Voy. Colsenet, la Vie inconsciente deVEsprit, p
2. Lotze fait aussi entrer en ligne de compte des sensations de mouvement ou d’innervation. Voy. dans la Revue philosophique, 1877, son Etude sur la formation de la notion d'espace et les signes locaux.
CONSCIENCE ET INCONSCIENCE
Ce sont ces signes locaux qui rendent possible la coordination dans l’espace des sensations optiques, lesquelles, par elles-mêmes, demeureraient sans rapport avec l’étendue. Mais ces signes locaux et le travail de coordination qu’ils rendent possible sont des phénomènes inconscients.
Réponse : vanité de ces explications. — Ces explications nous semblent absolument vaines. Qu’on admette le sentiment, conscient ou inconscient, comme on voudra, de différences qualitatives entre les sensations optiques; qu’on admette les signes locaux de Lotze, conscients ou inconscients, comme on voudra: on n’en sera pas plus en état d’expliquer la forme extensive que reçoivent nos sensations visuelles. — Si l’on admet des différences de qualité ou d’intensité dans les sensations rétiniennes, comment, du sentiment de semblables différences, tirer une différence de position? Que tel rouge soit plus vif que tel autre, cela ne fait point que Vun soit à droite, l’autre à gauche. Les notes d’un orchestre diffèrent qualitativement, nous n’en formons pourtant pas une surface étendue. — Si l’on admet les sensations concomitantes ou signes locaux de Lotze, de deux choses l’une : ou ces sensations concomitantes se coordonnent spontanément dans l’étendue, ou elles ne se coordonnent pas. Si elles se coordonnent, pourquoi n’en serait-il pas de même des sensations principales elles-mêmes? Ce qui est possible pour celles-là n’est pas moins possible pour celles-ci. — Si elles ne se coordonnent pas, en quoi alors ces signes locaux, qui ne se distribuent pas spontanément dans l’espace, peuvent-ils nous aider pour la distribution dans l’espace de nos sensations visuelles? On avait tout à l’heure une pluralité de sensations à distribuer, on en a deux maintenant: en quoi la difficulté est-elle levée *? On se rappelle, à ce propos, l’objection d’Aristote à la théorie platonicienne ' des idées, qui, suivant lui, au lieu d’expliquer les choses sensibles, ne fait qu’y ajouter une nouvelle catégorie de choses inexplicables :
€ Que penserait-on, demandait Aristote, de celui qui, ayant à faire le compte d’un certain nombre d’objets, en doublerait le nombre pour venir plus aisément à bout de les compter ? »
1. Toutes les notes d’un orchestre sont aussi accompagnées d’un cortège de petites notes qu’on appelle harmoniques et qui varient pour chaque note et pour chaque instrument; cela n’a point pour effet de faire de l’ensemble rien qui ressemble à une étendue.
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE VI
Ce qu’il faut admettre, c’est que l’étendue, et, par conséquent, la coordination spatiale, est la forme naturelle de toute pluralité optique. C’est un fait premier, c’est une donnée irréductible aussi bien que la forme couleur elle-même. Et il ne paraît pas qu’aucun acte conscient ou inconscient de l’esprit puisse rendre compte de Vétendue inhérente à la représentation de la couleur, non plus que de la couleur elle-même. (Cf. ch. xii.)
B. Argument tiré de la mémoire. — Le pouvoir de se rappeler, à un moment donné, les perceptions passées, suppose que ces perceptions se sont, dans l’intervalle, conservées à l’état inconscient.
« Ainsi, dit Hamilton, l’immense majorité de nos richesses mentales demeure hors de la sphère de la conscience, cachée dans les plus obscurs replis de l’esprit. » — « Une puissance supérieure, dit Kant, n’aurait qu’à dire : Que la lumière soit î pour qu’aussitôt, sans aucune addition (si par exemple nous prenons un littérateur avec fous ses souvenirs), la moitié d’un monde parût en quelque sorte à nos yeux, if (Anthrop. ,tr. fr., p. 24.)
Réponse. — La mémoire s’explique plus simplement par l’habitude (ch. xiv). « Ce ne sont pas, dit Stuart Mill, les impressions mentales qui sont latentes, mais le pouvoir de les reproduire, j» Et l’habitude elle-même peut s’entendre de deux façons : elle peut s’entendre psychologiquement, comme manière d’être permanente d’une substance immatérielle ; et, physiquement, comme une disposition organique du cerveau
« Quand nous ne pensons plus l’idée, elle n’existe plus à l’état latent, mais il y a seulement une de ses conditions physiques qui reste permanente et qui sert à exphquer comment, avec le concours d’autres conditions, la même pensée peut se renouveler. > (Dumont, Revue philos., 1876, t. I, p. 347-351.)