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Éludes élémentaires de philosophie, t. I, p

ASSOCIATION DES IDÉES

de l’association; elle n’en est donc pas la cause. — Et cela est egalement vrai de tous les rapports allégués: on ne peut penser le rapport de cause à eflet qui existe entre Scipion et la ruine de Carthage, tant qu’on ne pense pas simultanément à Scipion et à la ruine de Carthage ; on ne peut penser le rapport de succession qui existe entre le tonnerre et l’éclair, tant qu’on ne pense pas à la fois au tonnerre et à l’éclair; on ne peut penser le rapport de contiguïté qui existe entre la France et l’Espagne, tant qu’on ne pense pas à la fois à la France et à l’Espagne; on ne peut penser le rapport d'identité qui existe entre telle conséquence et tel principe, si on ne pense à la fois la conséquence et le principe.

Association par similarité, d’après WË. Bain. — Même chose à dire pour le rapport de ressemblance ; et ici nous trouvons chez les psychologues anglais, chez M. Bain en particulier, une belle illustration du cercle vicieux qui vient d’être signalé*. M. Bain voit dans la similarité l’un des deux grands principes qui, d’après lui, régissent toutes les associations. Mais comment entend-il la similarité? Il n’y a que deux manières possibles de l’entendre : ou bien il s’agit d’une ressemblance de fait existant entre les idées, quoique non perçue, non reconnue par l’esprit même en qui résident les idées: les idées sont alors semblables comme deux objets extérieurs le sont avant que personne se soit avisé de leur ressemblance ; — ou bien il s’agit d’une ressemblance perçue, reconnue par l’esprit, en qui résident les idées. Quelque parti que l’on prenne, la théorie est absurde.

F’ S’agit-il d’une ressemblance de fait^ Cette ressemblance de fait n'existe pas avant la réalisation des deux idées qui, une fois réalisées, se trouvent être semblables ; la ressemblance n’existe pas avant les semblables, mais après. Donc, tant que l’une des deux idées seulement est donnée dans l’esprit, cette ressemblance à venir n’est rien encore ; donc, n’étant rien, elle ne peut avoir aucune vertu pour susciter la seconde idée.

2“ S’agit-il de U perception d'une ressemblance^^ Cette perception suppose évidemment la perception préalable des deux termes entre lesquels est reconnue la ressemblance. Donc, tant qu’un seul des termes est donné, cette perception n existe pas ; donc, elle ne peut avoir la vertu de susciter le second terme.

Or maintenant, en fait, entre ces deux manières d’entendre la

1. Voy. dans la Rev. phiL, t. IX, l’intéressante étude de M. Brochard sur les associations par similarité.

PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XVI

similarité, c’est la seconde que M. Bain choisit. C’est ce qui résulte avec évidence de nombreux passages tels que celui-ci* :

« La dernière propriété de l’esprit est l’aperception de la concordance ou ressemblance... Cette faculté de découvrir des ressemblances est un nouveau moyen de rappeler à V esprit les idées passées : on lui donne le nom de principe associant ou reproductif de la similarité. La contiguïté et la similarité sont les deux grands principes ou forces de la reproduction mentale. »

Or, au début de son ouvrage (p. 4), M. Bain disait:

« La mémoire est nécessaire à l’exercice de la similarité, car on ne peut distinguer deux impressions successives si la première ne persiste pas dans l’esprit pour être opposée à la seconde ; on ne peut, non plus, identifier un sentiment présent avec un autre sentiment qui n’ existerait pas dans la pensée. >

Voilà le cercle vicieux : s’il n’y a pas moyen de percevoir une ressemblance entre un état dé conscience et un autre qui n’existe pas encore dans la pensée, comment la perception de cette ressemblance pourra-t-elle susciter ce second état dans la pensée ?

Concluons donc que, de quelque façon qu’on entende la similarité, — similarité de fait, c’est-à-dire ressemblance des idées en ellesmêmes, mais ressemblance non reconnue par l’esprit, ou similarité perçue par l’esprit, — la similarité ne peut jouer absolument aucun rôle dans aucune association.

Résumé : aucun rapport n’est, en aucun sens, cause d’aucune association. — Ainsi, pour résumer le tout, les rapports allégués pour expliquer l’Association, de quelque façon qu’on les entende, ne peuvent jouer aucun rôle dans aucune association, S’agit-il de rapports existant entre les objets? Ces rapports ne sont pour rien dans la réviviscence : car, dans la réviviscence, l’esprit étant soustrait à l’influence des objets, ces rapports, réels en soi, sont pour nous comme s’ils n’étaient pas. — S’agit-il de rapports conçus par l’esprit? Ces rapports ne sont pour rien non plus dans la réviviscence, car ils ne peuvent être conçus qu’après que la réviviscence est opérée.

Objection : il s’agit des principes rationnels. — Mais contre cette dernière conclusion, et pour maintenir le rôle des rapports conçus par l’esprit, on pourra faire l’objection suivante : « Il

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