PASSIONS. — ROLE DE LA SENSIBILITÉ
Là OÙ régnait le calme, les passions décliaîiient la tempête. Elles transforment les caractères, elles poussent à des actions qu’on ne se serait jamais cru capable de commettre. La réflexion est rendue impossible, la volonté est asservie. C’est pourquoi on a souvent prélendu que l’homme n’est point responsable des actes commis sous l’impulsion de la passion L
4° Jalouse. — Les différentes inclinations peuvent se développer parallèlement et vivre en bonne harmonie: aimer ses enfants n’empêche point d’aimer sa patrie, etc. — La passion, au contraire, en raison de ses excès, est exclusive et jalouse : on dirait qu’elle détourne à soi et absorbe à son profit toute la puissance de désirer et de sentir. Pour un avare, l’argent remplace tout: il se fait un ami, une famille, un dieu de l’argent. Taries et desséchées, toutes les autres inclinations périssent. De là ce profond sentiment de vide lorsque l’objet qui alimentait une grande passion se trouve tout à coup lui faire défaut.
5” Elle a poiie finie plaisir. — L’inclination et la passion, qui diffèrent par leur origine et leur nature, diffèrent aussi par leur fin. La fin de l’inclination naturelle, c’est, comme on l’a expliqué, un bien nécessaire au corps ou à l’âme. La fin de la passion, c’est le plaisir. — L’inclination est naturellement désintéressée. La passion est toujours égoïste. — Par exemple, lorsque l’amour proprement dit cherche le bien et la félicité de l’objet aimé, il est une inclination. Lorsqu’il cherche son plaisir personnel, il est une passion. Dans les deux cas, il est sans doute susceptible d’excès ou d’égarement. Mais, dans le premier cas, il a pour effet naturel d’élever l’âme et de l’ennoblir, d’inspirer les grandes pensées et les beaux dévouements. Dans le second cas, il est capable de tous les crimes, même de perdre l’objet aimé pour sa propre satisfaction.
Causes de la passion. — Les causes qui peuvent ainsi modifier et pervertir plus ou moins profondément l’inclination sont extérieures ou intérieures.
1. La réponse à faire, c’est qu’on est alors responsable de la passion ellemême, qui ne serait point parvenue à ces excès sans la complaisance ou le concours de la volonté. La passion ne débute jamais par ces coups de foudre, sinon dans les romans. Dans la réalité, elle croît par degrés, plus ou moins vile ; elle est une habitude. La règle à suivre est celle qui s’applique aux liabitudes : attention aux commencements, p/ mcipiîs obsta!
PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XXXVII
Causées externes : 1° les circonstances. — Parmi les
causes extérieures, la plus indirecte c’est l’inllueiice des circonstances extérieures. — Il faut distinguer les circonstances habituelles (milieu où l’on vit, position de fortune, position sociale, etc.: tel homme par son rang, par sa fortune, est sollicité à l’ambition, dont la voie lui est ouverte; comment au contraire un pauvre paysan serait-il tourmenté par le désir du pouvoir?) — et les circonstances accidentelles : la simple rencontre d’un objet ou d’une personne suffit quelquefois pour déterminer la naissance d’une passion, et décider d’une existence ^
2" L’organisme. — L’influence des organes : notre organisme nous rend particulièrement sensibles à tel ou tel plaisir; par suite, il nous prédispose à telle ou telle passion. Il est plus facile d’y succomber, plus difficile de s’en défendre. L’ignoble passion de l’ivrognerie est très souvent héréditaire.
3“ Les influences morales. — Influence morale de l’éducation, des exemples, des lectures, des leçons de tout genre qui nous sont données par nos semblables
Causes internes. — Parmi les causes intérieures, deux surtout sont à noter : V l’imagination; 2Ma volonté.
4® L’imagination. — > L’imagination remet sous nos yeux l’image de l’objet et du plaisir convoités. De plus, elle transforme, elle exagère, elle embellit et l’objet et le plaisir. L’imagination ne déroule ainsi devant la passion que des perspectives enchantées. C’est une sorte de mirage qui irrite la soif du désir. — S’il s’agit d’une passion malveillante, l’imagination travaille en sens inverse, avec non moins d’efficacité. — C’est dans tous ces cas que l’imagination mérite surtout d’être appelée « maîtresse d’erreur et de fausseté ».
Duperie réciproque de l’esprit et du coeur. — Le cœur est ici la dupe de l’esprit. Dupé par l’imagination, il s’éprend pour des chimères. Mais comme l’imagination n’a elle-même été mise en mouvement que par une passion naissante, comme ses mensonges et ses artifices proviennent du désir que l’objet soit tel que nous le souhaitons, il n’est pas moins vrai de dire ici, suivant le mot de La Rochefoucauld, que « l’esprit est la dupe du cœur ».