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Sens et Intelligence, 282-283; cf

ASSOCIATION DES IDÉES

faut, \ dira-t-on, savoir prendre les choses dans un bon sens. Sans doute un rapport particulier d’identité, ou de causalité, ou de ressemblance, ou de contiguïté, ou de finalité, etc., entre deux termes, suppose, pour être perçu, la présence préalable dans la conscience de ces deux termes; mais il ne s’agit pas de rapports particuliers de causalité, de finalité, de contiguïté, de ressemblance, d’identité, etc.; il s’agit de rapports généraux comme ceux-ci : pas de fait sans cause efficiente ou finale ; pas de phénomène qui ne soit contigu à d’autres phénomènes dans l’espace ou dans le temps; pas de phénomène qui ne ressemble sous quelque rapport à d’autres phénomènes ; pas de conséquence qui ne soit partiellement identique avec son principe, etc. Ce sont ces principes généraux, ce sont ces lois abstraites de l’entendement, ces lois rationnelles, toujours présentes à la pensée indépendamment de toute représentation concrète, qui sont les principes associants de nos idées, les moyens efficaces de la suggestion. Tout le monde ne reconnaît-il pas au principe de causalité ou de finalité, par exemple, cette vertu suggestive?

Réponse : ils ne jouent non plus aucun rôle. — C’est encore une erreur dont il faut se débarrasser. Etant donné un phénomène actuellement représenté dans ma conscience, le principe de causalité peut bien me suggérer l’idée que ce phénomène doit avoir une cause; et de même le principe de finalité peut bien me suggérer l’idée que ce phénomène doit avoir une fin. Mais ni le principe de causalité ne peut par lui-même nous suggérer la représentation de cette cause ; ni le principe de finalité, la représentation de cette fin. Les principes de causalité et de finalité intervenant me disent qu’il y a une cause et une fin à trouver, ils me poussent à l’investigation de cette cause et de cette fin ; mais ils sont par eux-mêmes impuissants à me les faire trouver. Ce qu’ils suggèrent, c’est la recherche, en quoi leur rôle est à coup sûr d’une importance capitale ; ce qu’ils ne suggèrent pas et ne peuvent suggérer, c’est la découverte*.

Comment, en effet, cette pensée, que tout phénomène a une cause, pourrait-elle me conduire, étant donnée l’idée d’un phénomène particulier, à l’idée de sa cause particulière? Comment, par exemple,

1. Le principe de causalité nous fait, suivant un mot de CI. Bernard, croire à la science, à la possibilité de la science, c’est-à-dire à Vexistence des causes. C’est beaucoup ; mais le principe de causalité ne sert à rien pour effectuer la science. A ce compte, tout le monde serait savant à peu de frais ; il n’y aurait qu’à s’abandonner aux suggestions du principe de causalité, sans expériences ni recherches d’aucune sorte; la science se ferait ainsi toute seule.

PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XVI

l’idée du son, plus le principe de causalité, pourraient-ils me conduire à l’idée des vibrations aériennes ? — Que si on suppose la cause antérieurement connue, alors il est sûr que l’effet nous fera penser à la cause : mais ce ne sera point parce que l’un est effet et l’autre cause; ce sera simplement, comme on le verra tout à l’heure, parce que ces deux idées ont été déjà antérieurement unies dans la conscience : c’est le cas ordinaire de toute association.

Ainsi, en résumé, que la cause soit inconnue et à découvrir, ou bien, que la cause soit connue et qu’il s’agisse simplement de se la remémorer, ce n’est en aucun casle principe de causalité qui peut, soit en faire surgir pour la première fois l’idée dans la conscience, soit l’y ramener.

Même chose à dire du principe de finalité : savoir que tout organe a une fin, cela ne nous apprend pas à quoi sert la rate, et même ne servirait à rien pour nous en faire ressouvenir, si nous le savions. — Même chose à dire du principe de contiguïté dans le temps et dans l’espace : savoir que tout événement a été précédé d’autres événements, ne peut ni nous apprendre, ni même nous remettre en mémoire quels événements ont précédé un événement particulier; savoir qu’un département est borné par un autre département ne sert à rien, ni pour nous apprendre quel est ce département, ni pour nous en faire ressouvenir si nous l’avons su.

Résumé. — Donc, encore une fois, les rapports de contiguïté, de causalité, de ressemblance, etc., de quelque façon qu’on les entende, soit comme rapports objectifs entre les choses, soit comme rapports perçus entre les idées, soit comme lois rationnelles, ne peuvent rendre compte d'aucun cas d’association d’idées ; et, chercher dans ces rapports l’explication de l’Association des idées, c’est tourner le dos à la véritable explication

§ IV

Véritable explication. — Où donc chercher la véritable explication? On vient de le voir, il ne faut pas la chercher dans les choses; il ne faut pas la chercher dans V intelligence ou dans la pensée elle-même : où donc est-elle? Elle n’est pas externe ou physique, elle n’est pas intellectuelle ou logique : que peut-elle être donc ? Quel intermédiaire y a-t-il entre les choses et la pensée où puissent résider les conditions de l’Association des idées?

ASSOCIATION DES IDÉES

Tout cas d’association présuppose contiguïté de conscience. — Partons d’une observation de fait. En fait, deux idées qui, un certain nombre de fois, ou même une seule fois, se sont trouvées en présence, ou se sont succédé immédiatement; deux idées, en un mot, qui se sont trouvées en contiguïté dans la conscience, peuvent ensuite se suggérer l’une l’autre. Exemple : on montre à un enfant une lettre et on la lui nomme : désormais la vue de la lettre lui suggère l’idée du son.

Non seulement cela arrive, mais encore, en fait, il n’est aucun cas d’association d’idées dans lequel les idées, dont l’une a suggéré l’autre, ne se soient ainsi trouvées en présence ou en succession immédiate dans la conscience. Il est aisé, en effet, de voir que tous les cas distingués par les psychologues, rentrent dans ce cas-là : associations dites par contiguïté de temps ou de lieu (il s’agit ici de la contiguïté externe de temps ou de lieu entre les choses), — associations par causalité, — associations de signe à chose signifiée, etc. : dans tous ces cas, les deux idées s’associent en effet, si le rapport en question a été perçu, c’est-à-dire si les idées se sont trouvées une fois au moins en contiguïté dans la conscience.

Exception apparente : associations par ressemblance. — Ici se présente la grande exception apparente tirée des associations par ressemblance. Il est faux, dit-on, que l’association ne rapproche que des idées déjà rapprochées dans la perception première; car une chose nous fait souvent penser à une autre chose que nous n’avions jamais vue en même temps, pourvu que ces deux choses se ressemblent. Or la moitié des associations d’idées, ou plus, est de cet ordre.

Réduction aux associations par contiguïté. — Mais l’ohservation sur laquelle repose cette objection est incomplète et superficielle; elle s’arrête à mi-chemin; elle s’en tient à la première apparence ; elle prend les choses en gros : ce n’est pas le moyen de les bien connaître. Je rencontre pour la première fois dans la rue une personne qui me fait penser à une autre personne qui lui ressemblait, mais qui est morte depuis vingt ans. Voilà certes un cas où il n’y a pas eu, antérieurement à l’association, simultanéité des deux représentations dans la conscience. — Gela est vrai, mais s’en tenir à cette constatation, c’est, on peut le dire, de la philosophie paresseuse. Analysons : la représentation actuelle fait penser à la représentation passée. Oui, mais c’est qu’il y a des caractères communs entre ces deux représentations. Cela

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étant, nous pouvons dire : si la suggestion s’opère, c’est que ces caractères communs, actuellement représentés, ramènent dans la conscience les autres caractères avec lesquels, dans la première expérience, ils avaient coexisté. Soit ABCD la représentation actuelle, soit AXYZ la représentation passée. La première rappelle la seconde : pourquoi? Parce que A rappelle les caractères XYZ qui se sont trouvés jadis en contiguïté avec lui dans la conscience A Les associations par ressemblance, inintelligibles en droit, comme on l’a vu, n’existent pas en fait ; elles ne sont qu’un cas particulier (nous dirons plus tard, chap. xviii, en quoi particulier) des associations par contiguïté de conscience.

Donc tous les cas d’association supposent, sans exception, une contiguïté préalable dans la conscience.

La contig^uïté antécédente a laisisé une habitude. — Voilà le fait. Mais nous ne sommes guère plus avancés, si le fait luimême est inintelligible. Or il semble qu’il le soit : car comment, par une contiguïté passée, expliquer une contiguïté présente? — Pourtant, puisque, en fait, la contiguïté passée est l’antécédent invariable de la suggestion présente, c’est évidemment de ce fait que doit partir l’explication. La première condition de l’association doit inévitablement se trouver dans ce premier fait, sans lequel l’association ne se produit pas.

Ceci posé, il est clair que si, de ce fait passé, il ne restait actuellement absolument rien, ce fait serait comme s’il n’eût jamais été. Il n’est donc, il ne peut être la condition première de l’association présente que parce qu’il laisse après soi quelque chose qui se continue jusque dans le présent. La raison de la suggestion est donc quelque chose de durable et de persistant qui, d’un côté, aboutit, comme point de départ, à la contiguïté passée, — et, d’un autre côté, comme point d’arrivée, à la suggestion présente. Or qu’est-ce qu’un fait de ce genre peut ainsi laisser après soi de durable et de persistant? Une disposition, une habitude. La raison de l’Association des idées est dans l’habitude.

L’habitude cause de l’Association des idées. — Nous parlerons ailleurs de l’habitude; mais, dès à présent, nous pouvons énoncer cette loi que tout le monde connaît : en vertu de Vhahitude, ce qu'on a déjà faitj on a une tendance à le refaire. Gela posé,

1. M. Taine {de VIntell.) exprime fort bien le caractère de ces associations en disant que la représentation suggérée par association est celle qui avait déjà un commencement d’existence dans la représentation suggestive.

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supposons que nous ayons pensé deux idées simultanément,- ou à la suite l’une de l’autre; nous avons donc en quelque sorte accompli un acte intellectuel qui se composait soit de deux parties, soit de deux temps. En vertu de l’habitude, nous tendons à accomplir cet acte de nouveau. Si donc une cause quelconque ramène dans notre esprit la première de ces deux idées, le ressort de l’habitude étant comme lâché, l’acte s’achève de lui-même ; et notre esprit est comme porté de la première de ces deux idées à la seconde. J’ai lu un vers un certain nombre de fois : si l’on m’en dit le premier mot, l’habitude me contraint pour ainsi dire de l’achever.

Confirmation de ccite expticatiou. — Cette théorie, qui explique l’association des idées par l’habitude, trouve sa confirmation dans certaines particularités de l’association des idées.

a) On sait que, par la répétition, toute habitude devient plus forte, et que, par suite, l’acte dont il s’agit devient plus facile. Si l’association des idées n’est qu’une habitude, cette loi devra s’y retrouver. Elle s’y retrouve en effet : les associations deviennent plus sûres par l’effet de la répétition. Que fait l’écolier pour apprendre sa leçon? Il la relit plusieurs fois, comme le musicien exécute plusieurs fois le morceau dont il veut donner l’habitude à sa main.

h) Il arrive qu’une action unique, mais intense, peut d’un seul coup engendrer une habitude. La même chose est vraie de l’association des idées. Ainsi, au lieu de relire sa leçon un grand nombre de fois, l’écolier peut, s’il est doué d’une bonne mémoire, l’apprendre en une seule lecture faite avec beaucoup d’attention.

c) Un troisième caractère de l’habitude, c’est qu’elle refait les choses dans l’ordre où elles ont été faites, en conservant la direction et le sens primitifs. Même observation pour l’association des idées : quand plusieurs idées ont été pensées en succession immédiate et ont formé une série dans l’esprit, l’idée antécédente rappelle l’idée subséquente; mais la réciproque n’est pas vraie. Exemple : nous sommes presque aussi incapables de dire en sens inverse la série des lettres de l’alphabet que le musicien d’exécuter un morceau en commençant par la dernière mesure et en remontant à la première. — Cette explication de l’association des idées par l’habitude est donc confirmée par tous les faits, elle n’est démentie par aucun.

Objectiou. — Elle a été cependant contestée par certains psychologues : Dugald-Stewart, M. Franck, M. Janet, etc. Voici l’obection.

RABIER. ~ Psych.

PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XVÎ.

«. Nous voyons bien comment des liaisons d’idées qui se sont souvent répétées se formeront à l’avenir plus facilement, et devenues, pour ainsi dire, une seconde nature, changeront notre caractère et la tournure de notre esprit. Mais la propriété en vertu de laquelle elles ont lieu une première fois nous paraît un fait parfaitement distinct de l’habitude. L’habitude peut fortifier l’association d’idées, elle ne la crée pas. > (Franck, Dict. des Sciences philos., art. Habitude).

Réponse. — C’est oublier que, si l’habitude n’est définitivement prise et enracinée qu’après une répétition plus ou moins fréquente d’un même acte, l’habitude cependant doit commencer à naître dès le premier acte. En effet, supposons que le second ne soit en rien le produit de l’habitude. Il sera, à bon droit, appelé premier par rapport à rhabitude, tout comme le précédent. Il sera donc tout aussi impuissant que le précédent; de même le troisième, etc., et l’habitude ne commencera jamais. «Le premier acte, dit Albert Lemoine, est comme l’embryon de l’habitude. Cet embryon se développe, se fortifie peu à peu par la répétition des actes, et, comme la renommée, vires acquirit eundo. » — Disons, en outre, que si, d’ordinaire, une fois n’est pas coutume, si un seul acte ne peut, le plus souvent, qu’ébaucher l’habitude, parfois il la crée de toutes pièces et pour la vie.

Deux sortes d'habitudes : psychologiques, physiologiques. — Allons plus loin maintenant : comment peut-on concevoir l’habitude? Nous l’avons déjà dit (ch. xiv, § 3), on peut la concevoir de deux façons : comme une disposition de la substance spirituelle, c’esi-à-dire de l’âme, — ou comme une disposüioîi organique.

Nous disions tout à l’heure que l’explication de l’association n’étant ni physique ni logique, et ne pouvant se trouver ni dans les choses ni dans la pensée, devait se trouver dans quelque intermédiaire entre les choses externes et la pensée; or, entre les choses externes et la pensée, il y a le corps ; et il y a aussi, pour certains philosophes, le principe spirituel de la pensée, la substance pensante. La raison de l’association sera, si on adopte l’explication parles habitudes du cerveau, une explication physiologique; si on adopte l’explication par les habitudes de l’âme, une explication métaphysique.

Explication physiologique. — Mais nous avons dit ailleurs (ibid.) que les habitudes de l’âme, quoique réelles sans doute, échappent, par leur nature, â toute détermination précise, à toute

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prise de la pensée. Donc il faut, pour avoir une explication concrète, se rejeter sur les habitudes du cerveau.

De plus, nous avons montré ailleurs (ibid., § 4) que chaque état de conscience réviviscent a sa condition immédiate dans une impression analogue à l’impression première. Donc, quand il s’agit d’une association, l’état suggestif (a) a sa condition dans une impression nerveuse (A); l’état suggéré (b) a sa condition dans une autre impression nerveuse (B). Cela posé, pour expliquer comment ces deux impressions, et par suite ces deux états de conscience, se succèdent, il n’y a plus qu’un pas à faire, bien facile en vérité, c’est d’admettre que l’ébranlement nerveux s’est propagé de A en B; et cela parce que, une première fois, le mouvement ayant déjà suivi ce trajet, la même route lui est désormais plus facile C

Résumé. — En résumé, l’observation psychologique nous fait constater un fait : c’est une contiguïté préalable dans la conscience qui est l’antécédent psychologique de l’association. Mais si nous restons dans la psychologie, ce fait certain demeure inintelligible.

La métaphysique qui, à la suite de la contiguïté primitive des deux idées, conçoit une habitude persistante laissée par elles dans la substance pensante, fournit une explication, laquelle malheureusement ne peut être déterminée et précisée.

La physiologie qui, à la suite de la contiguïté primitive des impressions, conçoit une disposition persistante laissée par elles dans le cerveau, fournit une autre explication, qui, sans contredire d’ailleurs la précédente, offre quelque chose de plus net et de plus saisissable à l’esprit et qui est rendue d’ailleurs acceptable et probable par les diverses raisons données plus haut en parlant de la mémoire.

La liaison log^iqne des idées présuppose l’association mécanique des idées. — D’après tout ce qui précède, cette explication est universelle et s’étend à tous les cas. Quelques auteurs (de Cardaillac, par exemple) adoptent concurremment deux explications de l’Association : certaines associations s’expliquent,

1. L’impression, force mécanique, suit toujours nécessairement la ligne de moindre résistance.

2. Il faudrait redire ici ce qu’on a dit au sujet de la mémoire (ch. xiv, § 3, note), à savoir : que celte explication n’est pourtant qu’une explication relative et provisoire, et nullement l’explication définitive et absolue.

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suivant eux, par la contiguïté primitive dans la conscience ; d’autres, par l’action des principes intellectuels. M. Janet ^ distingue profondément ces deux sortes d’associations, et réserve à la première le nom d’Association d’idées, tandis qu’il appelle la seconde la Liaison des idées. Cette distinction est importante et féconde. — Sans doute, la liaison des idées par des rapports de causalité, de finalité, etc., saisis entre ces idées par l’intelligence, est bien autre chose que la simple juxtaposition, par association, de deux idées dans la conscience. La première opération est une opération la seconde une opération mécanique. La première est le propre de Vhomme, la seconde est commune à l’homme et à Vanimal. — Mais, cette distinction accordée, ce que M. Janet a tort, selon nous, de no pas admettre, ou du moins de ne pas dire, c’est que la liaison logique des idées présuppose Vassociation mécanique des idées. 11 ne faut pas croire que l’association des idées et la liaison des idées soient deux manières différentes dont les idées peuvent être évoquées et rendues présentes à l’esprit ; ce ne sont pas deux cas différents de la suggestion. Il n’y (\uun moyen par lequel les idées soient rendues présentes à l’esprit : c’est l’association mécanique; et les principes intellectuels, on l’a démontré, n’opèrent jamais la suggestion.

L’iutetligence s’exerce sur les matérîîiux fouruîs par l’association. — Par conséquent, la liaison des idées n’est pas une opération qui puisse se substituer à l’association ; mais c’est une opération qui, dans certains cas, se surajoute à l’association.pure et simple. La liaison des idées suppose les idées données et ne les donne pas. La liaison des idées est une opération intellectuelle ou rationnelle; mais elle s’exerce sur des matériaux qui ne sont pas fournis par une opération rationnelle. L’intelligence est comme l’art, elle travaille sur une matière qu’elle ne crée pas; comme l’art, elle présuppose la nature. C’est la nature qui nous inspire toutes nos idées; c’est ensuite l’intelligence qui les compare, les analyse et en saisit les rapports. Directement, l’intelligence, au sens étroit du mot (c’est-à-dire la réflexion, la raison), est incapable de suggérer une idée, une seule. Nous ne dirons pas sans doute avec un philosophe allemand que « l’intelligence ne fait que recevoir les fruits mûrs que la nature lui jette sur les genoux y> ; car ce serait nier le rôle de l’intelligence, qui est immense ; mais on

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