III. Pi*é€lominaucc de l’élémcBit i*epi*és»eiitatif
Arrivons au troisième degré : ici, l’élément affectif devient insignifiant. C’est par exception qu’un son ou une couleur est accompagné d’un plaisir ou d’une douleur. Une lumière trop vive, certains assemblages de couleurs font mal à l’œil. Les grincements d’une lime ou d’une scie sont désagréables à l’oreille. Quant aux sensations qui accompagnent le toucher actif, elles n’ont absolument aucun caractère affectif; mais, en revanche, l’élément représentatif a pris désormais la première place, et son rôle va croissant de l’ouïe au toucher.
Oiialitcs représentatives des sons. — Dans les sons^ tout d’abord, on peut distinguer divers aspects sur lesquels s’exercera l’activité de l’intelligence. Les sons se distinguent entre eux au point de vue de l’intensité, laquelle dépend, comme on sait, de l’amplitude des vibrations. Ils se distinguent par le timbre, qui dépend de l’addition, aux vibrations qui produisent la note fondamentale, d’autres vibrations une, deux, trois... fois plus rapides. Mais, dans les autres sensations aussi, on peut noter des différences du même genre; car, entre les odeurs, par exemple, il y a des différences d’intensité et aussi des différences de qualité qui correspondent à peu près aux différences de timbre. — Mais voici qui est spécial au son : c’est la différence de tonalité ou de hauteur, qui dépend du nombre de vibrations. Rien de pareil pour les odeurs et les saveurs. Pas moyen de composer une échelle ou gamme ascendante ou descendante des odeurs et des saveurs. On le peut pour les sons. Aussi les notes ont-elles leur nom ; et, qui plus est, quand ces notes reparaissent, lorsqu’une seconde gamme se superpose à la première, on les retrouve, on les reconnaît et on leur donne le même nom. On sait, de plus, quel intervalle sépare deux notes différentes. On peut prendre un de ces intervalles pour unité, et on reconnaît si, entre deux notes différentes, cet intervalle se retrouve plus grand ou plus petit*. Rien de semblable pour les odeurs et les saveurs. Cette propriété des sons est d’un grand secours au physicien pour construire la théorie de la cause extérieure du son, c’està-dire pour Vacoustique, quoique, à la rigueur, il puisse sans cela construire cette théorie; et elle est le fondement d’une science spéciale, Vharmonie^,
Otialîéés représentatives de la couleur. — Dans la sensation de couleur, on peut de même distinguer des différences d’intensité, de saturation et de tonalité. L’intensité, dit Helmholtz^, dépend de la quantité de lumière. — La saturation dépend de la pureté; elle présente son maximum dans les couleurs simples du spectre. — Les différences de ton sont celles qui existent entre les différentes couleurs spectrales : violet, bleu, vert, etc. 11 y a ici quelque chose d’analogue à la tonalité des sons. Mais cette analogie ne doit pas faire méconnaître les différences. D’abord, la
1. Voy. G. Guéroult {Rev. phil., juillet 1881, p. 33) : « Les choses sc passent comme s’il existait une sorte d’espace idéal, où se mouvrait un mobile d’une espèce particulière, le son. »
2. Voy. Cournot, du Fondement de nos Connaissances, t. I, p. 215.
3. Conférences de Bonn, dans la Revue scientifique, 1868-1869, p. 328.
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE IX
gamme des sons est beaucoup plus étendue. La vue n’embrasse pas même line octave, tandis qu’à la rigueur il y a onze octaves perceptibles à l’ouïe L Par suite, pour l’ouïe, les mêmes sons reviennent plusieurs fois, comme à des hauteurs différentes ; rien de pareil pour la vue. — H y a plus : peut-on même dire que du rouge au violet il y ait une gradation quelconque, soit montante, soit descendante? Non : il n’y a pas de haut et de bas dans les couleurs, et l’on ne saurait où prendre le commencement ou la fin de cette prétendue gamme des couleurs. — C’est pourquoi aussi, bien qu’on parle d’intervalles pour les couleurs, il n’est pas possible de dégager des sensations de la vue, comme cela est possible pour les sensations de l’ouïe, la notion d’intervalles comparables entre eux et dont on constate avec assez de rigueur l’égalité ou l’inégalité.
ffoi*me éminemment i*epi*ésentatiTe que reTétent lesi sensiationis optiques^ et tactiles : l’étendue. — De là il résulte que, si la vue n’avait pour objet que la distinction des couleurs, elle serait au-dessous de l’ouïe, puisque, dans le son, il y a des proportions constantes, assez exactement mesurables, et que dans les couleurs il n’y en a pas. — De même, le toucher serait au-dessous de l’ouïe, si le toucher n’avait pour objet que la distinction des qualités tactiles. — Mais voici en quoi ce désavantage se trouve compensé et plus que compensé. C’est en ceci que, grâce à une propriété sur laquelle nous aurons à revenir (ch. xii), les sensations optiques et tactiles s'ordonnent seules dans V étendue. Or l’étendue, les rapports d’étendue, voilà l’objet scientifique par excellence, puisque toutes les sciences de la nature, et même, au fond, nous l’avons vu, toutes les sciences abstraites, ont pour matière unique l’étendue. — De là il suit que, si toutes les sensations, celles de la vue et surtout du toucher exceptées, nous étaient enlevées, l’intelligence et la science humaines n’en subiraient point un dommage irréparable. Au contraire, si les données du toucher et celles de la vue étaient supprimées, toutes les autres sensations subsistant, l’intelligence et la science humaines périraient pour ainsi dire tout entières. On verra plus tard à quoi tient ce privilège de la notion de l’étendue.
De cette comparaison de nos sensations il résulte donc, en résumé, que l’élément affectif et l’élément représentatif sont en raison inverse l’im de l’autre.