VINGT-ET-UNIÈME CONFÉRENCE
Antiseptiques inorganiques. Chlorate de potasse (suite).
Sublimé. Nitrate d'argent.
Absence de rapport entre l'action des chlorates et la formation de méthémoglobine. Arguments : 1 . différences dans la formation de méthémoglobine chez les diverses espèces animales; 2. absence de formation de méthémoglobine dans Tempoisonnement mortel; 3. guérison d'individns empoisonnés, après la formation de méthémoglobine ; 4. innocuité de la formation de méthémoglobine. Doses toxiques et mortelles dn chlorate de sonde et du chlorure de sodium ; do chlorate de potassium, du chlorure et d'autres sels de potassium. Symptômes et traitement de Tempoisonnement par le chlorate de potassium; formes de Fempoisonnement; moyens à opposer à Faction saline et à Faction du potassium. Emploi thérapeutique: faible action antiseptique du chlorate de potasse. Explication de Teffet thérapeutique par les propriétés osmotiques du sel et par les modifications produites dans les tissus où siègent les microorganismes. Usage externe, usage interne. Administration interne du chlorate de potasse avec Fiodure de potassium. Danger d'explosion pendant la préparation du médicament. Pastilles de chlorate de potasse. Chlorate de soude.
Sublimé; explication de ses propriétés antiseptiques énergiques par son affinité pour Falbumine. Danger d'intoxication. Emploi thérapeutique dans la pratique antiseptique. Nitrate d'argent et d'autres sels métalliques dans la pratique antiseptique.
Messieurs. Je continuerai aujourd'hui les considérations au sujet des chlorates, au risque d'encourir le reproche que je m'étends trop longtemps sur un point qui m'intéresse particulièrement. Néanmoins je m'expose volontiers à ce reproche. Jusqu'ici j'ai résisté à dessein à mon désir de répondre aux objections qui m'ont été faites par plusieurs de mes collègues allemands, qui n'ont pu se rallier à mon opinion que l'action toxique des chlorates doit être attribuée uniquement à l'action saline, déjà connue depuis longtemps. Le professeur Marchand entra le premier en lice, d'abord tràs probablement sans s'être muni de nouvelles expériences. C'est ce que font supposer les conclusions contradictoireB, publiées par cet auteur dans un et même article. Les premières conclusions, exprimées déjà en 1879 et „ maintenues intégralement" 611
ACT. TOXIQUK DES CHLOR. INDKPKNDANTE DE I.A FORM. DE METHEMOOL. S
1886, Bont les suivantes: „I,es chlorates sont toxiques par une action directe sur te sang, qui est caTactêrisée par la transformnlioii de VoxyhhnogliAme en méthémoglobine" . Au mois de juin 1887, le même auteur se résume à la fin de son travail dans les termes suivants: ^Lors de l'action réciproque dfS globules raugps du sang et des rhiorafrs il s'agit en premier lieu d'un prorcssus pour ainsi dire physique. Eu rapport avec ce processus les chlorates ne se comportent presque pas autrement que d'autres sels , p. e. le chlorure de Boude", A un autre endroit on peut lire cette phrase imprimée en caractères gras: ^Uaclio» toxique des chlorates sur l'hémoglobine n'est pas une aettoii absolue et constante, elle ne s'accomplit que sous des rondillons déteruiinées". Cet aveu de Marchand me satisfaisait pleinement; aussi je n'ai pas répondu aux attaques de Cahn, Binz et d'autres, parcequ'en attendant Hofmeister et ses élèves, ainsi que VON LiMBECK , Falck et DiTTRiCH avaient produit de nouveaux faits, qui ne venaient que confirmer la justesse de ma théorie. J'ai eu le tort dans ma première connmunication — pourquoi ne pas le reconnaître — de me servir en quelques endroits de termes qui n'étaient pas tout à fait exacts'), de ne point assez faire ressortir l'action des sels sur le^ globules rouges, enfin d'avoir négligé d'étudier les effets de l'administration interne de chlorates chez le chien. Mais comme autrefois, et même avec plus de force qu'autrefois, je puis affirmer que l'action toxique et morIrlU des chlorates est indépendante de la formation de méthémogloblne. Permettez-moi de résumer maintenant les ai^uments qui plaident en faveur de la conclusion que je viens d'exprimer. Ils sont hases sur des faits et des réflexions, tant personnels qu'empruntés aux auteurs qui se sont occupés de la question.
1". A priori il parait très invraisemblable que la méthémoglobinémie doive être considérée comme la cause de la mort, vu que ce phénomène ne se produit presque jamais chez le lapin , tandis qu'il s'observe fréquemment chez le chien et chez l'homme. L'influence du chlorate, en tant que sel, ne peut donc pas être niée a priori (v. Limbkck).
2. Cliez le chien et chez l'homme, même dans les cas mortels, la présence de la méthémoglobine dans le sang et dans l'urine durant la \-ie est loin d'être constante (Hayem, v. Limbeok).
3, L'homme , le chien et le lapin (ces derniers , on le conçoit , seulement dans des conditions déterminées), qui, après l'administration de chlorates, ont présenté de la méthémoglobine dans le sang et surtout dans l'urine, peuvent entièrement se rétablir. La guérison
; fréquente, et quand lei mort doit se produire, elle
Biirvient à un moment où déjà )a méthémoglobine a disparu de l'urine (v. Limbeck, Palck, Mahkwald et d'autree).
J'arrive maintenant à l'arfïumeiit le plue important , connu déjà depuis quelque temps, mais démontré seulement d'une façon p6remptoire par les recherches les plus récentee de Dittricb. Voici comment il est énoncé par cet auteur:
4. ^Plusieurs poiaons qui produisent de la méthémoglobine sont supportés à des doses relativement très fortes ; même la cyanose, due A la production de la méthémoglobine, peut se dissiper sans laisser de traces. La méthémoglobine est une substance non toxique et sa présence dans le sang n'a pas d'importance sérieuse, aussi longteinpB que l'organisme dispose de moyens suffisants pour pouvoir répondre à son besoin d'oxygène".
Dans la suite , quand noue parlerons plus en détiil des médicaments et poisons, qui donnent lieu à la formation de méthémoglobine, tels que l'hydroxylamine, le nitrobenzol , l'hydroquinone, la, pyrocatéchine et surtout l'antifébrine, laphénacétine, etc., voua serez encore davantage convaincus de la vérité de cette proposition de DiTTRiCH. En effet , dans aucun de ces cas la mort ou les symptômes menaçants qui se déclarent ne peuvent Ctre attribués A la formation de méthémoglobine, et il se trouve parfois de la méthémoglobine dans le sang après lu mort, aana qu'un poison ait été introduit dans l'organisme pendant la vie (Maschka).
A mon avis, les arguments que je viens de vous citer sont décisifs. Ils démontrent d'une manière péremptoire que VaUération du sang — c'est-à-dire in formation rie méthémoglobine — ne peut être la cause première de l'action toxique des chlorates. Bien au contraire, quand on l'observe, elle est la ronséquenre den propriété toxiques, déshydratantes des sels: ce sont elles qui déterminent une destruction des globules rouges et consécutivement la transformatiou do l'hémoglobine en méthémoglobine.
Pour nous assurer de la justesse de cette manière de voir, noua avons un moyen que nombre d'auteurs paraissent avoir perdu de vue. Si le chlorate agit uniquement par ses propriétés déshydratantes , amenant la désorganisation du protoplasme de divers tissus , il ne peut être ni plus ni moins toxique que tout autre sel de même espèce et jouissant de propriétés de diffusion analogues outre, cette action toxique dcTra s'exercer en raison inverse du poids moléculaire. Le chlorate dont le poids moléculaire est considérable, sera donc supporté à des doses relativement plus grandes que le chlorure du môme métal alcalin , dont le poids moléculaire est moins élevé. En d'autres termes les doses toxiques et mortelles du NaOl et NaGlO, devront être égales, quand ces stances sont directement injectées dans le sang , ou plus exactement
ËMPOlaOSNEMENT PAU LK CHLORATE DE POTASSE.
lea doses toxique et mortelle du NaCIO, devront être légèrement supérieures à celles du NaCl. On peut facilement se convaincre , tant chez le chien que chez le lapin , de la vérité de ce fuit, quand on injecte le médicament dans les veines. Falck insiste spécialement sur ce point, que chez le lapin la pression sanguine baisse lieaucoup plus rapidement par l'action du chlorure de sodium que par celle du chlorate de sodium; il en conclut que l'injection du chlorure de nodium dans le sang est plus dangereuse que celle du clilorate de sodium. J'ai observé la môme chose chez le chien. Je regrette que plusieurs auteurs , accordant trop d'importance à la question de la méthémoglobine , aient négligé d'instituer dea expériences dans cette direction '). En outre, j'ajouterai que la dose mortelle du chlorure de potassium , administré au lapin par la voie stomacale, est inférieure à celle du chlorate de potassium donné dans les mêmes conditions, ce qui est en accord parfait avec le poids moléculaire de ces substances. Enfin, quand on compare les doses toxique et mortelle du chlorate de potasse chez l'homme, à celles du nitrate et du sulfate de potasse, on constate qu'elles sont presque entièrement identiques. Il faut, bien entendu, tenir compte uniquement des ca.s où le chlorate de potaase a été ingéré par erreur , et non de ceux où il a été administré à des malades; sinon les conclusions seraient forcément erronées ').
Les cas d'intoxication chez l'homme, relatés par les auteurs, étant presque exclusivement dus à l'ingestion Ae chlorate de potasse, les choses se compliquent encore davantage, par suite de cette circonstance que tous les sels de potassium sont toxiques, comme nous aurons l'occasion de le dire plus tard avec plus de détails; dans les expériences sur les animaux nous avons toujours recours à dessein au chlorate de soude, dans le but d'exclure l'action du potassium. J'ajouterai encore que les sels de potassium ne sont pas
'} Je vise ici pins spécialement von Limbeck , qui se rallie presque en tous pointB à ma maiiière de voir, mais qni chez le uhieQ attribue néacmoins la mort, survenant au cours de l 'empoisonnement aigu, à la formation de méthémoglobine, sans avoir institué des eipèrienros d« ::ontr(île consistant dans l'injection de solutions eoDcen- Iree» de chlorure de sodinm dans le sang.
-) La coDuaissance des doses toxique et mortelle de KNOi et de K^SO,, sels auxquels Je fais allusion, date d'une époque où te chlorate n'était presque pas employé, et où l'on avait pour ces deux médicaments une prédilection particulière. Le EtSO, était un remède aecret, qui fut acheté an quantité considérable par le duc de Holstein et qui, MUB le nom de „sol holRaticnm" jonit d'nn grand crédit à la fin du dernier siècle et fut mis plus tard entre les mains da puhlir. Il en résulta, comme aujourd'hui pour le chlorate de potasse, maint empoisonnement. Je pourrais en dire autant du KNO,: de l'année 40 k 60 du siècle présent, ce médicament fut recommandé par l'école hématologiqoe , qui recherchait dans les modifications du sang la des inflammations. On lui attribuait la propriété d'empAcher la formation da e dans le sang, et pendant longtemps ce fut le médicament k la mode.
302 XXI. ANTISEPTIQUES INOROANIQUBS.
comparables aux sels de sodium quant à leur pouvoir de diskydration et de diffusion; que par suite ils présentent de grandes différences au point de vue de la résorption et de rélimination , la première étant plus rapide et la seconde plus lente pour les sels de potassium que pour les sels de sodium (Dehn); en outre, que la perméabilité des globules rouges est plus grande pour les sels de potassium que pour les sels de sodium (Adolphi). Vous n'aurez donc aucune peine à comprendre que, bien que tout ce qui a été dit des chlorates s'applique au chlorate de potasse , ce sel occupe néanmoins une place à part parmi les chlorates , ce qui est d'une grande importance pour Texplication des phénomènes d'empoisonnement. Il faut surtout tenir compte, dans l'espèce, de l'action exercée par les sels de potassium sur le système nerveux central, action qui se trouve être fortement déprimante.
En parcourant la littérature relative aux intoxications par le chlorate de potasse , on est frappé de leur fréquence relativement beaucoup plus grande en Allemagne^ en Angleterre^ en Amérique et enfin en France. Dans le catalogue index de la bibliothèque du surgeon gênerai of the U. S. army, je trouve par exemple 19 cas observés en Allemagne, 9 en Angleterre et en Amérique, et 6 en France. A ma connaissance aucun cas d'empoisonnemelit, suivi de mort, n'a été publié en Hollande. On se demande involontairement si dans d'autres pays, et notamment chez nos voisins d'Allemagne, on n'est pas beaucoup plus imprudent dans l'emploi de ce sel que dans notre petit pays, et si la prudence néerlandaise, si souvent raillée, n'a pas eu au moins ici son bon côté. Mais une autre question se pose à mon esprit: ne s'est-t-on pas servi parfois d'un médicament impur? La littérature reste absolument muette à ce sujet. Quand on considère le mode de préparation du chlorate de potasse, on s'aperçoit que des souillures par le chlore et l'acide chlorique ne peuvent être exclues d'une manière absolue. Il n'est pas douteux que l'on trouve dans le commerce du chlorate mélangé de chlore et d'acide chlorique. Ainsi, au début de mes recherches, une fabrique de produits chimiques bien connue m'envoya du clilorate de soude, qui avait une odeur de chlore manifeste et dont j'eus bien soin de ne pas me servir pour mes expériences. Je ne saurais affirmer si actuellement encore on délivre des chlorates dont la pureté laisse autant à désirer, et si ces impuretés ont contribué à produire des empoisonnements.
J'arrive maintenant. Messieurs, à la question, importante au point de vue pratique, mais dépourvue d'actualité pour noB dents médecins néerlandais: comment prévient-on , comment** P empoisonnement par le chlorate de potasse ?
L'intoxication ne me parait guère difficile à
TRAIT. DE [.'INTOXIO. PAB LE CHLOR. DK POTASSE: MON L'SAliETHBRAP. 303
ployez jamais dans la pratique des aolutiona trop concentrées et n'en prescrivez jamais de trop fortes quaiitilés. Veillez à ce que le public sache une fois pour toutes que tout médicament peut devenir un poisou, quand il est absorbé en quantité trop considérable.
Malgré ces précautions, il pourra voua arriver que l'on" vienne un soir ou un matin réclamer vos secours pour un cas d'empoisonnement pai^ le chlorate de potasse. Souvenez-vous toujours alors de ce fait que V intoxication est due en partie à i'acti'm saline , en partit à l'adiun du potassium. Par conséquent , si le sel 3e trouve eucore dans l'estomac , lavez cet organe au moyen de la sonde oesophagienne , en vous servant d'une solution diluée de chlorure de sodium ou de bicarbonate de soude. Faites prendre au malade une grande quantité de boisson, surtout beaucoup de lait. Par ce moyen, vous combattez l'inflammation locale de la mu(]ueuae stomacale , voua favorisez réUmination du sel par le rein, et enfin vous remédiez à la déshydration du sang. A cet égard un cas communiqué par Bernhbim est des plus instructifs. Un paysan avait pris 23 grammes de chlorate de potasse eu poudre eu deux fois. Il restait parfaitement bien portant, mais on lui avait administré des grandes quantités de lait et d'eau. Palck, ayant injecté directement dans le sang de lapin une dose mortelle de ce sel (2 — 3 grammes parkilogr. d'animal), réussit à maintenir ces animaux en vie en leur introduisant dans l'estomac, soit avant soit en même temps, de grandes quaulités de lait. Ces expériences vous prouvent suflSsamment qu'en agissant commeje viens de vous le dire vous êtes dans la bonne voie.
L'empoisonnement augmente beaucoup en gravité quand la fonction rénale est troublée ou suspendue. Dans ce cas en effet l'action sahne a déjà exercé ses effets sur le sang, le chlorate a détruit un certain nombre de globules rouges, et la méthémoglohine ainsi que les débris des globules rouges oblitèrent les vaisseaux du rein '). L'anurie, observée dans de pareilles conditions, a un pronostic qui est très grave, sans être toutefois désespéré. Parfois la sécrétion urinaire se rétablit. Le malade sécrète d'abord une petite quantité d'urine brun noirâtre , trouble , chargée de méthémoglobine et renfermant de nombreux «ylindres. Plus tard l'urine prend une coloration plus claire, et avec elle s'élimine lechlorata que renferme encore l'organisme. Mais quand l'anurie persiste, le malade se trouve menacé de mort par urémie. Et marne quand la sécrétion urinaire u'a pas été suspendue ou qu'elle s'est rétablie,
) V'sfie» SiLBSRHANN, qiiaml rempoisonnoment par le chlorate de potasse s'ac-
f ■*qe de la destruction des globules rouges, il se produirait dans divers organes
™llsireK éteiidaeg par snito du ferment fibrinogène qui est min en
Dans un travail paru ré^'Cinment, SilberhiIkn soutient plei-
malgré l'opinion de Makciianu et Falkknuero.
304 XXI. ANTISEPTIQUES IKOROANIQUES.
il faut toujours redouter Turémie, parce qu'à cause de rexcitation intense à laquelle ils sont soumis les reins finissent par s'enfiammer et qu'ainsi il est à craindre que le sang ne puisse plus se débarrasser des matières excrémentititielles qu'il renferme. Dans ces cas , ne refusez pas à vos malades la grande quantité de boissons (lait pur ou coupé d'eau) que leur soif intense les pousse à demander à tout moment; jamais elle ne pourra leur noire et souvent ils en retireront de grands avantages. Souvent dans des cas pareils — principalement dans les cas subaigus — , on observe en outre d'après la relation des auteurs, l'ictère et le gonflement de la rate. J'attribue cet ictère en partie à l'action locale du sel sur la muqueuse de l'estomac et de l'intestin (ictère catarrhal) , en partie à la destruction des globules rouges sous l'action du sel (ictère polycholique). C'est également à ce dernier facteur que je crois pouvoir rapporter le gonflement de la rate , car ce phénomène s'observe chaque fois que les globules rouges sont détruits en quantité considérable. L'administration de liquides en abondance constitue également le meilleur moyen de combattre ces deux symptômes.
A défaut d'un antagoniste direct, grâce auquel nous puissions combattre la dépression du système nerveux central qui caractérise l'action toxique du potassium, nous pouvons avoir recours aux excitants du système nerveux central: le café ou le thé chaud, le bouillon chaud (dont les alcaloïdes possèdent en outre tous une action plus ou moins diurétique), enfin les boissons alcooliques diluées seront administrés à des intervalles rapprochés. Il faut toutefois conseiller la prudence dans l'emploi des boissons alcooliques à action locale énergique.
Emploi thérapeutique. L'action antiseptique du chlorate de potasse est insignifiante. Les schizomycètes et les hyphomycètes continueut à vivre dans une solution concentrée de ce sel. Il ne peut être question d'attribuer au chlorate de potasse une action oxydante, qui lui assignerait une place à côté du permanganate de potasse parmi les désinfectants. Tout ce qu'on avait dit à ce sujet a été trouvé inexact. Le chlorate de potasse n'abandonne pas d'oxygène à l'intérieur de l'organisme vivant. La méthémoglobine , qui dans certaines circonstances se forme sous son influence, ne renferme pas plus d'oxygène que l'oxyhémoglobine. Même à la surface de muqueuses malades le chlorate de potasse est si peu modifié, que VON Mering a pu trouver dans l'urine d'un diphtérique, qui se gargarisait avec une solution de chlorate de potasse, la totalité du chlorate absorbé.
A quoi ce sel doijb-il donc sa rénommée? A mon avi8,ilIadD>^ uniquement à ses propriétés osmotiques, à sa dififusion rapide
CHLORATE HK POTASSK. EMPLOI THERAPEITIQUE.
complète, grâce à laquelle il pénètre dans les cellules épithélialea de la muqueuse et au sein de tous les -tissus, avec lesquels il vient eu contact. C'est grâce à ces propriétés osmotiques que le chlorate de potasse accélère la circulation et améliore l'état de la nutrition. Là où il a exercé son action, le terrain cesse d'être propice au développement des microbes, qui y ont élu domicile.
Vous me demanderez peut-être : un autre sel ne pourrait-il rendre de tout aussi bons services ? Je le pense comme vous ; mais toujours faudrait-il que ce fût un sel de potassium , car les propriétés osmotiques des sels de sodium sont tout autres. Parmi les sels de potassium , le chlorure et le nitrate, dont le propriétés osmotiques ressemblent le plus à celles du chlorate , pourraient seuls entrer en ligne de compte. L'expérience acquise au lit du malade nous a démontré pourtant, de la manière la plue certaine, les propriétés thérapeutiques remarquables du chlorate de potasse , et en présence d'un pareil témoignage nous avons toutes raisons d'être reconnaissants et contents. Toutefois nous ne serons entièrement satisfaite que le jour où la lumière complète sera faite sur l'action de ce médicament, et à co sujet je crois mon devoir de vous signaler l'opinion exprimée par notre compatriote Sasse. Il attribue aux sel» de potassium en général et au chlorate de potassium en particulier une action constrictive — , non démontrée à mon avis , — sur les fibres musculaires lisses des plus fines ramifications vasculaires.
Dans la pratique, le chlorate de potasse s'emploie û. VKclérieur conmae antis^lique local, en premier lieu dans toutes espèces d'affections infectieuses et non infectieuses des muqueuses buccale et pharyngienne. Parmi le.s affections où l'application locale du chlorate de potasse produit une amélioration notable et procure même la guérieon , je citerai: la stomatite ulcéreuse et merubrannise^le scorbut , ta slomaiite mercurielie et même la stomatite gangreneuse, l'angine tansillaire, l'angine diphtérique (Caccalon), les aphtiies, le croup, le catarrhe du larynx, le caturrbe de la cttmfé ttaso-pharytigieime.li'&pphcatîon locale du chlorate de potasse a encore été recommandée et a rendu souvent de bons services dans des affections atteignant d'autres muqueuses; ainsi, dans diverses formes de coryza, dans la blennorrhagie uréthrale, la leucorrhée, la cystite; elle s'est même montrée utile dans certaines affections cutanées et dans les cancroïdes externes.
A l'intérieur on a prescrit le chlorate de potasse dans les maladies les plus diverses: dans la bronchite, la tuberculose pulmouaire, la fièvre typhoïde, la syphilis, la glycosurie, l'ictère, la uéphrite, la cystite. '*■ '^e l'estomac (Bhissaud), la lèpre
KEAu); on i ^battre l'avortement et comme
306 XXI. ANTISRPTIQUKS INORQANIQUSS.
galactogogue (Harkin). Un certain nombre de médecins étaient tellement enthousiastes de ce médicament et le sont encore actuellement, qu'il fut pendant un certain temps sur le point de devenir une panacée universelle. Malgré cela , je ne pourrais vous citer qu'un seul cas où le chlorate de potasse, pris à Tintérieur, ae montre réellement efficace. Je veux parler de l'action diurétique de ce sel , déjà signalée par Isambert et remise de nouveau en lumière chez nous par le Dr. Klinkert (1882), qui, pour le recommander , se basait sur son expérience personnelle. Tous ceux qui ont expérimenté avec les chlorates et notamment avec le chlorate de potasse ont eu bien des fois l'occasion de constater la réalité de cette action diurétique. Pour ne pas parler d'observations anciennes , et abstraction faite des miennes propres , je me borne à vous citer les expériences récentes de von Limbeck et Falck, qui démontrent d'une manière péremptoire les effets diurétiques de ce sel, si facilement diflfusible. Je n'ai pas besoin d'insister, au point de vue thérapeutique , sur les avantages d'un bon diurétique , dans nombre de circonstances; mais le sel de Berthollet ne possède aucune autre action thérapeutique spécifique.
Le mode d'administration le plus recommandable, tant pour l'usage externe que pour l'usage interne, est la solution à 2 ou tout au plus à S^Iq. Dans les affections de la bouche on fera gargariser toutes les heures ou toutes les deux heures avec cette solution, ou bien on appliquera celle-ci au moyen d'un pinceau sur les parties malades de la muqueuse buccale (diphtérie, stomatite ulcéreuse , aphthes) , sur les amygdales , etc. Unna fait brosser les dents dans toutes les affections buccales, accompagnées de „foetor ex ore", avec du chlorate de potasse pur, ou avec une pâte dentifrice, qui contient 50^/^ de chlorate mêlé au carbonate calcique, à la poudre d'iris. Pour l'usage interne on prescrira également la solution à 2®/„ ; on en fera prendre '/4) Vt> ^^ au maximum 1 gramme en une fois, et pas plus de 5 ou au maximum 10 grammes dans l'espace de 24 heures.
Pour terminer , deux remarques d'une portée pratique. Si vous prescrivez à un syphilitique, soumis au traitement mercuriel et ioduré combiné , un gargarisme au chlorate de potasse dans le but de prévenir la stomatite mercurielle, recommandez-lui de se rincer la bouche à l'eau pure après s'être gargarisé, et de ne rien avaler de la solution de chlorate de potasse. C'est qu'en effet, quand le chlorate de potasse et Viodure de potassium arrivent dans l'estomac avec l'acide chlorhydrique , l'iode peut être mis en liberté et peut exercer sur la muqueuse stomacale une action caustique qui n'est pas à souhaiter et peut même être préjudiciable au malade.
En second lieu il va de soi que, sur votre ordonnance, vous n'in-
viterez jamais le pharmacien à triturer le chlorate de potasse avec le tannin, le cachou, etc. S'il vous arrivait, dans un moment de distraction, de formuler une pareille ordonnance, le pharmacien sera assez sage pour ne pas l'exécuter. Il sait que le chlorate de polasuf, trituré avec des substances organiques, forme un mélange facilement explosible. L'hypopLosphite de soude, mélangé au chlorate de potasse, peut aussi donner facilement lieu à une explosion. Il en est de même d'une solution de ce sel , mélangée à la teinture de perchlorure de fer et à la glycérine (Kobkrt).
Les pharmacopées anglaise et allemande ont inscrit depuis longtemps au nombre des préparations officinales des „]ozenges" ou pastilles de chlorate de potasse (mélange du sel avec de la gomme , du sucre, de l'eau, etc.). En Hollande on employait surtout les pastilles françaises dites de Dethan. Aussi est-ce à juste titre que notre nouvelle pharmacopée (Ed. III) mentionne les trochisci ckhriitis kalici, préparés en mélangeant 10 p. de poudre de chlorate de potasse avec une même quantité de poudre de gomme arabique, 80 p. de sucre et autant d'eau qu'il en faut pour pouvoir préparer 100 pastilles. Chaque pastille renferme donc 100 railligrararaes de chlorate de potasse et l'on peut en prendre 4 à 8 par jour.
Le chlorate de soude, officinal en Amérique et recommandé à diverses reprises en Allemagne , eu France et en Angleterre , n'a guère réussi â s'introduire dans la pratique, comme succédané du chlorate de potasse. Il est beaucoup plus soluble dans l'eau que le chlorate de potasse (on peut en dissoudre 25 à 50 grammes dans 100 grammes d'eau) et, en tant que sel de sodium, il est moins toxique. Il paraît à première vue convenir pour remplacer efficacement le chlorate de potasse dans la thérapeutique. Cependant il n'en est rien , parce qu'en tant que sel de sodium il possède des propriétés osmotiques tout à fait différentes de celles du chlorate de potasse. Le chlorate de soude est peu employé et n'est pas officinal dans notre pharmacopée.
IV. Les antiseptiques inorganiques les plus énergiques , dont l'un peut être considéré comme le plus énergique parmi tous les antiseptiques, sont le sublimé et le nitrate d'urgent. A la tète de tous se trouve le sublimé, sel métallique facilement soluble, facilement diifusible, précipitant l'albumine même quand il est en solution diluée et formant avec elle une combinaison insoluble. Le sublimé ite tous les processus de fermentation produits par des ferments
m organisés; il tue les ferments organiséset les microorganismes pèche le développement des bactéries ainsi que la formation de leurs spores. Une substance dont l'action sur les organismes inférieurs est tellement énergique que par exemple 70 milligrammes suffisent pour pré.server de In putréfaction 1 litre de bouillon,
dilué KArrêl
et qui en outre, à la température du corps, agit plus énergîquement encore qu'à la température ordinaire, doit être, de par la nature même des choses, un poison violent. Aussi les cas d'intoxication, observés chez l'homme à la suite de l'usage d'une solution de sublimé comme antiseptique, ne sont malheureusement pas exceptionnels. Plus tard quand, abordant l'étude des altérants, je vous parlerai des composés mercuriels, je vous exposerai en détail l'action physiologique et toxique du sublimé. Qu'il me suffise pour le moment de vous dire qu'une solution de sublimé à *l^ ou 1^1^ rend d'excellents services comme antiseptique externe. J'ajouterai qu'une intoadcation est surtout à redouter quand on emploie de grandes quantités de cet antiseptique pour laver des muqueuses plus ou moins lésées, des séreuses ou des plaies fraîches. C'est pour ce motif que dans ces derniers temps on a recommandé une pommade de sublimé à la lanoline (à 1 : 1000 ou 1 : 5000) principalement pour le traitement de Vérysipèle (Gottstein, Wenderoth). Quoique de très petites quantités de cette pommade suffisent, elle n'est néanmoins pas entièrement inoffensive. Les principes généraux, que nous avons exposés à propos de l'emploi thérapeutique des parasiticides , trouvent ici leur entière application.
Ceux qui ont été chargés de rédiger notre pharmacopée sont partis de l'idée que les objets de pansement fournis par les pharmaciens présenteraient les meilleures garanties. Dans cet ordre d'idées on a cru devoir inscrire dans notre arsenal thérapeutique la gaze au sublimé {tela e chloreto hydrargyrico) et la ouate au sublimé (gossypium e chloreto hydrargyrico)^ matériaux de pansement, dont on ne saurait se passer de nos jours dans la pratique chirurgicale et obstétricale. La gaze, comme la ouate, renferme le sublimé dans la proportion de 1 : 400. Le mode de préparation n'exclut pas la possibilité de la transformation d'une partie du sublimé ').
Le sublimé ne sera pas aisément supplanté en tant qu' antiseptique par d'autres comporés mercuriels. Notez cependant que l'on a chaleureusement recommandé l'oxycyanure de mercure et le biiodure de mercure, comme des antiseptiques aussi énergiques, mains moins irritants que le sublimé.
Théoriquement le nitrate d'argent est un antiseptique tout aussi énergique que le sublimé. Comme celui-ci, il précipite l'al-
*) Dans l'importante dissertation de Stroinck (Amsterdam , 1888) sont rapportés un grand nombre d'exemples de transformations subies par le sublimé par suite de la présence de chlorures de sodium, de potassium,d'ammonium, lors de la désinfection des matières fécales ou à la suite du mélange avec Teau des dunes d'Amsterdam. Dans la préparation de la gaze ou de Touate au sublimé on pourrait empêcher cette transformation par l'addition de chlorure de potassium (Salzmann).