CHAPITRE XLII
1° iSigsBCs conveiitîoBBiaels : A. Comment isont-îls peocluîts»? — Les signes conventionnels sont produits en vertu d’une décision de la volonté humaine. Aucun rapport naturel ne liait antérieurement l’existence du signe à l’existence de la chose signifiée. C’est l’homme qui crée ce rapport, qui fait exister les deux choses simultanément ; d’où il suit que l’une est désormais la mar que de l’autre.
B. Comment sont-ils compris ? — Pour comprendre les signes conventionnels, il n’y a qu’à connaître la convention et à s’en souvenir.
Signes naturels : A. Comment sont-ils produits?
— Dans la production des signes naturels la volonté humaine n’est pour rien. C’est en vertu des lois de l’union de l’âme et du corps que le phénomène physique suit le phénomène psychologique dont il est le signe.
Théorie de Bell : les signes signifient les actions qu’ils ébauchent. — Charles Bell, Gratiolet, Spencer, Darwin, ont essayé de pénétrer la nature de ces lois. Pourquoi tel mouvement expressif accompagne-t-il telle émotion ou passion intérieure ?
Ce mouvement, répond Ch. Bell, est un commencement d’action, à savoir: de l’action précisément nécessaire pour écarter ou prolonger cette émotion suivant qu’elle est agréable ou douloureuse. Les organes du corps qui servent à l’expression, servent d’abord et essentiellement à des fonctions, à des actions; et le signe ou l’expression n’est qu’une action commencée. Même chose à dire pour les expressions de la face : la fureur se traduit chez l’animal carnassier par un rictus prononcé qui rétracte les lèvres en découvrant les dents : c’est l’action de mordre qui s’apprête.
Théorie de Darwiu : trois principes. — Darwin a complété et développé cette théorie {De l’expression des émotions). Il essaye de rendre compte des faits d’expression au moyen de trois principes généraux. L’un, celui qu’il nomme principe de l’antithèse, est assez hypothétique.
SigBQCS qui soBit des vestiges d’actions habituelles et devenues inutiles. — Des deux autres, l’un est nommé par lui : principe de l’association des habitudes utiles. En voici l’énoncé : « Les mouvements utiles à l’accomplissement d’un désir ou au soulagement d’une sensation pénible finissent, en se répétant, par devenir si habituels, qu’ils se reproduisent toutes les fois
DES SIGNES
qu’apparaissent ce désir ou cette sensation, même à un très faible degré, et alors même que leur utilité devient nulle ou très contestable. » — On voit que ce principe enveloppe la loi de Ch. Bell, en y ajoutant. Darwin cherche d’abord chez les animaux des exemples de ces mouvements accomplis à l’origine dans un but déterminé, qui, dans des circonstances analogues, continuent à être accomplis par habitude, quoiqu’ils ne soient plus alors de la moindre utilité.
« Un chien, auquel son maître présente quelque viande appétissante, fixe avec ardeur ses yeux sur cet objet; et, pendant que les yeux regardent, les deux oreilles se portent en avant, comme si cet objet pouvait être entendu. C’est que le chien a l’habitude, lorsqu’il regarde avec attention, de dresser les oreilles, afin de ne laisser échapper aucun bruit. — Les passions destructives se manifestent chez les animaux par une tension générale du système musculaire, le grincement des dents, la saillie des griffes, la dilatation des yeux et des narines : toutes ces actions reproduisent à un moindre degré celles qui accompagnent l’immolation d’une proie. »
Passons à l’homme... o: On expliquera très bien de cette façon les signes de l’acceptation ou du refus : un homme qui rejette énergiquement une proposition fermera presque à coup sûr les yeux et détournera la tête ; mais s’il accepte la proposition, il inclinera la tête, en ouvrant largement les yeux. Pourquoi? Parce que, dans ce dernier cas, il agit comme s’il voyait clairement la chose elle-même ; et, dans le premier cas, comme s’il ne la voyait pas, ou ne voulait pas la voir. — Une personne qui fait appel à sa mémoire relève souvent les sourcils, comme pour voir ce qu’elle cherche. Elle poursuit sa pensée des yeux. — Un homme indigné se place, sans en avoir conscience, dans l’attitude qui serait convenable pour attaquer son adversaire, bien qu’il n’ait nullement l’intention de l’attaquer en effet. — Le dégoût se manifeste à l’aide de mouvements dans la région de la bouche, semblables à ceux qui accompagnent le vomissement. — La manière la plus raffinée de témoigner le mépris ou le dédain, c’est de détourner les yeux et le visage, en baissant les paupières comme si la personne que l’on méprise ne valait pas la peine de fixer notre regard*. »
SîgBïes» engendréis pap l’excitation du système iiervcux. — L’autre principe invoqué par Darwin, c’est celui de l’action directe sur l’organisme des excitations du système nerveux, action tout à fait indépendante de la volonté et en grande partie de l’habitude. Chaque fois que le système cérébro-spinal est excité, l’expérience montre qu’une certaine quantité de force nerveuse est engendrée et mise en liberté.