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THÉORIES SUR LA CONSCIENCE
rien au momie ne peut être plus réel. Car il n’y a pas de degré dans la réalité- Une chose est ou n’est pas; point de milieu; mais si elle est, elle est aussi absolument réelle que ce qu’il a plu aux philosophes d’appeler le monde des Idées, le monde des choses en soi, le monde des noumènes U — Ainsi nos sensations, nos joies, nos douleurs, nos amours, nos haines, nos passions, nos volontés, toute notre vie psychologique, en un mot, n’est point apparence, illusion et songe d’une ombre. Tout cela fait partie de la réalité absolue. Supposez qu’un spectateur étranger veuille connaître un fait qui se passe en moi : une douleur, par exemple. Quelque science qu’il en puisse acquérir, s’il ne connaît pas ma douleur comme moi qui la sens, il n’en a qu’une connaissance relative. Sa connaissance sera absolue quand elle sera adéquate à la conscience que j’ai de ma douleur. Cette conscience est donc ici l’absolu lui-même.
Ainsi, comme les doctrines sur la conscience, dont on vient de parler, font échec à la doctrine de l’absolu, la théorie de la conscience, telle qu’on l’a exposée plus haut, fait échec à la doctrine de la relativité universelle^ La connaissance de l’absolu ou de la chose en soi nous fait peut-être défaut chaque fois que nous essayons de découvrir, par delà le fait de conscience, les causes cachées, les noumènes, ce qu’on appelle ordinairement les choses en soi, l’absolu. C’est alors que nous sommes exposés à prendre l’apparence pour la réalité, et les fantaisies de l’imagination pour les choses mêmes. Mais cette connaissance nous est donnée, au contraire, chaque fois qu’il se produit en nous un simple fait de conscience; et la psychologie la plus terre à terre est, en ce sens, une connaissance de l’absolument réel, aussi bien que si nous voyions Dieu face à face
1. Expression de la philosophie de Kant, qui désigne le monde des réalités intelligibles (vou[ji.sva) placées hors de la sphère de l’expérience.
2. Une autre conséquence de la théorie de M. Bain, conséquence que nous ne ferons qu’indiquer ici, c’est la confusion des opérations intellectuelles et des opérations sensitives. Le sentiment de la différence est l’aperception d’un rapport, et l’aperception d’un rapport est une opération intellectuelle qui n’a rien de commun avec les simples données de la conscience et des sens. En effet, on peut prendre toutes ces données, la couleur, le son, la saveur, le plaisir, la douleur, etc., et les associer ou les combiner de la façon qu’on voudra, on n’en fera jamais rien sortir qui ressemble à l’idée d’un rapport. Comment représenter un rapport par quelque chose de coloré, de sonore, etc. ? Entre toutes ces données et l’idée d’un rapport, il y a une différence radicale de nature ; et il n’y a pas de passage possible des unes à l’autre. C’est donc par une opération distincte et nouvelle que, après avoir perçu ces données, nous percevons les rapports entre ces données. M. Bain esquive la nécessité de reconnaître ce nouvel ordre d’opérations, en définissant ces données elles-mêmes, ces faits élémentaires de conscience : des sentiments de différence. (Voy. ch. xxi.)