DE L’ACCORD DE LA PENSÉE AVEC ELLE-MÊME DANS LE CONCEPT
Domaine et division de la Logique formelle. — La
Logique formelle est la science de la conséquence ou de l’accord de la pensée avec elle-même, conformément à la loi d’identité et de contradiction. Directement, elle n’a donc pas affaire aux objets; et, par suite, sont hors de son domaine toutes les opérations par lesquelles l’esprit se met en rapport immédiat avec les objets (observation des faits intérieurs ou extérieurs, expériences sur ces faits, vérifications expérimentales des hypothèses, des conclusions d’un raisonnement, d’un calcul, etc.). Les règles de ces diverses opérations, qu’on peut désigner du mot d 'expérience, ressortissent à la Logique appliquée. La Logique formelle règle seulement le travail propre de l’esprit sur les données fournies par l’expérience.
Or l’esprit opère sur ces données de trois manières : 1° en ramenant à l’unité une pluralité d’intuitions de la conscience ou des sens, par le moyen d’un concept; 2° en liant deux concepts l’un à l’autre par le moyen d’un jugement ; 3° en liant un jugement à un autre ou à plusieurs autres par le moyen d’un raisonnement. La Logique formelle traite donc : 1° du concept , 2° du jugement , 3° du raisonnement.
Son point de vue propre. — De plus, dans ces opérations elles-mêmes, ce qui intéresse la Logique formelle, ce n’est pas la manière dont elles s’accomplissent, chose qui regarde la Psychologie; ce n’est pas non plus le rapport de ces opérations avec les données de l’expérience (par exemple, la question de savoir si un concept est bien formé, exact, s’il n’enferme pas trop ou trop peu de caractères), chose qui regarde la Logique appliquée (théorie
de la classification, de l’induction1), c’est uniquement la validité intrinsèque de ces opérations, laquelle résulte de l’absence de contradiction intrinsèque.
Or la contradiction ou la non-contradiction intrinsèques dans un concept, un jugement, un raisonnement, résultent du rapport des idées élémentaires entre elles dans le concept, des concepts entre eux dans le jugement, des jugements entre eux dans le raisonnement. C’est donc uniquement sur ces rapports que la Logique formelle, si on veut l’alléger de toutes les remarques et considérations psychologiques ou autres, pour la plupart d’ailleurs fort oiseuses, dont on l’a surchargée, doit concentrer son attention.
Les concepts composés seuls peuvent être conts»odictoiees. — Il y a peut-être des concepts parfaitement simples, c’est-à-dire ne renfermant comme matière qu’un élément unique de pensée : ce sont les concepts les plus étendus et les plus abstraits, termes extrêmes de la généralisation, tels que ceux de Y être, du possible. Par cela même qu’ils sont simples, ces concepts ne sauraient envelopper aucune contradiction. Mais, en général, un concept enferme une pluralité d’éléments. Exemple : le concept homme enferme, comme éléments, les caractères animal , bipède , raisonnable , etc. Le concept vertueux enferme, comme éléments, les caractères bon, juste, etc.
Au point de vue de la Logique formelle, de tels concepts, qu’ils répondent ou non, en fait, à quelque réalité, sont légitimes dès que les éléments qu’ils renferment ne sont pas contradictoires entre eux.
On appelle contradictoires deux idées qui se nient et s’excluent réciproquement de la conscience. Ainsi : A, non A; blanc, non blanc; parfait, non parfait. Un concept qui porte intérieurement une semblable contradiction, loge, comme dit Platon, l’ennemi avec soi ; il se détruit lui-même, il ne peut effectivement se réaliser, ni comme objet réel de la nature, ni comme simple conception dans la pensée.
1. Par là on voit que la Logique appliquée a plus d’étendue que la Logique formelle, puisqu’elle considère, d’abord, à son point de vue spécial, les mêmes opérations que la Logique formelle, et, de plus, les opérations par lesquelles l'esprit se met en rapport direct avec les objets (règf's de l’observation, de l’expérimentation, etc.).
LOGIQUE DU CONCEPT
Vu concept contradictoire est un concept confus. —
Par suite, un concept contradictoire étant de fait irréalisable dans la conscience, la question se pose de savoir comment de semblables concepts sont possibles. — Ils sont rendus possibles par la confusion des idées. Que faut-il entendre par là?
Distinction et confusion des idées. — Leibniz définit avec précision ce qu’il faut entendre par distinction et confusion des idées , et montre bien en quoi la distinction et la confusion diffèrent de la clarté et de l’obscurité des idées. Une idée est claire, dit-il, lorsqu’elle suffit pour faire reconnaître la chose ; elle est obscure dans le cas contraire. Par exemple, si je cherche une chose et que, celle-ci m’étant présentée, je ne la reconnaisse pas, c’est que je ne sais pas clairement quelle chose je cherche. — Mais, bien qu’une idée suffise pour faire reconnaître ou distinguer son objet parmi plusieurs autres, elle n’est point nécessairement, par cela seul, une idée distincte. Elle peut être au contraire fort confuse. Par exemple, un pêcheur a une idée claire des différentes espèces de poissons, un jardinier des différentes espèces de plantes: mais les idées qu’ils ont n’en sont pas moins très confuses. Ces mêmes idées sont, au contraire, distinctes chez le naturaliste, qui connaît par le détail l’anatomie et la physiologie de ces plantes et de ces poissons. Par où l’on voit qu’une idée distincte est celle dont le contenu, les éléments sont reconnus et distingués par l’esprit ( Nouv . Ess ., liv. Il, ch. xxii. Cf. Meditationes de cognitione veritate et ideis).
Dans la distinction elle-même, Leibniz marque deux degrés : si l’analyse est inachevée, la notion reste incomplète et inadéquate. Elle est accomplie ou adéquate quand, l’analyse ayant épuisé le contenu de la notion, il ne reste rien en celle-ci qui ne soit distinctement représenté à l’esprit. Comme exemple d’idée distincte et même adéquate, on peut citer l’idée d’un nombre, car dans un nombre le tout et les parties sont parfaitement connus par l’esprit.
Par suite, on reconnaît aisément qu’entre l’idée claire et l’idée distincte il n’y a qu’une différence de degré. D’une part, l’idée claire est celle en laquelle il y a quelque chose d’assez distinctement connu pour permettre d’en reconnaître l’objet. D’autre part, Vidée distincte est celle dans laquelle tout est tiré au clair , et où rien ne demeure obscur et enveloppé.
On comprend maintenant comment la contradiction peut s’introduire dans nos idées. Elle y pénètre grâce à la confusion qui nous dérobe à nos propres yeux le contenu réel de nos idées. Nous pen-
sons, les trois quaits du temps, au moyen d’idées confuses, sans réaliser expressément et pleinement nos idées. Le mot nous tient lieu d’idée, ou quelqu’un des éléments de l’idée nous tient lieu de l’idée entière. Un partie de l’idée est donc vide et demeure, pour ainsi dire, en blanc. « Il y a alors quelque chose de vide et de sourd dans la pensée qui n’est rempli que par le nom » (Leibniz, ibid.). Or, c’est justement dans cette partie de l’idée, demeurée sourde, que peut se glisser la contradiction. Et l’on ne s’en aperçoit pas, parce que, aucun effort n’étant fait pour réaliser cette partie de l’idée, on ne remarque pas qu’il serait impossible de la réaliser effectivement. Une idée contradictoire est donc une idée qui n’est pas réalisée et ne saurait l’être, mais qu’on croit pouvoir réaliser, sur la foi du nom ou d’un fragment de l’idée, que seul on réalise.
L’analyse des concepts remède à la contradiction intrinsèque. — Or, la cause du mal une fois connue, le remède est trouvé : si la contradiction ne subsiste que sous le couvert de la confusion, et si la confusion elle-même naît du défaut d’analyse et de pensée expresse, la règle à suivre pour chasser la contradiction de son esprit serait d’analyser à fond toutes ses pensées, d’en dégager explicitement tous les éléments implicites, d’amener à l’état de vive conscience toutes les sourdes idées qu’elles enveloppent. Toute idée qui n’est pas réduite à rien et qui ne s’évanouit pas dans ce travail d’analyse, mais qui résiste, au contraire, à cette analyse et en sort plus pleine et plus expresse, est une véritable idée, une idée légitime. On peut dire, en somme, qu’une idée contradictoire n’est qu’une pseudo-idée, c’est-à-dire une idée qui n’est pas pensée et qui n’est pas susceptible de l’être; et qu’au contraire le critérium de la légitimité formelle d’un concept, c’est la possibilité même de le penser intégralement.
Point de règle précise à donner. — Malheureusement, au point de vue pratique, il est aussi difficile d’appliquer ce remède qu’il est facile de l’indiquer; et la Logique, qui, en d’autres cas, aura des règles absolument précises, sûres, et en même temps aisément observables à nous donner, ne peut ici formuler que des préceptes aussi vagues que sensés. Analysez vos idées; et pour cela réfléchissez, soyez attentifs. — Rien de mieux; mais on le savait déjà. Ce qu’il nous faudrait, c’est la force d’attention et de réflexion nécessaire pour pousser l’analyse à fond, ou quelque procédé pour y suppléer, ou du moins quelque signe pour reconnaître
LOGIQUE DU CONCEPT
à quel moment l’analyse est ou n’est pas suffisante. Or aucune Logique au monde ne peut ni nous donner cette force d’esprit, ni nous suggérer un tel procédé, ni même nous fournir ce critérium.
Exemples de concepts contradictoires. — Il ne nous reste donc qu’à éclaircir tout ce qui vient d’être dit par quelques exemples de ces contradictions intrinsèques que la confusion des idées dissimule et que l’analyse fait éclater.
Concept empirique de la cause. — Nombre de philosophes définissent la cause : la condition nécessaire et suffisante d’un phénomène ; mais excluent du concept de cause toute idée d’action, de détermination, d’efficacité. On se flatte par là de n’enfermer dans cette idée rien que de net, de déterminé, de précis : en réalité, on y introduit, au contraire, une contradiction pure et simple. En effet, analysons cette idée, il vient : la cause, c’est ce qui fait tout (condition nécessaire et suffisante), et qui pourtant ne fait rien (sans efficacité); ce qui est absolument nécessaire et pourtant inutile : une telle idée se détruit elle-même et n’a jamais pu être effectivement pensée ( Psych ., ch. xxn, § 2).
Phénomènes psychologiques inconscients. — Les phénomènes psychologiques inconscients sont aujourd’hui le grand recours des psychologues dans l’embarras. Si le mot inconscient est pris à la rigueur, il faut dire que c’est l’idée même de tels phénomènés qui est radicalement inconsciente et sourde dans l’esprit de ceux qui en parlent. Car, si nous analysons cette idée, en prenant, si l’on veut, comme exemple, le phénomène psychologique de la douleur, il vient : un phénomène qu’on sent (puisqu’il est douloureux), et qu’on ne sent pas (puisqu’il est inconscient); qui fait souffrir, sans qu’on en souffre. Si quelqu’un est capable de réaliser effectivement cette idée dans son esprit, qu’il le dise : il fournira un cas intéressant à la tératologie psychologique (Psych. , ch. vi, § 4).
Idée commune des qualités sensibles. — Cet exemple nous conduit à un autre plus important. Pour le vulgure, rien de plus légitime, en apparence, que l’idée de la couleur, du son, de la chaleur, etc., telles qu’il les conçoit, c’est-à-dire comme propriétés objectives des corps. Descartes, Port-Royal, Locke, Leibniz, etc., s’accordent, au contraire, à mettre ces idées au premier rang des idées confuses. — Ce n’est pas assez dire : dans leur confusion se cache une contradiction positive. En effet, la
couleur, par exemple, est une sensation, un phénomène psychologique, au même titre que la douleur. C’est pourquoi, comme il est contradictoire de supposer une douleur sans conscience, il est contradictoire, au même degré et au même titre, de supposer une couleur sans conscience. Or, que fait-on autre chose, chaque fois que l’on transforme la couleur en propriété objective des corps ? Admettre la douleur à titre de fait inconscient, c’est admettre quelque chose qui fait souffrir sans que personne en souffre; admettre la couleur comme propriété des corps, c’est admettre une représentation que personne ne se représente, une vision que personne ne voit. — Mais alors, dira-t-on, si cette idée est positivement contradictoire, comment se fait-il qu’elle puisse se réaliser dans l’esprit du vulgaire ? — Mais nous nions qu’elle s’y réalise en . effet. Le vulgaire, dans sa conception de la couleur, lui conserve, sans s’en apercevoir, le caractère de fait de conscience, alors même qu’il en fait une propriété des corps : car cette propriété, il ne la conçoit dans les corps qu’en s’en faisant par la pensée le spectateur imaginaire, c’est-à-dire en lui donnant toujours accès dans sa conscience, en lui prêtant, pour la réaliser, sa conscience qui seule la fait être, au moment même où il s’imagine qu’elle va subsister indépendamment de sa conscience.
Rapport de la Logique formelle et de la métaphysique. — On le voit par ces exemples, la Logique formelle, alors même qu’elle est rigoureusement conçue comme la science .de l’accord de la pensée elle-même, n’est pas aussi étrangère qu’on serait tenté de le supposer, aux problèmes psychologiques et métaphysiques : car ce qui est contradictoire est impossible dans la pensée; et ce qui est impossible dans la pensée est impossible aussi dans la nature. Du moins il nous est interdit de le concevoir comme possible dans la nature.
La noii-coutradiction condition de la possibilité
métaphysique. — La science de l’accord de la pensée avec ellemême est donc aussi la science du possible et de l’impossible : non pas sans doute la science de la possibilité physique , c’est-à-dire de cette possibilité qui tient à la présence de causes réelles, lesquelles rendent une chose possible (par exemple la présence d’une cause motrice est la raison de la possibilité physique d’un mouvement); mais du moins la science de la possibilité essentielle ou métaphysique, possibilité antérieure et supérieure à la précédente, et qui tient à l’absence de contradiction intrinsèque dans l’essence, la nature ou
LOGIQUE DU CONCEPT. lb
l’idée même de la chose. (Ainsi le mouvement d’un corps est possible en soi ou métaphysiquement, avant même qu’il soit rendu physiquement possible par la présence d’une cause motrice suffisante. Il est métaphysiquement possible que chacun gagne à la loterie, et c’est pourquoi tout le monde prend des billets ; physiquement le gain d’un seul est possible, et c’est pourquoi il y a tant de déceptions1.)
Autres exemples. — Deux ou trois exemples d’idées au sujet desquelles la question n’est pas définitivement résolue de savoir si elles enveloppent ou n’enveloppent pas de contradiction, achèveront de mettre dans tout son jour cette vérité.
Itlée du mouvement. — D’après Zénon, l’idée du mouvement est contradictoire, car, l’espace étant indéfiniment divisible, le mobile, pour franchir une distance quelconque, devrait traverser une infinité de points; or comment venir à bout d’une infinité? L’idée du mouvement, c’est l’idée d’un infini qui se finit, ce qui paraît contradictoire. — Rien ne servirait de dire que, l’infinie divisibilité du temps étant parallèle à celle de l’espace, le mobile peut, dans un temps donné, trouver l’infinité d’instants qui lui est nécessaire pour traverser une infinité de points : car alors la difficulté passe de l’espace au temps. On n’obtient pas par cette réponse
1. La contradiction essentielle est un obstacle absolu, et en quelque sorte à priori, à l’existence, qu’aucune cause externe, aucune raison physique ne peut lever. Dieu lui-même ne peut réaliser un nombre infini, un bâton sans deux bouts, une douleur inconsciente, etc. Au contraire, l’absence de contradiction est la condition suffisante de la possibilité métaphysique pour les choses d’exister, ou, si l’on peut dire, de leur aptitude à l'être. Car, du moment qu’il n’y a pas dans la nature même de l’objet une répugnance invincible à l’existence, il pourra être effectivement appelé à l’existence, dès qu’une cause suffisante sera donnée. — De là il suit — puisque tout ce qui n’est pas contradictoire est possible, et puisque nous ne pensons distinctement, c’est-à-dire effectivement, que ce qui n’est pas contradictoire — que tout ce que nous pensons distinctement est possible. Tout ce qui se réalise dans notre conscience pourrait être réalisé dans la nature, au moins par une puissance infinie.
Nul n’a fait un plus grand usage de ce principe que Descartes. C’est en particulier sur cette vérité qu’est fondée sa preuve si originale, de la distinction de l’àme et du corps. « Je conçois, dit Descartes, sans contradiction, la pensée indépendamment de l’étendue, et l’étendue indépendamment de la pensée. Donc, si étroitement que ces deux choses puissent être, en fait, liées dans notre existence actuelle, elles sont métaphysiquement possibles l’une sans l’autre ; en d’autres termes, elles pourraient être réalisées, au moins par une puissance infinie, telles que je les conçois, c’est-à-dire l’une sans l’autre. » (Lors même que le corps serait actuellement pour la pensée une condition nécessaire, cette condition pourrait être remplacée par une autre équivalente, et tout au moins par la toute-puissance de Dieu.) Par conséquent la pensée et l’étendue, par cela seul qu’étant essentiellement distinctes elles peuvent être conçues séparément sans contradiction, peuvent aussi être réalisées séparément sans contradiction. Leur union actuelle n’est qu’une union de fait et non pas une union absolument nécessaire (comme l’est, par exemple, l’union des deux touts dans le bâton).
une vraie solution, mais seulement un déplacement d'omb) e, et l’on se trouve aussi embarrassé de comprendre comment le temps luimême peut se réaliser, puisque entre midi et une heure, par exemple, il y a une infinité d’instants qui doivent successivement se réaliser. — Ce problème et d’autres du même genre ont mis dans l’embarras les plus grands penseurs, Aristote, Descartes, d’Alembert, etc.; tant il est important et difficile de savoir au juste s’il y a ou s’il n’y a pas une contradiction intrinsèque dans nos idées !
Idée dai liba*e arbitre. — Au sujet de la liberté également, la vraie difficulté réside, au fond, dans la question de savoir si la liberté n’est pas une idée contradictoire. Il semble, en effet, qu’une action libre doive être, d’une part, déterminée par des raisons, puisqu’on n’appelle libres que des actes volontaires, c’est-à-dire réfléchis, raisonnés et raisonnables, — et, d’autre part, indéterminée, car si elle est déterminée par des raisons, ces raisons étant ce qu’elles sont, l’action, semble-t-il, ne pouvait être autre qu’elle n’est. Comment concilier l’indétermination, d’où résulte la possibilité des actions contraires, avec la détermination d’où résulte le caractère réfléchi et rationnel de l’action? Si cette difficulté pouvait être une fois résolue, toutes les autres ne seraient qu’un jeu.
Idée de Dieu. — Au sujet de l’existence de Dieu, Leibniz exigeait avec raison qu’on prouvât d’abord que Dieu est possible, c’est-à-dire que l’idée même de Dieu n’enveloppe aucune contradiction. Il est sùr que l’idée de Dieu, telle que nous pouvons nous la faire, est difficilement exempte de ce défaut radical. Car Dieu c’est le parfait, l’absolu ; or nous ne pouvons assigner une nature déterminée et concrète à cet absolu qu’au moyen des attributs de notre nature. Mais peut-être n’est-il aucun attribut de notre nature qui se prèle à recevoir pleinement la forme de l’absolu. Le Dieu, non seulement du vulgaire, mais des philosophes, le Dieu de Socrate, le Dieu de Platon, d’Aristote, de Descartes, de Leibniz, c’est un Dieu qui est toujours imparfait par quelque côté. Le Dieu d’Aristote ignore le monde : il est donc imparfait en connaissance et en bonté. Le Dieu de Descartes est liberté absolue, il peut vouloir au hasard et sans motif : il est donc imparfait en sagesse et en raison, etc. Qu’on réussisse seulement à purifier une lois l’idée de Dieu de toute contradiction, la Métaphysique aura fait la plus grande partie de sa tâche. Que, selon le vœu de Leibniz, elle nous
LOGIQUE DU CONCEPT
présente un Dieu possible, nous serons déjà plus qu’à moitié convaincus qu’il est réel.
On voit par là comment les plus hauts problèmes métaphysiques sont liés aux problèmes logiques : toute la Métaphysique du possible est impliquée dans la question de la validité logique des concepts.
lABIER. — Logique.
LOGIQUE FORMELLE DU JUGEMENT