‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 87 sur 130 · VALEUR ET DIVISTON DES ANTIZVMOTIQUBS. ANTISEPTIQUES VRAIS · texte numérisé non relu

VALEUR ET DIVISTON DES ANTIZVMOTIQUBS. ANTISEPTIQUES VRAIS

qui signifie absence de pouls {asphjTcie) et que noua donnons le nom de atéthosco[)e (lunette de la poitrine) à un instrument grâce auquel notre oreille perçoit plus facilement certains sons. Aussi je vous propose de diviser la classe des oM/izymo/fçwes en deux groupes: les antiseptiques vrais , comprenant les médicaments employés en vue de détruire ou de combattre les causes des maladies infectieuses, et les disinfeelants , médicaments qui non seulement s'adressent à la cause morbide, mais combattent également avec efficacité les conséquences qu'elle entraîne, spécialement en ce qui concerne la putréfaction et la décomposition. Les médicaments appartenant à ce deuxième groupe sont donc aussi désodorisants ; grâce aux processus d'oxydation qu'ils provoquent, les produits qui résultent de la putréfaction sont transformés en substances inodores ou au moins dont l'odeur est moins désagréable. Dans beaucoup de cas lea désodorisants sont des agents chimiques plus énergiques que les antiseptiques vrais.

Nous nous occuperons d'abord des antiseptiques vrais. Le but que le thérapeute se propose par leur emploi a été exposé il n'y a qu'un instant. Il veut détruire ou rendre inoffensifs les mieroorganismes se trouvant à la surface ou à l'intérieur du corps humain et qui y déterminent ou y ont déterminé des phénomènes infectieux , de telle manière que l'organisme n'ait pins à souffrir de leur présence. En employant à ce but des médicaments qui lui penuettent de rendre inoffensifs les bactéries , leurs spores et les ferments sécrétés par ces bactéries , il n'a d'autre intention que d'exercer une action favorable sur l'oi^anisme humain qui porte ces microorganismes. Il ne perdra donc jamais de vue les principes que nous avons exposés en traitant les caractères généraux des médicaments parasiticides (p. 235 — 237). n aura toujours présent à l'esprit que les antisepH-jues vrais sont des poisons énergiques (leur toxicité est 5 à 7 fois plus grande pour l'homme que pour lea bacilles du charbon) ; et il ne tentera jamais de détruire ou de rendre inoffensifs, en recourant à l'action de ces substances toxiques , les microorganismes qui ont déjà pénétré dans le sang. H lui est bien permis d'espérer qu'un jour on découvrira des agents capables de tuer les bactéries, sans exercer une influence nuisible sur les éléments cellulaires dont est constitué le corps humain. Les considérations , développées récetnment par le Dr. Edinqer , qui croit avoir trouvé de tels agents dans les combinaisons des bases pyridiques ou quinoliques avec le sulfhydryle ou les sulfocyauates (comparez p. 121), et qui a préparé un sulfocyanate de benxoylquinoline, très bactéricide mais relativement inoffensif pour l'organisme animal, sont bien à même de ne pas nous faire regarder cette espérance comme absolument vaine. Cependant les expériences acquises jusqu'ici chez des animaux infectés artifi-

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cielleraent et traités par des antiseptiques nous prouvent qu'il est bon de ne pas se faire trop d'illusions à ce sujet. Ces preuves expérimentales, je les trouve dans les recherches de Behring sur la diphtérie, dans celles de Santori sur la morve , et en outre dans les expériences faites dans mon laboratoire par le Dr. van der Hkuden , du Japon. Il provoqua la septicémie chez des lapins , puis communiqua la maladie à d'autres lapins en leur injectant sous la peau le sang des animaux malades. Du moment qu'il vit se manifester les premiers symptômes morbides et même plus tôt, il injecta à un certain nombre de lapins de cette seconde série une solution d'iode dans l'iodure de sodium, dans la veine jugulaire ou dans la veine crurale. Les animaux ainsi traités succombèrent tous beaucoup plus rapidement que les lapins atteints de septicémie qu'on avait abandonnés à leur sort. Bien que la solution d'iode dans l'iodure de sodium, dont l'expérimentateur s'était servi , fût à peine suffisamment concentrée pour tuer les bacilles de la septicémie , elle était assez toxique pour mettre des lapins bien portants à deux doigts de la mort et pour hâter la terminaison fatale des animaux déjà malades.

En outre , dans l'introduction générale à l'étude des parasiticides , j'ai déjà fait ressortir que la découverte d'un antiseptique, totalement inofifensif pour l'organisme humain et néanmoins sûrement mortel pour les bactéries, ne présenterait guère qu'une utiUté secondaire pour la thérapeutique des maladies infectieuses. C'est qu'ici, moins que partout ailleurs , il ne suffit pas d'enlever la cause pour en voir disparaître les effets. Les antiseptiques sont totalement impuissants à combattre l'intoxication par les toxalbumines , les toxines et les autres produits de dédoublement, formés aux dépens des parties constituantes de l'organisme , et ce sont les symptômes de cette intoxication qui constituent les traits saillants du tableau morbide. Il devient de plus en plus évident, au moins en ce qui concerne les maladies générales infectieuses, que ce sera en particulier la connaissance des poisons sécrétés par chacun des microorganismes pathogènes qui nous conduira à une thérapeutique féconde en succès, et qu'avant peu nous reprendrons, de propos délibéré, la voie où a cheminé la thérapeutique empirique. C'est elle qui nous a mis entre les mains des contre-poisons , tels que la quinine contre la malaria, le salicylate de soude contre le rhumatisme articulaire aigu, les composés mercuriels contre la syphilis. A mesure que les poisons bactériens sécrétés au cours des maladies générales infectieuses seront mieux connus et que les doctrines des contre-poisons et de l'immunité se développeront davantage, nous verrons grandir notre espérance d'arriver un jour à combattre les maladies infectieuses d'une manière rationnelle en leur opposant des médiments antagonistes à action spécifique, des antidotes ou des antitoxiques physiologiques (p. 170, 172).

VALEUR CLINIQUE DEa ANTISEPTIQUES VRAIS.

C'est pourquoi il me paraît également probable que l'usage des iitiaeptiques dans la thérapeutique des maladies infectieuses sera plus en plus délaissé. A présent déjà on restreint de plus en l^ua leur emploi aux atfections locales , et ce sont surtout les cbi. irgiene, les accoucheurs et les gynécologues qui se servent ^'oar- ¥-meilrment de ces médicaments L'expérience nous apprend d'ailleurs jour par jour que le but poursuivi par l'usage des antiseptiques peut être atteint plus d'une fois sans qu'on ait recours à ces mé- , dicaments , pourvu qu'on s'applique à mettre en pratique , de la manière la plus scrupuleuse , la propreté hollandaise passée en proverbe, et qu'on l'observe sévèrement et sans jamais y faillir au ea pansements et des opérations.

I! me reste à parler d'un autre point concernant les médicaments lactéricides eux-mêmes. En vous exposant la thérapeutique générale (p. 180), j'ai déjà attiré votre attention sur les rechercher de |8CHirLZ et BiERVACKi, d'où il résulte que tous les médicaments antileptiques jouissent de la propriété, surtout à dose très faible, de favoriser et d'activer dans certaines conditions la fermentation alcoolique. On peut en conclure que tous les antiseptiques activent la fermentation. Il est bien vrai que Lépinë attribue te phénomène, observé par Schulz et Biernacki, à la destruction d'autres ferments renfermés dans la levure , de manière que la fermentation ellemême en devienne plus énergique et plus rapide. Mais Biernacki victorieusement réfuté cette objection, et, parmi les arguments ij'il invoque, le suivant me parait un des plus concluants: c'est m'un médicament excite la fermentation avec d'autant plus d'élergie que ses propriétés antifermentatives sont plus accusées. Les iita qui tuent les ferments avec le plus de sûreté sont précise- Went ceux qui , dans un état de dilution convenable , éveillent ffcvec le plus d'énergie les propriétés vitales des cellules de la le- ■ûre. Disons toutefois qu'il n'est pas directement démontré que les Processus de fermentation autres que la fermentation alcoolique toient influencés d'une manière identique par les antiseptiques, lais a priori le fait paraît très probable. Par conséquent, à dose iofinitésimale et variable pour chaque substance et chaque proisus de fermentation, les médicaments antiseptiques peuvent favoriser le développement et l'oeuvre des bactéries. J'ai déjà in- '■Btsté, dans la thérapeutique générale, sur le haut intérêt théorique qui s'attache à ce fait; il me reste à faire ressortir son importance pratique On conçoit en effet que si , après l'administration d'un antiseptique , le sang et les tissus ne renferment qu'une quantité infinitésimale de cette substance, le développement des bactéries pathogènes puisse être favorisé sous cette influence.

Il importe encore de ne pas oublier que les microorganismea

s'habituent â l'action de certains poisons beaucoup plas facilement que les organismes supérieurs, Quaud la dose de l'agent antiseptique n'est pas assez considérable pour les tuer d'emblée, les bactéries finissent, grâce à l'accoutumance, par supporter des doses de poison qui seraient sûrement mortelles pour des microorganismes qui n'auraient point encore été soumis à son influence. De jour en jour les bactéries s'habituent davantage iV leur nouveau milieu. Dans le laboratoire de Pastbur, Kospakoff a étudié celte question sous la direction de Duclaux. et Trambusti a démontré dernièrement, que le pneumococque de Frieolënder, qui est tué par une solution de 1 : 15000 de sublimé peut être amené par l'accoutumance à en supporter sans détriment une solution de 1: 2000; mais malgré tout l'intérêt que présentent ces recherches, nous devons nous Imrner à les signaler à votre attention. Jusqu'ici on n'a pas encore pu déterminer avec certitude si cette accoutumance des bactéries vis-à-vis de certains antiseptiques pouvait avoir uu effet utile. Mais il n'est pas impossible — et les recherches de Wasskrzuq sur la production de matière colorante par le bacillus pyocyaneus , sous l'influence de certaines dosfâ d'agents antiseptiques, plaident en faveur de cette opinion — que, grâce à l'accoutumance, les microorganismes puissent perdre peu à peu la propriété de sécréter des toxines, des toxalbumines.etc., et de provoquer des proeessua de fermentation déterminés , de telle sorte qu'ils finiraient par ne plus être que des êtres apprivoisés et ne présentant plus le moindre danger.

Enfin, nous ne devons pas perdre de vue qu'en général une température élevée favorise l'action microbicide des antiseptiques tandis qu'une température basse contrarie cette action. Ce fait constaté par Arloing et RiceKT, et étudié minutieusement par Heidek, n'a pas donné lieu jusqu'ici à des applications thérapeutiques.

Pour les diverses raisons que nous venons d'énumérer, Messieurs, vous ne pourrez considérer les antiseptiques comme des substances douées d'un pouvoir bactéricide constant. Leur propriétés bactérL cidea sont modifiées considérablement par la température ambiante, par le terrain de culture, sur lequel se trouvent les microbes par la teneur en eau de ce terrain, par le nombre, et par l'agi de ceux-ci (N. Pane). On pourrait â la rigueur nommer les antl septiques des armes à deux tranchants , qui , dans certaines circonstances déterminées, peuvent rendre des services très précieux , mais qui peuvent aussi, en maintes occasions, être plutôt nuisibles qu'utiles.

Dans le groupe des antUyinoliques et des antisepliqiK's vrais, je ne range que les médicaments qui sont employés exdusivemenl ou prineipalemetit dans ce but thérapeutique. En outre, et en dehors de ceux-ci , il se trouve dans le groupe des altérants , des nari

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