CHLORATE DE POTASSE
1 cas, 9ur l'ordre du médecin ou sur le conseil d'une autre personne, le malade ingère une forte dose de ce sel, dans le but de combattre une affection de la goi^e ; par exemple , dans un cas rapporté par WiLKK, l'empoisonnement survint à la suite de l'administration quotidienne de 50 grammes, continuée pendant plus d'un mois , de manière que la dose totale ingérée dépassa le chiffre incroyable de 1500 grammes. Dans d'autres cas enfin, mais ces cas sont excessivement rares, le chlorate de potasse est pris dans le but de se suicider (J. Meyek). Malgré les symptômes menaçants dont s'accompagne l'intoxication , on voit souvent la guérison se produire , mais fréquemment aussi l'issue en est fatale. Au cours de cet empoisonnement on a plus d'une fois observé une diminution de la sécrétion uriuaire, et parfois l'urine prenait tme coloration rouge noirâtre. A l'autopsie on retrouva d'une manière constante des lésions tout à fait caractéristiques : le sang contenu dans les vaisseaux était brun noirâtre , au lieu de présenter sa coloration habituelle d'un rouge foncé; il était de consistance goudronneuse; de même tous les oi^anes renfermant beaucoup de sang avaient une teinte chocolat ou noir de suie. L'étude que l'on fit de ce sang démontra que l'hémoglobine s'était en grande partie transformée en méthémoglobine (Marchand), qui, pour certains auteurs, serait un dérivé de l'hémoglobine, plus fortement oxygéné que l'oxyhémoglobine. L'hypothèse de Fourcroy était donc conforme A la réalité: le chlorate abandonne de l'oxygène ù l'oi^aniame et ae transforme ainsi en chlorure. C'est à cette propriété d^ abandonner de l'oxygène aux tissus vivants que le chlorate doit les effets thérapeutiques qu'il détermine il petite dose et les effets toxiques qui résultent de l'administration de cet agent chimique à dose considérable: telle est la conclusion à laquelle ont abouti BiNZ et surtout Marchand, Le premier de ces auteurs base c*tt# affirmation sur le résultat d'expériences dans lesquelles du pus, des cellules de levure, de la fibrine, ont pu amener la réduction du chlorate en chlorure; le second s'appuie sur des recherches expérimentales nombreuses, instituées sur des animaux, après qu'il eût démontré pour la première fois de la manière la plus précise la formation de méthémoglobine dans le sang et dans les organes d'individus ayant succombé à l'intoxication par le chlorate de potasse.
L'opinion, que je viens de vous exposer, me semble pouvoir être rejetée actuellement pour plusieurs motifs. En premier lieu , elle se base sur l'examen des urines après l'ingestion de cldorotes. Le jour même où le chlorate est administré on trouve que, chez les animaux (lapin, chien) et chez l'homme, la quantité de chlorures est ;raentée {Gubler, Gaethoens, von Mering, Kimmijsek), en
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même temps qu'on retrouve de la manière la plus évidente le chlorate dans l'urine. La conclusion à tirer de ce fait paraît s'imposer: une partie du chlorate a abandonné son oxygène et a été réduite à l'état de chlorure. Mais c'est là une conclusion préma-j turée, qui résulte d'une observation incomplète. Car, si on analysai également l'urine du jour suivant, on trouve qu'elle renfermfc encore des quantités assez considérables de chlorate et qu'elle contient moins de chlorures que normalement (Kimmltser), FaudraîUîj donc admettre que le chlorate ait abandonné de l'oxygène le pre mier jour et plus le second? En outre, remarquez que ]a qtMniitt totalt de chlorate éliminée par l'urine, qui parfois n'a abandonné entièrement l'organisme qu'après le troisième jour ou encore pluB, tard , ^■sil exactement fgale à h quantité administrer , abstraction faite dail erreurs qui peuvent se glisser dans une pareille détermination. I4I chlorate a donc traversé l'organisme sans avoir subi de modifications^ il n'est nullement réduit en chlorure et n'abandonne pas d'oxygène aux tissus. Dans ce cas, comment expliquer l'augmentation dans l'élimination des chlorures, observée le premier jour et qui est cause de l'erreur commise par les premiers expérimentateurs (Gdblbb, Gaethoens)? Elle est simplement la conséquence de l'usage rPun sei comme tel , ou , d'une manière générale , de toute autre 8ubstanoa>'| facilement diffuaible qui s'élimine avec l'urine: Quand on admiaîsti» à un animal ou à l'homme une certaine quantité de nitrate, d'ioduM ou de bromure de potassium , etc. , on constate également urK augmentation dans l'élimination des chlorures par l'urine. Toui les sels facilement et rapidement diffusibles qui s'éliminent | l'urine entraînent toujours avec eux une certaine quantité de chlo3 rures. Néanmoins l'organisme tend à maintenir à un taux déte miné la provision de chlorure de sodium qu'il renferme. C'a ainsi que le lendemain du jour où le médicament administré t éliminé en forte quantité, alors que toutes les autres conditions restent les mêmes, une certaine quantité de chlorure de sodium se trouve retenue, ce qui fait qu'on constate une diminution ( la teneur de l'urine en chlorure de sodium. Si l'on tient compi de ce fait, tous les phénomènes signalés s'expliquent facilement!] et les opinions de Wohi.er, Isambert et Rabuteau, relativemeid à Vinnltérabiiifé des chlorates dans Vargaiiisme reprennent toute leig valeur. Ce premier point, étudié avec grand soin entre autres pU V. Mering, est d'ailleurs actuellement admis par tous les exi rimentateurs, Marchano à leur tête. Récemment les recherchead KoHTs, instituées dans le laboratoire de Hoppe-Skylbr , l'ont c nouveau pleinement confirmé.
D'où provient donc la tnéthémoglobine , qui donne au cadan des individus, empoisonnés par les chlorates, leur aspect caract
INAI.TÉltABlr.ITé DES CHLORATES DANS r/ORGANISME ANIMAL, 289
rÎBtique? Je vous l'ai déjà dit, je la considère comme un produit accessoire n'apparaissant qu'au moment de la mort, et nullement comme la cause première de l'empoisonnement et de la mort.
Laissez-moi maintenant vous montrer d'abord la formation rfe méthimoglabine dan.f h Katig défîbrini, extrait des vaisseaux, H y a deux heures environ, on a versé dans ceH trois éprouvettes du sang défibriné: dans le premier, 30 ce. de sang non dilué avec 3 ce. d'une solution de chlorate de soude à 10"/ei de manière fjue la teneur totale du liquide en sel soit de l,45°/„ (30 ce. de sang, renfermant 180 ragr. de NaCI, -{- 300 mgr. NaClO,); dans le second . 5 c.c. de sang et 25 ce. de solution saline physiologique contenant la môme quantité de NaCl O, , de manière à obtenir également une solution saline à 1,45"/^ {5 ce. de sang renfenuant 30 mgr. de NaCl + 25 c.c. NaCl 0,6"/. = 180 mgr. NaGl -\- 300 mgr. NaCl Oj) ; enfin , dans le troisième , 5 ce, de sang, auxquels on a ajouté 25 c.c. d'eau distillée, et renfermant de môme 300 mgr. NaClO, , ce qui donne une solution saline il !"/„. Les récipients ont été mis pendant une heure environ dans l'étuve à la température de 40° C. , et vous pouvez voir qu'en pb moment le sang a déjà pris ilans tous trois une coloration brun chocolat. La teneur en substances salines des trois liquides est peu différente. Toutefois c'est dans le liquide dont la teneur en sel est le moins considérable que le sang s^est altéré m premier lieu, et cela parce que sous l'influence de l'eau distillée les globules rouges s'étaient déjà altérés et avaient déjà abandonné leur hémoglobine avant l'addition du chlorate. La tran-sformation caractéristique de l'oxyhémoglobine en métbémoglobino est évidente dans les trois liquides, et l'examen spectroscopique y fait voir avec une grande netteté les raies caractéristiques de la méthémoglobine '). J'ajouterai de suite que dans les solutions salines entièrement isotoniques , qui laissent les globules rouges intacts, de même que dans les solutions byperisotoniques , la méthémoglobine se forme également. On peut en conclure que l'oxyhémoglobine , tant celle qui est mise en liberté que celle qui se trouve encore combinée aux globules rouges, subit sous l'influence des chlorates la transformation caractéristique que nous avons mentionnée; seulement la transformation s'accompht dans le second cas avec plus de lenteur.
A part sa coloration carBctéristiqne, to méthémoglobine présente les propriétéa
totes:
'. les raies de l'oiy hémoglobine — la raie pris de D et celle antre » et F —
tr&s étroites et moins nettes; en outre eut apparue nne raie trÈ!ilarg;e
très nette, beauraup pins marquée que les ileux autres, tout juste au-delà de C.
!". par l'additioD de substances rédactrices, telles que le sulfure d'ammooiam, la méthé-
loglobine se transforme en oijhémoglubine ; cette transformation se reconnaît inetauta-
à la coloration rouge vif que prend le liquide qu'il l'eiamen spectroscopique.
290 XX. ANTISEPTIQUES INORQANIQUES.
Depuis qu'ont paru les travaux de Hûfnçr , Kûlz , Otto , Dittrich et d'autres, il est impossible de considérer plus longtemps cette transformation comme une oxydation de roxyhémoglobine. La transformation de V oxyhémoglobine en méihimoglobine s'accomplit sous l'influence des substances les plus diverses, tant oxydantes que réductrices, et elle peut même se produire par l'addition de corps entièrement indifférents. Le plus souvent cette transformation est incomplète, et il persiste encore, à côté de la méthémoglobine, de petites quantités d'oxyhémoglobine , à tel point qu'on connaît à peine le spectre d'une solution pure de méthémoglobine (Dittrich). Tous les travaux de ces derniers temps s'accordent à reconnaître que V oxyhémoglobine et la méthémoglobine renferment la même quantité d'oxygène et doivent simplement être considérées comme des composés isomères^ qui ne diffèrent que par le fait que dans la méthémoglobine Voxygène se trouve combiné d'une manière beaucoup plus intime à l^hémoglobine que dans V oxyhémoglobine, La formation de méthémoglobine aux dépens de l'oxyhémoglobine sous l'action des chlorates ne démontre donc nullement — et j'insiste sur ce point — que le chlorate ait abandonné de l'oxygène à l'hémoglobine.
Quand on fait agir pendant longtemps, à la température du corps , le chlorate sur du sang peu ou pas dilué , la transformation que subit ce dernier ne se borne pas à la formation de méthémoglobine. Vous pouvez vous en convaincre en regardant le contenu de cette éprouvette, dans laquelle j'ai mis hier 30 ce. de sang non dilué avec 3 ce. d'une solution de chlorate de soude à lO^, , et que j'ai placée ensuite pendant 24 heures à l'étuve. Vous voyez que le sang s'est transformé en une masse noire, solide, ressemblant à du caoutchouc et se laissant difficilement enlever du verre. On dirait qu'il s'est produit de nouveau une sorte de coagulation , bien que toute la fibrine ait été enlevée du sang avant de commencer l'expérience. Cette modification survenue dans la consistance doit probablement être attribuée à un gonflement considérable du stroma des globules rouges, s'accompagnant dune altération de plus en plus prononcée de l'hémoglobine, qui semble se transformer en hématine (v. Mering). La modification de\âeut de plus en plus complète à mesure que l'action du chlorate se prolonge et que la température s'élève. Elle est en outre favorisée par la présence de sel, de glycose, etc.
Pour traiter mon sujet d'une manière méthodique il faut que je vous pajrle maintenant des symptômes d'intoxication provoqués par les chlorates. Je fais ici abstraction de l'action des chlorates dont le métal — tel que le chlorate de potasse — est doué par lui-même de propriétés toxiques, et je me servirai pour mes expériences du sel de sodium. Au moyen d'une sonde oesophagienne, j'introduis
CHLORATES. ACriON SUR X.F. SANG. SYMPTÔMES TOXHilIES. 291
dans l'eatomac d'un lapin, du poids de 1600 grammes, 20 grammes de chlorate de sodium en solution à 25°/,, soit 12 grammes par kilogramme d'animal. Vous voyez bientôt se produire des convulsions et des contractions dans les muscles de la face et des quatre membres; puis surviennent des frissons et des tremblements de courte durée , qui deviennent de plus en plus prononcés , et auxquels vient s'ajouter un état de coma et la paralysie du système nerveux contrai: l'animal ne peut plus se tenir debout et tombe sur le côté. Les convulsions devienneat de pins en plus violentes, et la respiration de plus en plus fréquente. Parfois la violence des convulsions est telle que l'animal est projeté en l'air. Au milieu de ces phénomènes et d'une dyspnée intense l'animal succombe au bout de i>eu de temps. Tandis qu'à l'autopsie vous pourrez constater à toute évidence qu'il s'est formé de la méthémoglobine , il est impossible d'en trouver la moindre trace pendant la vie dans le sang en circulation. C'est un fait que j'ui eu l'occasion d'observer et qui a été confirmé par tous les expérimentateurs. Mais si on conserve le sang recueilli pendant la vie , on y trouve au bout de quelque temps de la méthémoglobine, et celle-ci apparaît d'autant plus rapidement que le sang ainsi recueilli est conservé à une température se rapprochant davantage de la température du corps. Peu de leinps avant la mort et immédiatement après on voit déjà apparaître la coloration noire, que pour ces motifs je crois devoir considérer, au moins chez le lapin, comme un phénomène cadavérique. Seulement ce qui s'observe chez le lapin ne semble pas jKïUvoir s'appliquer en tous points au chien et à l'homme.
Tremblements, convulsions, spasmes, dyspnée: tels sont les phénomènes que provoque chez le lapin l'administration interne OU l'injection dans le sang du chlorate de soude. Mais ces symptômes d'intoxication ne s'observent pas uniquement chez le lapin. Voici devant vous deux grenouilles. A l'une d'entre elles j'ai introduit dans la bouche du chlorate de soude eu substance; à l'autre j'ai injecté sous la peau une solution à 10"/„ de ce sel. A côté de ces deux grenouilles, vous en voyez deux autres, servant de contrtMe, auxquelles on a administré du chlorure de sodium au lieu du clilorate de aoude, aux mêmes doses et par les mêmes voies. Chez toutes voua voyez se produire de temps en temps de petites convnlsious, des contractions fibrillaires dans tous les groupes musculaires. Los ■ convulsions ne sont pas , il est vriii , aussi violentes que chez le lapin et les crises intenses font totiilement défaut ; mais , à part ces contractions , on observe que les mouvements volontaires et l'excitabilité réflexe sont déjà considérablement diminués. Les animaux se laissent mettre sur le dos, sont somnolents, et ne réagissent même ])lua à des excitations violentes des
nerfs sensibles. Si vous comparez entre elles les grenouilles ayant reçu du chlorure de^ sodium et celles auxquelles à été donné le chlorate de sodium, vous verrez que toutes présentent la même série de phénomènes se produisant dans le même ordre, et vous serez dès lors convaincus d'avoir affaire à des actions salines. Vous observerez les mêmes phénomènes en administrant le nitrate de soude , le bicarbonate de soude , en un mot partout où vous introduirez dans le sang d'un animal (lapin, cobaye, chat, chien) une solution saUne fortement concentrée.
L'action exercée par les sels sur les albumines, sur les globuHnes, sur l'itnbibitioH , etc. a été étudiée avec beaucoup de soin par Hof- MEiSTER et ses élèves. Nous aurons à revenir plus d'une fois dans la suite sur les modifications que subit le protoplasme de la cellule vivante sous l'influence des sels, modifications que Hugo dk Vries a étudiées dans un travail devenu classique. Mais les expériences, que je viens de vous rapporter, ainsi que celles instituées chez le chien au moyen d'une injection intraveineuse de chlorate de soude ou de chlorure de sodium (v. Gorkom), suffisent à démontrer combien les cellules gangUonnaires du cerveau et de la moelle et les troncs nerveux eux-mêmes sont sensibles à une augmentation de la teneur en sel du liquide qui les baigne. Sous l'influence de cette augmentation, la teneur en eau de ces éléments anatomiques diminue en même temps que leur teneur en sel augmente; il en résulte une excitation énergique et passagère de ces éléments. Mais quand l'augmentation est considérable, il en résulte la perte de la fonction des organes , la désorganisaiion de leur structure moléculaire. Ce phénomène se reproduit partout où le protoplasme vivant est soumis à l'influence de solutions saUnes dont la concentration est supérieure à sa propre teneur en sel. A la surface des muqueuses nous pouvons, chez l'animal vivant, observer à l'oeil nu et au microscope les phénomènes dont nous parlons, et cela surtout à la surface des muqueuses stomacale et intestinale. Sous l'influence des solutions salines concentrées, nous voyons la muqueuse devenir le siège d'hyperémie, d'inflammation et même de nécrose. Toutes les parties sous-jacentes à la muqueuse , y compris les fibres nerveuses sensibles qui s'y rendent, sont excitées, et cette excitation détermine par voie réflexe les maux d'estomac , les vomissements, les diarrhées, en un mot tout le syndrome désigné le nom de gastro-entérite. Mais ce sont surtout les appareils glandulaires^ et parmi eux les glandes salivaires et avant tout les reifiSy chargés de l'élimination du sel renfermé dans le sang, qui sont le siège des modifications dues à l'action saUne. H se produit d'abord une excitation plus ou moins forte qui se manifeste par une augmentation de la sécrétion — par une augmen-
CHLORATES. SYMPTÔMES TOXIQUES. ACTION 8ALINB.
de la diurèse pour le rein. Puis surviennent une série de troubles dans la nutrition parenchymateuse; qui se manifestent par l'apparition dans l'urine d'albumine, de sang, d'éléments iigurés provenant du rein (cylindres). Quand ces troubles sont très accentués, la sécrétion glandulaire diminue et peut même être abolie (oligarie et anurie).
Cette action saline, dont le mécanisme est fort bien connu (Falck, Novi, Heiktz), et dont tous les organes et appareils subissent l'action nuisible, finit par entraîner la mort chez l'homme c«mme chez les animaux. Peu importe d'ailleurs que la solution saline concentrée soit introduite dans l'estomac, ou dans le sang, ou bien encore dans le tissu sous-cutané; le résultat est le même du moment qu'une quantité suffisante de sel a pénétré dans le .milieu intérieur". Le tableau de l'empoisonnement, qu'on peut naturellement étudier tivec le plus de facilité dans le cas du chlorure de sodium , est toujours identiqu«. Des altérations profondes des grands appareils du cerveau et de la moelle épinière, des appareils moteurs en premier lieu, puis du centre respiratoire (oedème pulmonaire), des organes éliminateurs, tels que le rein, ne font jamais défaut. Puis apparaissent les symptômes qui dépendent de la voie d'introduction du sel et de l'endroit oii il a développé ses effets excitanffl; ainsi naissent toute une série de symptômes secondaires , parfois d'origine réflexe.
Si je crois pouvoir affirmer sans hésiter que tel est bien le mécanisme de la mort chez les animaiix qui succombent au cours de ces expériences, je dois me demander pourquoi, dans les cas d'empoisonnement mortel par les chlorates , observés chez l'homme , le tableau symptoraatique est parfois f-oitt différent. Y oub me rèpondez vous-même aussitôt qu'il n'y a là rien qui doive étonner. C'est qu'en effet les cas d'empoisonnement par le chlorate de soude sont pour ainsi dire inconnus. C'est toujours le chlorate de potasse qui il déterminé les accidents signalés, et l'élément alcalin qui entre dans la composition de ce sel est lui-même doué de propriétés toxiques. L'action saline se combine donc ici à l'action du potassium et le tableau de l'empoisonnement se trouve ainsi obscurci.
Dans la très grande majorité des cas, où l'administration du sel produit ainsi un empoisonnement mortel, on voit aux approches de la mort ou peu de temps auparavant, le sang prendre une coloration noir de suie; à ce moment on y trouve de la méthémoglobine au lieu d'oxyhémoglobine. Lorsque demain je vous mettrai sous les yeux les grenouilles empoisonnées par le chlorate , leur aspect extérieur ou la coloration de leurs organes seront bien différents de ceux des grenouilles ayant succombé à l'action du hlorure de sotlium. Maintenant que le coeur bat encore, on peut
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déjà voir chez les premières, en les disséquant , l'apparition de cette coloration noire caractéristique des poumons, du coeur, des muscles et surtout du foie ; rien de pareil ne s'observe chez les grenouilles tuées par l'administration du chlorure de sodium. Dans le cadavre du lapin le changement de coloration des organes internes est encore plus frappant. La coloration normale d'un beau rose , remplacée par une teinte sale d'un gris foncé; le coeur, décoloration brun noirâtre , dilaté au maximum et rempli de caillots sanguins ; la coloration brun chocolat du foie, des muscles et des reins; l'aspect noir sale des muqueuses stomacale et intestinale , fortement dilatées par du liquide et présentant en divers endroits des pertes de substance et des hémorragies : tels sont les traits principaux et frappants du tableau qu'offre en général à l'autopsie le lapin empoisonné par le chlorate.
Ai-je maintenant le droit de considérer — comme je le faisais il y a quelques années — cette formation de méthémoglobine purement comme un phénomène cadavérique et de lui refuser toute participation à l'action toxique des chlorates? Chez le lapin sans aucun doute; car j'ai beau varier l'expérience chez le lapin normal , agir lentement ou rapidement , injecter beaucoup ou peu de substance, jamais je ne parviens à déceler la moindre trace de méthémoglobine formée pendant la vie. Chez la grenouille on observe déjà quelque chose de plus pendant la vie. Bien que je ne puisse plus considérer une grenouille entièrement paralysée, dont le coeur bat encore, comme un animal doué d'une vitalité bien énergique, elle vit cependant; or chez cet animal on constate d'une façon indéniable la présence de méthémoglobine dans le sang quelques heures avant que la vie soit éteinte. Chez le chien , je n'arrive à provoquer la formation de méthémoglobine pendant la vie avec certitude et d'une façon constante que par une seule méthode d^ administration ^ à savoir: en donnant le chlorate par la voie interne à des doses qui ne soient pas trop considérables. En effet, si j'administre une dose unique considérable, de façon à tuer l'animal, il se forme bien de la méthémoglobine, dont on reconnaît le mieux la production à la coloration noirâtre des muqueuses linguale et buccale; seulement en général on ne constate sa formation qu'une demi-heure ou un quart d'heure avant la mort, de même que chez le lapin elle se forme parfois peu de temps avant la mort. Mais dans certaines circonstances favorables, quand le chien a pris à l'intérieur quelques doses de chlorate de soude qui ne sont ni trop petites, ni trop grandes, on voit l'animal tomber tout d'un coup sur le flanc, après être resté pendant tout un temps en bonne santé. Il présente quelques l^ers tremblements, ses muqueuses prennent une coloration foncée d'un
r, DE MÉTHÉMOOL, DURANT LA VIK SOITS L'iNFt.. DES CHLORATES^ 295
noirâtre et peu de temps après il élimine en petite quantité une urine fortement chargée de méthémof^lobinc. Puis on i^oit disparaître de nouveau peu à peu la coloration brun noirâtre; l'animal revient â lui; la sécrétion urinaire augmente et l'animal reste en TÎe ou au moins continue de vivre pendant quelques jours. Dans ce cas, on peut donc â juste titre parler d'une méthémoglobinéraie pendant la vie. Chez l'homme, où l'empoisonnement est naturellement le résultat de l'ingestion par la voie stomacale, on voit de temps en temps se produire des cas analogues , bien qu'ils soient beaucoup plus rares qu'on ne le pense en général. Quand la formation dr méthhnùglohine dans le sang se manifeste nettement par la cn'nrnthn fpéeinh de la peiiu et dfn muquensex , la mort eut presque toujours prochaine. Dans les autres cas, où l'on ne peut conclure à la formation de méthémoglobine dans le sang que par suite de la présence de la méthémoglobine dans l'urine, cette coloration de la peau et des muqueuses ne s'observe pas, ou tout au moins est-elle très rare.
Chez l'homme, le chien, la grenouille, la méthémoglobine peut donc, dans tous les cas, apparaître dans le sang sous l'influence des chlorates déjà durant la vie , tandis que , chez le lapin et le cobaye, l'apparition de cette substance est toujours l'indice d'une mort prochaine. Quelle est donc la raison de cette différence? Je vous ferai d'abord observer que cA« hs diverses espèces animales l'hémoglobine se comporte d'une manière identique vis-à-via des chlorates. C'est ce que démontrent non seulement les expériences ,in vitro" mais aussi celles faites sur des animaux vivante. Quand par un moyeu quelconque on met eu liberté l'hémoglobine renfermée dans le faruf d'un iiniinnl virant^ on voit se produire également, chez le lapin par exemple, une mélhémoglobi/témie des plus manifestes. Dans une série d'expériences, que je n'ai pas publiées, et dans lesquelles je mettais l'hémoglobine eu liberté chez l'animal vivant grâce à une injection sous-cutanée de glycérine, j'ai vu constamment la méthémoglobine apparaître dans le sang, quelle que fût la voie par laquelle le chlorate de soude fût administré. (Cahn, qui a fait la même expérience, injectait, chose étonnante, la glycérine dans le sang, comme si le mode d'action de la glycérine lui était totalement inconnu, bien qu'un grand nombre d'expériences déjà anciennes de Eckhard, Luchsinger et d'autres, eussent pn lui apprendre que de cette manière on ne parvient pas à provoquer l'hémoglobinémie). Plus tard A. Falck publia des résultats analogues : il provoqua l'hémoglobinémie chez le lapin en lui faisant une injection intraveineuse d'urée ou uue injection Bous-cutanée de sels biliaires , et introduisit ensuite le chlorate
ms le sang de l'animal. On peut conclure de ces faits que la
différence observée pendant la vie entre le sang de lapin d'une part et celui du chien et de rhomme d'autre part ne peut pas dépendre d'une différence dans la nature de la matière colorante du sang, mais tient uniquement à une différence dans la résistance des éléments figurés, auxquels la matière colorante du sang se trouve combinée. C'est bien là la véritable explication. Von Limbeck et Falck ont démontré à toute évidence que les-solutions de chlorate isotoniques et hyperisotoniques exercent beaucoup plus rapidement une influence délétère sur les corpuscules rouges du chien (du chat et de l'homme) que sur ceux du lapin. Les globules rouges du lapm offrent une plus grande résistance à Vaction des sels en général et à celle des chlorates en particulier. Le plasma du sang du lapin (sang des herbivores) est caractérisé par une plus grande richesse en eau, par \ine teneur moins considérable en globuline, par une réaction alcaline plus intensive. Les recherches mémorables d'HAM- BURGER ont mis en évidence que cette réaction alcaline rehausse la résistance des globules rouges en les rendant moins perméables ou imperméables pour les substances qui se trouvent dans le plasma sanguin , et qui ont la propriété de leur enlever l'hémoglobine (chlorure d'ammonium , acides biliaires etc.). Dans le même ordre de faits rentre l'observation de Falck , qui administrait le chlorate en même temps qu'il enlevait rapidement une grande quantité d'eau au plasma sanguin — en injectant dans le sang une solution concentrée de sucre (sirop). En diminuant ainsi la force de résistance des globules rouges (c'est-à-dire en les rendant plus perméables pour le chlorate), on réussit parfaitement à faire apparaître dans le sang du lapin la méthémoglobine plusieurs heures avant la mort. Une contre-expérience faite par Hayem, non pas dans ce but mais pour des motifs tout autres, démontre la vérité de notre manière de voir. Ainsi quand chez le chien, à la suite de sections de veines répétées, le sang est devenu plus aqueux, on ne voit plus se former de méthémoglobine, même après l'injection de fortes quantités de chlorate de soude, bien que l'animal succombe en présentant tous les symptômes de l'action saline (Hayem 1882, 1889).
En résumé, la formation de la méthémoglobine dans le sang sous Vinfluence des chlorates est donc simplement la conséquence de Vaction saline sur les globules rouges. Cela est tellement vrai que même le sel de cuisine en solution concentrée peut, à une température un peu élevée, déterminer la formation de méthémoglobine dans le sang après la mort (Dittrich). Les globules rouges de toutes les espèces animales ne sont pas également sensibles à l'action saline. Bien plus , chez un animal donné , dont les globules rouges présentent une certain degré de perméabilité pour les sels, les
ACT. SALINE DES CHLORATES; DIPFER. DE RESIST. DES GLOB. ROUGES. 297
uns seront plus résistants et les autres le seront moins: c'est que l'individualité de chaque globule rouge en particulier ne peut être mise en doute. Tant que l'action du sel ne détermine pas une désorganisation trop grande des globules rouges, leur hémoglobine n'est pas transformée en méthémoglobine ; mais une fois que cette transformation s'est accomplie , le globule sanguin est menacé d'une destruction prochaine et bientôt la méthémoglobine est mise en liberté. Alors le stroma du globule rouge se divise en fragments plus ou moins grands, qui circulent librement dans le sang et peuvent , quand elles s'agglutinent de manière à former une embolie , oblitérer les petites artères rénales. Ce n'est donc pas la méthémoglobine comme telle , mais seulement la destruction des globules rouges, consécutive à V action saline^ qui joue un rôle dans la production des phénomènes d^ intoxication provoqués par les chlorates.