Voy. Paffe, Considération sur la sensibilité^ p
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE VIII
b) Bien plus, les fonctions intellectuelles et les fonctions affectives sont si distinctes, que souvent elles s’empêchent réciproquement. — D’un côté, les fonctions de l’ordre affectif semblent contrarier les fonctions de l’ordre intellectuel ; le plaisir et la douleur, portés à un certain degré, interrompent tout travail d’esprit; l’habitude des plaisirs énerve l’intelligence; l’émotion paralyse parfois un orateur; la passion, dit-on, est un délire, c’est-à-dire qu’elle nous fait délirer; on sait dans quels égarements nous jettent l’antipathie, la sympathie, l’amour-propre, etc. (Paffe, ibid., p. 91).
Réciproquement, l’élément intellectuel semble hostile à l’élément affectif; exemple: froideur proverbiale des gens d’étude; travail d’esprit, préservatif ou dérivatif de la passion. Comparer la classe instruite et la classe ignorante d’une même société ; chez celle-ci, sentiments plus impétueux ; par suite, les hommes qui en font partie sont capables de plus grands dévouements et de plus grands crimes; ils sont les instruments des révolutions violentes; en thèse générale, les excès d’une révolution sont en raison inverse du développement intellectuel (Paffe, ibid., p. lOB). <( Ne voyez-vous pas, a dit Mirabeau, avec quelle facilité on fait d’une bête brute une bête féroce?)) — Ainsi les faits, comme la raison, prouvent la distinction des fonctions représentatives et des fonctions affectives.
§lcpai*atiou de ces deux fonctions» et du Toiiloii*. — L’expérience nous fait-elle constater de même Ja distinction de ces deux premières sortes de fonctions et de la volonté?
En fait, il faut le reconnaître, tout vouloir est accompagné de représentation et de désir, car tout vouloir implique une fin conçue et un mobile qui nous y porte ; mais la réciproque n’est pas vraie, et le plus grand nombre de nos pensées ou de nos désirs n’est point pour nous l’occasion d’un acte de volonté. Les fonctions représentatives ou affectives s’exercent chez nous d’une façon presque continue; Pacte de volonté est intermittent. L’enfant nouveau-né, non plus que l’animal, n’a point de volonté; ni le vieillard retombé en enfance. Dans la vie même de l’homme fait. Pacte proprement volontaire est moins fréquent qu’on ne croit. Ce qui nous fait agir la plupart du temps, c’est l’instinct, la passion, ou l’habitude. Plus souvent qu’on ne s’imagine, nous n’agissons pas, mais, comme dit Malebranche, nous sommes agis.
Disproportion possible entre l’énergie de ces fonctions et dn Totiloir. — L’expérience nous fait constater, en outre, que l’énergie du vouloir n’est pas toujours proportionnelle à
celle de l’intelligence ou de la sensibilité. Les esprits les plus ouverts ne sont pas toujours les plus résolus. Au contraire, celte faculté de voir en toute chose le pour et le contre, cette impartialité de jugement met souvent de l’indécision et de l’inconstance dans les volontés. D’autre part, les hommes les plus passionnés n’ont pas non plus les caractères les plus fermes. La passion violente annihile la volonté ou la subjugue L
Résumé. — Ainsi V expérience confirme les résultats de V analyse. L’intelligence, la sensibilité et la volonté sont donc des fonctions distinctes.
§ III
unité de ces trois fonctions. — Mais, après avoir distingué, il faut unir. Il n’y a pas en nous trois vies psychologiques, qui s’écouleraient parallèlement sans se mêler; il n’y en a qu’une, dont les divers éléments sont intimement associés. Ce qui fait l’unité des fonctions psychologiques, c’est qu’elles concourent à une même fin, qu’elles sont sans cesse engagées simultanément dans les mêmes actes, et qu’elles sont enveloppées dans une même conscience.
1" Unité de fin. — • Elles concourent à une même fin. — Ce qui fait l’unité du corps vivant et des fonctions qui s’y exécutent, c’est l’unité d’action des organes et des fonctions : tout y a pour but la conservation de l’individu et de l’espèce. Les fonctions spirituelles sont unes aussi, en ce que toutes servent d’abord à notre conservation, et que toutes servent surtout à l’accomplissement de notre destinée morale. Par l’intelligence, nous concevons le but à atteindre et les moyens d’y parvenir; par la sensibilité, nous sommes excités à le poursuivre ; par la volonté, nous pouvons céder ou résister aux impulsions de la sensibilité, et, dans le conflit de la raison avec les passions, prêter à celle-là le concours qui assure sa victoire. Otez l’intelligence, l’homme est aveugle; ôtez la sensibilité, il est inerte; ôtez la volonté, il est esclave et impuissant.
2“ Unité d’action. — Ces fonctions, concourant à une même fin, doivent, par suite, se trouver sans cesse engagées de concert dans les mêmes actes. — Exemples : une résolution est un acte de la volonté; mais cet acte, nous l’avons dit, implique comme condi-
1. Sur la distinction entre la représentation, considérée comme phénomène passif, d’une part, et le désir et lavolition, considérés comme phénomènes d’activité, d’autre part, voy. ch. xiii. — Sur la distinction du désir et de la volonté, voy. ch. xxxvili.
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE VIIÎ.
tion préalable, des idées, ou conceptions d’actes possibles, suggérées par V intelligence, et des mobiles d’action nés de la sensibilité. — L’attention est surtout un acte de V intelligence ; mais l’intelligence n’est rendue attentive (sauf les cas d’attention forcée, de préoccupation) que par l’action de la volonté; et l’attention n’est imposée à l’intelligence qu’en vue d’un certain résultat qui est l’objet d’un désir. — Dans la passion, la part principale revient à \di sensibilité ; mais la passion s’alimente de l’image de son objet, remémoré par le souvenir, transformé par V imagination ; et, en même temps, la passion ne se développe qu’avec la complicité et le concours actif, ou tout au moins le consentement de la volonté.
3® Unité de conscience. — Enfin ce concert des fonctions psychologiques n’est lui-même possible que parce que ces diverses fonctions sont enveloppées dans une même conscience. Car si, par exemple, le désir d’une fin était séparé, dans la conscience, de l’idée des moyens, la fin ne serait jamais poursuivie. Mais aucune fonction n’a pour les autres de secret; et c’est pourquoi, comme trois bons ouvriers, elles s’entr’ aident dans leur tâche commune.
De là vient que ces trois fonctions, unes dans la fin poursuivie, unes dans l’action , unes dans la conscience , nous paraissent former un seul et même être et appartenir au même moi.
Nous étudierons d’abord la fonction représentative, l’intelliiice.