‹ Leçons de philosophieChapitre 47 sur 130 · CHAPITRE XVI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XVI

CONSERVATION ET COMBINAISON (Suite)

DE LA LOI DE RÉVIVISCENCE DES ÉTATS DE CONSCIENCE OU DE l’association DES IDÉES

il*oui*qiioi tel sioiivenii* plutôt que tel autre esit-ii

restauré? — Nous avons indiqué les conditions de la réviviscence des états de conscience en général; nous avons vu qu’elle suppose le renouvellement d’une impression nerveuse de même nature que l’impression qui a donné naissance aux états primaires ; et que cette impression doit, pour être efficace, avoir une certaine intensité, une certaine durée. — Mais cela ne nous fait savoir en rien pourquoi, à tel moment donné, parmi le nombre infini d’impressions susceptibles de se renouveler, c’est telle impression plutôt que telle autre qui est renouvelée ; ou, au point de vue psychologique, pourquoi parmi le nombre infini d’états de conscience susceptibles de renaître, c’est tel état plutôt que tel autre qui renaît. Après avoir cherché les conditions de la réviviscence des états de conscience en général, il nous reste donc à chercher les conditions particulières de la réviviscence dans chaque cas particulier.

La faisiou est dans Tidée antécédente. — Partons des faits psychologiques, c’est-à-dire des états de conscience réviviscents. Je pense, par exemple, à la pluie: pourquoi? Parce que j’ai vu le ciel chargé de nuages. Je pense au tonnerre : pourquoi? Parce que j’ai vu l’éclair. Je pense à Napoléon P'' : pourquoi? Parce que tout à l’heure je pensais à César ou à Alexandre, etc. Dans tous ces cas, l’idée à laquelle j’aboutis est évidemment déterminée par l’idée antécédente. Si l’idée antécédente eût été autre, autre aussi eût été l’idée subséquente. Si, par exemple, au lieu de penser à Alexandre j’eusse pensé à Socrate, il est infiniment probable que je n’eusse

PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XVI

pas, l’instant d’après, pensé à Napoléon. On parle souvent du mouvement ou du courant de la pensée: de même en effet que, pour le mobile, la position occupée à chaque instant est déterminée par la position occupée l’instant d’avant, de même pour la pensée, — sauf les cas où la représentation est un état primaire suscité en nous par l’action d’une cause externe, — chaque état de la pensée nous apparaît comme déterminé par l’état immédiatement antérieur.

Association des idées. — Nos états de conscience ont donc la propriété de se déterminer et de se suggérer les uns les autres. C’est ce qu’on appelle l’Association des idées, et ce qu’il vaudrait mieux appeler, d’un terme plus clair, la suggestion des idées par les idées. — Il importe d’ailleurs de remarquer que cette loi d’association ne concerne pas seulement les idées, mais tout l’ensemble des états de conscience. Les divers états de conscience sont susceptibles de s’associer entre eux, et aussi avec les actions corporelles, ou mouvements qui sont les causes ou les effets de ces états. On reviendra sur ce sujet. Pour le moment, comme nous faisons ici l’étude de l’intelligence, nous nous occuperons principalement des associations d’idées dans le sens étroit de ce mot.

liois de Fassociatioii. Rapports allégués. — Quelles sont les lois qui régissent ce phénomène de l’association des idées?

« Quand nous poursuivons (6yîp£uof/,£v), dit Aristote, une pensée qui ne s’offre pas immédiatement à nous, nous y sommes conduits en partant d’une autre idée, par le moyen de la ressemblance, ou du contraste, ou de la contiguïté, àip’ o(/.oi'ou, tî evavtiou, îî toû aùv£'^yu;. » (De Mem. et Rem., IL)

Dans les temps modernes. Hume admet aussi trois principes de l’Association des idées, savoir : la ressemblance, la contiguïté de temps et de lieu, et la causalité. — Après Hume, d’autres auteurs ont considérabîement accru la liste de ces relations qui gouvernent, dit-on, l’Association des idées. On les a divisées en deux catégories : relations fortuites ou accidentelles : comme les rapports de contiguité dans le temps ou l’espace (la France fait penser à l’Espagne, César à Cicéron); de signe à chose signifiée (\e mot Dieu fait penser à l’être parfait), etc. — 2" Relations logiques ou essentielles: comme les rapports de contenant à contenu (l’urne fait penser aux boules qu’elle renferme); de moyen à fin (l’aile fait penser au vol) ; de cause à effet (la poudre fait penser à l’explosion), etc.

ASSOCIATION DES IDÉES

Aujourd’hui l’école anglaise reconnaît deux principes de l’Association des idées : 1® la contiguïté (contiguïté est pris ici dans un autre sens que tout à l’heure; il ne s’agit pas d’une contiguïté extérieure des objets dans le temps ou l’espace, mais d’une contiguité subjective et intérieure des idées dans la conscience; deux idées sont dites contiguës lorsqu’elles se sont produites simultanément ou en succession immédiate dans la conscience) ; — 2" la similarité ou ressemblance. Mais, règle générale, ces auteurs sont extrêmement sobres de renseignements sur la manière dont il faut entendre ces rapports et leur rôle dans l’Association des idées.

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