CHAPITRE IX
Tableau géuéi*al de l’activité intellectuelle. — L’intelligence est la faculté de connaître. Elle comprend diverses fonctions :
1° l'onction d’acquisition. — A toute connaissance il faut des données ou matériaux sur lesquels elle s’exerce : c’est la fonction d’acquisition. Elle est remplie par les facultés dites d'expérience^ : à savoir, les sens et la conscience.
2° fonction de conservation. — Pour que la connaissance soit possible, il faut que ces matériaux, ces données de l’expérience, ne soient pas perdues aussitôt acquises; il faut qu’elles demeurent toujours à notre disposition : c’est la fonction de conservation. Elle est remplie par la mémoire.
3° fonction de combinaison. — La loi suivant laquelle ces matériaux conservés par la mémoire nous sont restitués, c’est V association des idées. — Et l’association des idées, entant qu’elle a pour effet, dans certaines conditions, de disposer dans un ordre nouveau les matériaux conservés par la mémoire, c’est la fonction de combinaison, qui se nomme imagination.
Ces diverses fonctions qui sont liées très étroitement aux organes, qui sont communes à l’homme et à l’animal, qui s’accomplissent en nous machinalem.ent, sans qu’il soit besoin d’en savoir la raison, se nomment opérations sensitives.
1. On distingue d’ordinaire l’expérience externe ou des sens, et l’expérience interne ou de la conscience. Cette distinction, au fond, est inexacte, car les sensations sont aussi bien internes que n’importe quel fait psychologique, la volition, par exemple. Mais on peut la maintenir, pourvu qu’on entende simplement par expérience externe, l’expérience provoquée par des conditions externes.
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE IX
4° Fonctions proprement intellectuelles on d^élabO' ration. — Au-dessus, viennent les opérations proprement intellectuelles qui supposent toutes les précédentes comme condition préalable, et qui ont pour objet l’élaboration de la connaissance. Ces opérations dérivent toutes du pouvoir à' apercevoir des rapports entre les données de l’expérience. Et l’intelligence, au sens étroit du mot, peut se définir: la faculté d'apercevoir des rapports.
Jugement. — L’aperception d’un rapport quelconque entre deux choses (par exemple, le rapport de moyen à fin entre l’aile et le vol), c’est le jugement.
Oénéralisatiou. — L’aperception d’un rapport de similitude entre une pluralité de choses (par exemple, entre tous les chênes), c’est la généralisation.
Raisonnement. — L’aperception d’un rapport de contenance ou d’identité entre deux rapports énoncés ou jugements, et un troisième rapport ou jugement (par exemple, entre ces deux jugements : Tout homme est mortel, — Pierre est homme; et celui-ci : Pierre est mortel), c’est le raisonnement.
Lois de ces opérations : principes rationnels. — Toutes ces opérations, aussi bien les opérations sensitives que les opérations intellectuelles, sont soumises à une loi supérieure et absolument nécessaire : la loi d'identité ou de non-contradiction. La conscience ne peut admettre, ne peut réaliser en soi la contradiction (par exemple, l’idée d’un blanc non-blanc).
Les opérations intellectuelles, en particulier, lorsqu’elles s’accomplissent régulièrement en vue de nous donner l’intelligence des choses en général, c’est-à-dire en vue de constituer la science, sont dirigées par un principe, inspirées par une croyance, à savoir, que tout est intelligible ; ou, en d’autres termes, que tout a sa raison. C’est le principe de raison. Comme tout jugement, il dérive, comme on verra, de la faculté d’apercevoir des rapports.
Ces deux principes, qui servent de loi et de règle à toute connaissance, constituent ce qu’on nomme, au sens étroit du mot, la raison.
Tel es^ le tableau général de toute l’activité intellectuelle.
s II
Fonction d’acquisition : sensation; sa définition. —
Il faut commencer par la fonction d’acquisition. En effet, quelque
théorie que l’on professe sur la connaissance, sensualisme, empirisme, rationalisme*, tout le monde est d’accord sur ce point : que les premiers éléments de la connaissance sont dus à l’expérience. — L’expérience elle-même débute par les sensations. C’est donc par la sensation qu’il convient de commencer une étude de l’intelligence.
Trois sens possibles et même usités du mot sensation. Quelquefois on applique lé mot sensation à des phénomènes purement physiques. Cl. Bernard et beaucoup d’autres savants parlent de la sensibilité des tissus vivants., voulant dire par là que ces tissus sont susceptibles de répondre par une contraction à une excitation reçue. Gerdy, dans son livre sur les Sens et V Intelligence, définit ainsi la sensation : « C’est le changement qui se passe, sous Tinfluence d’une excitation, dans un organe affecté. » — Cet usage des mots sensation et sensibilité est tout à fait abusif. Ces mots ont été créés pour désigner des faits de conscience. Les appliquer à des faits d’ordre physique, c’est faire des métaphores poétiques, là où il serait besoin d’un langage rigoureux. Pour désigner les phénomènes dont il s’agit, qu’on emploie les mots impression, contraction, impressionnabilité, contractilité, mais non pas le mot sensation.
Lors même qu’on réserve le mot sensation aux phénomènes psychologiques, on peut encore l’entendre en deux sens. Pour les uns, le mot sensation désigne le plaisir et la douleur, qui peuvent suivre les impressions exercées sur les organes des sens. Dans ce cas, le mot perception auquel on l’oppose, signifie les diverses représentations (son, couleur étendue, etc.), qui résultent aussi des impressions exercées sur les sens. En ce sens, la sensation, c’est exclusivement un phénomène d’ordre affectif ; et la perception, un phénomène d’ordre représentatif. — A coup sûr, la distinction entre ces deux ordres de phénomènes, qui résultent Tun et l’autre des impressions exercées sur les sens, est juste et importante; mais cette acception étroite du mot sensation s’écarte trop des habitudes et des traditions de la langue philosophique et scientifique.
Ordinairement on entend, et presque toujours on a entendu par sensation^ tout l’ensemble des phénomènes psychologiques (repré-
I. Le sensualisme fait dériver toutes les idées des sens (Condillac); l’empirisme reconnaît deux sources d’idées : les sens et la conscience (Locke); le rationalisme admet, en outre, que, dès l’origine, nous portons dans notre intelligence, soit des idées ou des principes, soit au moins des pouvoirs, que l’expérience des sens ou de la conscience ne crée pas, mais qu’elle fait seulement passer à l’état de conscience expresse, ou auxquels elle fournit une matière pour s’exercer (Descartes, Leibniz, Kant).
PSYCHOLOGIE. - CHAPITRE IX
sentatifs ou affectifs, peu importe), qui résultent immédiatement d’une impression exercée sur les organes. En ce sens, la représentation d’une étendue résistante produite par le contact d’un morceau de fer, et la douleur éprouvée, si ce fer est brûlant, sont également des sensations. Dans ce cas, le mot perception, opposé au mot sensation, prend un autre sens que tout à l’heure; il signifie l’acte proprement intellectuel, postérieur et supérieur à la pure et simple sensation, acte par lequel cette sensation est interprétée, située en dehors de nous ou dans notre organisme, rapportée à un objet sensible, attribuée à un sujet sentant, etc.^ C’est dans ce sens-là que, selon l’usage le plus répandu, nous prendrons le mot sensation. Par sensation nous entendrons, par conséquent, toutes les données immédiates résultant d’une impression exercée sur les sens.
Dîsitinctioii de la siemsation et de l’impression. —
La sensation étant ainsi définie, il faut la distinguer du phénomène physique qui la précède et qui en est la condition, phénomène qu’on nomme impression.
a) L’impression, c’est la modification des organes, et en particulier des nerfs et des centres nerveux, modification qui a elle-même pour cause ordinaire une action d’un agent extérieur, comme les vibrations de l’air ou de l’éther. La nature de l’impression est mal connue; mais on peut, à coup sûr, affirmer qu’au fond elle se réduit à nn mouvement. Par suite, l’impression a tous les caractères que nous avons reconnus ailleurs (ch. iii) aux phénomènes physiques : elle est susceptible d’être localisée, d’être mesurée, d’être perçue par les sens. La science, sans doute, n’en est point encore là; mais rien, dans la nature de l’impression, ne s’oppose absolument à ce que ces problèmes soient un jour résolus. — La sensation, au contraire, qu’elle soit affective, qu’elle soit représentative, ne peut en aucun cas être assimilée à un mouvement. Par suite, sa nature s’oppose à ce qu’elle soit jamais exactement mesurée, localisée et perçue par les sens.
b) Ce qui prouve en outre la différence essentielle de l’impression et de la sensation, c’est que l’impression peut se produire sans
1. La couleur, par exemple, est en elle-même une senaation; mais si cette sensation est objectivée, rapportée à un objet coloré que nous croyons voir en dehors de nous, à une certaine distance, avec une certaine forme, un certain volume, etc., on dit alors qu’il y a une perception. Au fond, le mot perception, qui dérive de l’opinion commune sur les opérations des sens, est inexact; car, à vrai dire, nous ne percevons rien, sinon nos propres états de conscience.
données de la connaissance : LA SÉNSATION. 93
être accompagnée de sensation. Cela peut avoir lieu : 1° quand l’im • pression est trop faible ; 2” lorsque, trop prolongée ou trop sou vent répétée, elle devient habituelle (l’impression continue de nos vêtements ne produit plus de sensation appréciable); S'’ quand l’attention est distraite par un autre objet (lorsqu’un homme est distrait ou préoccupé, on peut lui parler sans qu’il l’entende).
Distinction des diverses sensations : sensations affectives, sensations représentatives. — La sensation étant ainsi distinguée de l’impression, il s’agit de distinguer les unes des autres les diverses espèces de sensations. — Reconnaissons d’abord deux grandes classes de sensations : les sensations de y ordre affectif, ou plaisirs et douleurs sensibles ; — et les sensations de Yordre représentatif. Ces deux espèces de sensations, nous l’avons déjà dit (ch. viii, § ii), relèvent de deux fonctions psychologiques différentes, et nous renvoyons l’étude des sensations affectives au moment où nous traiterons de la sensibilité (ch. xxxv). Cherchons donc ici les différentes espèces de sensations simplement représentatives.
Distinction des diverses sensations représentatives. — On est bien loin de s’entendre sur ce sujet. Il n’est pas, en effet, aussi facile qu’on se l’imagine de découvrir ce qui est ou n’est pas immédiatement donné comme pure et simple sensation. A l’âge où nous sommes en état d’entreprendre une étude analytique de nos sensations, nous les trouvons en nous fort éloignées de cet état primitif de simplicité et de pureté qu’il s’agit d’atteindre. Elles sont alors au contraire doublement altérées : d’abord, tous nos sens s’exerçant de concert, nos diverses sensations, en vertu des lois d’association, que nous apprendrons plus tard à connaître, se soudent les unes aux autres. En outre, l’intelligence travaillant de concert avec les sens, les sensations, en vertu de la même loi, se compliquent d’éléments intellectuels superposés. Or ces diverses associations deviennent, avec le temps et l’habitude, à peu près indissolubles. Il est donc très difficile d’isoler soit les diverses sensations les unes des autres, soit l’ensemble des sensations des additions ultérieures apportées par la raison et l’expérience. Pour en v(,nir à bout, la simple observation par la conscience ne suffirait pas. On a dù recourir souvent à V expérimentation , qui produit
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE IX
isolément des phénomènes donnés ensemble, dans les conditions ordinaires. D'autre part, on a pu avoir recours aussi à l’élude des cas anormaux (observation de sujets privés d’un sens ou même de plusieurs, etc.), dans lesquels la nature, produisant dans l’organisme des perturbations, des suppressions bien plus profondes que celles que peut se permettre un expérimentateur, nous fournit des sujets d’observation encore plus instructifs, des analyses encore plus décisives.
1*’ Ode 111* ; diversies notions et sensations qui s’y soudent. — Allons du facile au difficile et de ce qui est incontestable à ce qui est contesté. — Une première espèce de sensation, reconnue de tous, c’est la sensation d’odeur. Montrons par l’exemple de cette sensation de quels éléments étrangers une sensation peut se compliquer, et dégageons-la de tous ces éléments. Chacun pourra faire ensuite le même travail pour les autres sensations. — La sensation d’odeur doit être isolée, d’une part, de diverses notions ou représentations de l’ordre intellectuel; d’autre part, de diverses autres sensations.
Elle doit être isolée de diverses notions ou représentations : a) de la représentation de l’objet, cause de l’odeur, laquelle en vertu d’associations innées ou acquises, — innées dans certains cas chez les animaux, acquises chez l’homme, — s’ajoute à la sensation d’odeur. C’est grâce à cette association que, chez les ruminants et les carnassiers par exemple, l’odeur sert, non moins que la vue, à la recherche de l’aliment. Nous aussi, mais grâce â l’expérience, nous distinguons les objets â la simple odeur, par exemple la rose de l’œillet; — h) de la notion plus ou moins exacte de la direction et même de la distance de l’objet odorant; — c) de l’idée de l’organe qui reçoit l’excitation du corps odorant : la sensation d’odeur est en effet vaguement située dans les narines ; c’est ce qu’on nomme localisation. Que cette localisation soit innée ou acquise, peu importe; toujours est-il que l’idée du siège de la sensation d’odeur est bien distincte de cette sensation même.
Elle doit être isolée en outre de sensations concomitantes. Partons des sensations concomitantes qui ont leur siège dans les organes les plus éloignés de l’organe même de l’odorat, pour arriver aux sensations qui ont leur siège dans le même organe que l’odorat.
a) Elle doit être isolée des sensations dites organiques ou du sens vital, provenant soit des voies digestives, soit des voies respiratoires. Des voies digestives, exemple : il y a des odeurs appétis^
santés, des odeurs nauséabondes : l’odeur de la chair émeut l’appétit de l’animal carnassier; l’odeur d’une bonne cuisine réveille aussi le nôtre. Des voies respiratoires, exemple : il y a des odeurs fraîches, comme celle de l’eau de Cologne, qui provoquent une sensation d’aisance du côté des voies respiratoires, et des odeurs étouffantes ou suffocantes qui semblent gêner la respiration, comme celle d’un appartement tenu longtemps fermé; — b) des sensations gustatives : lors même que le corps odorant n’est pas mis en contact avec l’organe du goût, cet organe semble s’ébranler par sympathie : il y a des odeurs qui sont savoureuses, et donnent comme un avant-goût de l’objet; — c) des sensations musculaires , qui naissent du mouvement des narines, lorsque nous prisons ou aspirons l’air pour faire arriver en plus grand nombre les molécules odorantes à la cavité olfactive ; — d) des sensations de tact ; celles-ci, comme les suivantes, ont pour organe l’organe même de l’odeur, à savoir la membrane pituitaire : il y a des odeurs âcres ou piquantes, comme celle de l’ammoniaque, de la moutarde. On dirait que la muqueuse est excitée par ces odeurs comme par une piqûre d’aiguille. D’autres fois, c’est une sensation de chatouillement qui provoque une contraction du nez, un éternuement ; — e) des sensations de chaleur ou de froid : l’odeur du camphre ou de la menthe paraît froide, celle de l’alcool paraît chaude; — f) de la sensation affective de douleur ou de plaisir ; celle-ci plus étroitement unie qu’aucune autre avec la sensation d’odeur, et qui peut-être, en fait, n’en est jamais séparée. — Tous ces éléments étrangers, notions, images, sensations, mis à part, on a comme résidu la pure et simple sensation d’odeur. Voilà une première espèce de la sensation et un premier élément de la connaissance.
Variété des odeurs : impossibilité d’une classification. — Maintenant cette espèce de sensation se divise en un nombre infini de variétés : on a essayé des classifications. Linné distingue les odeurs aromatiques, fragrantes, ambrosiaques, etc. ; d’autres les classent autrement. C’est là un travail sans valeur scientifique. Les odeurs ne peuvent être classées que d’après des analogies plus ou moins vagues et que tout le monde n’apprécie pas de la même façon. Or il n’y a de classifications scientifiques que celles qui sont fondées sur une résolution, décomposition, ou analyse des choses classées, et sur la possession en commun de quelques-uns des caractères ou éléments ainsi distingués par l’analyse. Mais les sensations, quelque tentative qu’on ait faite
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE IX
pour les analyser (voy. ch. xi), sont indécomposables. Donc chaque espèce de sensation d’odeur, produite par chaque espèce de corps, par exemple l’odeur de la rose, du lis, de la truffe, etc., se trouve être une espèce, ou un genre, ou une classe, comme on voudra, puisqu’elle ne saurait rentrer ni dans un genre, ni dans une classe supérieurs. C’est dire, en d’autres termes, que les sensations d’odeur sont réfractaires à la science, puisque la science a précisément pour but de ramener la multiplicité à l’unité. Comme l’a dit M. Taine, le psychologue est, à l’égard des sensations d’odeur, comme le chimiste à l’égard des corps simples du monde physique ; avec cette différence toutefois, au désavantage du psychologue, que les corps simples du monde physique sont, en tout, au nombre d’une soixantaine, tandis que les sensations irréductibles d’odeur sont à peu près aussi nombreuses que les causes qui peuvent les provoquer, c’est-à-dire en nombre indéfini.
Ce que nous disons des sensations d’odeur pourrait à peu près se répéter pour toutes les autres sensations ; moins exactement cependant pour les sensations de couleur et de tact, où la variété est moins grande et l’originalité moins absolue.
2“ Saveur. — Une seconde espèce irréductible de sensation, c’est la sensation de saveur. Pour l’obtenir à l’état brut, il faudrait opérer une désagrégation du même genre que celle de tout à l’heure.
3° Sou. — Une troisième espèce de sensation, c’est la sensation de son.
4" Couleur. — Une quatrième espèce, c’est la sensation de couleur. — Ces quatre premières espèces de sensations exigent, pour se produire, l’excitation d’une partie du corps parfaitement définie. — Les espèces suivantes peuvent répondre à des excitations provenant des différentes parties du corps.
5° Chaleur. — Une cinquième espèce de sensation est celle de chaud et de froid.
6° Attouchemeut. — Une sixième espèce, c’est la sensation que nous désignerons, d’une façon générale, sous le nom de sensation de l’attouchement, et qui, suivant le degré ou la succession des effets, devient sensation de contact, de pression, de traction, de choc, etc. Quant aux représentations de dur, de mou, de rude, de poli, d’humide, d’adhérent, etc., les physiologistes ont montré* qu’elles sont, à vrai dire, non des sensations spéciales, comme le
1. Gratiolet, Anatomie du système nerveux, t. II, p. 401, cité par Taine, l'Intelligence, t. 1, p. 2Ci.
données de la connaissance : LA SENSATION. 97
croit Reid, mais des interprétations, des jugements formés d’après diverses modifications de l’attouchement, d’après la résistance plus ou moins grande à l’effort, etc. Mais l’attouchement est, dans ces représentations, l’unique élément sensible original.
7" Plaîsîi* et douleur. — Enfin, pour faire une énumération complète des phénomènes psychologiques qui résultent immédiatement des impressions exercées sur les sens, on pourrait placer ici les sensations affectives de plaisir ou de douleur. Ces sensations ont ceci de particulier qu’elles peuvent s’associer à n’importe quelle autre sensation. Nous renvoyons à l’étude de la sensibilité ce que nous aurons à dire de particulier sur ces sensations.
§IV
Rapport des sensations représentatives et affectives : raison inverse ; trois deg^rés. — Mais ce qu’il importe de remarquer dès à présent, c’est la manière dont ces sensations, ou cet élément affectif est uni aux diverses sensations représentatives. Il y a ici comme trois degrés à distinguer^ Au premier, se placent les sensations des organes internes et du tact passif qui rentrent toutes, comme nous le dirons plus loin, dans le genre des sensations de l’attouchement; — au second, les sensations du goût et de l’odorat; — au troisième, les sensations de l’ouïe, de la vue et du toucher. Tout d’abord, l’élément affectif prédomine, enveloppe la sensation et semble la constituer tout entière. Puis cet élément s’efface par degrés et finit par s’évanouir, tandis que, par une progression inverse, l’élément représentatif, l’élément capable de fournir matière à une connaissance distincte, presque nul au premier degré, va se dégageant au second, et demeure seul au dernier.
I. Atosesicc de l’clément a^eprésentatif. — Considérons d’abord les sensations des organes internes. Cette sensibilité générale est la source d’un grand nombre de sensations agréables et surtout douloureuses. Nous ne sentons guère nos organes internes que pour en souffrir. Mais quelle prise y a-t-il pour l’intelligence dans ces sensations? Aucune, ou presque aucune; d’où résulte que nous sommes hors d’état de nommer ces douleurs et de les décrire; ou bien, si nous voulons le faire, nous sommes obligés de les assimiler à d’autres