‹ Leçons de philosophie (volume 2)Chapitre 4 sur 47 · OBJET ET DIVISION DE LA LOGIQUE · texte numérisé non relu

OBJET ET DIVISION DE LA LOGIQUE

qu’elle nous assigne sont les conditions par le moyen desquelles notre esprit peut se mettre en harmonie avec les choses. Elle est donc la science de l’accord de la pensée avec ses objets, ou, en d’autres mots, la science de la vérité l.

Raisons de ne pas réduire la Logique à la Logique formelle. — Nombre de logiciens (Kant, Hamilton, etc.) veulent réduire toute la Logique à la Logique formelle. A coup sûr, la Logique formelle et la Logique appliquée sont bien distinctes ; mais pourtant, à notre avis, un lien indissoluble les relie, à savoir : l’idée du but dernier auquel tend toute opération de l’esprit, auquel tendent en définitive toutes les règles de la Logique, aussi bien celles de la Logique formelle que celles de la Logique appliquée : l’idée de la vérité.

Nous avons défini plus haut la Logique formelle : la science de la conséquente (accord de la pensée avec elle-même); mais, pour aller au fond ues choses, il faut ajouter ces mots : première condition de la vérité*. Qu’importerait, en effet, la conséquence? qu’importerait l’accord de l’esprit avec lui-même? en quoi mériterait-il qu’on en fixât si laborieusement les conditions? en quoi vaudrait-il mieux

de la conséquence , s’appliquerait aussi bien à la Logique appliquée qu’à la Logique formelle. C’est ainsi que Stuart Mill définit la Logique en général (Log., tr.fr., t. I, p. 9). La Logique est pour lui la science de l’inférence. A notre avis, cette définition est trop étroite ; elle ne désigne qu’un des objets de la Logique, et exclut la Logique des concepts et la Logique des jugements.

1. On disait dans l’École qu’un jugement ou un raisonnement est v rai formellement, lorsque, pris en soi, il n’enferme aucun vice intérieur, aucune contradiction intrinsèque. C’est pourquoi on définissait aussi la Logique théorique la science de la vérité formelle (Kant, ibid., p. 70). La Logique appliquée devait se définir alors la science de la vérité réelle ou matérielle.

Stuart Mill définit la Logique : la science de la preuve. « La Logique montre quelle relalion doit exister entre les data et la conclusion quelconque qui en peut être tirée ; entre la preuve et la chose à prouver. » ( Ibid.,p . 10). Cette définition qui réduit aux seules inférences le domaine de la Logique est, nous l’avons dit, trop étroite, à notre avis. On pourra néanmoins retenir cette définition : la Logique est la science de la preuve , pourvu qu’on élargisse le sens du mot preuve , comme on a étendu plus haut le sens du mot conséquence. La Logique, on l’a vu, est la science des conditions de l’accord de la pensée avec elle-même (vérité formelle), et de l’accord de la pensée avec les objets (vérité matérielle), dans le concept, dans le jugement, dans le raisonnement. Or ces conditions, lorsqu’elles se trouvent remplies, deviennent naturellement des preuves de la validité formelle ou matérielle des concepts, des jugements, des raisonnements. Par exemple, les règles du syllogisme sont les conditions de la validité du syllogisme; et la conformité à ces règles, la preuve de la validité d’un syllogisme. De même, en arithmétique, les conditions de la validité des opérations servent aussi de preuve de la validité de ces opérations.

2. En effet, un concept, un jugement, un raisonnement qui enferment une contradiction intrinsèque sont absurdes. Ce qu’ils expriment non seulement n’est pas réel, mais n’est même pas possible. Les conditions de la vérité formelle sont aussi les conditions préalables de la vérité matérielle, t omme la possibilité d’une chose est la condition antécédente de sa réalité.

que l’inconséquence et le désaccord de l’esprit avec lui-même, si par ces deux voies différentes on pouvait également bien parvenir à la vérité? En elle-même, la conséquence, la logique n'a pas de valeur : on souhaiterait parfois qu’un fou, dans son intérêt ou dans celui des autres, fut un peu moins conséquent. Mais on fait cas de la conséquence, de la Logique, parce qu’elle est, en général, un moyen de conserver la vérité acquise et de parvenir à de nouvelles vérités. Et l’on considère l’inconséquence comme le vice irrémédiable de l’esprit, parce qu’un esprit inconséquent est, comme dit Port-Royal, un esprit qui peut sans doute rencontrer la vérité par hasard, mais « qui n’a pas de serres » pour retenir la vérité.

La Logique formelle ou Logique de la conséquence n’est donc, après tout, que la science des conditions supérieures du vrai. Elle n’est qu’une introduction, une propédeutique, et elle trouve son complément naturel et nécessaire dans la Logique appliquée, qui nous indique les moyens effectifs de nous mettre en possession de la vérité. Couper le lien qui rattache la Logique de la conséquence à la Logique de la vérité, c’est désintéresser la première de la vérité 1 ; c’est considérer la conséquence comme une chose bonne absolument, et au même titre, soit qu’elle parte du vrai pour aboutir au vrai, soit qu’elle parte du faux pour aboutir au faux; c’est jeter sur la Logique un discrédit mérité, en rabaissant un art sérieux au niveau de l’art du sophiste et du rhéteur. — Contre cette manière d’entendre la Logique, on peut en appeler au jugement même de son fondateur, Aristote. Car à la théorie du syllogisme, c’est-à-dire de la pure conséquence, Aristote fait succéder la théorie de la démonstration, où, d’après lui, le syllogisme trouve son véritable usage : or la démonstration est un raisonnement qui, parti de principes vrais, aboutit à une conclusion vraie.

Concliisiou. — Donc, en résumé, si l’on veut indiquer tout à la fois le but, l’objet et les divisions de la Logique, on peut dire : la Logique est la science des conditions de V accord de la pensée avec elle-même et des conditions de l'accord de la pensée avec ses objets , lesquelles réunies sont les conditions nécessaires et suffisantes de la vérité.

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