‹ Leçons de philosophieChapitre 8 sur 130 · Stuart Mill, Autobiographie · texte numérisé non relu

Stuart Mill, Autobiographie

expérimentation et induction en psychologie. 49

tout à coup les sensations visuelles : ce qui permet de reconnaître quelle est la nature de ces sensations, avant qu’elles se soient agglutinées, par association, avec des sensations d’origine différente (ch. XXXII, § 3). — En faisant varier les conditions ordinaires des sensations visuelles, on parvient à découvrir quels sont les indices particuliers à l’aide desquels la 4 ue apprécie la distance et le relief qu’elle ne peut saisir directement. — Des expériences récentes faites surtout en Allemagne, et qui ont eu un grand retentissement, semblent avoir démontré que la sensation croît, en général, moins vite que l’excitation extérieure qui la provoque. Dix bougies n’éclairent pas dix fois autant qu’une bougie. Cent choristes ne font pas dix fois autant d’effet que dix choristes. — Les amputés, en continuant à situer leurs sensations dans le membre qu’ils n’ont plus, fournissent la preuve que la localisation des sensations est une simple association d’idées et une illusion^ — Les expériences célèbres de M. Flourens ont montré que si on enlève à un animal le cerveau tout entier, sans toucher à la moelle allongée, on lui ôte toute son intelligence, tous ses instincts, mais non ses sensations : d’où M. Flourens conclut que la sensation n’est pas l’intelligence. — Dans la question du sommeil, l’expérimentation peut être employée ^ ; elle peut l’être dans la détermination des causes de la folie, de l’hallucination, etc.

Bornes de rexpcrîinentatîoii. — Mais, malgré tout, les ressources de l’expérimentation sont infiniment loin de répondre au besoin qu’on en aurait. En effet, tout d’abord les expériences du genre de celles dont on vient de parler ne peuvent s’étendre à tous les phénomènes psychologiques. Pour avoir prise sur ces phénomènes, il faut avoir prise sur les causes qui les produisent, et pour cela il faut que ces causes soient physiques. Or, dans l’étude des phénomènes psychologiques qu’on appelle purement internes^ comme le jugement, le raisonnement, les opérations de la volonté, la cause et l’effet sont également internes. — Dans le cas de souvenir, d’association des idées, d’imagination, la cause est peut-être physique, mais elle est tout entière dans le cerveau, et, partant, aussi inaccessible que si elle était psychologique. Donc, selon les propres paroles d’un des adeptes les plus fervents de cette nouvelle psychologie qui veut se fonder tout entière sur l’expérience, et qu’on nomme psycho - physique, « en ce qui concerne tous ces phénomènes

1. Voy (ch. XXXII, 8 2; l’expérience célèbre rapportée par Maine de Biran.

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