‹ Lecons de pharmacotherapie v. 3, 1905Chapitre 88 sur 130 · ANTISEPTIQUKR VRAIS. ANTISEPTIQUES INORGANIQUES · texte numérisé non relu

ANTISEPTIQUKR VRAIS. ANTISEPTIQUES INORGANIQUES

tiques, des anesth&îiques , des calmants, et même dans celui des excitants locaux, uii grand nombre de sela métalliques, d'alcaloïdes , de combinaisons chimiques volatiles , d'huiles éthéréea , etc. , dont les propriétés antifermentatives et bactéricides ne sont contestées par personne. Mais ici encore la place occupée par chacun de ces médicaments dans la classification pharmaco-thérapique est uniquement déterminée par son indication thérapeutique principale; et ai, en étudiant le groupe des médicaments bactéricides, nous noua arrêteron.s un instant au chloroforme et au sublimé , ces deux antiseptique-s si puissants , c'est que dans l'intérêt du médecin praticien nous nous laissons guider par des considérations d'orflre pratique.

Les médicaments que nous rangerons dans le groupe des antisepliques erais sont d'origine inorganique ou organique. C'est principalement parmi les antiseptiques inorçaniques que nous rencontrerons des substances qui ne tuent pas directement les microbes , mais qui rendent le terrain impropre à leur multiplication ou â leur développement , parce qu'en soustrayant de l'eau aux tissus , ils les altèrent au point de les rendre impropres à servir de terrain de culture. Telle est la manière dont agissent les sels des métaux alcalins à réaction alcaline ou neutre. En outre, vous rencontrerez dans le groupe des antiseptiques înorganiquffs des acides minéraux et des sels de métanx lourds. Tous ces agents chimique sont capables de provoquer des altérations moléculaires grossières. Sous l'influence de leur action peut se produire une soustraction d'eau ou de sel, une transformation de l'albumine en une substance incompatible avec le maintien de la vie, et la mort deë microbes et des tissus , -venant en contact avec ces agents chimiques, peut en être la conséquence (Thérapeutique générale, p. 186), Ijors de l'emploi local de ces substances, il ne faudra pas perdre de vue les propriétés que je viens de signaler ; le degré de concentration de l'agent antiseptique sera donc choisi de manière à éviter cette action destructive sur les tissus. De là vient aussi que dans cette catégorie d'antiseptiques nous ne rangeons pas les alcalis purs, dont l'action caustique et destructive est si énergique, bien que l'ammoniaque, par exemple, possède des vertus bactéricides très marquées.

Nous étudions doncenpremier lieu les antiseptiques inorganiques. Sans baser notre classification, comme le font Rottenstein et Bour- CART, sur la nature et la cause de l'action antiseptique, nous vous entretiendrons successivement : 1°. des sulfites , des hj-posulfites et du soufre, 2", de l'acide borique et du borax, 3". du silicate de sodium , 4", des combinaisons du fluor , 5°. du chlorate de potasse

iS". du sublimé et du nitrate d'argent.

274 ^XIX. ANTISEPTIQUES INOROANIQURS.

I. Sulfites , hyposulfites et soufre. Je ne m'étendrai pas longuement sur ces corps. Se basant sur les propriétés antiseptiques énergiques de Tacide sulfureux — substance qui ne peut être utilisée comme telle dans un but thérapeutique à cause de sa toxicité, de son état gazeux et de Tirritation intense qu'elle exerce sur les organes de la respiration — , on a recommandé l'emploi des sulfites et des hyposulfites (surtout des sels de sodium) comme antiseptiques pour Tusage interne et externe dans les maladies infectieuses. On s'imaginait que ces sels abandonneraient bien leurs acides quelque part dans l'organisme, et que ceux-ci agiraient comme antiseptiques et même comme désinfectants, soit en enlevant, soit en abandonnant de l'oxygène (l'acide hyposulforeux étant réduit à l'état de soufre, l'acide sulfureux donnant par oxydation de l'acide sulfurique). Et quand, il y a 25 ou 30 ans, PoLLi, invoquant l'expérience acquise au lit du malade, vanta hautement l'heureuse influence de l'emploi des sulfites et des hyposulfites dans la fièvre typhoïde-, la diphtérie, la pyoémie, la septicémie , on crut avoir découvert , à l'aurore même de ce siècle, qui se rejouit d'avoir trouvé les bactéries («bacterienfrohe ïîeit"), en même temps que la cause des maladies infectieuses , un médicament aussi inoffensif qu'utile pour détruire les microbes pathogènes à l'intérieur de l'organisme.

Toutes ces illusions se sont évanouies. En premier lieu , les sulfites et les hyposulfites ne méritent que peu de confiance comme antizymotiques. Il faut une solution renfermant 275 grammes d'hyposulfite par litre d'eau pour obtenir un Uquide antiseptique capable d'empêcher la putréfaction du bouillon. Bien plus, les bacilles de la tuberculose continuent à se développer dans une solution de sulfite de sodium (G. Paul).

En second lieu, il règne au sujet de l'action physiologique et thérapeutique des sulfites des opinions totalement divergentes. D'aucuns les considèrent comme entièrement inoffensifs ; d'autres leur attribuent des propriétés purgatives; d'autres encore les considèrent comme des poisons énergiques. Mais ce n'est que depuis une époque relativement très récente que leur étude minutieuse a été faite par Pfeiffer. Cet auteur démontra que les hyposulfites et surtout les sulfites du commerce renferment toujours des quantités considérables de sulfates. Il fit voir en outre que le sulfite entièrement pur, conservé dans des flacons fermés, contient déjà au bout de 24 heures une notable quantité de sulfate. Se basant sur ses recherches, Pfeiffer attribue aux sulfites, non mélangés d'autres substances, une action paralysante sur le système nerveux central et le coeur des animaux à sang froid, et sur les vaisseaux , le coeur et les organes respiratoires des animaux à

SUT.FITE9, HYPnSUI.FITRS, SOUFRE.

chaud. D'une expérience unique , dans laquelle il injecta du sulfite de sodium sous la peau , Ppeiffeh conclut que cette substance se transforme presque totalement en sulfate (comparer p. 115), Le dernier mot est-il dit au sujet de ces sels, dont l'intérêt au point de vue toxicotojnque et physiologique est encore toujours très réel? C'est une questioiî que je rae garderai de résoudre. En tant qu'antiseptiques, la valeur des sulfites et hyposulfites est à peu près nulle. Aussi je ne puis qu'approuver la suppression dans notre nouvelle pharmacopée des sulfites de magnésium, de sodium, et de l'hypoaulfite de sodium , qui étaient encore inscrits dans la seconde édition de notre code médical, et les bons résultats, obtenus dernièrement par Norbury avec le sulfite de chaux dans le traitement de la tonsillite, par Harrison avec l'hypoBulfite de sodium (additioné d'acide hydrochloriqne) dans le traitement du lupus, ne me font pas changer d'opinion. Quant aux bons résultats obtenus par l'administration interne de ces médicaments au cours des maladies infectieuses , telles que la fièvre typhoïde par exemple , il ne faut point a priori les révoquer en doute; mais il importe de faire observer que les sels de métaux alcalins, à réaction alcaline, peuvent souvent rendre de grands services dans les inflammations des muqueuses , grâce à leur action comme substance saline et grâce à leu^ réaction. Ces effets bienfaisants sont entièrement indépendants de toute action exercée directement sur les agents morbides infectieux.

J'ajoute, entre parenthèse, que pour l'usage externe Polli se sert d'une solution de 1 à 2 grammes de sulfite ou d'hyposulfite de sodium (récemment on a même recommandé le sulfUe de zinc comme antiseptique) dans 10 grammes d'eau ou de glycérine; pour l'usage interne Polli prescrit 8 à 20 grammes de cessels, dissous dans 200 à 300 grammes d'eau , à prendre dans l'espace de 24 heures. Après vous avoir engagea ne jamais oublier les propriéf^s toxi'iues des sulfites />u/'s, je m'arrête encore un instant à la question soulevée récemment de nouveau par Sbmmola (Naples) et Alvaro Alberto (Brésil), celle de savoir si le soufre lui-même peut rendre des services comme antiseptique. Je laisse pour le moment de côté l'usage interne du soufre , dont nous nous occuperons ultérieurement en détail. Le soufre, réduit en poudre fine, saupoudré sur des plaies ou dans le lit du malade en cas de maladies contagieuses ou infectieuses, |>eut-il combattre l'infection, peut-il la guérir? Les auteurs que nous venons de citer répondent affirmativement à cette question. On ne peut a priori contester la justesse de leurs affirmations. S'il est évident que comme tel le soufre est sans action sur les bactéries et les ferments — „corpora non agunt nisi soluta" — , ^^1 importe d'autre part de ne pas oublier que les sulfures alcalins

276 XIX. ANTISEPTIQliES INORGANIQUES.

sont dea antiseptiques énergiques et que l'hydrogène sulfuré l'e tout autant. Si nous nous souvenons dn fait que les parasites du rosier et de la vigne (l'oïdium Tuckeri par exemple) sont tués par le soufre ; que certaines bactéries, tant aérobies qu'anaërobies, dégagent de l'hydrogène sulfuré en présence du soufre finement divisé {Débraye et Lebrun); que le jus de raisin stérilisé, mélangé à la levure et au soufre finement pulvérisé, donne de l'hydrogène sulfuré par la fermentation qui se produit (Sostegsi et Sannino); enfin, qu'en faisant passer de l'air à travers une solution de san^ ou d'albumine à laquelle on a mélangé du soufre , il se forme de petites quantités d'hydrogène sulfuré et de sulfures alcalins (Robinq), il est certainement possible que le soufre, employé en usage externe â l'état de fine division, se transforme en sulfure alcalin ou en hydrogène sulfuré et développe ainsi une action antiseptique. D'autre part on doit recommander une certaine prudence dans l'emploi du soufre en usage externe ; car les expériences de PoHL prouvent que les sulfures alcalins exercent une action dépressive sur la pression sanguine, la respiration, bref sur toute une série de centres nerveux, y compris les centres moteurs. On sait également aujourd'hui que l'on peut déterminer une intoxication chez l'animal en lui injectant sous la peau du soufre i l'état de fine divisiou. Qu'on ne s'imagine donc pas avoir affaire dans l'espèce à un antiseptique totalement inoffensif.

II. L'acide borique est considéré de nos jours comme un antiseptique assez énergique. Tandis qu'autrefois notre pharmacopée le considérait comme un médicament facultatif, c'est aujourd'hui une de ces substances que tout pharmacien et tout médecin , tenant une pharmacie, doivent avoir dans leur officine. Sans vouloir afiSrmer que l'acide borique conservera le rang auquel il a su s'élever, je dois vous dire tout d'abord que GàHN, Buchholtz, PoLLi et d'autres ont constaté que cet acide s'oppose au développement et à la multiplication des bactéries, et qu'il rend les ferments non organisés inactifs. Remarquez que je parle uniquement d'une opposition à la multiplication et au développement des microorganismes. C'est qu'en effet l'acide borique ne peut être rangé que parmi les substances modérément antiseptiques (Miqukl), et que, d'après les recherches de Jaennicke, il n'est pas même capable de tuer les microbes. Le staphylococcus pyogenes aureus et le bacillus anthracis restent en vie pendant 14 jours â 3 semaines dans une solution d'acide borique , mais ils cessent de se développer et de se multipher. Outre qu'il entrave le développement des microorganismes, l'acide borique jouit encore de la propriété de rendre moins nuisibles et môme iuotfensifs certains microbes spéciaux

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