NATURE, ESPÈCES, CAUSES DE L’ERREUR
Nature de la question. — Déterminer les conditions d’une bonne observation, d’une induction et d’une déduction rigoureuses, c’est dire en même temps en quoi consistent une mauvaise observation, une induction ou une déduction vicieuses; c’est indiquer simultanément les conditions de la vérité et les causes de l’erreur. Pourtant, il n’est pas inutile de consacrer une élude spéciale à l’erreur, à sa nature, à ses causes, à ses remèdes.
Il est vrai qu’une théorie de l’erreur fait plutôt partie de la Psychologie que de la Logique. La Logique, en effet, est une science de l’idéal : elle détermine les conditions idéales de la vérité. Mais l’erreur n’est jamais une fin idéale que l’on se propose : on ne peut donc que déterminer les causes réelles de l’erreur, ce qui est affaire de Psychologie. Une théorie de l’erreur ne se rattache à la Logique que par l’utilité pratique qu’on en peut retirer, par les règles que suggère cette théorie, non certes pour produire, mais pour éviter l’erreur.
Division de la question. — D’ailleurs, cette question de l’erreur peut être envisagée à deux points de vue dont l’un est, comme il vient d’être dit, proprement psychologique, et dont l’autre est métaphysique.
On peut en effet concevoir deux sortes d’erreurs et deux sortes de causes d’erreur. Il y a d’abord certainement des erreurs adventices tenant à des causes accidentelles, erreurs qu’il est possible de reconnaître et de rectifier , causes qu’il est possible de reconnaître et d’écarter. Mais il pourrait y avoir aussi des erreurs constitutives, tenant à des causes essentielles, savoir : la nature même de l’esprit humain, erreurs qu’on pourrait peut-être reconnaître, mais non rectifier , causes qu’on pourrait peut-être reconnaître, mais non pas écarter.
1° Erreurs accidentelles : question de Logique. —
Par suite, deux questions à se poser : 1° admettons provisoirement que l’esprit de l’homme, lorsqu’il connaît les choses aussi bien qu’il peut les connaître, les connaisse telles qu’elles sont: quelles sont les causes diverses, accidentelles, qui l’empêchent si fréquemment d’obtenir cette perfiction de connaissance dont il est capable ? C’est la question psychologique et logique de l’erreur.
2° Erreurs essentielles : question de Métaphysique. — 2° Cette question résolue, une seconde s’élève touchant la chose même prise d’abord pour accordée : lorsque nous connaissons les choses aussi bien qu’un esprit humain peut les connaître, les connaissons-nous telles qu’elles sont en réalité? C’est la question métaphysique de l’erreur. Nous n’avons à traiter ici que la première de ces deux questions.
Nature et siège de l’erreur. — L’erreur est l’opposé de
la vérité. La vérité, c’est l’accord de la pensée avec son objet 1 ; l’erreur est donc le désaccord de la pensée avec son objet.
Cette simple définition permet de déterminer avec précision le siège de l’erreur. L’erreur n’est pas dans l’objet , cela va de soi : toute chose est en soi ce qu’elle est, et rien autre chose. L’erreur est-elle dans la représentation ? Pas davantage, si l’on considère la représentation en soi, à titre de fait, d’objet, de réalité; car, comme toute chose au monde, ur.o représentation est toujours exactement ce qu’elle est et rien autre chose que ce qu’elle est. En ce sens, il n’y a pas plus d’erreur dans la représentation qu’il n’y a d’erreur dans un arbre ou une maison. Qu’il s’agisse de la représentation d’un bœuf ou d’un centaure, peu importe. Si je me représente un centaure, c’est un fait que je me représente un centaure, et rien apparemment ne m’interdit de le faire.
Il n’y a donc d’erreur possible que si je rapporte une représentation à un certain objet, c’est-à-dire, si au lieu de l’envisager en soi, comme un fait donné, je l’envisage comme signe ou comme
1. Cette définition sera discutée en Métaphysique. Ce sera là le lieu de préciser le sens des mots objet et accord , et de chercher quel est cet objet et quel peut être cet accord. Nous appelons ici, avec tout le inonde, objet la chose que nous visons dans nos jugements et sur laquelle porte la croyance. D’après cela, si je dis par exemple : Cet homme est coupable ; Dieu existe, etc., il est aisé de voir en quoi consiste l’erreur ou la vérité de ces jugements.
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image ou, d’un mot plus général, comme expression d’un objet quelconque différent d’elle-même. Tant qu’on n’assigne à la représentation aucune espèce d’objet, on ne saurait parler d’accord ou de désaccord entre la représentation et un certain objet; l’idée de la vérité ou de l’erreur ne trouve pas à quoi s’appliquer. Par conséquent, l’erreur n’est ni dans l’objet, ni dans la représentation prise à part, mais dans l’interprétation, jugement ou croyance qui voit dans la représentation l’expression d’un certain objet. Celui qui, ne sachant pas un mot de latin, lit un livre écrit en latin sans essayer de le comprendre, est entièrement à l’abri des contresens ; les contresens ne peuvent résulter que d’une interprétation. De même, toute erreur est un contresens que^ nous commettons en interprétant nos représentations, ce langage naturel, mais souvent confus, par où les choses se révèlent à notre conscience.
Ainsi, il n’y a pas à proprement parler d’erreur de représentation, il n’y a d’erreur que de jugement.
IVissibilité de l’erreur; difficulté. — Comment l’erreur est-elle possible? — Au premier abord, on est tenté de la déclarer absolument impossible. En effet, d’une part le ugement est, comme il a été établi en Psychologie (ch. xxi), déterminé par la représentation. Il la suit, il y adhère, il en réfléchit les vicissitudes. Que le jugement soit hésitant et suspendu dans le doute, qu’il incline d’un côté et aboutisse à une opinion, qu’il adhère sans réserve à ce qui lui semble une certitude ; dans tous les cas, nous l’avons vu, le jugement traduit exactement l’état de la représentation ou de la conscience. Impossible de saisir jamais en fait, impossible même de concevoir un écart, si petit qu’il soit, entre la croyance et les raisons de croire telles qu’elles sont données dans la représentation immédiatement antécédente. Entre la représentation et la croyance, rien ne peut s’interposer pour en rompre l’accord. La passion et la volonté, loin d avoir par elles-mêmes une influence directe sur la croyance, ne peuvent agir qu’indirectement sur la croyance, en se dissimulant, pour ainsi dire, sous le couvert des idées qu’elles suscitent dans la représentation. Car, comment pourrions-nous croire encore si nous avions conscience de croire par passion et par volonté? Ainsi, le jugement est déterminé exclusivement par la représentation 4.
1. Nous avons, en Psychologie, appuyé cette thèse sur l’autorité de Pascal (Pensées, Éd. Havet, art. III, 10), qui mieux que personne pourtant a connu l'influence de la volonté et du sentiment sur la créance. Leibniz pense exactement
Mais, d’autre part, on a reconnu tout à l’heure qu’il n’y a pas proprement d’erreur dans la représentation. Comment donc, si la représentation détermine le jugement, et si elle est elle-même exempte d’erreur, l’erreur pénétrera-t-elle en fin de compte dans le jugement?
Solution. Déterminé par la représentation, le jugement la dépasse. — Pour résoudre cette difficulté, des philosophes font appel à la liberté, au non-être, etc., principes de contingence et de discontinuité, d’où peut résulter un désaccord entre la représentation et le jugement. C’est chercher midi à quatorze heures, c’est expliquer obscurum per obscurius. La liberté, comme il vient d’être dit, n’a rien à voir dans cette affaire; le non-être est un vain mot. La possibilité de l’erreur résulte de la nature même de la représentation et de la nature du jugement.
La représentation, prise en soi, n’implique ni vérité, ni erreur; et c’est la représensation qui détermine le jugement. Mais, par sa nature même, le jugement ou la croyance ne s’arrête pas à la représentation. Il ne se borne pas à la constater , à y croire. Cette croyance à la réalité de la représentation fait partie de la représentation elle-même et ne s’en distingue pas. Tant qu’il ne s’agit que de cela, il n’y a pas lieu de parler de jugement et de croyance. Le jugement ou la croyance dont il s’agit ici consiste à interpréter la représentation, à l’envisager comme l’expression d’un objet distinct d’elle-même. Par cette simple remarque, on comprend la possibilité de l’erreur. Oui, la représentation, en soi, est sans erreur; oui, elle détermine le jugement : mais ce jugement la dépasse. Ce jugement consiste à lui attribuer une certaine valeur, une certaine signification par rapport à un objet extérieur à elle : d’où la possibilité de l’erreur.
11 objectiTe une représentation matérlelleinent fausse. — Mais cette explication est encore incomplète. En effet, la représentation, disons-nous, est exempte d’erreur. Or, si le
de même : « Nous ne croyons jamais ce que nous voulons, mais bien ce que nous voyons le plus apparent ; et néanmoins nous pouvons nous faire croire indirectement ce que nous voulons, en détournant l’attention d’un objet désagréable, pour nous appliquer à un autre qui nous plaît. Ce qui fait qu’en envisageant davantage les raisons d’un parti favori, nous le croyons enfin le plus vraisemblable » ( Erd ., p. 413, col. 1; cf. p. 255, col. 2). Voyez aussi Stfüart Alill, Log., t. II, liv. V, ch. i, tr. fr., p. 297 sqq : « Les causes morales des opinions, quoique les plus puissantes de toutes chez la plupart des hommes, ne sont que des causes éloignées; elles n’agissent pas directement, mais par l’intermédiaire des causes intellectuelles. » Suit la démonstration, tout à fait décisive.
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jugement qui s’y ajoute ne se borne pas à la constater, du moins il ne fait que l’objectiver, ou, ce qui revient au même, il ne fait que croire à sa vérité. Or, si une représentation est exempte d’erreur, l’objectivation de cette représentation, la croyance à sa vérité peutelle être erronée? — L’objection résulte d’une confusion. Lorsqu’on dit que la représentation est, en soi, exempte d’erreur, on veut dire seulement que tant qu’on la considère en soi, à titre de simple fait, sans la rapporter à rien, elle n’est ni vraie, ni fausse; mais on ne veut pas dire le moins du monde qu’elle soit l’exacte expression d’un certain objet. Dès ce moment, au contraire, antérieurement à tout jugement, il peut y avoir, il y a nécessairement entre elle et un certain objet accord ou désaccord réel; dès ce moment, par conséquent, il y a dans ce rapport entre la représentation et cet objet, la matière, l’occasion d’une vérité ou d’une erreur possible. Qu’un jugement se surajoutant à la représentation vienne ensuite affirmer qu’il y a accord entre la représentation et cet objet, alors qu’en réalité cet accord n’existe pas, et l’erreur possible et latente deviendra erreur actuelle et déclarée.
Résumé* — Ainsi, 1° une représentation peut être, en soi, qu’on le sache ou non, qu’on y songe ou non, en désaccord avec un certain objet; 2° une telle représentation peut et même doit, en l’absence de représentation opposée, entraîner la croyance et le jugement ; 3° la croyance et le jugement consistent à affirmer l’accord de la représentation et d’un certain objet : si ce concours de causes est donné, l’erreur naîtra nécessairement.
On peut appeler, avec Descartes, erreur formelle l’erreur de croyance et de jugement; erreur matérielle cette inexactitude de la représentation par rapport à un certain objet, laquelle antérieurement au jugement peut résider dans la représentation1. En ce sens, on pourra dire que l’erreur formelle ou de jugement est la conséquence de l’erreur matérielle ou de représentation. Toute représentation peut déterminer un jugement qui la déclare vraie. Une représentation inexacte déterminera donc un jugement faux. Telle est l’explication positive de l’erreur.
Cause négative : absence de contradiction répressive.— Mais à cette cause positive, l’erreur matérielle de la repré-
1. « Encore que j’aie remarqué qu’il n’y a que dans les jugements que puisse se rencontrer la vraie et formelle fausseté, iî se peut néanmoins trouver dans les idées une certaine fausseté matérielle ; par exemple, si le froid n’est qu’une privation de la chaleur, l’idée qui. me le représente comme quelque chose de réel et de positif ne sera pas mal à propos appelée fausse. » ( Méditations , III.)
sentation, doit s’ajouter, pour que l’erreur se produise, une autre condition. Les faits le prouvent, car, s’il n’y a jamais d’erreur formelle ou de jugement qui n’implique comme antécédent une erreur matérielle ou de représentation, la réciproque n’est pas vraie, et il ne suffit pas qu’il y ait erreur matérielle dans la représentation pour que l’erreur formelle s’ensuive dans le jugement. Par exemple, une hypothèse scientifique en désaccord avec la réalité encore inconnue est en soi, dès qu’elle est conçue, matériellement fausse ; mais, comme il n’est pas nécessaire de la croire vraie dès qu’on la conçoit, cette erreur matérielle n’est pas suivie nécessairement d’une erreur formelle. Quelle est donc l’autre condition nécessaire pour que l’erreur formelle se produise?
L’erreur formelle consiste à croire vraie une représentation erronée; c’est, si l’on veut, l’objectivation d’une représentation erronée. Or nous avons montré ( Psych ., ch. xxi) que toute représentation, en vertu de la nature même de la pensée, tend à s’objectiver, et s’objective en effet, c’est-à-dire apparaît comme évidente et devient objet de croyance, si une représentation adverse, douée de la même tendance, mais opposée, n’y met empêchement. Donc, l’erreur matérielle étant d’abord supposée dans la représentation, si de plus aucune représentation adverse ne s’y oppose, cette représentation s’objectivera, et l’erreur matérielle deviendra erreur formelle. Si au contraire cette répression se produit opportunément, l’erreur sera enrayée à son premier stade. Pour cette raison, les images du rêve sont reconnues illusoires aux premières perceptions des sens réveillés.
Résumé. Causes prochaines de l’erreur : causes efficiente et déficiente. — Donc, en résumé, deux conditions immédiates de l’erreur formeli ) : l’une positive, la tendance naturelle à s’objectiver, qui est injérente à la représentation illusoire, non moins qu’à la représentation véridique; ou, en d’autres termes, la sollicitation exercée sur la croyance par une représentation illusoire;— l’autre négative, le défaut de contradiction opportune. Celle-là est la cause efficiente, celle-ci, suivant l'expression scolastique, la cause déficiente de l’erreur.
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§ Il
Causes médiates de l’erreur. — 11 faut rechercher maintenant les causes de l’une et l’autre de ces causes immédiates de l’erreur, savoir : le désaccord entre la représentation et un certain objet; le défaut d’une représentation contradictoire capable d’empêcher à propos la représentation inexacte de s’objectiver et d’entraîner le jugement.
Explication de la cause positive. — En premier lieu, comment expliquer le désaccord de la représentation et de l’objet?
Possibilité d’un désaccord eutre la représentation et l’objet : difficulté. — Au premier abord, ce désaccord semble impossible, et l’erreur matérielle paraît aussi difficile à expliquer que l’erreur formelle, et cela pour une raison du même genre. Le jugement est déterminé par la représentation ; donc il y a, semblet-il, accord nécessaire entre la représentation et le jugement. De même, la représentation est déterminée par l’objet; donc elle doit, ce semble, s’accorder nécessairement avec cet objet. Le jugement, pourrait-on dire, réfléchit la conscience, la conscience réfléchit le cerveau, le cerveau l’univers. Donc, en fin de compte, l’univers semble devoir se réfléchir tel qu'il est dans le jugement. Le déterminisme qui relie ces quatre termes les uns aux autres rend en apparence impossible toute espèce de divergence, toute espèce d’erreur.
Solution. — Pourtant, de même que, en tenant compte de la nature propre du jugement1, qui par essence outrepasse la représentation et porte, non sur la représentation même, mais sur son rapport à l’objet, on comprend comment l’erreur formelle résulte de cette détermination même du jugement par la représentation, laquelle semblait d’abord rendre l’erreur impossible, — de même, et sans recourir, non plus que tout à l’heure, au non-être, à la liberté et autres causes occultes, on s’explique la possibilité d’un désaccord entre la représentation et l’objet, par le déterminisme même qui paraît d’abord nécessiter leur parfait accord.
Une comparaison permet aisément de s’en rendre compte. Les personnes qui se font photographier trouvent assez souvent leur
1. Il est vrai que le jugement résulte de la représentation, mais il fait plus que l 'exprimer, car par nature il porte sur le rapport de la représentation à L’objet. Détermination n’est pas nécessairement équation : à l’action du déterminant le déterminé peut ajouter la réaction de sa propre nature. rabier. — Logique.
image médiocrement ressemblante. Vainement le photographe allègue-t-il la neutralité de la lumière et l’impartialité de l’appareil : le fait est que souvent la ressemblance fait défaut^ Il est vrai que la photographie est l’expression parfaite, le total exact des causes qui ont contribué à la produire. Mais les traits de la personne photographiée ne sont qu’une de ces causes parmi beaucoup d’autres, telles que la structure de l’appareil, la nature de la plaque photographique, les actions chimiques, etc. L’image photographie pour ainsi dire toutes ces influences; elle est en réalité une photographie composite. Quoi d’étonnant dès lors qu’elle n’offre pas la pure et simple image des traits de la personne photographiée ?
De même toute représentation est l’expression exacte et complète de toutes les causes dont elle résulte; et, par rapport à cet ensemble de causes, elle est nécessairement vraie. Mais, comme la personne qui dans la photographie ne cherche que son visage, nous ne cherchons dans nos représentations que l’expression d’un objet en particulier, à savoir l’objet que nous nous proposons de connaître. Par rapport à cet objet il n’est pas étonnant que la représentation ne soit, pas rigoureusement exacte.
En deux mots, toute représentation est comme une photographie composite : vraie par rapport à l’ensemble des causes qui concourent à la produire, elle est fausse comme expression de l’une d’elles en particulier 1 * * 4.
De l’erreur de représentation. — La possibilité de l’erreur matérielle ou de représentation étant ainsi expliquée en général, il faut se demander : 1° sur quoi cette erreur peut porter ; 2° en quoi elle consiste ; 3° par quoi elle est produite. En d’autres termes, il y a à chercher la matière, la nature, les causes de l’erreur. De là, simultanément, résultera une triple classification des erreurs, faite à trois points de vue différents.
1° Sa matière s termes, rapports. — L’erreur de représentation a pour matière possible tout ce qui est matière de repré-
1. Toute représentation est un cas du mélange des causes et de la confusion des effets. Par suite, on peut dire que l’erreur d’interprétation ou de déchiffrement à laquelle cette représentation donne naissance est un sophisme de confusion. Toutes les causes de la représentation (intermédiaires, organes, facultés,
habitudes mentales), se trouvant traduites dans une représentation par quelque
élément de cette représentation, il est presque impossible de rapporter à chacune de ces causes la part qui lui revient dans l’effet total. Nous rapportons le tout en bloc à la cause que nous visons. De là l’erreur.
Ainsi, au fond, le problème du bien juger est un cas du problème général de la recherche des causes. Et la difficulté, ici comme partout, est de procéder aux exclusions nécessaire».
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sentation. Or les objets possibles de la représentation sont de deux sortes : des termes, des rapports. L’erreur, au sens qu’il vient d’être dit, peut exister dans les termes ou données de la représentation : tel est le cas lorsqu’on est atteint d’anesthésie, ou d’hyperesthésie ou de paresthésie l. L’erreur peut aussi exister dans la représentation des rapports : par exemple, si deux lignes inégales apparaissent égales. — Peu importe d’ailleurs la nature des termes ou des rapports. Qu’il s’agisse d’objets physiques, psychologiques, mathématiques, etc., il peut toujours se produire, au sens indiqué, quelque erreur dans la représentation des termes ou des rapports, eu égard aux termes et rapports réels auxquels ces termes et ces rapports représentés doivent correspondre 2.
2° Sa nature : défaut, excès, substitution. — En quoi maintenant consiste l’erreur? Comment la représentation soit des termes, soit des rapports, peut-elle se trouver en désaccord avec son objet? — De trois manières : la représentation peut pécher par défaut, ou par excès, ou par les deux ensemble. Dans le premier cas, la représentation est inexacte parce qu’elle est incomplète; dans le second, parce qu’elle est redondante ; dans le troisième, parce qu’elle est antre. L’erreur consiste ici dans une substitution : car la substitution résulte précisément du défaut et de l’excès. Substituer, c’est ôter et remplacer, donc retrancher et ajouter. Voici quelques exemples de ces divers genres d’erreur.
Exemples : 1° Erreurs provenant d’un défaut : a. dans la représentation des données : En lisant, on saute une lettre, d’où il résulte qu’on prend un mot pour un autre ; un juge ignore les antécédents d’un accusé, d’où une idée inexacte de sa valeur morale, et peut-être un faux jugement; — b. dans la représentation des rapports : Avant Newton nul n’avait remarqué un rapport de ressemblance entre la chute d’une pierre sur la terre et le mouvement des planètes, d’où une distinction en partie inexacte entre la pesanteur et le mouvement des planètes.
2° Erreurs provenant d’un excès ; a. dans la représentation