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PASSION. — ROLE DE LA SENSIBILITÉ

2° La Tolonté. — La volonté concourt au développement de la passion, soit par consentement, c’est-à-dire en s’abstenant, en laissant faire, alors qu’elle devrait intervenir et empêcher; soit par complicité, c’est-à-dire en se faisant l’auxiliaire de la passion et en travaillant à la satisfaire.

Il faut remarquer que, dans aucun cas, cette action de la volonté n’est immédiate et directe. La volonté ne s’applique pas immédiatement au désir lui-même, pour en accroître l’intensité. La volonté n’agit que par la direction qu’elle imprime aux idées, ou par les occasions qu’elle fournit à la passion de se satisfaire.

A. Elle agît pai» les idées. — En premier lieu elle agit par le moyen des idées. La volonté, en effet, est maîtresse de l’attention. Elle pourrait donc détourner l’esprit sur des objets étrangers; mais si, au contraire, elle laisse l’attention se concentrer sur l’objet même de la passion, la passion s’en accroît, car l’effet de toute attention exclusive, c’est de donner plus d’importance à l’objet considéré.

B. Elle agît par les actions. — En second lieu, la volonté est maîtresse de l’action : par là aussi elle a prise sur la passion, car la passion, impitoyablement sevrée de la satisfaction qu’elle attend, finit par s’éteindre.

« Elle se lasse, dit Bossuet, de toujours convoiter sans être jamais satisfaite, de n’avoir que la malice du crime sans en avoir le plaisir. C’est pourquoi la passion frustrée commence à s’affaiblir; et, toujours impuissante, prend le parti de se modérer, d

llésumé. — En résumé, on peut dire que la passion se nourrit et s’alimente de son objet (satisfaction réelle) et de la contemplation de son objet (satisfaction idéale). Maîtresse de l’action et maîtresse de l’attention, la volonté peut lui refuser ou lui accorder cette double satisfaction. Par là elle enraye et réprime la passion, ou la porte aux derniers excès.

§ III

Prîncîpe pour classer les passions. — La passion, comme nous l’avons définie, n’étant qu’une inclination exagérée et pervertie, la classification des passions est donnée par la classification des inclinations. Remarquons cependant qu’il n’y a guère que les inclinations dites personnelles qui réalisent le type complet de la passion : gourmandise, avarice, ambition, etc. — Parmi

PSYCHOLOGIE. — CHAPITRE XXXVII

les inclinations qui se rapportent à des personnes, l’amour proprement dit devient seul une vraie passion.

Mais toutes les inclinations, quelles qu’elles soient, sont pourtant susceptibles de dérèglements ou d’excès. L’amour maternel est souvent aveugle, injuste, déplorablement faible. Le patriotisme n’a pas seulement ses préférences, ce qui est son droit et son devoir; mais il a parfois des jalousies et des haines injustifiées. L’amour du bien et de Dieu sert souvent de prétexte à une excessive rigueur, à l’intolérance, au fanatisme, etc. En un mot, il n’est pas une inclination qui ne doive être surveillée et dirigée par la raison.

§ IV

Importance de la sensibilité dans la vie humaine.

— Pour terminer l’étude de la sensibilité, il resterait à indiquer le rôle du plaisir et de la douleur, comme aussi le rôle des inclinations dans la vie humaine. Il n’y aurait pour cela qu’à dégager les conséquences des chapitres précédents.

Rôle du plaisir. — Le plaisir est le signe du bien; il est à la fois un guide, un stimulant, une 7'écompense de l’action. Mais s’il en devient le but principal, l’action s’égare ou se ralentit, et le plaisir fait défaut précisément parce qu’on n’a songé qu’au plaisir. (Ch. xxxvi, sect. iii, § 3.)

Rôle de la douleur. — a) La douleur est le signe du mal ; elle est un guide comme le plaisir. Elle avertit des troubles, des désordres, des dangers, soit du corps, soit de l’âme. Elle est le cri d’alarme de l’âme ou du corps en péril (la faim, le remords).

b) La douleur est aussi un stimulant, plus puissant même que le plaisir. Le travail, l’industrie humaine ne sont qu’une lutte contre la douleur.

c) Outre ce rôle essentiel, la douleur a des effets plus indirects, mais non moins utiles. Tout d’abord, par cette lutte qu’elle nous contraint d’entreprendre contre elle, elle trempe l’âme, la force à se revêtir d’énergie, de courage, de virilité.

d) En même temps, par un effet contraire, la douleur attendrit l’âme, la pénètre de douceur, de sympathie, de pitié. Les tristesses humaines sont peut-être le lien le plus fort de la société humaine.

e) Enfin, non seulement la douleur unit les hommes entre eux, mais elle leur fait chercher un secours supérieur à celui des hom-

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