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Cette cla«fiiificatioii n'admet pas de réduction

— Notre énumération des fonctions psychologiques semble complète ; reste à savoir si on ne peut y opérer de réduction, en ramenant l’une à l’autre deux des fonctions distinguées, ou deux ensemble à la troisième, ou les trois ensemble à quelque fonction plus fondamentale qui les enveloppe toutes.

Preuve à fournir. — Pour considérer comme distinctes deux fonctions psychologiques, il ne suffit pas de trouver entre ces fonctions des différences même importantes ; car, à ce compte, il faudrait considérer comme autant de fonctions distinctes nos différentes inclinations (par exemple, l’amour de l’aliment et l’amour du beau), ou nos diverses opérations intellectuelles (par exemple, le souvenir et le jugement). Mais il faut se demander: 1" si ces diverses fonctions, quoique peut-être toujours unies en fait, ne peuvent idéalement se concevoir l’une sans l’autre ; ou, en d’autres termes, si l’idée, essence, ou définition de l’une n’est pas enveloppée dans l’idée, essence, ou définition de l’autre ^ 2° On cherchera ensuite si, en fait, la vie psychologique ne nous présente pas ces diverses fonctions isolées les unes des autres, ou tout au moins subissant des variations indépendantes^,

A. Les ti*ois fonctions sont distinctes par leup essence. — Peut-on, par la pensée, concevoir chacune des fonctions distinguées plus haut sans aucune des deux autres? — 1° Tous les faits intellectuels ont pour essence commune la représentation. Or on peut concevoir la représentation (celle d’une figure de géométrie par exemple) sans y faire entrer l’idée ni d’aucun plaisir ou peine, ni d’aucune volition. On peut même porter par la pensée

1. C’est ainsi que Descartes distingue l’étendue de la pensée, en montrant que l’idée de l’une n’entre pas comme élément dans l’idée de l’autre.

2. C’est exactement la même méthode qui a été appliquée lorsqu’il s’est agi de chercher si la conscience est, oui ou non, une faculté spéciale.

PSYCHOLOGIE — CHAPITRE VIII

l’intelligence à sa perfection, sans lui attribuer aucune émotion, aucun vouloir. On peut concevoir un esprit pur en qui l’univers se réfléchirait, clair comme un théorème, et qui à son absolu savoir allierait une impassibilité absolue.

2" Tous les faits sensitifs ont pour essence commune le plaisir ou la peine. Or on peut concevoir une sensation de plaisir ou de peine qui ne soit accompagnée d’aucune représentation. Je puis supposer, par exemple, une douleur, même très intense, qui ne serait accompagnée d’aucune représentation, ni de la cause agissante, ni même de l’organe affecté. On conçoit plus aisément encore le plaisir ou la douleur sans un acte de volonté.

3° Tous les faits de volition ont pour essence un consentement ou un choix. Or on ne peut, il est vrai, se figurer un consentement ou un choix sans une représentation et un désir; car on choisit toujours un certain acte qu’on se représente, et pour une certaine fin qu’on désire. Mais on conçoit néanmoins que le consentement et le choix sont un nouvel élément qui se superpose à la représentation et au désir, et qu’en combinant entre eux ces deux premiers éléments, la représentation et le désir, on ne réussit pas à en dériver l’idée du consentement et du choix. La représentation et le désir sont donc la condition préalable du choix, mais non le choix même. (Cf. ch. xxxviii.)

Ainsi, idéalement) l’esprit distingue par leur essence même les trois catégories de fonctions psychologiques.

B. En fait, ces fonctions s^exeecent et varient séparément. — Cherchons maintenant si cette distinction idéale ou essentielle ne se traduit pas dans l’expérience par une séparation réelle ou par l’indépendance réelle des variations.

Séparation des faits sensitifs et intellectuels. — a) Les faits affectifs et les faits intellectuels, tout d’abord, sont parfois donnés en fait séparément. Toute connaissance n’est pas en même temps un plaisir ou une douleur; et tout plaisir ou douleur ii’est pas en même temps une connaissance. La perception d’une feuille de papier blanc, de lettres imprimées sur une page est une connaissance très nette, sans aucun mélange de plaisir ou de douleur. La démonstration d’une vérité géométrique peut n’être accompagnée d’aucune émotion.

Réciproquement, certains malaises intérieurs sont dits indéfinissables, c’est-à-dire qu’ils ne sont accompagnés d’aucune connaissance, ni de la cause de la douleur, ni, qui plus est, de l’organe

affecté car ces douleurs ne se localisent pas, ou ne se localisent que très vaguement.

b) Les deux phénomènes se produisent-ils simultanément? Il peut alors arriver que l’un persiste, tandis que l’autre disparaît. On se lasse d’entendre toujours un même son ou une même chanson. On se souvient d’un ami souvent plus longtemps qu’on ne le regrette. La joie d’une découverte scientifique passe; la vérité demeure.

Yarintions indépendantes de ces plicnoinènes. — a) Fixité relative des phénomènes intellectuels, mobilité extrême des phénomènes sensitifs : les principes rationnels, d’abord, sont immuables dans toutes les intelligences ; en outre, la plupart des connaissances, une fois acquises, demeurent fixes dans l’esprit. C’est cette stabilité qui rend possible la science : non est flnxorum scientia (Bacon). Mais, en dehors même de la science, l’expérience la plus ordinaire met dans tous les esprits un nombre immense d’idées communes. C’est ce qui fait qu’on peut se parler et s’entendre. — S’agit-il, au contraire, de l’élément alîectif? Dans un même individu d’abord, les sentiments, les goûts changent sans cesse de degré ou même de nature. Compare-t-on les hommes entre eux? Autant d’hommes, autant de sentiments. Exemple: variété dans le costume : les formes et les couleurs ont été connues de même, mais non goûtées ou senties de la même façon ^ — Appréciation de ce caractère d’inconstance par ses effets : comparez la conduite de ceux chez lesquels la sensibilité domine, comme l’enfant ou le jeune homme, avec la conduite de ceux qui obéissent surtout à la raison; d’une part, inconstance et mobilité perpétuelles ; d’autre part, stabilité dans les desseins, vie méthodique et réglée (Paffe, ibid.^ 55), Les Stoïciens donnaient pour règle à l’homme de vivre d’une manière uniforme : consta7iter vivere, ôfjLoXoyouiJLévwç; conséquents avec eux-mêmes, ils prescrivaient au sage qui veut atteindre ce but, d’anéantir en soi toutes les passions, et de prendre pour unique guide la raison. « C’est la raison, non le sentiment, qui fera le justum et tenacem propositi virum, parce que la raison est une et immuable, et que celui qui n’écoute que sa voix devient un et invariable comme elle. »

1. l.e cas ne se présente peut-être pas, à la rigueur, chez l’homme, une fois qu’il a atteint l’àge de quelques mois, vu l’expérience acquise et les associations d’idées; mais il se présente, à coup sûr, chez l’enfant nouveau-né et chez beaucoup d’animaux qui n’ont que peu ou point de centres nerveux. Il se présente aussi dans certains cas anormaux (ch. xxxii, § 2).

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