‹ Leçons de philosophie (volume 2)Chapitre 3 sur 47 · OBJET ET DIVISION DE LA LOGIQUE · texte numérisé non relu

OBJET ET DIVISION DE LA LOGIQUE

ments à cette règle essentielle à la pensée, que le tout est plus grand que la partie , etc. 4.

Logique formelle, Logique appliquée ou Méthodologie. — Par suite la Logique se divise naturellement en deux parties. La première se nomme Logique générale ou formelle; la seconde, Logique spéciale ou appliquée1 2.

La Logique formelle fait abstraction des objets qui sont la matière de la connaissance, s’attache à la forme de la connaissance en général, c’est-à-dire aux opérations mêmes de la pensée, et détermine les lois qui, dérivant de l’essence même de la pensée, sont la condition première et préalable de toutes ces opérations.

La Logique spéciale considère au contraire l’application de l’esprit à des objets divers et détermine les lois particulières qu’impose à l’esprit la nature propre de l’objet qu’il cherche à connaître. Or ces lois se nomment des méthodes. La Logique appliquée a donc pour objetles méthodes, et peut se nommer Méthodologie.

Caractères de ces deux, parties. — Les lois qu’établit la Logique formelle se déduisent d’une loi suprême, condition universelle de la légitimité de toutes nos opérations (principe de contradiction). Donc, pour les déterminer, il n’est nul besoin de recourir à l’expérience. Valables pour un esprit quelconque, elles ne présupposent aucune connaissance de l’esprit humain en particulier; valables pour des objets quelconques, elles ne supposent non plus aucune notion préalable des objets particuliers que l’on veut étudier. Ainsi, pour établir la théorie du syllogisme, Aristote n’a eu besoin d’aucune notion de Psychologie, d’aucune notion de Physique. La

1. Quand les règles du premier genre ne sont pas observées, la pensée se trouve en désaccord avec l’objet, comme dans ce concept : une chimère; ou dans ce jugement: tous les cygnes sont blancs; ou dans ce raisonnement : ce médecin est matérialiste , donc tous les médecins sont matérialistes. Quand les règles du second genre ne sont pas observées, la pensée est en désaccord avec ellemême, comme dans ce concept : un corps inétendu; ou dans ce jugement : les rayons d'un cercle sont inégaux ; ou dans ce raisonnement : A = B, B est plus grand que G , donc A — G.

2. La division de la Logique en Logique spéculative ou théorique et Logique pratique est radicalement vicieuse. En effet les deux parties de la Logique sont également et avant tout théoriques : la théorie des méthodes est en soi une théorie non moins que la théorie du raisonnement. Et des deux parties de la Logique on peut également et au même titre faire un usage pratique : les règles du syllogisme peuvent être utilisées dans la pratique ni plus ni moins oue les règles de l’expérimentation. — La division ordinaire delà Morale en Morale théorique et Morale pratique n’est pas moins incorrecte, comme on le verra plus loin.

Logique formelle est donc absolument à priori et absolument universelle.

Mais les lois particulières auxquelles l’esprit doit s’assujettir pour faire la science de tel ou tel objet résultent à la fois de la oture de cet objet et de la nature de nos facultés de connaître; elles se déduisent à la fois de la nature de l’objet et de la nature de l’esprit; elles présupposent donc quelque connaissance de l’une et de l’autre. Par exemple, c’est la confusion, constatée par l’expérience, des séries de phénomènes dans la nature et l’impossibilité, particulière peut-être à l’esprit humain, de découvrir par simple inspection les rapports de causalité, qui rendent nécessaires ces procédés indirects de recherche qu’on nomme méthodes d’accord, de différence, etc., procédés qui conduisent à la découverte de la cause par exclusion des antécédents qui ne sont pas cause (ch. vu). C’est la confusion encore plus complète soit des causes, soit des effets, réalisée dans les phénomènes mécaniques (composition des forces), qui nous oblige de recourir à la méthode déductive en mécanique, en astronomie, etc. (ch. ix). La Logique appliquée n’est donc que relativement à priori et n’est pas absolument universelle. Elle varie suivant la nature des objets, et pourrait aussi varier avec la nature de l’esprit i.

La Logique formelle, science de la conséqueucc. —

La loi supérieure à laquelle la pensée, prise en elle-même, doit se conformer sous peine d’absurdité, c’est la loi de contradiction . Pris en soi, indépendamment de l’objet à connaître, un jugement ou un raisonnement est légitime et correct dès qu’il n’implique aucune contradiction, et qu’au contraire, en le formulant, la pensée ne fait que demeurer d’accord avec elle-même. La Logique formelle est donc la science de l’accord de la pensée avec elle-même ou, en d’autres mots, la science de la conséquence2.

Logique appliquée, science de la vérité. — La Logique appliquée considère les rapports de l’esprit et de ses objets; les lois

1. En fait, les méthodes sont ordinairement inventées par des hommes de

ffén’ie et justifiées par le succès. Les logiciens viennent ensuite, qui considèrent ces méthodes abstraitement et en donnent la justification théorique. Cependant il est des savants chez lesquels la faculté d’analyse et de réflexion est égale à la puissance d’invention. Ceux-là sont à la fois inventeurs et théoriciens de méthodes. Ainsi Descartes et Leibniz. . .

2. Le mot conséquence n’est pas pris ici dans le sens de vérité denvee d’une autre vérité, mais dans le sens plus large d’accord de la pensée avec ellemême ; en anglais, consistency. Au mot conséquence pris en ce sens s’opposent les mots : inconséquence , désaccord avec soi-même, contradiction. — Si par conséquence on entendait: vérité dérivée, infcrence, alors cettf définition : la science

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