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Sur l’origine de l’idée d’identité, voy. ch. xxxili

Ainsi, en reconnaissant des substances dans les objets externes tels que nous les représentons, nous ne faisons que nous rendre compte d*une œuvre qui nous est propre, et retrouver, dans une création de notre pensée, les lois et pour ainsi dire l’image de notre pensée.

La matière de Fidée de siili^îtauce peut être ausiisi l’idée du moi. — Il suit de là que l’idée de substance peut être, à plus forte raison, dérivée de l’idée du moi : le moi s’apparaît en effet à lui-même comme chose en soi (le moi est le sujet de ses modes, et il ne se conçoit pas comme étant lui-même le mode d’un autre sujet: le pronom je ou moi ne peut jamais jouer le rôle d’attribut) ; déplus, le moi s’apparaît à lui-même comme quelque chose d’identique. Il peut donc, comme les objets externes, et mieux que les objets externes, fournir à l’intelligence le type d’où se dérive la notion de substance (ch. xxxiii).

§ IV

Origine de l’idée de cause : peut-elle se dériver de l’examen soit d’une cause prise en soi, soit de son opération? — L’idée de cause ne peut évidemment, non plus que celle de substance, se dériver des données sensibles, tant que ces données sont pour nous de simples phénomènes psychologiques. — Mais peut-elle, comme l’idée de substance, se dériver de ces mêmes données sensibles, une fois que ces données ont été projetées dans l’espace, et constituent en apparence des objets extérieurs? Divisons la question comme l’a fait Hume, dans ses recherches si justement célèbres sur l’idée de cause; voyons si l’idée de cause peut être dérivée 1“ soit de la considération de l’objet sensible appelé cause, cet objet étant considéré en lui-même et séparément de son effet; — 2° soit de la considération des relations de cet objet sensible appelé cause avec l’objet sensible qu’on appelle son effet.

1“ Elle UC dérive pas de l’ examen de l’otojet-cause eu lui-même : a) Aucun objet sensible ne se présente comme actil*. — Un objet sensible est constitué pour nous par un ensemble de sensations groupées et objectivées. Or, tout d’abord, aucune sensation ne se présente à la conscience comme quelque chose daclif (ch. xiii, § 2) ; les sensations sont pour nous le type même de l’inertie; elles sont en apparence comme des figures muettes sur un tableau. Par quoi ce papier que j’ai sous la main pourrait-il me suggérer l’idée de l’activité?

RABIER. — Psych.

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b) Aificuo objet sensible n’enveloppe par une connexion nécessaire son effet. — Mais ne pourrons-nous du moins, en scrutant un de ces objets, y trouver les éléments de l’idée de connexion nécessaire? — Pas davantage. En effet, à quelle condition pouvons-nous saisir entre deux termes un rapport de nécessité^ A condition que nous saisissions entre ces deux termes un rapport d'identité nous permette de déduire l’un de l’autre Soient, par exemple, ces deux propositions : tous les hommes sont mortels; — quelques hommes sont mortels. Nous voyons bien que la seconde est liée à la première par une connexion nécessaire. Mais pourquoi? Parce que la seconde proposition est enfermée dans la première; ou, en d’autres termes, parce qu’elle est identique à une partie de la première, et que nous pouvons par suite la déduire de la première.

Or cet indice, cette preuve de la connexion nécessaire, à savoir : l’identité des termes, fait nécessairement défaut dans tout cas de causalité. En effet, tout effet doit différer par nature de sa cause ; sans quoi, n’y ayant rien de nouveau dans l’effet, il n’y aurait pas d’effet. Il y a un effet dans la mesure exacte où, la cause étant donnée, il se produit quelque chose qui se distingue de cette cause même. Ainsi, qui dit effets dii différence. L’identité de la cause et de l’effet est donc impossible. D’où il suit que l’idée de la cause n’enferme pas l’idée de l’effet, et que nous ne pouvons Ven déduire analytiquement commQ nom déduisons de la proposition universelle la proposition particulière,

« La recherche la plus exacte, l’examen le plus profond, dit Hume, ne peut nous faire lire un effet dans sa cause supposée ; car l’effet est différent de la cause, et par conséquent ne peut être découvert en elle. » {Trait, de la nat. hum., tr. fr., 414 ; cf., 118, 417.)

Confiriiiatîoii. — Deux observations viennent à l’appui de celte vérité : ce qui prouve que l’examen de la cause en elle-même ne peut nous suggérer la nécessité de l’effet, c’est : A. l'impossibilité de prévoir l'effet àpriori; B. la possibilité de nier l'effet sans contradiction.

l. Un autre indice de l’union necessaire de deux termes serait le caractère de l’activité, de l’eriicacilé, de l’énergie causalnce, s’il pouvait être saisi qncliiue part; car l’énergie causalrice, c’est ce qui détermine nécessairement un évènement qu’on appelle clTet. Mais ce mo^en ne peut ici nous servir, puis(|ue, on vient de le voir, aucun objet externe ne porte en soi, pour nos sens, le caractère de l’activité. Reste donc l’autre indice de l’union nécessaire, à savoir : l’ideniilé. Mais on va voir qu’il est contradictoire de prétendre trouver l’identité dans un cas de causalité.

A. Imposisibilité de prévoir l’cffTet à priori. — La provision de l’effet, avant l’expérience, et par le simple examen de la cause, n’est jamais possible, dit Hume.

« Présentez au plus fort raisonneur un objet qui lui soit entièremenl nouveau; laissez-Iui examiner scrupuleusement toutes ses qualités sensibles : je le défie de pouvoir indiquer après cet examen une seule desescausesouun seulde ses effets.» 4.12.)— « Les facultés d’Adam,

en les supposant d’une entière perfection, ne lui permettaient pas de conclure de la fluidité et de la transparence de l’eau que cet élément pourrait le suffoquer. » (/6^d.,414.) — « 11 en est qui s’imaginent que de l’impulsion donnée par un corps on pourrait immédiatement inférer le mouvement d’un autre corps, sans avoir recours à l’observation passée. C’est oublier que toutes les lois du mouvement ont été établies à l’aide de l’expérience et extraites d’expériences accumulées*. » {Ibid., 150.)

B. Possibilité de nier l’effet sans contradiction. —

Si l’énergie causatrice était vue dans la cause môme, l’effet s’en déduirait avec certitude, auquel cas il serait contradictoire de nier l’effet ou de supposer un autre effet.

« Mais, comme l’idée de l’effet est une idée distincte de celle de la cause et que toutes les idées distinctes sont séparables, il est évident qu’il ne saurait y avoir aucune impossibilité de ce genre. » {Ibid.,iiS,) — «Il n’y a aucune contradiction à supposer que, lorsqu’un corps est choqué par un autre corps, le mouvement sera ou anéanti, ou changé en mouvement circulaire ou elliptique. Enfin une infinité de suppositions sont possibles, toutes également naturelles et logiques. » {Ibid., 150.)

Résumé. — En résumé donc, « tout effet étant un évènement distinct de sa cause, ne peut être aperçu dans sa cause même, » comme le prouvent et l’impossibilité de prévoir l’effet à priori, et la possibilité de nier l’effet sans contradiction^.

1. Cette vérité est formellement reconnue par les savants. Voy. ch. xxx, en note, la citation extraite du Traité de mécanique rationnelle de Dclaunay.

2. Kant n’a fait rien de plus que résumer toutes ces analyses dans une formule précise lorsqu’il a dit : Tout jugement de causalité, toute loi de la nature est un jugement synthétique, c’est-à-dire un jugement dans lequel l’attribut (l’effet) n’est pas tiré analytiquement du sujet (la cause). Par suite, c’est un jugement qui est à postériori, car l’expérience seule peut nous apprend: (; quel effet est produit par une certaine cause; et, par suite encore, c’est un j igement dans lequel on peut nier l’attribut sans contradiction. Il est contradictoii e, étant donnée la définition du triangle, do nier tel théorème sur le triangle qui s’en déduit analyti(]uement. Il n’y a pas de contradiction, étant donnée l’idée de deux corps en [irésence, à nier leur attraction réciproque. En le faisant, on contredit les faits sans doute, mais on n’est pas en contradiction avec soi-même

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2® L’idée de cause ue dérive pas de la vue de l’opération de la cause. — Sera-ce donc de la considération de Vopérationde la cause et de sa relation avec son effet que nous pourrons dériver l’idée de connexion nécessaire? {Ibid., 103.) — Mettonsnous en présence d’une cause produisant son effet : par exemple, d’une bille qui frappe une autre bille et la met en mouvement. Que perçoivent nos sens? Une relation de contiguïté dans l’espace; une relation de contiguïté dans le temps; rien de plus. Mais la connexion des deux évènements n’apparaît pas plus dans Vopération de la cause et dans son développement que dans l’essence de la cause même. {Ibid., 467.) — En veut-on la preuve? On sait queMalebranche et Leibniz ont nié toute action causale d’un corps sur un autre dans la nature (hypothèses des causes occasionnelles et de l’harmonie préétablie). D’après ces philosophes, les choses se passent comme si les corps agissaient l’un sur l’autre. Mais Dieu seul, en réalité, est le véritable agent. Or, si l’action causale d’un corps était .chose sensible ou apparente, comment de semblables hypothèses eussent-elles été possibles {Ibid., 212). Ces philosophes se fussent mis én opposition avec les faits, et il eût suffi d’ouvrir les yeux pour les réfuter L

Résumé. — Donc, en résumé, ni la considération de la cause en elle-même et dans son essence, ni la considération de ses relations avec l’effet, ne peuvent nous manifester la causalité. — Toute cette critique de Hume est décisive et définitivement acquise à la science.

Origine assignée par Hume à cette idée. — Gomment donc Hume lui-même résout-il la question de l’origine de l’idée de cause? — Le voici. Une expérience particulière, dit-il, ne nous montre, comme on vient de le voir, que la succession de deux phénomènes et non la connexion de deux phénomènes. Or, maintenant, dix, vingt, cent expériences du même genre ne nous en apprendront pas davantage. La répétition des expériences peut donc nous donner seulement l’idée de succession ou de conjonction constante. Mais l’idée de conjonction constante n’est point l’idée de connexion nécessaire ou de causalité; et la question demeure tout entière de

1. Pour rendre cet argument plus sensible, supposons, au lieu d’une intervention de Dieu, un mécanisme caché qui arrête la première bille juste au moment où elle rencontre la seconde, et qui, en môme temps, donne l’impulsion à la seconde. Nous croirons que c’est la première bille qui a mis la seconde en mouvement : preuve que l’idée de la causalité n’est pas extraite des données des sens, mais surajoutée à ces données, et par conséquent qu’elle est prise d’ailleurs que de ces données.

savoir comment nous passons de cette idée à celle de connexion nécessaireK

Il n’y a pas, poursuit Hume, de solution à cette question, tant qu’on se borne à considérer les objets. Mais il n'en est plus de même si nous considérons le sujet pensant. Sans doute la répétition des expériences ne montre rien de nouveau dans les objets; mais elle produit dans le sujet(I^;ic?., 217-219) quelque chose de nouveau, à savoir : une association nécessaire., une habitude déterminante de penser tel objet à la suite de tel autre.

€ Après une répétition fréquente il arrive qu’à l’apparition de l’un des objets l’esprit est déterminé par l’habitude à envisager son compagnon ordinaire. C’est cette impression ou détermination qui m’apporte l’idée de nécessité. Cette idée une fois acquise par le sentiment de ce qui se passe en nous, nous la projetons au dehors de nous, nous l’objectivons en transportant aux objets quelque chose de semblable à cette détermination nécessaire que nous sentons entre ces idées 2. (472, Ibid. y note, sub fin. Cf. 221-222.)

1. On voit par là quelle est Tinexactitude des interprétations qui ont cours sur la doctrine de Hume. Il est de tradition de dire que Hume résout la question de l’idée de cause on niant purement et simplement celte idée dans ce qu’elle a de propre, et en la ramenant à la simple idée de succession constante, laquelle s’explique aisément par l’association des idées. Nul, au contraire, n’a distingué ces deux idées avec plus de soin et de précision. Après avoir démontré que l’idée de cause ne vient point des sens, Hume se demande: Est-ce donc que cette idée de cause n’existerait pas, ou bien se réduirait-elle aux idées de contiguïté et de succession? — Voici sa réponse : « En aucune manière. L’idée de cause renferme celle de connexion nécessaire, et ce rapport est de beaucoup plus grande importance qu’aucun de ceux déjà mentionnés. » (Ibid., p. 105.) — De plus, dans cette idée même de connexion nécessaire. Hume, avec juste raison, fait entrer, comme on peut le voir presque à chaque page du Traité, celle d'efficacité, de détermination, d'énergie causale.

2. Il est aussi de tradition de prétendre que Hume, qui nie, dit-on, toute espèce de causalité, ne s'est pas aperçu qu’il faisait de l’habitude une véritable cause. — Mais Hume ne nie point positivement l’existence de la causalité : il nie seulement que, dans les cas où nous supposons la causalité, sauf un, cette causalité soit réellement aperçue. — Et ce n’est pas à son insu qu’il fait de l’habitude une cause, puisque l’idée de cause existe, puisqu’elle doit dériver, comme toute idée, d’après Hume, de quelque impression ou sentiment immédiat, et puisque le cas de l’association habituelle est le cas unique, le cas privilégié, comme eût dit Bacon, où nous avons conscience, non seulement de la succession, mais encore de la détermination ou de la connexion causale. Hume dit à plusieurs reprises que cette connexion causale, cette détermination effective d’une idée par une autre idée engendre une impression particulière, et c’est de cette impression que résulte l’idée de causalité. « Nous sentons, dit-il (Ibid, p. 219), une détermination de l’esprit. » — « Nous sentons alors une nouvelle impression..., et ce sentiment est l’original de l’idée que nous cherchons. » {Ibid.,p.il^.) — Et ce ne sont point là des expressions échappées par rnégarde : c’est la conclusion logique, nécessaire de toute sa théorie. Si, en effet, l’association des idées ne nous donnait que la simple succession des idées, en quoi serait-elle plus instructive que l’expérience, même répétée, des successions externes, que Hume déclare absolument impuissante par ellemême à nous suggérer jamais l’idée de cause ou de connexion nécessaire?

En deux mots, entre les idées de conjonction constante et de connexion nécessaire, il y a, d’après Hume, une différence absolue. Donc il doit y avoir aussi une différence

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PaH't de vérité daus la théorie de Hume. — De ces

admirables analyses, dont nous ne pouvons donner ici qu’une idée fort incomplète, il faüt surtout retenir ceci ; qu’aucun objet extérieur pris en soi, ni aucune succession de phénomènes extérieurs, lors même que cette succession se reproduirait indéfiniment sous nos yeux, ne nous offrent rien d’où nous puissions dériver aucun des deux éléments de la notion de cause, à savoir : l’idée de nécessité et l’idée éi efficacité.

Part d’erreur. — Maintenant, nous croyons, à l’encontre de Hume, qu’une association d’idées, même habituelle, même invincible, ne peut, prise en elle-même, nous en apprendre davantage. Qu’est-ce, en effet, qui peut nous avertir que cette association d’idées est plus qu’une succession d’idées, qu’elle est une liaison d’idées, une détermination nécessaire d’une idée par une idée? Hume admet que cette détermination produit une impression spéciale, d’où dérive l’idée de nécessité. Le subtil analyste est ici en défaut : il était sur le chemin de la vérité, mais, faute d’avoir poussé l’analyse assez loin, il ne l’a pas trouvée.

üne asisocîatîon se révèle comme uécessoîre par l’eirort pour la rompre. — A vrai dire, la nécessité d’une association ne peut se constater directement, mais seulement d’une manière indirecte, par V impossibilité de la dissoudre. C’est en essayant vainement de résister à sa passion que l’ivrogne peut constater la nécessité qu’il s’est créée à lui-même; c’est en essayant de penser le contraire du principe de causalité que nous constatons la nécessité de ce principe : c’est de même en faisant l’essai de dissoudre une association que nous en éprouvons la nécessité.

Ceci nous explique en même temps pourquoi cette nécessité nous apparaît comme l’effet d’une force associante. En effet, en faisant cette épreuve ou cet effort, nous prenons conscience de notre propre énergie, et, en constatant l’échec et l’impuissance de notre effort, nous l’attribuons naturellement à une résistance (\\x\ provient d’une

absolue entre les expériences, l’une externe (expérience de la succession des phénomènes) et l’autre interne (expérience de la succession des idées), d’où nous dérivons ces idées. Celte différence est constituée par le sentiment de la détermination, matière de l’idée de cause, lequel est absent de la première, présent dans la seconde.

En somme, entre la tliéorie de Hume et celle de Maine de Biran, dont on va parler, il n’y a d’antre différcMice essentielle que celle-ci : pour Hume, le cas privilégié où l’on prend sur le l’ait la causalité, c’cst l’association habituelle; pour Biran, c’est l’effort.

énergie opposée à la nôtre. Donc ce n’est pas l’association ellemême qui peut suggérer directement l’idée de l’énergie causale; mais au contraire cette association ne peut être interprétée comme un cas de ce genre que grâce au sentiment préalable de l'énergie qui fait effort pour la dissoudre.

L'clFoi*t, orig^iue de l’idée de cause. Maine de Birau: l’elTort moteui*. — Nous sommes ainsi conduits à chercher avec Maine de Biran l’origine de l’idée de cause dans le sentiment de notre activité personnelle, de notre énergie propre, qui se témoigne à la conscience par l’effort. Mais Maine de Biran, lui non plus, ne remonte pas assez haut. En effet, c’est dans l’effort moteur qu’il voit l’origine première de l’idée de cause. Quand je remue volontairement mon bras, dit-il, j’ai conscience non seulement de ma volonté et du mouvement qui la suit, mais j’ai conscience en outre de l’effort que je fais pour mouvoir, et c’est cet effort qui relie le mouvement à la volonté comme à sa cause. Voilà, dit Maine de Biran, rorigine de l’idée de connexion nécessaire et d’efficacité causatrice.

L’idée de cause est antérieure. — Sans entrer ici dans l’examen des objections que Hume fait par avance à cette théorie, et en accordant à Maine de Biran que cette expérience serait en effet suffisante pour engendrer l’idée de cause, au cas où nous ne l’aurions pas déjà, on peut dire que, avant cette expérience, nous avons déjà cette idée. En effet, dès que j’ai voulu le mouvement, avant tout commencement d’exécution, et lors même qu’aucune exécution du mouvement n’aurait lieu, la volonté m’est apparue comme une cause possible de cet effet encore à venir. Et ceci est vrai d’une volition quelle qu’elle soit : il n’y a pas de vouloir qui ne compte sur soi et sur sa propre efficacité pour réaliser la chose voulue.

L’elfort origine de l’idée de eatiise, c’est l’elTort essence du Tonloii*. — Remontons donc en de V exécution du vouloir, jusqu’au vouloir lui-même. Ce n’est pas dans l’effort moteur, mais c’est dans cet effort, dans cette énergie tout interne qui est inhérente à l’essence même du vouloir, comme aussi du désir, et qui est la forme commune du vouloir et du désir (ch. xiii), qu’il faut chercher le premier type de l’idée de causalité. Il n’y a pas en effet de vouloir, de désir, — en un mot, d’effort, dans lequel n’entre nécessairement quelque idée de Y objet de cet effort, et dans lequel aussi cet objet ne soit présenté comme devant être réalisé

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par la vertu même de cet effort, c’est-à-dire comme un effet possible de cet effort, cause possible.

DilFérence entre la perception d’nn objet sensible et la conscience de l’activité. — Remarquons bien la différence entre la perception d’un objet sensible quelconque et celte conscience de la volonté et du désir. Hume disait, avec autant de vérité que de profondeur, que, pour pouvoir reconnaître un objet pour une cause, il faudrait, dans cet objet même, saisir son effet futur, et prévoir cet effet par le seul examen de cet objet. Mais, ajoutait-il, l’effet étant différent de la cause, comment serait-il enfermé dans la cause et comment pourrait-on l’y découvrir? — Rien de plus juste, tant qu’il s’agit des choses extérieures, des objets sensibles. Ces choses, en effet, sont simplement ce qu’elles sont, et, en apparence du moins, n’enferment rien de plus. Mais dans l’être spirituel capable de désir et d’effort l’état futur est impliqué et réalisé déjà d’une certaine façon : à savoir par l’imagination, par le pressentiment, pressentiment qui est déjà un sentiment véritable et une première réalisation de cet état (ch. xiii, § 2).

Que cette nature du sujet actif soit quelque chose d’étrange et de singulier, nous l’accordons : il est étrange que l’activité enveloppe les contraires ; il est étrange que l’être actif soit ce qu’il est, plus autre chose, à savoir : ce qu’il sera et qu’il est déjà en quelque façon ; il est étrange que son présent, comme dit Leibniz, soit gros de son avenir. Que Hume appelle un être semblable une contradiction, cette contradiction, c’est l’activité, c’est la vie. — Par conséquent, c’est bien dans la conscience de cette activité que nous voyons, ce que nous ne saurions voir nulle part ailleurs, l’avenir lié au présent, l’avenir inclus dans le présent même, comme aussi l’effort efficace par où, du présent, se dégage l’avenir.

’^onfîriuation : Pidée générale de cause retient un caractère psychologique signe de son origine. — Telle est l’origine de l’idée de causalité. Cette idée ainsi formée, nous l’appliquons ensuite à toutes choses ; elle nous sert à nous rendre intelligibles tous les phénomènes. Et ici nous trouvons une nouvelle preuve de l’origine psychologique de l’idée de cause : celte preuve résulte de ce fait que, primitivement, toutes les causes externes que nous concevons sont conçues par nous sur le type de cette activité intérieure, désir ou volonté, que nous saisissons en nous-mêmes : ainsi s’anime toute la nature; nous voyons partout la vie, partout des efforts, des tendances, des forces ; et ces forces in-

visibles sont pour nous le secret ressort qui développe tous les phénomènes visibles de la naturel

Idée de causée finale : elle ne peut se dérÎTer d^nu objet sensible. — L’idée de cause finale ne peut, non plus que celle de cause efficiente, se dériver de la représentation des phénomènes extérieurs. En effet, quand, par exemple, je vois voler un oiseau, je reconnais bien que l’oiseau vole avec ses ailes, c’est-àdire que le vol est Veffet des ailes. Mais mes sens ne peuvent m’apprendre que cet effet ait été cherché, et que ce soit en vue de cet effet que les ailes ont été faites. En d’autres termes, je vois bien que l’oiseau vole parce qu'il a des ailes, je ne vois point qu’il ait des ailes pour voler.

MuSt cause finale est une idée: donc elle échappe aux sens. — Ceci deviendra plus clair par une définition un peu plus précise de f idée de la cause finale. — On appelle le vol, par exemple, une cause finale : à quel titre est-il cause? Le vol, semble-t-il, est purement et simplement un effet, puisqu’il n’est réalisé qu'après les ailes. Or, s’il est un effet des ailes, comment est-il une cause des ailes? S’il est dernier (ce qu’exprime le mot finale), comment est-il premier (ce qu’exprime le mot cause) ? — C’est qu’il faut distinguer deux moments dans l’existence delà cause finale : le moment où elle est cause, et le moment où elle est effet. 11 y a un vol qui est cause des ailes, c’est le vol conçu, idéal, c’est Vidée du vol,

1. La science, il est vrai, se passe de cette conception. Il est aisé de voir pourquoi. Les forces de nature psychologique, que nous supposons spontnnément dans la nature, ne sont ni observables, ni mesurables. Donc la science physique n’a pas à s’en inquiéter. « La partie patente et observable des phénomènes doit seule occuper le savant. Celui-ci aura établi une cause quand il aura défini le phénomène ou le groupe de phénomènes dont la présence est la condition nécessaire et suffisante de la présence du phénomène qualifié d’effet. La force proprement dite reste un point de vue du philosophe, un point de vue étranger aux analyses et aux solutions des problèmes posés au physicien. «(Renouvier, Logique, t. II, p. Bil et suiv.) — Tout ceci ne veut point dire que la conception psychologique ou dynamiste de la nature soit une pure illusion. Tant s’en faut! C’est la conception scientifique au contraire, qui, prise en soi, est incomplète, vide, inintelligible. Car les successions des phénomènes, sans la force cachée qui est la raison de ces successions, sont, comme on l’a vu, une création incessante, un miracle perpétuel. — On s’en rendra bien compte, si l’on songe que tous les phénomènes physiques se ramènent, en somme, au mouvement, et que, dans le mouvement, si l’on fait abstraction de la force, il est absolument impossible de comprendre pourquoi le corps qui est en un certain point de l’espace, au lieu d’y demeurer, passe en un point différent. — Mais cette notion de force, indispensable pour se rendre intelligibles les phénomènes, est inutile pour en prévoir avec certitude le retour, ce qui est le but essentiel de la science. Pour prévoir, il suffit d’avoir constaté l’ordre régulier des successions. C’est pourquoi cette notion psychologique de force qui, pour le métaphysicien, est la clef de tout, n’a pas à intervenir dans les sciences positives. Dans les sciences positives, le mot force ne doit désigner que la condition physique observable et mesurable d’un certain mouvement.

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laquelle a déterminé la construction des ailes. Et il y a un vol qui est l’effet des ailes, c’est le vol réel^ L’idée de la cause finale est donc une idée complexe par laquelle un même objet, le vol par exemple, est conçu à la fois comme idéal et comme réel, comme cause et comme effet.

On voit bien par là pourquoi les sens ne peuvent nous suggérer l’idée de la cause finale. Les sens peuvent bien nous montrer le vol réel, physique, le vol qui est effet; ils ne peuvent nous montrer le vol idéal, le vol imaginé, le vol qui est cause.

Elle est pâ^ise à la même source que Fidée de cause efficiente. — D’où dérive donc cette idée? — L’origine de l’idée de finalité doit être cherchée à la même source que celle de l’idée de causalité, à savoir : dans la conscience de notre propre activité. Toute activité a nécessairement un certain objet; or, d’une part, en tant que cet objet apparaît comme devant être réalisé par l’activité, il est conçu comme effet futur de cette activité qui est conçue comme cause. Mais, d’autre part, en tant que l’idée actuellement présente de cet objet détermine cette activité elle-même à l’action, il apparaît comme cause de la cause, c’est-à-dire comme cause finale.

Les deux idées s’impliquent. — Les deux idées de causalité et de finalité, quoique susceptibles d’être distinguées par l’abstraction, sont donc à l’origine unies et inséparables : l’activité ne se propose comme fin que ce qu’elle croit pouvoir réaliser comme et réciproquement, l’activité ne peut s’attribuer comme effet que ce qu’elle s’est préalablement proposé comme fin^.

Conclusion. — Telle est l’origine des trois idées intellectuelles de substance, de cause et de fin.

1. C’est pourquoi on a dit avec raison que la cause finale est la cause de la cause. Je veux aller à la promenade : ma volition est la cause du mouvement de mon corps, et la fin que je me propose, la promenade, est la cause de ma volition ellemême. Le vol conçu est la cause des ailes, qui sont la cause du vol réel.

2. Si un effet se produit tout à coup, sans avoir été appelé, cherché, prévu par l’activité, à quoi l’activité pourra-t-elle reconnaître qu’il est sien, qu’il est son œuvre propre, qu’il lui appartient effectivement? Il apparaîtra comme un accident venu du dehors.

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