‹ Leçons de philosophieChapitre 35 sur 130 · Logique, ch. viii, p. 66 et suiv · texte numérisé non relu

Logique, ch. viii, p. 66 et suiv

PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XIII

Tout cela serait à peu près admissible s’il ne s’agissait que d’une description des faits, si Condillac prétendait seulement nous dire dans quelles conditions l’activité entre en scène, et marquer la succession historique des états de l’âme. Mais c’est d’une explication qu’il s’agit; il prétend montrer comment la sensation se transforme en désir. Or il est aisé de voir que cette explication fait totalement défaut. (( La souffrance nous porte^ » dit-il. — Comment nous portet-elle? D’où vient cette réaction? En elle-même la souffrance n’est pas la tendance ; elle ne fait pas la substance ou l’essence du désir, elle n’est que l’aiguillon du désir.

Spencer. — M. Spencer a fait aussi une tentative originale pour expliquer le désir L ' •

Supposons que le sujet du phénomène psychologique que nous étudions soit un animal carnassier qui s’est emparé d’une proie. Cette expérience se compose d’actes de poursuite, d’attaque, et finalement de l’acte de mettre en pièces et d’avaler. Plus tard, la vue du même animal fera renaître, à un certain degré, les états psychiques impliqués dans l’acte de poursuivre, attaquer, mettre en pièces et dévorer. Mais cette excitation partielle, qu’est-elle? Ce n’est rien autre chose qu’une 'impulsion, un désir. « Ressentir à un faible degré les états psychiques impliqués dans les actes de prendre, de tuer et dévorer, c’est avoir le désir de prendre, tuer et dévorer... Le penchant à produire un acte n’est autre chose que V excitation naissante des états psychiques impliqués dans cet acte. >

Il y a du vrai, à coup sûr, dans ces observations. Certainement, dans le désir, les actes désirés sont réalisés pour ainsi dire à Vétat naissant. Mais nous ne trouvons là aucune lumière sur la nature essentielle et Vorigine du désir. En effet, M. Spencer n’admet pas que, dans la première expérience de l’animal en question, le désir accompagne les états psychiques qui suivent les actes de saisir, déchirer, etc. Il ne l’admet pas, puisque c’est dans la remémoration de cette expérience qu’il fait apparaître le désir. Cela posé, de deux choses l’une : ou bien, dans cette reproduction imparfaite de la première expérience, il n’y a rien de plus que dans la première; en ce cas, le désir, qui n’existe pas dans la première expérience, n’existe pas non plus dans la copie affaiblie, mais exacte de cette première expérience ; — ou bien, au contraire, dans la remémoration, on admet une tendance à achever l’acte commencé, et alors

1, Principes de Psychologie, t. I, 4* partie, ch. viii.

MODES ACTIFS DE LA CONSCIENCE

cette tendance est un élément nouveau qui est introduit subrepticement et n’est pas déduit. D’une part on méconnaît la chose à expliquer, d’autre part on la suppose : c’est une ignorance du sujet ou une pétition de principe.

Coucliision. — Concluons donc que les modes actifs de la conscience sont des modes spécifiquement distincts de tous les autres, et, par conséquent, des données nouvelles et originales de la représentation.

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