‹ Leçons de philosophieChapitre 63 sur 130 · CHAPITRE XXII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XXII

DU JUGEMENT (Suite)

DES RELATIONS OU CATÉGORIES, OBJET DU JUGEMENT; DES CATÉGORIES EN GÉNÉRAL; DES CATÉGORIES DE SUBSTANCE, DE CAUSE ET DE FIN EN PARTICULIER.

rapports, objet du jugeiiieut; leur importance.

— La fonction propre de l’intelligence c’est la perception des rapports. C’est pourquoi les données des sens et de la conscience n’intéressent l’intelligence que comme termes de rapports connus ou à découvrir. Sauf le cas de vague rêverie, où nous laissons aller nos idées au hasard, sans les arrêter au passage pour les décomposer ou les rapporter à d’autres ; sauf les cas plus rares, où la force d’une impression immobilise au contraire la conscience et la fixe sur un unique objet, — nous ne faisons jamais qu’analyser nos idées, pour découvrir les relations des éléments qu’elles renferment, ou comparer nos idées à d’autres idées, pour découvrir leurs relations avec celles-ci. La vie humaine tout entière est fondée sur la connaissance des rapports de coexistence, de succession, de causalité, etc., entre les choses. Et la science n’a pas d’autre objet que d’étendre ou de rendre plus certaine la connaissance de ces rapports.

C’est le grand mérite de l’école criticiste (école de Kant) d’avoir mis en relief l'originalité et l’importance de cette fonction intellectuelle ; c’est le grand défaut de Hume et de toute l’école empiriste de l’avoir confondue avec les fonctions sensitives de la simple appréhension ou de l’association des idées.

Deux problèmeis : nombre des rapports; mode de leur eouiiaîssauce. — Puisque la connaissance des rapports a tant d’importance, deux questions se posent au psychologue : 1" faire de tous les rapports sous lesquels l’esprit humain peut envisager les objets, un dénombrement complet et une classification régulière;

— 2" expliquer la connaissance de ces rapports.

PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XXIL

iSoluÉion d'AiûstoÉe : dix catégories». — Aristote et Kant ont cherché la solution de ces problèmes dans leur théorie célèbre des catégories*.

D’après Aristote, les catégories sont au nombre de dix: la substance, la qualité, la relation, la quantité, le lieu, le temps, la situation, la manière d’être, l’action et la passion. Aristote n’a pas d’ailleurs indiqué la méthode qu’il a suivie pour déterminer les catégories. Il n’a pas non plus justifié la liste qu’il propose; il n’a pas essayé de démontrer que cette liste n’était susceptible ni d’être augmentée, ni d’être réduite. Sa classification paraît tout empirique^. Aussi ne faut-il pas s’étonner qu’Arislote ait varié sur le nombre et l’ordre des catégories.

!§olutioii de Kant : douze catégories ; comment il les détermine. — Pour Kant, les catégories sont au nombre de douze, qu’il énumère par groupes de trois, sous les quatre rubriques suivantes . 1“ quantité : unité, pluralité, totalité; — 2° qualité : affirmation, négation, limitation; — 3° relation : substance, causalité, communauté; — 4® modalité possibilité, existence, nécessité. — Kant a cet avantage sur Aristote qu’il indique la méthode qui lui sert de fil conducteur pour la découverte et la classification des catégories ': il prétend les déduire des diverses formes de jugements distinguées et classées par les logiciens, et qui sont au nombre de douze : jugements généraux, particuliers, universels, affirmatifs, etc. — Malheureusement, ni la classification des diverses formes de jugement, ni l’idée de déduire de cette classification logique les diverses catégories, ni la manière dont Kant a fait cette déduction, ne sont à l’abri de toute critique^.

AiiCces isolulions». — Depuis Kant, on a proposé bien des

1. Le mol catégories signifie les relations que nous pouvons affirmer — xaTî^yopsiv — des objets, les points de vue sous lesquels nous pouvons les envisager.

2. « C’était, dit Kant, un dessein digne de res[)rit pénétrant d’Aristote que celui de rechercher ces concepts fondamentaux. Mais, comme il ne, suivait aucun principe, il les recueillit comme ils se présentaient à lui, et sa liste resta défectueuse, etc. » (Crit. de la raison pure, tr. Kami, t. I, p. 139.) — Stuart Mill critique l’énumération d’Aristote et dit qu’elle ressemble à une division des animaux en hommes, quadrupèdes, chevaux et poneys. Mais Mill ne semble pas avoir bien compris le but d’Aristote, qui n’est pas de distribuer tous les êtres en classes, mais, ce qui est différent, de dénombrer tous les rapports généraux que l’on peut affirmer des êtres.

Page 1