Le principe vital et Vâme pensante, p
2. Ce qui n’empêchait pas d’ailleurs Leibniz d’admettre parallèlement, en vertu de l’harmonie préétablie entre l’âme et le corps, la conservation dans Vorganisme de dispositions physiologiques correspondant à ces souvenirs latents.
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XIV
veut, cette raison : habitude. Mais, tout moyen nous faisant défaut pour en déterminer la nature, il faut, à l’exemple des plus grands spiritualistes. Descartes, Malebranche, Leibniz, se tourner du côté du corps et y chercher une explication plus aisément saisissable ^ .
d) SIurvÎTance d’une habitude ph^siolog^îque. — Reste donc l’explication physiologique qui cherche dans des traces ou résidus organiques laissés dans le cerveau par les impressions primitives la condition de la mémoire. On peut démontrer la possibilité, la probabilité, la réalité de semblables résidus.
Possibilité de semblables habitudes. — hsi possibilité : en effet, toute impression organique est une modification des centres nerveux ; mais toute modification organique peut laisser et doit même laisser quelque trace après elle, car il n’y a pas de cause sans effet.
Objection sur leur durée. Réponse. — Sans doute, dira-t-on; mais ce qui est impossible ce n’est pas ces traces ellesmêmes, c’est leur durée, leur persistance. — Reconnaissons en effe que, dans une certaine mesure, ces traces sont sujettes à s’effacer, quoique peut-être aucune d’elles ne disparaisse jamais absolument. C’est pourquoi de tout ce que nous avons pensé, senti et voulu dans notre vie, une infime partie seulement revient à la conscience, quoique peut-être, si on en juge par certains cas de restaurations extraordinaires, il n’y ait pas de fait de conscience si faible, si fugitif qu’on le suppose, qui ne soit susceptible d’être remémoré
1. Et pourtant, disons-le par avance, cette explication physiologique elle-même ne pourra être que provisoire. Lorsqu’on parle de traces, de mouvements intestins, de plis, etc., subsistant dans le cerveau, on se laisse aller volontiers à croire qu’en soi et dans l'absolu, le cerveau est tel qu’il apparaît dans la représentation sensible. Mais le cerveau nous est connu, comme tout autre corps, par nos sensations, et nos sensations, dit Helmholtz, ne sont jamais les images, mais seulement les signes des réalités extérieures. Tel qu’on se le figure, le cerveau n’est qu’une apparence; apparences aussi, par conséquent, ces traces de nature physique ou mécanique que nous nous figurons dans le cerveau. — Qu’est-ce donc que le cerveau en lui-même et dans l’absolu? et qu’est-ce qui correspond dans cet absolu à ces traces que nous nous figurons? Dans un cerveau conçu, par exemple, suivant l’opinion de Leibniz et de beaucoup de savants sur la matière, comme un agrégat de forces simples et inétendues, en quoi peuvent consister ces dispositions qui fondent la possibilité du souvenir? C’est ici le cas de dire avec Du Bois Reymond :
« Ignoramus, ignorabimus. » L’explication physiologique est donc relativement claire, mais elle n’est certainement pas l’explication absolue, et elle ne permet même pas de soupçonner l’explication absolue.
2. Voy. dans Ribot, les Maladies de la mémoire, ch. iv, et dans Taine, de l'In^ telligence,V\v. II, ch. ii, des cas surprenants de restaurations de ce genre. Citons seulement celui de cette jeune fille tout à fait ignorante, qui, à l’âge de vingt-cinq ans, durant une grave maladie, récitait fort correctement de longs morceaux de latin, de grec et d’hébreu rabbinique qu’elle avait entendu, à l’âge de neuf ans, répéter par son oncle, pasteur fort savant, dans un couloir attenant â la cuisine, où il se promenait après ses repas en lisant ses auteurs favoris.
c Comme toutes choses en ce monde, les traces organiques sont donc sujettes à la loi de changement, d’altération, de destruction. Mais il n’en est pas moins certain qu’il faut accorder à quelques-unes au moins de ces traces une persistance pour ainsi dire indélinie. > (Uibot, ibid.)
Cas analogues. — D’ailleurs, en d’autres cas, ou peut constater ou inférer avec certitude une persistance analogue d’impressions tout aussi fugitives. Posez une clef sur une feuille de papier blanc; e.xposez le papier en plein soleil, conservez ce papier dans un tiroir obscur, et au bout de quelques années l’image spectrale de la clef sera encore visible ^ — Dira-t-on qu’une pareille persistance est impossible dans la matière organisée, où tous les élément se renouvellent sans cesse? 11 sera aisé de répondre que, dans ce renouvellement perpétuel, quelque chose persiste, à savoir les formes. Une cicatrice insignifiante reste visible toute la vie. Le virus de la petite vérole et des maladies infectieuses en général fait sur tous les éléments du corps une impression qu’ils gardent pour toujours La fibre musculaire se modifie d’une façon permanente par l’exercice. Dans les centres nerveux eux-mêmes, la même propriété de conserver des impressions reçues se révèle dans l’accomplissement de tous ces mouvements coordonnés qui sont acquis par l’habitude.
« Ces mouvements, dit M. Luys, témoignent de l’aptitude qu’ont les cellules excito-motrices de la moelle épinière à conserver la trace des ébranlements qui les ont mises d’abord en jeu et à persister plus ou moins longtemps dans V orientation primordiale qui leur a été donnée.. Les cellules nerveuses sont polarisées dans la situation où elles ont été placées. C’est une sorte de catalepsie histologique. »
Substituez maintenant les centres supérieurs aux centres moteurs et la possibilité de la mémoire apparaîtra.
Autre objection au sujet de la coexistence de ces habitudes. Réponse. — Mais il faut prévoir une autre objection : c’est V impossibilité de la coexistence de tant d’impressions que supposerait la mémoire. — Mais d’abord la difficulté est atténuée si l’on songe à la quantité énorme d’éléments de matière nerveuse que contient le cerveau : 600 millions de cellules, suivant les