Voyez pour plus de détails ch. xxxii
4. On peut voir les enfants au berceau 'faire, en particulier, en touchant une main avec l’autre main, des expériences incessantes que suivent leurs yeux : l’image tactile et optique de la main touchée et vue est sans doute une des premières qui se détache de la main qui touche et de l’œil qui voit, et qui devienne un objet pour le tact et la vue
IDÉE D’EXISTENCE DISTINCTE : SON ORIGINE
endroit à l’autre), qui ont comme conséquence de lui faire éprouver diverses sensations tactiles et visuelles. Or ces sensations varient incessamment avec les mouvements accomplis. Donc ces sensations visuelles et tactiles s’associent bien vite à l’idée de ces mouvements, c’est-à-dire à l’idée de distances ou d’intervalles. Par là même, ces sensations sont objectivées, et le lien qui les rattachait au moi est rompu. — Telle est l’origine de l’idée du monde extérieur.
Conclusion : la ppcuve de rexistence du monde extérieur reste à fournir. — De cette théorie il résulte que la croyance à l’existence d’un monde extérieur est fondée sur une illusion naturelle; elle est, selon la remarque de M. Taine, si souvent critiquée, si juste pourtant, et si importante, dès que l’on consent à la prendre dans le sens qu’il lui donne, « une hallucination ^ — Donc cette croyance est en elle-même mal fondée. Par
conséquent, la preuve de l’existence du monde extérieur n’est en rien fournie par cette croyance naturelle : elle demeure tout entière à faire.
Si elle est possible (elle l’est, à notre avis, — voy. la Métaphysique)^ il s’ensuivra que cette illusion fondamentale qui donne naissance à l’idée d’un monde extérieur, équivaut à une connaissance, et que cette hallucination, fausse en elle-même, comme toute hallucination (puisqu’elle nous fait prendre pour quelque chose d’externe une chose qui est interne), se trouve vraie par une heureuse rencontre, ou, comme eût dit Aristote, accident^.
1. Cette définition sera encore confirmée dans le chapitre suivant. En effet, ce n’est pas seulement l’idée d’un monde extérieur, c’est la construction tout entière de la représentation du monde extérieur qui s’explique par la projection ou l’objectivation de nos états de conscience. Or, qui dit projection ou objectivation, dit hallucination. Ce mot exprime donc mieux qu’aucun autre, et d’une manière plus frappante, toute l’opération d’où résulte ce qu’on nomme la perception du monde extérieur. De ce point de vue, on écartera sans peine toutes les objections faites à M. Taine.
2. Par exemple, le livre que je crois percevoir est constitué par un groupe de sensations projetées hors de moi. Mais il se trouve qu’en effet, hors de moi, il y a un livre réel qui, s’il n’est pas en soi de tous points semblable à la représentation que j’en ai, est du moins la condition nécessaire de cette représentation.