DEVIENNENT ENSUITE CONVENTIONNELS
Le langage est un ensemble de signes par le moyen desquels l’homme fait connaître à l’homme ses états intérieurs. — Il faut d’abord parler des signes.
Aîature du signe en général. — Un signe est un fait perçu par les sens, qui révèle un autre fait, lequel, par accident, ou par sa nature même, échappe à la perception. Ainsi de la fumée qu’on voit est le signe d’un feu qu’on ne voit pas ; la parole est le signe de la pensée, qui est invisible par essence.
Tout cas de signification est un cas d’association. — L’idée du signe implique donc trois termes : l’objet signifié, l’objet qui le signifie, l’intelligence qui interprète le signe en passant de la perception de l’objet signifiant à la conception de l’objet signifié. — Sans l’intelligence, les choses ne signifieraient rien. Le rapport de signe à chose signifiée n’existe donc pas dans la nature indépendamment de l’intelligence, comme les rapports de causalité, de succession, etc. ; et en ce sens-là on peut dire qu’il n’y a pas de signe naturel. Ce rapport n’existe que par le fait de l’intelligence : il n’existe pas, à vrai dire, entre les objets eux-mêmes, mais entre leurs idées. Tout cas de signification est un cas d’association d’idées.
IVature particulière de cette association. — Mais tout cas d’association d’idées n’est pas un cas de signification. Il ne suffit pas qu’un objet nous suggère l’idée d’un autre objet pour qu’il en soit appelé le signe. Une personne que je vois me fait penser à une autre personne que je ne vois pas et qui lui ressemble : la première ne
DES SIGNES
peut être dite le signe de la seconde. Le signe, pour être tel, ne doit pas seulement suggérer l’idée d’une chose, mais être la marque, V indice de son existence passée, présente, ou future. Ainsi une branche de pin à la porte d’une maison signifie, en certains pays, l’existence d’une hôtellerie. Une dent fossile était pour Cuvier le signe de l’existence de tout un organisme disparu. Un éclair est le signe de l’existence prochaine du tonnerre. Tout signe est une preuve.
IVftture du rapport entre le signe et la chose signiflée. — D’où il suit qu’une chose ne peut être le signe d’une autre s’il n’existe entre les deux que des rapports accidentels, tels que ceux de contiguïté dans l’espace, de simple succession, de ressemblance, de contraste, etc. Pour qu’une chose soit le signe d’une autre, il faut que son existence soit liée à l’existence de cette chose par une loi nécessaire (de causalité ou de coexistence), ou par une institution humaine. La signification est donc un cas tout particulier parmi les cas d’association ou de suggestion des idées.
§ Il
Deux sortes de signes : naturels, conventionnels. —
La liaison entre le signe et la chose signifiée peut, disons-nous, être le résultat d’une loi naturelle ou de la volonté humaine. De là deux sortes de signes : les signes dits naturels et les signes conventionnels. Nous nous bornerons à considérer le cas où ces deux espèces de signes signifient, non pas une chose quelconque (la fumée est le signe naturel du feu, une balise est le signe conventionnel d’un rocher ou d’un bas-fond), mais les cas où ils signifient des phénomènes psychologiques, pensées, sentiments, voûtions.
Signes conventionnels : Un coup de canon tiré à midi précis fut, lors de l’assaut de la tour Malakoff, le signal de l’attaque ; signaux télégraphiques; signaux maritimes; notation de la musique, etc.
Signes naturels : Ils consistent dans l’expression naturelle, ou indépendante de la volonté, des idées, des voûtions et surtout des émotions, par la physionomie, par les gestes et l’attitude du corps, par la voix inarticulée.
Au sujet de chacune de ces espèces de signes, deux questions à se poser : A. Comment sont-ils produits? — B, Comment sont-ils compris ?
PSYCHOLOGIE