oy. Taine, ibid.i Maury, le Sommeil et les Rêves
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XIV
quelles sont, à ce moment même, les conditions qui provoquent sa réviviscence? — L’autre moment, c’est celui qui précède la réviviscence: avant qu’un état de conscience renaisse, qu’est-ce qui le rendait apte à renaître ? Il y a donc à chercher, d’une part, la raison d’un fait actuel, d’une réalité ; d’autre part, les raisons d’une possibilité. Ce second problème n’est nullement fictif et chimérique comme quelques-uns l’ont dit. En effet, il est certain qu’une aptitude, une possibilité précédait ici la réalité : sans quoi celui qui sait et celui qui ne sait pas seraient égaux, tout le temps que celui qui sait ne songe pas à ce qu’îl sait. L’aveugle qui n’a pas éprouvé l’état de conscience appelé couleur, serait l’égal de celui qui a vu des couleurs, dès que celui-ci ferm.e les yeux. Or il n’en est rien : pour les aveugles et pour ceux qui ne savent pas, V imagination choses qu’ils n’ont pas vues ou qu’ils ne savent pas est impossible ; pour les autres elle est possible. Cette possibilité n’est donc pas un pur rien; et elle se fonde sur quelque réalité actuelle. Car il faut un fondement réel et actuel au possible même; sans quoi, le possible n’est qu’une conception arbitraire de notre imagination, et un véritable impossible.
Preiuîei* problème : A. Conditions de l’aptitude à renaître. Quatre théories. — Commençons donc par chercher la raison actuelle de cette possibilité, c’est-à-dire de cette aptitude à renaître. — On ne voit que quatre manières possibles de se représenter la condition réelle et actuelle qui fonde la possibilité de la réviviscence.
a) Survivance à l’état inconscient. — Une première théorie allègue, pour expliquer la mémoire, une survivance à l’état absolument inconscient, des faits qui ont été des faits de conscience et qui peuvent le redevenir. — Mais cette manière de se représenter la condition de la mémoire est, à vrai dire, une manière de ne pas se la représenter du tout; car nul ne peut se représenter comme absolument inconscients des faits qui ne lui ont été connus qu’à titre de faits de conscience. Il y a plus, cette conception est positivement contradictoire, et c’est de cette contradiction même que résulte l’impossibilité de la réaliser effectivement dans la pensée (ch. VI, § 4).
b) Survivance à l’état de sourde conscience. — Une
deuxième théorie a recours à la survivance, à Vétat de moindre conscience, ou de conscience sourde, des faits de conscience qui ont été pleinement conscients et qui peuvent le redevenir.
€ Il n’y a pas, dit M. Bouillier, d’idée, du moins parmi celles que la mémoire pourra rappeler un jour, qui sorte de notre esprit. Nulle idée n’en sort, mais toute idée devient invisible pour un temps ou pour toujours. Se souvenir c’est avoir de nouveau conscience de ce qui n’a pas cessé d’exister en notre âme (à l’état de moindre conscience)... Ainsi, en des couches diverses, et en quantités innombrables, dorment dans le fond de notre âme des idées qui deviennent insensibles, jusqu’au jour où quelque circonstance, quelque effort d’attention viennent de nouveau les remettre en lumière n
C’est la théorie de Platon, de saint Augustin, de Leibniz
Si cette hypothèse n’est pas absurde comme la précédente, on peut dire qu’elle est énorme, et qui plus est, absolument invérifiable.
c) StiPTivance d^une babitude psycholog^iqikc. — Une
troisième théorie ramène la mémoire à l’habitude, et conçoit l’habitude elle-même comme une disposition permanente de Vâme à refaire, pour peu que les circonstances s’y prêtent, ce qu’elle a déjà fait, à penser de nouveau les choses qu’elle a déjà pensées. — Nous croyons volontiers que cette opinion est vraie; et elle peut être adoptée concurremment avec celle que nous allons proposer tout à l’heure. Elle a malheureusement un grave défaut : c’est que, quand on l’a énoncée, on en a dit tout ce qu’il est possible d’en dire. Ces habitudes, ou dispositions, ou tendances permanentes de l’àme, comment, en effet, se les représenter d’une façon précise et concrète? Gela nous est interdit; car ces habitudes ne sont pas des faits de conscience, elles ne tombent pas sous la conscience, nous n’en avons aucune expérience d’aucune espèce. Nous ne pouvons même les concevoir par analogie avec les faits de conscience qui y ont donné naissance ; car alors, concevant ces habitudes comme des faits de conscience inconscients ou quasi inconscients, nous retomberions dans l’une ou l’autre des théories que l’on vient d’écarter. — D’ailleurs un fait de conscience (une idée par exemple) inconscient ou quasi inconscient pourrait-il s’appeler une habitude? On se figure généralement une habitude comme une tendance ou disposition à reproduire un acte et non comme une reproduction en petit de cet acte même. — Disons donc qu’il y a sans doute dans l’âme une raison permanente inconnue qui fonde la possibilité du souvenir, et appelons, si l’on