‹ Leçons de philosophie (volume 2)Chapitre 24 sur 47 · SCIENCES DES ÊTRES : LA GÉNÉRALISATION PREMIÈRE PARTIE : LA DÉFINITION · texte numérisé non relu

SCIENCES DES ÊTRES : LA GÉNÉRALISATION PREMIÈRE PARTIE : LA DÉFINITION

Sciences des êtres : la généralisation. — La nature

a us offre deux objets d’étude : les faits et les êtres. Nous avons di ; quelles sont les méthodes applicables aux sciences qui étudient les laits; il faut voir quelles sont les méthodes applicables aux sciences qui étudient les êtres.

Il n’y a pas de science du particulier. Qu’il s’agisse d’êtres ou de faits, la science consiste à dégager du particulier le général. S’il s’agit des faits, cette opération se nomme induction. S’il s’agit des êtres, cette opération se nomme généralisation. Ce que l’induction est aux faits, la généralisation l’est aux êtres.

Son double office : définition , classification. — Mais la généralisation peut être envisagée sous deux aspects, car elle résout simultanément deux sortes de problèmes et donne satisfaction à une double curiosité.

Les êtres qui existent dans la nature donnent naissance à un double problème : 1° ces êtres sont des groupes, des systèmes de propriétés diverses coexistantes ; d’où ce premier problème : quelles sont ces propriétés et quel est le rapport de ces propriétés entre elles? lesquelles sont accidentelles? lesquelles sont essentielles? et quel est l’ordre d’importance relative de ces dernières elles-mêmes? — 2° Ces êtres coexistent eux-mêmes dans l’espace, d’où ce second problème : quels sont les rapports de ces êtres entre eux? quelles sont leurs différences? quelles sont leurs ressemblances? et quel est l’ordre d’importance relative de ces ressemblances elles-mêmes?

Ces deux problèmes sont, avons-nous dit, simultanément résolus par la généralisation. En effet, toute notion générale est le résultat d’une double opération : 1° d’une analyse des individus, qui fait connaître la somme de leurs caractères ; 2° d’une comparaison de

ces individus qui, faisant reconnaître lesquels de ces caractères sont variables de l’un à l’autre, lesquels sont communs à plusieurs ou à tous, révèle à la fois les rapports de ressemblance de ces individus et l’importance relative de ces caractères.

Ce double résultat se trouve consigné dans les notions générales, terme de la généralisation. En effet, toute notion générale possède à la fois une compréhension et une extension . La compréhension, c’est la somme des caractères qu’elle enferme. L’extension, c’est le nombre d’êtres qui, possédant en commun ces caractères, se trouvent, en raison de cette ressemblance, groupés sous cette notion.

Considérée au point de vue de la compréhension, la notion générale est un type, une forme, une nature, une essence. Considérée au point de vue de l’extension, la notion générale est un genre, un groupe, une classe. Ainsi la notion de vertébré représente à la fois un certain type d’organisation et un certain groupe d’animaux.

Dégager le type ou l’essence des êtres, c’est définir. Grouper les êtres selon leurs ressemblances, c’est classer. La généralisation, en tant qu’elle dégage les types ou les rapports de coexistence des caractères, se nomme définition; en tant qu’elle dégage les genres ou les rapports de ressemblance des êtres, elle se nomme classification.

La classification et la définition ne sont donc pas proprement deux opérations différentes, mais une seule et même opération, à laquelle on donne deux noms différents pour en indiquer le double aspect et le double résultat. Il est impossible, d’une part, de définir sans classer, puisque toute définition donnée, à moins d’être purement fictive ou nominale, s’applique nécessairement à certains êtres1 dont elle forme une classe. Mais il est également impossible, d’autre part, de classer sans définir, puisque toute classe formée l’est en raison d’une essence, forme ou type commun des êtres qui la constituent.

La définition est la raison de la classification. —

Cependant il importe d’étudier l’opération de la généralisation successivement sous chacun de ces deux aspects. Or si, par la généra -

1. Au moment où la définition est posée, on peut ignorer, au moins en partie, les différents êtres auxquels elle s’applique : dans ce cas, la classification qui résulte de la définition est encore, par rapport à nous, simplement virtuelle ; mais, à prendre les choses en elles-mêmes, elle est déjà actuelle, elle est vraie, puisque, en fait, le type dégagé par la définition et que nous supposons naturel, est réalisé dans un certain nombre d’êtres, connus ou inconnus. rabier. — Logique. 12

lisation, on définit et n classe tout à la fois, il n’en est pas moins vrai que, logiquement tout au moins, la définition est antérieure à la classification. En effet, si toute notion générale possède une compréhension qui est un type , et une extension qui constitue une classe , on peut dire que c’est la compréhension qui détermine l’extension, que c’est le type qui fait la classe, qui en est la raison et le signe, qui en marque l’étendue et les limites. Tout être, en effet, entre dans une classe ou en est exclu, selon qu’il possède ou ne possède pas le type défini qui est la caractéristique de celte classe1. Il convient donc de parler tout d’abord de la définition, raison d’être et fondement de toute classification 2.

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