‹ Leçons de philosophieChapitre 110 sur 130 · Cf. Maudsley, la Physiologie de l'espritf 355 et suiv · texte numérisé non relu

Cf. Maudsley, la Physiologie de l'espritf 355 et suiv

PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XLII

« Delà viennent, par exemple, les mouvements sans but des enfants, des animaux, et quelquefois de l’homme mûr dans un transport de joie ou de vif plaisir. Il se manifeste alors une tendance très marquée à des mouvements désordonnés et à l’émission de sons variés (rires bruyants, battements de mains, sauts joyeux des enfants, gambades et aboiements d’un chien mis en liberté, piétinements d’impatience du cheval, etc.).

j> D’autres fois certaines émotions, au lieu d’exciter le système nerveux, le troublent, l’affaissent en quelque sorte. C’est ce qui a lieu, par exemple, dans la terreur. La peau devient pâle, la sueur ruisselle, le poil se hérisse, le cœur hat tumultueusement sans envoyer pour cela efficacement le sang dans l’économie ; les facultés intellectuelles sont troublées; bientôt arrive une prostration profonde qui va jusqu’à la défaillance. »

Action simultanée de ces deux principes. — Quelquefois les deux principes énoncés plus haut agissent simultanément. Par exemple, les gestes frénétiques et insensés d’un homme en fureur peuvent être attribués en partie au manque de direction de la force nerveuse produite, en partie aux effets de l’habitude, car ces gestes représentent souvent vaguement l’action de frapper.

Darwin reconnaît lui-même que les principes par lui invoqués n’expliquent pas tous les faits d’expression, mais on ne saurait méconnaître qu’ils en expliquent cependant une bonne partie.

B. Comment sont-ils compris? Deux théories : intelligence innée, intelligence acquise. — Sur la question de savoir comment ces signes sont compris, deux solutions ont été proposées. Les uns prétendent que nous avons été doués, pour comprendre les signes, d’une faculté spéciale, d’un instinct révélateur que l’on a appelé la faculté (T interprétation. D’après cette théorie, l’intelligence des signes serait innée ; on les comprend sans expérience, sans éducation, par une sorte de révélation naturelle. — Pour d’autres, l’intelligence des signes naturels s’explique par les facultés ordinaires que tout le monde reconnaît. — Les partisans de la première opinion sont peut-être les plus nombreux : Reid, D. Stewart, Jouffroy, Garnier, etc. D’après Jouffroy, la faculté qui nous fait comprendre ces signes est une faculté analogue à la raison. Un fait étant aperçu, aussitôt la raison nous suggère la cause qu’on n’aperçoit pas. De même, à la vue d’un geste ou d’un mouvement du visage, la faculté qu’il appelle assez improprement faculté expressive, nous suggère l’idée de l’état invisible de l’âme.

Discussion : comment on apprend le sens des signes naturels. — Cette théorie est une théorie paresseuse ;

DES SIGNES

et il n’est pas besoin d’un grand effort pour trouver l’explication qu’elle renonce à chercher.

Considérons ce qui se passe chez l’enfant. Un enfant souffre : fatalement cette souffrance s’exprime par des pleurs, des cris, etc. Le cri, pour l’enfant, n’est pas tout d’abord un c’est un fait;

mais ce cri, fréquemment renouvelé, s’associe natArellement dans l’esprit de l’enfant avec la douleur intérieure qui le produit. La douleur et le cri vont ensemble dans sa mémoire. Dès lors, quand il entendra le même cri poussé par une autre personne, l’induction la plus simple, ou même le simple jeu de l’association des idées, lui donnera à comprendre que la personne qui pousse le cri éprouve de la douleur. De même pour l’interprétation du rire, des larmes, etc. — Quoi de plus naturel que cette explication? et qu’est-il besoin d’imaginer une faculté mystérieuse, quand l’association des idées rend si aisément compte du phénomène? Un animal, et 'des plus infimes, est capable d’associations de ce genre ; pourquoi refuser à l’enfant la même capacité * ?

Objection. — A cette théorie on oppose une objection : Il est des signes que l’enfant semble comprendre du premier coup, sans qu’aucune expérience ait pu l’instruire de leur signification. Regardez, dit-on, un enfant avec un visage menaçant, il s’effraye ; regardez-le avec un visage souriant, il manifeste son contentement. Comment l’enfant peut-il savoir ce que signifient ces diverses expressions du visage? Il n’a pas remarqué dans un miroir l’expression de ses propres traits quand il était en colère ou de bonne humeur. 11 ne saurait donc avoir associé, par son expérience personnelle, les diverses expressions du visage à l’idée des diverses dispositions intérieures. C’est donc la nature elle-même qui lui révèle, avant toute expérience, la signification de ces expressions.

Réponse. — Mais est-il bien sûr que, dès les premiers jours ou les premières semaines, l’enfant soit effrayé par un visage menaçant, ou mis de bonne humeur par le sourire? Darwin rapporte qu’en présence de son fils, âgé de quatre mois, il poussa des cris étranges, fit des grimaces horribles, et que cris et grimaces ne firent que l’amuser. Ce n’est donc qu’assez tard que l’enfant se montre sensible à l’expression des traits. Et dès lors il a eu amplement le temps de faire son expérience.

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