Ibid., p
4 Essais de critique, l®" essai, ch iii.
THÉORIES SUR LA CONSCIENCE. 77
conscience, voilà tout. Rien de plus juste, selon nous, que cette vue de Condillac :
« Primitivement, la statue animée est tout entière la sensation qu’elle sent; elle est pour elle-même toute odeur et toute saveur; elle n’est rien de plus, et cette sensation n’enferme pour sa conscience aucune dualité; elle est d’une simplicité absolue. »
Il doit en être de même apparemment chez les animaux inférieurs qui n’ont point de mémoire, et qui ne peuventse former de tout leur passé un souvenir collectif qui leur constitue un moi. Il est infiniment probable que les sensations d’un limaçon ou d’une huître n’enferment aucune distinction de sujet et d’objet. — Il doit en être de même des sensations du fœtus humain ou de l’enfant nouveauné. — Si, en partant de ce commencement, de ces états simples de conscience, il n’y avait pas moyen d’arriver à expliquer la dualité ultérieure qui s’établit dans la représentation, il faudrait rejeter cette thèse. Mais, si l’on peut expliquer, comme on essayera plus loin de le faire (ch. xxxii), comment cette dualité vient à s’établir, comment l’idée du sujet se forme et s’associe dès lors à toute représentation particulière, la loi d’économie* nous oblige à ne pas supposer cette dualité comme primitive.
§ ni
Conduisions sceptiques et relatiTistes eésiiltant des théories critiquées. — Reste à tirer la conclusion de tout ce que nous avons dit sur la conscience.
Admet-on que la conscience est distincte des faits qu’elle perçoit? Admet-on que toute conscience est le sentiment d’une différences^ Admet-on que toute conscience est le sentiment d’un rapport entre un sujet et un objet ? de toute façon, on est conduit à douter de la valeur de la conscience comme moyen de connaissance.
Si les choses que la conscience perçoit se distinguent de la conscience même qu’on en a, qui nous assure que ces choses sont telles que la conscience les perçoit? Rien au monde ne peut nous le dire. Entre une image qui se reflète dans un miroir et l’objet
1. C’est le nom donné à cette règle de méthode qui prescrit de préférer toujours les explications les plus simples, les moins onéreuses : frustra fit per plura quod fieripotest per pauciora.
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE VII
lui-même, comment garantir la ressemblance, si l’on ne peut jamais saisir en lui-même l’objet?
D’autre part, si la conscience est essentiellement le sentiment d’une différence, d’un rapport, elle est le sentiment d’une relation. Nous n’atteignons que des relations, et lès choses mêmes, ce qu’on appelle quelquefois les choses en soi ou l’absolu, nous échappent. De là la doctrine de la relativité universelle si en faveur aujourd’hui, M. Bain accepte cette conséquence, car à la suite d’un des passages cités plus haut, il écrit:
« En métaphysique, celte doctrine sur la conscience fait échec à la doctrine de l’absolu.» — MM. Spencer*, Mansel, Hamilton, Renouvier tirent la même conclusion de leurs théories. Au fond, d’après tous ces philosophes, « la connaissance humaine ne porte jamais que sur des rapports ou relations. » — «En lantqu’ohjet de conscience, dit M. Mansel, toute chose est nécessairement relative... l/absolu est un mot qui n’exprime pas un objet de pensée, mais seulement la négation de la relation qui constitue la pensée » — « L’absolu, dit M. Spencer n’impliquant pas relation, différence et ressemblance, est trois fois inconcevable. »
ConclusioBis oppoisécs» résultant de la tlicorie proposée. — Mais si, au contraire, on identifie absolument, comme nous l’avons fait, la conscience et le fait dont on a conscience, et si l’on conçoit tout fait de conscience, non comme le sentiment d’un rapport, mais comme une chose absolument simple, il s’ensuit que tout phénomène de conscience est une réalité concrète., positive, qui existe telle qu’elle est connue, une chose en soi, un absolu. L’absolu, c’est, en un sens, ce qui est réellement. Or une sensation, par exemple, est réellement telle qu’elle est sentie; toute sensation est donc un absolu ; et, en la connaissant, c’est un absolu que nous connaissons. On peut sans doute, en comparant la sensation à sa cause présumée, soit en nous, soit hors de nous, dire: la sensation n’est qu’une image ou même une trompeuse apparence. Par exemple, on peut dire que le phénomène du son n’est qu’une apparence ou un signe par rapport aux vibrations de la cloche. Mais, en soi, pris comme fait et non comme signe, ce phénomène n’est point une apparence, bien que depuis Platon tous les philosophes semblent s’être donné le mot pour reléguer de semblables phénomènes au rang des apparences et des fantômes. 11 est; il est tel qu’il apparaît; et