ABSTRACTION ET GÉNÉRALISATION
Oénéralîsatiou active. — La généralisalion active implique un-e attention qui, de parti pris, fait abstraction des caractères les plus saillants des objets, s’attache à des caractères moins apparents, et saisit ainsi des ressemblances qui n’apparaissaient pas tout d’abord. On a montré plus haut (ch. xix) que cette faculté d’apercevoir des ressemblances subtiles et délicates distingue l’homme de l’animal, les esprits fins et inventifs des esprits grossiers et routiniers, et qu’elle fait une grande part du génie scientifique.
DÎTersi degrés de la généralisation. — Les idées sont plus ou moins générales, suivant que les ressemblances dégagées s’étendent à un nombre d’êtres plus ou moins grand. « Exemple : cette pomme, une pomme, un fruit, un aliment, un [)roduit végétal, un produit organisé, un produit organique, un corps, un objet matériel, un être créé, un être. » (Sur V extension et la compréhension des idées générales et leur rapport, voyez la Logique.)
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utilité de la généralisation. — 1® La généralisation est la condition de Veæercice de la pensée, car, si nous ne pouvions pas résolidre les unes dans les autres, et ramener à l’unité plusieurs idées différentes, par l’élimination de leurs différences, notre esprit serait encombré parla multitude infinie de ses idées. Les idées s’agiteraient en lui confusément, comme les atomes dans le chaos. (Cf. ch. xxvi.)
2° La généralisation est la condition de toute pensée distincte.
« Pour qu’il puisse y avoir des matériaux pour la pensée, il faut qu’à chaque moment la conscience soit différenciée dans son état. Et pour
fait à plusieurs impressions particulières, n’est en rien une idée üérale. Pour qu’elle soit une idée générale, il faut qu’elle soit pensée comme generale; et pour qu’elle soit pensée comme générale, il faut que l’esprit pense le rapport qui l’unit aux diverses impressions particulières qu’elle résume, c’est-à-dire perçoive la ressemblance qui existe entre elle et ces impressions.
En d’autres termes, penser les points de ressemblance ne suffit pas pour constituer une idée générale ; il faut de plus les penser en tant que semblables, c’està-dire reconnaître leur identité dans tous les cas individuels où ils se rencontrent. Si A, par exemple, est le point de ressemblance entre plusieurs représentations, il ne suffit pas de penser A pour avoir une idée générale, il faut reconnaître l’identité de A dans ces diverses représentations.
Le point de ressemblance n’est que la matière de l’idée générale; mais ce qui donne à l’idée générale sa forme, c’est-à-dire sa généralité, c’est la reconnaissance de l’identité de ce point de ressemblance dans tous les cas où il est inclus. C’est à ce titre seulement qu’il est pensé comme généra). — Par conséquent, un portrait composite en lui-même, tant que cette aperception expresse de l’identité ne s’y ajoute pas, ne constitue pas plus une idée générale que la représentation de l’un quelconque des cas individuels qui ont servi à le former.
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XXIIl.
que le nouvel état qui en résulte devienne une pensée, il faut qu’il soit intégré (classé, assimilé, identifié) avec des états précédemment expérimentés... Les états de conscience ne sont pensables que si on les considère comme étant tels et tels, c’est-à-dire comme étant semblables à tels ou tels états précédemment éprouvés... Une vraie connaissance n’est possible qu’autant qu’elle est accompagnée à’ \xne reconnaissance.
Or reconnaître c’est assimiler, c’est-à-dire classer, généraliser. D’où il résulte qu’une chose n’est parfaitement connue que lorsqu’elle est sous tous les rapports semblable à des choses déjà observées ; et elle reste inconnue exactement dans la proportion du nombre des rapports sous lesquels elle en diffère. L’étendue de notre connaissance d’une pierre est proportionnelle au sentiment que nous avons de ses ressemblances avec d’autres objets, j) (Spencer, Premim Principes, p. 84-85; Principes de Psych., sixième partie, chap. xxvii; Cf. Bain, VEsprit et le corps, p. 90.)
Ce qui prouve bien la vérité de ces observations, c’est que lors^ qu’on nous pose cette question: « Qu’est-ce que telle chose?» — nous n’avons d’autre moyen d’en donner idée que de l’assimiler à d’autres choses et de l’en distinguer tout à la fois. Exemple ; Qu’est-ce qu’une montre? Une machine (assimilation) faite pour marquer les heures (différenciation). — Qu’est-ce qu’un triangle? Un polygone (assimilation) à trois côtés (différenciation)*, etc. Toute connaissance distincte implique, en un mot, comme la définition,^ la connaissance du genre et de la différence de l’objet.
3° La généralisation est la condition du langage. Pourquoi? — Parce que, sans la généralisation, toutes les perceptions resteraient distinctes dans la mémoire : il faudrait donc un nom pour chaque idée. Il n’y aurait donc que des noms propres et en nombre infini. — De plus, comment s’entendrait-on ?I1 faudrait que tout le monde eût vu les mêmes choses et leur eût donné les mêmes noms.
4“ Enfin la généralisation est la condition de la science ; car il n’y a pas de science possible de l’individu. — Bien plus, elle est la science même, car la science consiste essentiellement à identifier les choses, et à ramener ainsi la pluralité où l’esprit se perd à l’unité où il se retrouve (ch. xxvi).