‹ Leçons de philosophieChapitre 15 sur 130 · S III · texte numérisé non relu

S III

ArgiimcntiS à posteriori : coitimeiit sont-ils possibles ? — Des arguments d’un autre genre se tirent de l’étude des faits. — Tout d’abord on peut se demander comment sont possibles de semblables arguments; comment l’étude des faits de conscience peut nous révéler des faits inconscients. Pourtant il ne faut pas se presser de déclarer invisible ce qui ne saute pas aux yeux. Regarder attentivement, c’est regarder pour ainsi dire à la loupe. On peut saisir alors bien des choses qui échappaient à la simple vue. — De plus, là où l’observation elle-même échoue, l’mduction peut être de mise. Pour interpréter et expliquer des faits visibles, l’induction fait souvent légitimement supposer des causes invisibles. Pour expliquer l’ordre du monde, on admet l’existence d’une cause providentielle. Pour expliquer la matière sensible, on

CONSCIENCE ET INCONSCIENCE

admet l’atome de matière qui ne tombe pas sous les sens. L’observation attentive et l’induction appuyée sur l’examen des faits, tels sont donc les deux moyens par lesquels on essaye de constater ou de démontrer l’existence des phénomènes inconscients.

1. L^atteiition saisit en nous des faits inconscients. — L’attention, dit-on, nous permet de saisir en nous bien des phénomènes qui, quoique réels, nous échappaient. La sourde rumeur d’une grande ville durant le jour est entendue sans l’être. On ne la remarque pas, et pourtant il suffit d’écouter pour la saisir. Le meunier n’entend pas le bruit de son moulin; mais il l’entend, s’il le veut : il l’entendait donc déjà alors qu’il semblait ne pas l’entendre. De même façon, on peut dire qu’on ne sent pas et qu’on peut sentir à volonté les impressions musculaires et tactiles provoquées par l’action de la marche. Le malade imaginaire, à force de s’étudier, perçoit en lui mille petites sensations qui échappent à un autre. — Inversement, il suffit de détourner son attention pour que des phénomènes conscients cessent d’être conscients, sans pourtant absolument cesser d’être. Pascal oubliait, en poursuivant la solution d’un problème, de vives douleurs qu’il retrouvait présentes une fois le problème résolu.

Réponse : ce sont des faits de basse conscience. —

De tous ces faits, et d’autres du même genre, aucun ne prouve l’existence de phénomènes inconscients. La preuve que le meunier avait quelque conscience du bruit de son moulin, c’est que, si le moulin s’arrête, il s’aperçoit immédiatement que le bruit a cessé. C’est pour cela aussi que le dormeur s’éveille quand le sermon finit. La preuve que nous avons quelque conscience des sensations tactiles éprouvées en marchant, c’est que, si nous posons tout à coup le pied sur un sol détrempé, nous avons aussitôt conscience de la différence. Or la conscience de la différence ou du changement suppose la conscience des deux termes qui diffèrent. Quant au malade imaginaire, on peut encore supposer que l’attention inquiète avec laquelle il s’étudie, est elle-même la cause des sensations qu’il éprouve. Ne sait-on pas que la crainte de rougir provoque la rougeur? — Inversement, il se peut que l’application puissante de l’esprit sur un objet supprime absolument ^ tant qu’elle dure, des sensations qui renaîtront aussitôt cette application relâchée. Et si l’on répugne à cette hypothèse, si l’on croit que ces sensations persistent et. sont seulement affaiblies, que l’on prouve alors qu’elles ne sont pas accompagnées d’un degré proportionné de conscience.

PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE VI

II. Argiimeutis» iuductifs. — Les arguments de cet ordre sont très nombreux, nous ne pouvons ici qu’indiquer les principaux.

A. Ai’gumeaits tirés de la perceptiou sensible : coordination, par le moyen des faits inconscients, de nos sensations dans l’espace. — Beaucoup de ces arguments sont tirés de la perception externe, des jugements sur la distance, la forme, la profondeur, etc. L’un des plus curieux se tire du fait de la coordination de nos sensations optiques dans un espace à deux dimensions. Pour expliquer cette coordination, Jean Muller admettait que nous possédons une science innée de l’étendue de la rétine, et que, par suite, telle impression visuelle est rapportée à droite ou à gauche, suivant que c’est tel ou tel point de la rétine qui est excité. Cette théorie est universellement abandonnée. — On en propose d’autres : deux surtout sont en faveur. — La première admet que les sensations optiques diffèrent qualitativement, suivant le point de la rétine qui reçoit l’impression. Ainsi le même vert paraîtra plus ou moins vert, suivant que les rayons frapperont telle ou telle partie de la rétine. « Nous fondant sur cette distinction, nous construisons les formes et les figures suivant lesquelles nos sensations nous apparaissent dans la conscience. » Mais ni ces sensations élémentaires provenant des diverses parties de la rétine et qui précèdent la représentation de la forme et de la figure, ni ce travail de comparaison et de construction par lequel, rapportant ces sensations à une place déterminée, nous en faisons des formes et des figures, ne sont connus de nous : tout cela, dit-on, se passe dans l’inconscient *

Un physiologiste et psychologue distingué, Lotze, nie cette différence qualitative ou n’en tient pas compte. Il a recours aux signes locaux. Toute sensation provenant d’un point particulier de la rétine est accompagnée d’un groupe de sensations secondaires concomitantes, sensations qui proviennent de l’ébranlement que l’impression produit par contre-coup sur les points de la rétine circonvoisins du point directement attaqué ^ Comme le nombre, l’ordre, le rythme de ces sensations concomitantes varient pour chaque point de la rétine, chaque sensation rétinienne trouve ainsi dans ce cortège de sensations adjacentes sa marque propre, son signe local.

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