Ribot, la Psychologie allemande contemporaine, p. xx
â. Là est la grosse ditficulté que la psycho-physique ne parvient pas à lever.
si l’on se place au point de vue abstrait et théorique; car, dans le monde moral, comme dans le monde physique, les mêmes causes produisent toujours les mêmes effets. — Non, si l’on se place au point de vue pratique, si, en d’autres termes, il s’agit d’appliquer la loi découverte aux cas particuliers. La raison en est que nous ne pouvons ici, ce qui est la condition de toute induction pratique, savoir si, dans les cas nouveaux qui se présentent, toutes choses d'ailleurs sont restées les mêmes. Par exemple, quand on aurait calculé la dose exacte d’aversion qui fait naître la passion de la vengeance, on ne serait Jamais sûr que cette cause étant donnée dans un cas particulier produira l’effet attendu, car d’autres sentiments pourraient, à ce moment, se trouver dans l’âme pour la combattre et la neutraliser. Il faudrait connaître, pour ainsi dire, en quel terrain le germe va tomber, pour savoir s’il y rencontrera des éléments favorables ou contraires à son développement. Mais qui peut connaître quel sera à un moment donné tout le contenu d’une âme humaine? — Ainsi, même si l’on réussissait à poser la /o^ idéale de succession de certains phénomènes psychologiques, faute de savoir en quel milieu viendront éclore ces phénomènes, on ne parviendrait jamais, comme dans les sciences de la nature, à prévoir avec certitude. Le résultat serait scientifique, et jamais
îVouTelle difficulté résultant de la liberté. — Il faut enfin ajouter que, si la liberté existe, cette cause serait, à elle seule, un obstacle absolu à l’application, aux cas particuliers, des lois que l’expérimentation aurait découvertes. Car la liberté est un agent capable, àlui seul, d’empêcher les effets de toutes les autres causes. Son intervention possible, n’étant elle-même déterminée par aucune loi, rendrait donc toute prévision précaire et hypothétique.
Conclusion. — Tels sont les résultats que l’on peut attendre de la méthode psychologique. D’un côté donc, la psychologie l’emporte sur toutes les sciences de la nature : car elle est science de réalités, tandis que les sciences de la nature ne sont que sciences d’apparences. — Mais, d’un autre côté, elle demeure bien au-dessous de ces sciences ; car, soit qu’il s’agisse des formes des phénomènes, soit qu’il s’agisse des lois des phénomènes, elle n’arrive jamais à égaler la précision de leurs résultats.
1. A moins d’opérer, comme en politique, en économie politique, sur de grandes masses et sur des moyennes ; parce que, dans un grand nombre d’épreuves, l’action des causes accidentelles et variables tend à s’effacer, tandis que l’action do toute cause régulière et constante est mise en relief.