinture de kamala. Aux Indes le kamala est parfois employé localement dans les ^uptions cutanées , même en cas de lèpre. Nous verrons ultérieurement qu'une autre substance purgative du groupe de l'anthracêne , chrysarobine (acide cbrysophanîque) , dont la constitution se »pprocbe beaucoup de celle delà rottlérine, est employée utilement I le même but.

Ce serait faire oeuvre vaine que d'énuraérer, à cûté des ténifuges léjà mentionnés, ceux qui furent employés à une époque antérieure à la nôtre, ou bien ceux dont le peuple se sert dans les différentes contrées de l'Europe, et qui, comme les semences de la citrouille ou de la courguo (Cucurbita maxima), méritent pleinement l'attention des médecins (Storch). Nous ne nous arrêterons pas non »lu9 à ceux dont l'emploi a été recommandé par divers praticiens. même qu'on prescrit parfois les anthelmintiques dans le but de imbattre des phénomènes morbides qui n'ont aucun rapport avec mce de vers dans l'organisme (l'écorce de grenadier et le [ouaso contre la malaria, la fougère mâle comme emménagogue, etc.), de même on obtient parfois une action anthelmintique réelle par l'emploi de certainsmédicament'îdont l'indication thérapeutique principale est tout autre. Ainsi , il est de la dernière évidence qu'un lavement d'huile de foie de morue peut agir parfois d'une nière très efficace pour provoquer l'expulsion des ascarides, et [Ue l'administration interne de chloroforme, de térébenthine, d'huile croton, peut tuer le ver solitaire. Ces exemples, auxquels je lurrsis ajouter la recommandation faite dernièrement de l'oxyde '^e cuivre et de la papaïne comme ténifuges, suffisent pour vous montrer que le médecin ne sera nullement en peine de trouver un médicament parmi le grand nombre de ceux dont il dispose, quand , dans un cas déterminé , il ne veut ou ne peut prescrire anthelmintiques classiques.

Cependant, si votre pratique vous conduit jamais dans les poslions des Indes occidentales ou orientales , il peut être intéressant lur vous de savoir que la vulgaire noix d'arec du palmier pé- ,ng (areca catechu , une arécacée), qui entre dans la constitution bétel, a rendu plus d'une fois des services signalés comme anthelmintique dans nos possessions des Indes orientales. La noix d'arec doit ses propriétés à un a\ca.\dide,l'arécoline; dont la compontion chimique se rapproche de celle de la pelletîérine , tandis qu'au

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point de vue de Tactioii physiologique il rappelle à la fois la muscarine et la pelletiérine. La noix de coco (cocos nucifera) jouit pareillement d'une réputation anthelmintique , bien qu'il me soit impossible de vous citer le principe actif auquel elle doit cette propriété. Par contre , nous connaissons parfaitement le principe actif de TuROSTiGMA DOLiARUM (Brésil), remède employé avec grand succès dans les Indes orientales contre Tankylostome qu'on rencontre avec une si grande fréquence dans ces contrées. Ce principe actif, la doliarine, n'est pas un alcaloïde et rappelle par ses propriétés l'acide filicique. La doliarine est officinale au Brésil, et l'administration d'une dose de 100 à 200 milligrammes est suivie de l'eflFet désiré.

Enfin , je vous citerai encore la moussanine — extraite de l'acacia anthelmintica (Abyssinie) — , et I'embelate d'ammoniaque — sel d'ammonium de l'acide embélique, principe actif de l'embelia ribes (Indes occidentales). L'embélate d'ammoniaque C* H" O* NH* a été étudié avec soin par Coronedi et Durand. Ils se sont convaincus que l'embélate d'ammoniaque et celui de soude sont peu toxiques pour l'homme et les animaux supérieurs, tandis qu'ils constituent des poisons énergiques pour les bactéries et les invertébrés. Par rapport à la fidélité de l'action ténicide, l'embélate d'ammoniaque se rapprocherait de la pelletiérine, qu'il surpasserait par son innocuité. En efiFet la dose ténicide (400 jusqu'à 500 milligr. pour l'adulte) ne serait suivie d'aucun effet désagréable ou inquiétant. Nonobstant ces recommandations chaleureuses, la question ne me semble pas encore jugée.

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