C. Il la purifie. — L’art purifie l’âme humaine
« Quand je suis devant un chef-d’œuvre, j’éprouve le besoin de mettre mon âme à l’unisson. Si j’avais le sentiment de mon indignité, l’admiration serait pour moi un malaise, un reproche ; je me sentirais humilié de toute pensée basse : je ferais donc un effort, une fois rentré en moimême, pour effacer de ma nature les taches qui me seraient apparues à cette vive lumière que projette la beauté. î (Ch. Blanc, 17.)
(L L’art, quand il est réellement cultivé et non pratiqué d’une manière mercenaire, maintient l’idée d’une beauté idéale. Par cette conception, il nous entraîne à ne jamais nous contenter de l’imperfection en nousmêmes et dans nos œuvres ; à idéaliser, autant que possible, tout ce
DE L’ART : SA FIN, SES MOYENS, SES EFFETS. 653
que nous faisons, et par-dessus tout notre caractère et notre vie. j (Stuart Viibid.
Danger de l’art. — Mais l’art a aussi son danger : c’est quo l’habitude des jouissances esthétiques ne nous détache de la vie active et ne nous porte à mépriser ses attraits, ses besoins, et aussi ses devoirs. Si la contemplation nous élève au-dessus de l’égoïsme grossier et vulgaire, elle peut dégénérer à son tour en une sorte d’égoïsme transcendant, non moins condamnable quoique plus raffiné. La contemplation du beau et du vrai est, comme l’a dit Aristote,' une vie divine. Mais, comme l’a dit Kant, n’oublions pas que nous avons à cultiver notre jardin *.
1. Voy. le développement de ces idées dans de belles pages de M. Renouvier, ibid., 261-271 et 448-453.